23.10.2026, 00:10

Rechercher

argumentaire pour des gardes-faune professionnels

La chasse de loisir prétend être quelque chose qu'elle n'est pas. Elle prétend pratiquer la protection de la nature, alors qu'elle manipule les populations sauvages. Elle prétend réguler des populations, alors qu'elle détruit des structures sociales. Elle prétend être un artisanat séculaire, alors qu'elle n'est qu'un loisir armé exercé aux dépens de la collectivité, des animaux sauvages et de l'État de droit. Quiconque connaît ces mécanismes ne se laisse plus impressionner par ces affirmations.

Ce dossier est une boîte à outils. Il fournit les arguments centraux contre la chasse de loisir et pour le changement de système vers des gardes-faune professionnels, organisés par thèmes, étayés par des sources et formulés pour être utilisés dans des discussions, des interventions politiques et des demandes de médias.

Ce qui vous attend ici

  • Régulation : la promesse centrale jamais tenue : Pourquoi la chasse ne régule pas les populations, mais stimule la reproduction.
  • Écologie : ce que les chasseurs de loisir font réellement subir à la forêt : Comment la pression de chasse provoque l'abroutissement et comment les prédateurs seraient la solution structurelle.
  • Sécurité : le bilan passé sous silence : Accidents de chasse mortels, accidents de gibier et les coûts que personne ne chiffre.
  • Droit : ce que dit réellement la loi : Pourquoi aucun canton n'est tenu de prévoir la chasse de loisir et ce qu'exige la loi sur la protection animale.
  • Finances : ce que coûte réellement la chasse de loisir : Coûts externes, subventions forestières et comparaison des coûts avec le modèle genevois.
  • Éthique : ce que signifie tuer pour le loisir : Biologie du comportement, sensibilité animale et la question de la cohérence éthique.
  • Le modèle garde-faune : ce qu'il accomplit et ce qu'il coûte : Comment 11 gardes-faune professionnels remplacent ce que 400 chasseurs de loisir ont mal fait.
  • Ce qui devrait changer : Revendications pour le changement de système vers une gestion professionnelle de la faune sauvage.
  • Argumentaire : Réponses aux 10 affirmations les plus fréquentes du lobby de la chasse de loisir.
  • Liens rapides : Tous les articles, dossiers, études et ressources pertinents.

Régulation : la promesse centrale jamais tenue

L'argument central du lobby de la chasse de loisir est le suivant : sans chasseurs de loisir, les populations d'animaux sauvages exploseraient. La science réfute cela depuis des décennies. ChasseSuisse elle-même a écrit publiquement le 29 août 2011 : « Les populations d'animaux sauvages se régulent fondamentalement d'elles-mêmes, même dans notre paysage cultivé ». L'association faîtière des chasseurs de loisir suisses a ainsi déconstruit par écrit son propre argument central.

La biologie des populations explique pourquoi : lorsqu'une population est décimée par la chasse, le taux de reproduction augmente de manière compensatoire. Des études montrent que même après le tir de trois quarts d'une population, on retrouve le même effectif l'année suivante. La chasse de loisir ne produit pas moins de gibier, elle stimule le taux de natalité et déstabilise la structure sociale. Les populations ne sont pas régulées, mais manipulées, et les pertes sont rapidement compensées. Des décennies de chasse de loisir n'ont rien changé à cette dynamique fondamentale.

Pour en savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme moyen de contrôle des populations et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

Écologie : ce que les chasseurs de loisir font vraiment subir à la forêt

Partout dans le pays, agriculteurs, viticulteurs et propriétaires forestiers déplorent des dégâts aux cultures, bien qu'ils soient indemnisés pour cela. Ce n'est pas un problème lié à la nature, c'est un problème lié à la chasse. L'abroutissement du gibier résulte principalement de la pression de chasse : les animaux sauvages sont repoussés dans la forêt, où ils deviennent actifs la nuit et causent des dégâts d'abroutissement qui, sans pression de chasse, n'atteindraient pas une telle ampleur. La Confédération, les cantons et les communes injectent chaque année des millions dans la préservation de la forêt, précisément là où les chasseurs de loisir « parquent » les animaux sauvages.

Les prédateurs comme le loup, le lynx et le renard résolvent ce problème de manière structurelle, en maintenant les animaux sauvages en mouvement et en empêchant le surpâturage de certaines surfaces. Là où les prédateurs sont régulièrement présents, on constate moins de dégâts forestiers documentés. Or, les chasseurs de loisir décimant continuellement précisément ces prédateurs, sans plan de tir légal ni justification scientifique, créent ainsi le problème dont ils se présentent ensuite comme les indispensables solutionneurs.

Pour en savoir plus : La chasse sous la loupe des faits et Le loup en Suisse : faits, politique et les limites de la chasse

Sécurité : le bilan passé sous silence

Lorsqu'un loup tue un animal de rente, les chasseurs de loisir réclament aussitôt son tir, jusqu'à une nouvelle extermination. Où est le débat public lorsque la chasse de loisir fait des morts et que des centaines de personnes sont victimes d'accidents chaque année ? Le Bureau de prévention des accidents (BPA) documente, de 2000 à 2019, plus de 75 victimes mortelles d'accidents de chasse. La SUVA reconnaît chaque année environ 300 accidents liés à la chasse de loisir, avec environ deux décès par an (évaluation de 2006 à 2015). Les retraités, les enfants et les tiers non impliqués n'y sont même pas recensés.

À cela s'ajoutent, selon la Protection Suisse des Animaux, quelque 20 000 accidents de la faune par an ; selon l'assurance Axa, un sinistre coûte en moyenne environ 3 800 francs. Les accidents de la faune surviennent parce que les animaux sauvages, devenus nocturnes et plus craintifs sous la pression de la chasse, traversent davantage les routes. Dans les zones sans chasse, où les animaux sauvages sont plus actifs de jour et plus calmes, ce que l'on voit, on ne le renverse pas : la fréquence des accidents y est démontrée comme étant plus faible. Pour la seule année 2015, le canton des Grisons a enregistré 1 298 amendes et dénonciations contre des chasseurs de loisir ; de 2012 à 2020, on en comptait chaque année plus de 1 000 ; depuis 2021, le canton ne publie plus ce chiffre. Zurich ne tient aucune statistique à ce sujet.

Pour en savoir plus : Accidents de chasse en Suisse : le risque dont on parle rarement en toute franchise et Chasse et armes : pourquoi le « hobby » et les armes à feu sont politiquement liés

Droit : ce que la loi dit vraiment

Selon l'article 4 de la loi sur la protection des animaux, nul ne doit, sans justification, causer à un animal des douleurs, des souffrances ou des dommages, le mettre dans un état d'anxiété ou porter atteinte à sa dignité. Pour la chasse au renard, il n'existe ni plan de tir juridique ni nécessité de régulation scientifiquement reconnue. Le renard est tiré sans justification et sans contingent, épargné seulement pendant une courte période de protection du 1er mars au 15 juin (art. 5 LChP) : en 2025, cela représentait selon statistique fédérale de la chasse 19 208 renards. Cela est en contradiction directe avec l'art. 4 LPA.

Selon le droit fédéral, aucun canton en Suisse n'est tenu de prévoir la chasse. Il appartient aux cantons de décider librement d'autoriser la chasse ou non. Le canton de Genève a choisi cette voie en 1974, et la Cour européenne des droits de l'homme a établi dans des arrêts de principe (Chassagnou contre France 1999, Herrmann contre Allemagne 2012) que la chasse sur un terrain privé ne doit pas être tolérée contre la conviction éthique du propriétaire. Le monopole de la violence appartient à l'État, pas à des bandes de chasseurs de loisir.

Pour en savoir plus : Chasse et droits humains et Lois sur la chasse et contrôle : pourquoi l'autosurveillance ne suffit pas

Finances : ce que coûte vraiment la chasse de loisir

Les chasseurs de loisir aiment invoquer les heures de travail non rémunérées qu'ils fourniraient soi-disant pour la nature. Mais selon certaines estimations, 85 pour cent de ces activités relèvent du pur intérêt personnel : relations publiques pour leur propre milieu, sonnerie de cor de chasse, entretien des armes, aménagement de postes de tir, expositions de trophées et prosélytisme dans le système scolaire. Cela ne peut évidemment pas être vérifié, puisqu'aucun contrôle indépendant n'a lieu.

Les coûts induits par la chasse de loisir, supportés par la collectivité, ne sont jamais comptabilisés dans leur intégralité : entretien des forêts protectrices (selon l'OFEV, la Confédération, les cantons et les bénéficiaires investissent chaque année quelque 150 millions de francs), coûts des accidents de la faune avec environ 20’000 accidents par an, frais administratifs pour la surveillance de la chasse, le règlement des dégâts, la planification des tirs, les procédures judiciaires, et la charge pesant sur les autorités d'enquête en raison de milliers de dénonciations contre des chasseurs de loisir chaque année. Le modèle genevois le montre : une gestion professionnelle de la faune coûte environ 1,2 million de francs par an, soit à peu près une tasse de café par habitante et par habitant.

Pour en savoir plus : Ce que la chasse de loisir coûte vraiment à la Suisse, Dossier : Genève et l'interdiction de la chasse et La Suisse chasse, mais pourquoi encore, au juste ?

Éthique : ce que signifie tuer pour le loisir

Dès le XVIe siècle, l'Église catholique interdisait au clergé, lors du concile de Trente (1545 à 1563), de participer à des activités de chasse, car tuer un animal et verser son sang contredit fondamentalement l'essence même du culte et de la religion. Ce qui était alors justifié religieusement est aujourd'hui étayé sur le plan scientifique et éthique : la recherche en biologie comportementale montre que les animaux sauvages sont des individus sensibles, dotés de structures sociales, de capacités d'apprentissage et d'une capacité à souffrir. Dans ce contexte, tuer par loisir n'est pas une question de goût, mais une question de cohérence éthique.

Chasser n'est plus un instinct existentiel de survie. Aujourd'hui, la faim peut être apaisée de manière éthiquement correcte, la viande est disponible en abondance, et la viande transformée, y compris le gibier transformé, est classée depuis 2015 comme cancérogène par l'agence de recherche sur le cancer de l'OMS (CIRC), dans le même groupe 1 que la fumée de tabac, l'arsenic ou l'amiante. Au Canada, la vente de viande d'animaux sauvages chassés est en principe interdite. Celui qui qualifie le fait de tuer de «passion» et compare des animaux à des pommes démontre surtout une chose : que son propre cadre de référence en matière d'éthique et d'empathie a depuis longtemps dérapé.

Pour en savoir plus : Le chasseur de loisir au 21e siècle et Le permis de chasse

Le modèle du garde-faune : ses prestations et ses coûts

Ce que plus de 400 chasseurs de loisir faisaient mal autrefois à Genève est aujourd'hui accompli par 11 gardes-faune qui se partagent trois postes à plein temps, dont un seul est nécessaire pour les activités liées à la chasse. Les gardes-faune formés professionnellement se distinguent des chasseurs de loisir non seulement par leur formation, mais par leur motivation fondamentale : ils ne gèrent pas des privilèges de chasse, ils protègent les animaux sauvages et n'interviennent que là où cela se justifie sur le plan écologique, de la protection animale ou de la sécurité.

Les avantages concrets du modèle du garde-faune dans la pratique :

  • Le monopole de la force appartient à l'État, pas aux associations de chasse privées
  • Les tirs sont effectués de manière professionnelle, de nuit, avec des intensificateurs de lumière : 99,5 pour cent des animaux abattus sont morts sur le coup, pas de stress lié à la recherche au sang, pas d'animaux blessés
  • Les animaux sauvages deviennent plus actifs de jour, plus visibles et davantage observables par la population
  • Pas de battues, pas de chasses en mouvement, pas de déterrage, pas de piégeage
  • Moins d'accidents impliquant des animaux sauvages, car les animaux sont plus calmes et plus actifs de jour
  • Moins de dégâts forestiers, car les prédateurs ne sont plus décimés
  • Pas de contamination au plomb du sol forestier
  • Pas de miradors illégaux, pas de bruit de tirs, pas d'infrastructure de chasse dans la nature
  • Les gardes-faune n'ont pas le droit de consommer de l'alcool pendant leur travail
  • Recettes grâce à la vente étatique de gibier à la population

Pour en savoir plus : Une initiative demande « des gardes-faune à la place des chasseurs » et Dossier : Genève et l'interdiction de la chasse

Ce qui devrait changer

  • Changement de système vers une gestion professionnelle de la faune sauvage : Les cantons suppriment progressivement la chasse en milice et la remplacent par des gardes-faune employés par l'État, formés professionnellement, selon le modèle genevois. Intervention type : Professionnalisation de la chasse : des gardes-faune plutôt que des chasseurs de loisir
  • Clarification au niveau du droit fédéral : aucun canton n'est tenu d'autoriser la chasse : La Confédération précise, dans un message ou une ordonnance, que les cantons ont le droit de renoncer complètement à la chasse de loisir et d'instaurer une gestion professionnelle de la faune sauvage.
  • Calcul indépendant des coûts globaux de la chasse de loisir : La Confédération mandate une étude indépendante qui comptabilise l'ensemble des coûts externes de la chasse de loisir : subventions forestières, coûts des accidents impliquant des animaux sauvages, administration, procédures judiciaires, dommages écologiques consécutifs. Le résultat est comparé aux coûts des modèles de gardes-faune professionnels.
  • Planification des tirs sur une base scientifique : Chaque tir exige une justification écologique. Les tirs forfaitaires sans contingent, en particulier pour le renard, sont supprimés. Intervention type : Planification des tirs fondée scientifiquement
  • Protection des prédateurs : Le tir du loup, du lynx, de l'ours et du renard est réduit au minimum scientifiquement justifié. Les prédateurs sont reconnus comme une prestation écologique de régulation et non traités comme une concurrence à la chasse de loisir.
  • Obligation de transparence pour les statistiques de chasse : Les cantons publient chaque année des données complètes sur les tirs, les tirs manqués, les recherches au sang, les accidents de chasse et les amendes infligées aux chasseurs de loisir. Intervention type : Statistiques de chasse transparentes
  • Projets pilotes pour des modèles de gardes-faune dans d'autres cantons : Au moins trois cantons lancent des projets pilotes pour une gestion professionnelle de la faune sauvage selon le modèle genevois, avec accompagnement scientifique et évaluation publique.

Argumentaire pour les discussions : les 10 affirmations les plus fréquentes

«Sans chasseurs, il y aurait trop d'animaux sauvages.» ChasseSuisse elle-même a consigné par écrit que les populations sauvages dans le paysage cultivé se régulent d'elles-mêmes. Le Parc national de l'Engadine et le canton de Genève prouvent depuis des décennies que des populations stables sont possibles sans chasse de milice.

«Les chasseurs pratiquent la protection de la nature.» La protection de la nature se mesure à des résultats vérifiables, non à une auto-attribution. Après des décennies de présence de chasseurs de loisir, aucune zone de protection de la faune reconnue par l'OFEV n'existe dans le canton de Zurich.

«La chasse est une tradition séculaire.» L'esclavage et les combats de gladiateurs étaient aussi des traditions séculaires. L'ancienneté d'une pratique n'est pas un argument pour sa justification éthique.

«Les chasseurs empêchent les dégâts causés par le gibier.» Le principal responsable des dégâts forestiers et de l'abroutissement est la pression de chasse elle-même : elle repousse les animaux sauvages dans la forêt et dans la nuit. Là où des prédateurs sont présents, l'abroutissement diminue.

«La chasse est nécessaire contre les épidémies.» La rage a été vaincue par les appâts vaccinaux, pas par la chasse au renard. La chasse au renard augmente, preuves à l'appui, la propagation de l'échinococcose alvéolaire et de la borréliose.

«Les chasseurs se financent eux-mêmes.» Les coûts externes, subventions forestières, dégâts dus aux accidents de gibier, frais administratifs, frais de justice, sont entièrement à la charge de la collectivité.

«Le modèle genevois n'est pas transposable.» Genève est un canton plus densément peuplé et exploité de manière agricole plus intensive que de nombreux cantons à chasse à patente. Si le modèle fonctionne là-bas, aucun argument structurel ne s'oppose à ce qu'il fonctionne aussi ailleurs.

«Les gardes-faune coûteraient trop cher.» Le modèle genevois coûte environ 1,2 million de francs par an. C'est une fraction des coûts des accidents de la faune sur une seule année en Suisse.

«Les chasseurs ont un droit à leur tradition.» Aucun canton n'est tenu par le droit fédéral de prévoir la chasse. Le droit de tuer des animaux sauvages sur un terrain d'autrui est un privilège historiquement constitué, pas un droit fondamental.

«Sans chasseurs, il y aurait plus d'accidents de gibier.» C'est le contraire qui est vrai : les animaux sauvages craintifs et actifs la nuit sous la pression de chasse causent davantage d'accidents de gibier. Les animaux sauvages actifs le jour et paisibles dans les zones sans chasse sont plus visibles et donc moins dangereux en matière d'accidents.

Articles sur Wild beim Wild :

Dossiers apparentés :

Notre exigence

La chasse de loisir n'est pas un système de protection de la nature. C'est un modèle d'exploitation historiquement ancré, qui opère avec une rhétorique de responsabilité là où la responsabilité institutionnelle fait structurellement défaut. Elle produit les problèmes dont elle se présente comme la solution incontournable, tout en faisant peser la charge sur la collectivité, les animaux sauvages et l'État de droit. Le passage à un système de gardes-faune professionnels n'est pas un acte de radicalité. C'est une adaptation à l'état actuel des connaissances scientifiques, de l'éthique et du contrôle démocratique, ainsi qu'une exigence d'équité envers toutes celles et ceux qui ne veulent pas de tir et qui, pourtant, doivent composer avec un lobby de loisir armé. Ce dossier est actualisé en continu, dès que de nouvelles études, chiffres ou développements politiques l'exigent.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous regroupons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.