Berne protège les cerfs de recherche, autorise l'abattage des chevreuils de recherche
Les informations de chasse 2025/26 du canton de Berne montrent de manière exemplaire comment la protection des animaux de recherche est gérée de manière sélective pendant la chasse de loisir en cours : les cerfs équipés d'émetteurs sont tabous dans tout le canton, tandis que les chevreuils marqués peuvent être abattus.
C'est une phrase qui, dans sa sobriété bureaucratique, passe presque inaperçue, et qui pourtant révèle une contradiction fondamentale dans le système suisse de chasse de loisir : « Les cerfs portant un collier émetteur ne sont pas chassables dans tout le canton de Berne », peut-on lire dans les informations officielles de chasse 2025/26 du canton de Berne, publiées via l'association des chasseurs bernois (bejagd.ch).
Quelques lignes plus bas, on peut lire : « Les chevreuils marqués peuvent être abattus, mais doivent être immédiatement signalés au garde-faune compétent avec les indications nécessaires. »
Que signifie cela concrètement ? Un cerf élaphe équipé d'un collier GPS dans le cadre d'un projet scientifique est protégé dans tout le canton de Berne. Un chevreuil également marqué avec des bagues auriculaires à des fins de recherche peut en revanche être abattu par les chasseurs de loisir. La seule obligation : signaler l'abattage à la surveillance de la faune. Le statut de protection d'un animal de recherche ne dépend donc pas de sa valeur scientifique, mais de l'espèce animale et du type de marquage.
Le cadre juridique : amende oui, protection non
En principe, la loi bernoise sur la chasse et la protection de la faune sauvage (JWG) punit l'abattage intentionnel d'animaux de recherche marqués. L'art. 31 al. I let. d JWG prévoit une amende pouvant aller jusqu'à 20'000 francs pour les personnes qui « abattent intentionnellement un animal marqué pour des projets de recherche sur la faune sauvage ». Mais les informations sur la chasse 2025/26 relativisent immédiatement ce principe avec des exceptions spécifiques aux espèces. Le résultat est un assemblage disparate qui définit des standards de protection différents selon l'espèce de faune sauvage :
Les cerfs élaphes équipés d'émetteurs jouissent d'une protection totale. Les cerfs élaphes avec des bagues auriculaires, mais sans collier émetteur, peuvent être abattus. Les chevreuils marqués peuvent être abattus, mais sont soumis à une obligation de signalement. Pour les sangliers avec « collier émetteur » dans les territoires de chasse 3, 7, 8 et 12, l'interdiction de chasse s'applique également, tandis que les animaux « avec seulement des bagues auriculaires » restent chassables – donc la même logique que pour le cerf élaphe, mais appliquée de manière encore plus systématique aux deux types de marquage auriculaire.
Cette logique graduée révèle davantage les priorités du système que la véritable valeur de recherche des animaux individuels. Elle montre : la protection ne vise pas l'animal en tant que sujet de recherche, mais les émetteurs coûteux et l'espèce de grand gibier politiquement plus sensible.
Projet de millions au collier
L'arrière-plan de la prescription de protection pour les cerfs élaphes équipés d'émetteurs est le programme de recherche « Cerf élaphe dans le Plateau suisse », un projet commun de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), de la Haute école spécialisée bernoise (BFH/HAFL), de la ZHAW et de la HEPIA Genève. Sous la direction du biologiste de la faune Christian Willisch, des cerfs élaphes sauvages ont été équipés de colliers émetteurs GPS depuis 2013 dans les cantons de Berne, Soleure et Argovie. Selon le rapport final 2024 de la ZHAW, le projet a fourni plus de 450'000 positions GPS et a élaboré les bases sur l'utilisation de l'espace, les corridors de migration et l'interconnexion des populations.
Un collier émetteur GPS individuel coûte plusieurs milliers de francs selon le modèle. La capture et l'anesthésie des animaux sont laborieuses, l'analyse des données s'étend sur des années. Il va de soi que le canton ne veut pas compromettre ces investissements par un tir erroné. Mais c'est précisément là que l'argumentation devient discutable : la protection de l'animal de recherche suit une logique économique, non éthique. Le chevreuil marqué n'est pas scientifiquement moins précieux, mais son marquage a coûté nettement moins cher. Il est donc chassable.
Chasse au permis sans responsabilité de territoire
Le canton de Berne pratique comme 15 autres cantons suisses la chasse au permis. Les chasseurs et chasseuses de loisir acquièrent un permis personnel et peuvent ainsi chasser sur tout le territoire cantonal, en dehors des zones de protection de la faune et dans les délais et contingents fixés. Pour la période de chasse 2025/26, rien que dans le territoire de chasse 11 de l'Oberland bernois, 299 cerfs élaphes étaient autorisés à l'abattage, 106 autres dans le territoire de chasse 12, 63 dans le territoire de chasse 10 et encore 39 pièces dans le territoire de chasse 8. Le total cantonal s'élevait à plus de 1'000 animaux. La majorité étaient des femelles – biches et faons. Lors de la chasse principale du 1er au 7 septembre 2025, seuls les animaux sans bois pouvaient d'abord être abattus.
Ce système ne connaît aucune responsabilité territoriale individuelle, comme elle serait habituelle dans un système de chasse en réserve par exemple. Les chasseurs de loisir n'ont aucun lien à long terme avec un territoire déterminé et donc aucune incitation systématique à connaître l'état de la population locale sur plusieurs années. Dans un tel système, le canton doit protéger les animaux de recherche par des prescriptions explicites, car il ne peut pas compter sur la connaissance locale et la vue d'ensemble de chaque individu.
Dans le canton de Genève, où la chasse de loisir est interdite depuis 1974 et où des gardes-faune professionnels prennent en charge la régulation des effectifs, ce problème ne se pose pas sous cette forme. Là-bas, des spécialistes formés décident de chaque intervention sur les effectifs. Le modèle genevois montre que la gestion de la faune et la recherche ne doivent pas se mettre mutuellement en danger.
Ce que révèle le cas sur la chasse de loisir
Les prescriptions différenciées du canton de Berne ne sont nullement l'expression d'un soin particulier. Elles sont le symptôme d'un système qui doit remplir simultanément deux fonctions inconciliables : permettre la recherche sur les animaux sauvages et en même temps organiser leur abattage par des milliers de détenteurs de permis.
Un problème fondamental apparaît alors : la recherche sur la faune et la chasse de loisir se trouvent dans un champ de tension structurel. La recherche a besoin de séries d'observations à long terme et non perturbées. La chasse de loisir produit des perturbations, modifie les structures de population et tue parfois précisément les individus qui seraient scientifiquement les plus précieux. Le fait que le canton de Berne protège les cerfs équipés d'émetteurs est un aveu implicite que la chasse de loisir mettrait en danger les résultats de recherche sans de telles interventions.
Les résultats de recherche du projet HAFL montrent ironiquement que les cerfs ont pu retourner avec succès dans le Plateau principalement parce qu'ils n'ont d'abord pas été chassés dans certains cantons. Le biologiste de la faune Willisch a lui-même documenté comment les cantons de Soleure, Berne et Argovie ont repris la chasse au cerf dans le Plateau ces dernières années, bien que les effectifs y restent petits et que les pertes dues aux accidents de la circulation soient déjà élevées.
Protection selon la valeur marchande plutôt que selon le principe
Les informations de chasse 2025/26 du canton de Berne sont un cas d'école sur les contradictions internes du système suisse de chasse de loisir. Les animaux de recherche ne sont pas protégés par principe, mais de manière graduée selon le volume d'investissement et le statut de l'espèce. Ce qui porte un collier émetteur coûteux est tabou. Ce qui n'a qu'une marque auriculaire est gibier libre avec obligation de déclaration. Le chevreuil, qui peut tout autant faire partie d'un projet de recherche, n'a pas eu de chance : sa valeur de données ne dépasse pas l'instinct de chasse.
Quiconque comprend sérieusement la gestion de la faune comme une tâche basée sur la science doit se poser la question de savoir si un système qui doit protéger les animaux de recherche contre ses propres acteurs est encore d'actualité. Le modèle genevois prouve depuis plus de 50 ans qu'il est possible de faire autrement. Plus d'informations dans le dossier Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle de population.
Sources :
- Informations de chasse 2025/2026, canton de Berne, publié via bejagd.ch (bejagd.ch/informationen-zur-jagd-2025-2026)
- Permis C cerf 2025/26, canton de Berne (bejagd.ch/patente-c-rothirsch-2025-26)
- Art. 31 al. I let. d, Loi sur la chasse et la protection de la faune du canton de Berne (JWG)
- Fischer, C. et al. (2024) : Programme de recherche cerf dans le Plateau suisse, rapport final. BFH/HAFL, ZHAW, HEPIA, OFEV.
- Sigrist, B. et al. (2025) : Cerf dans le Plateau : évolution des effectifs et utilisation de l'espace dans la région chaîne de l'Albis-vallée de la Reuss. Rapport final ZHAW.
- Willisch, C. et al. (2019) : Échange de cerfs entre les Préalpes et le Plateau. Rapport final sur mandat de l'inspection de la chasse de Berne.
- Rapport annuel inspection de la chasse 2024, canton de Berne (weu.be.ch)
- Pro Natura : Cerfs en mouvement (pronatura.ch)
- SRF News, 12.4.2024 : Cerfs dans le Plateau – Ils sont de retour et se sentent bien
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