Plafond du loup : le Conseil fédéral suit Regazzi
Le Conseil fédéral soutient une motion de Fabio Regazzi qui veut ancrer un plafond fixe pour l'effectif des loups en Suisse. Ce qui sonne technocratique – «limites dans le développement de la population de loups» –, signifie dans la pratique : une fois qu'un chiffre défini politiquement est atteint, les loups ne sont plus régulés à cause de problèmes concrets, mais parce qu'ils sont «trop nombreux».
La Suisse franchirait ainsi un pas supplémentaire pour s'éloigner d'un concept de protection scientifiquement fondé vers une gestion symbolique des effectifs d'un animal en meute strictement protégé.
La motion de Fabio Regazzi (Le Centre/TI) exige que la Confédération et les cantons fixent des valeurs cibles pour l'effectif des loups en Suisse ou pour certaines régions, un plafond à partir duquel les animaux «excédentaires» sont éliminés.
Points clés : Plafonds définis politiquement pour le nombre de loups et de meutes par région. La régulation doit être possible dès que ces seuils sont dépassés, indépendamment d'événements de dommages concrets. Référence au modèle du bouquetin : les populations sont réduites « selon plan » à intervalles réguliers.
Regazzi déplace ainsi la logique de la politique du loup : loin de la question de savoir si dans le cas particulier la protection des troupeaux a échoué, si des attaques sont documentées ou si un animal est remarquable, vers la simple affirmation qu'il y a « trop » de loups.
Le Conseil fédéral comme amplificateur, non comme correctif
Au lieu de freiner ce plafonnement politisé des effectifs, le Conseil fédéral recommande l'adoption de la motion. Dans sa prise de position, il fait référence à la croissance de la population de loups, environ 180 animaux et quelque 17 meutes, et à la pression des cantons et de l'agriculture.
Il est remarquable de constater ce qui manque dans l'argumentaire : aucune mention du fait que la Suisse est tenue par le droit international de protéger les grands prédateurs. Aucune confrontation sérieuse avec la question de savoir comment un « nombre idéal » défini politiquement pour un animal de meute migrant et dépendant des échanges génétiques peut être fixé de manière sérieuse. Aucune reconnaissance qu'une partie des conflits est causée par la Suisse elle-même, par une protection insuffisante des troupeaux, un nourrissage erroné des animaux sauvages et une chasse de loisir qui met constamment les écosystèmes sous stress.
Le Conseil fédéral légitime ainsi le récit selon lequel le loup est avant tout un problème de quantité, et non un problème de gestion et de culture du conflit.
De l'espèce protégée à l'objectif d'effectif : le changement de paradigme
Jusqu'à présent : Le loup est protégé, la régulation est possible en cas d'exception, notamment lors d'attaques répétées survenant malgré la protection des troupeaux ou pour des animaux clairement définis comme « remarquables ».
Avec un plafond, ce rapport s'inverse : la régulation devient le cas normal dès que le nombre politique est atteint. La protection se réduit factuellement à ce qui reste après les tirs.
Les expériences de Norvège et de Suède montrent où cela mène : des mini-populations à peine viables génétiquement, des quotas de chasse très controversés, des procès permanents et des décisions de justice qui arrêtent les tirs de loups.
Au lieu d'apprendre de ces erreurs, la Suisse reprend maintenant la logique, pas les leçons.
Doutes scientifiques et problèmes pratiques
Même du point de vue de la biologie de la faune sauvage, l'idée de plafonds est discutable : la croissance démographique s'aplatit d'elle-même avec le temps, parce que les habitats sont occupés et que les populations de proies exercent un effet limitant. Les tirs peuvent déclencher des effets compensatoires : les loups se reproduisent plus rapidement, de nouveaux animaux migrent, les structures de meutes sont déstabilisées.
Le biologe Simon Aeschbacher souligne que l'évolution actuelle des effectifs de loups en Suisse ne peut pas simplement s'expliquer par les tirs, les facteurs naturels jouent un grand rôle.
La Groupe Wolf Schweiz (GWS) critique également le plafond politique comme difficilement réalisable en pratique et juridiquement : déjà aujourd'hui, de nombreux tirs autorisés ne sont pas réalisés, parce que les animaux ne sont pas trouvés ou parce que les obstacles juridiques sont plus élevés que ne le suggère la rhétorique politique.
Détournement du véritable problème : protection des troupeaux et chasse de loisir
Le débat sur les plafonds déplace l'attention loin des véritables leviers : protection professionnelle des troupeaux sur l'ensemble du territoire avec des standards clairs et des contrôles ; réduction des dérangements par la chasse de loisir, les activités de loisirs et le tourisme dans les zones sensibles ; règles claires contre le nourrissage des animaux sauvages et contre les pratiques qui rendent les proies inutilement vulnérables aux attaques.
Au lieu de faire ces devoirs de manière conséquente, le loup est érigé en bouc émissaire et son nombre déclaré variable de contrôle prétendument objective.
Plus d'informations sur le rôle du loup dans l'écosystème et sur la politique de «régulation proactive» se trouvent dans notre dossier «Loup en Suisse : Faits, politique et limites de la chasse» sur wildbeimwild.com.
Ce que signifie politiquement le plafond
La motion Regazzi ne vient pas de nulle part : Le Conseil national s'est déjà prononcé pour la création de «zones sans loups», mais le Conseil des États a rejeté la motion correspondante et n'a demandé qu'un examen de telles zones.
Le plafond fait donc partie d'une normalisation progressive des tirs de loups en Suisse. Un signal aux cantons que la pression politique paie : Qui crie assez fort obtient des contingents de tir. Et un précédent pour d'autres espèces : Ce qui est possible aujourd'hui avec le loup pourra être exigé demain pour le lynx, le castor ou d'autres animaux sauvages.
La Suisse risque ainsi de perdre sa réputation de pays de protection préventive de la nature et des espèces, précisément avec un animal emblématique de la biodiversité européenne.
Un plafond n'est pas une solution, mais un symptôme
Un plafond défini politiquement pour les loups ne résout aucun des vrais champs de conflit : Il n'améliore aucune clôture, ne remplace aucun chien de protection de troupeau manquant, n'apaise aucune tension entre chasseurs de loisir, agriculture et tourisme.
Mais il crée un nouveau problème : Un animal sauvage protégé devient une variable négociable qui peut être ajustée selon l'humeur du moment.
Si la Suisse prend au sérieux sa prétention de faire de la science et de la protection animale l'étalon de sa politique environnementale, il faut non pas moins de loups, mais moins de politique symbolique et un débat honnête sur la quantité de nature sauvage que nous voulons vraiment permettre dans un pays densément utilisé.
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