10.10.2026, 00:11

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Chasse nocturne et haute technologie : le mythe de la chasse loyale

Environ 30’000 chasseuses et chasseurs de loisir sont actifs en Suisse. Beaucoup d'entre eux utilisent aujourd'hui des technologies qui, il y a une génération encore, étaient exclusivement réservées à l'armée et aux autorités de poursuite pénale : des caméras thermiques qui rendent visible la chaleur corporelle des animaux sauvages dans l'obscurité totale, des dispositifs de vision nocturne qui permettent des tirs précis sans la moindre lumière du jour, des drones qui traquent et rabattent les animaux sauvages depuis les airs, et des appeaux numériques qui détournent des instincts vieux de plusieurs millions d'années.

Ce que le lobby de la chasse de loisir présente comme une «pratique cynégétique moderne» et une «protection efficace de la faune» s'avère, à y regarder de plus près, être un système de domination technologique qui prive les animaux sauvages des dernières zones de protection qui leur restaient : la nuit, le terrier, le fourré. Le récit de la tradition, du lien avec la nature et de la «chasse loyale» s'en trouve définitivement démenti.

La situation juridique suisse dans ce domaine est une mosaïque pratiquement incontrôlable : les cantons la réglementent différemment, l'application est structurellement presque impossible, et au niveau fédéral, il manque toute réponse cohérente face à cette escalade technologique. Ce dossier documente les faits, nomme les problèmes de protection animale et montre pourquoi la chasse de loisir technologiquement suréquipée est l'exact opposé d'une chasse conforme à l'éthique.

Ce qui vous attend ici

  • Caméras thermiques : Comment les animaux sauvages sont repérés dès avant le crépuscule, pourquoi même les chasseurs valaisans ont exigé une interdiction, et ce que cela révèle sur la proportionnalité.
  • Dispositifs de vision nocturne : Pourquoi le tir de nuit est particulièrement problématique du point de vue de la protection animale, quels types de blessures il provoque et ce qu'il advient des animaux blessés dans l'obscurité.
  • Drones : Comment les drones sont utilisés comme «rabatteurs aériens», pourquoi le canton de Glaris a déjà réagi, et où se situe la frontière entre le sauvetage des faons de chevreuil et l'outil de chasse.
  • Appeaux numériques : Comment la chasse de loisir utilise les instincts évolutifs comme un piège, quels appareils sont librement disponibles et pourquoi le récit de la « concurrence loyale » est démonté.
  • La mosaïque suisse : Pourquoi 26 cantons produisent 26 réglementations différentes, à quoi ressemble la réaction parlementaire au niveau fédéral et pourquoi l'application est structurellement presque impossible.
  • Le mythe de la chasse loyale : Pourquoi la chasse high-tech et l'éthique de la chasse sont une contradiction insoluble.
  • Ce qui devrait changer : Six revendications concrètes pour une régulation proportionnée.
  • Argumentaire : Réponses aux justifications les plus fréquentes des chasseurs de loisir.
  • Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d'œil.

Caméras thermiques : chassées du refuge de l'obscurité

La caméra thermique est passée d'un outil de spécialiste à un équipement standard de la chasse de loisir. « Ces dispositifs de vision nocturne ont connu un véritable essor. Presque chaque groupe de chasse en possède un. La concurrence entre chasseurs s'en trouve accrue et la pression sur le gibier augmente », explique Sven Wirthner, du Service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune. La caméra permet de scruter les territoires de chasse à la recherche d'animaux dès avant le crépuscule ; les tirs sont ensuite effectués aux premières lueurs du jour sur les chevreuils et cerfs repérés durant la nuit. La nuit, qui constitue pour les animaux sauvages la zone de protection la plus importante sur le plan évolutif, est ainsi systématiquement annulée.

Même au sein des chasseurs de loisir, l'acceptation de cette pratique est limitée. Le canton du Valais a interdit les caméras thermiques à l'initiative de ses propres chasseurs – non pas parce qu'une loi l'exigeait, mais parce que la pression sur le gibier était devenue trop forte. « Les animaux doivent aussi avoir leur chance d'échapper aux chasseurs grâce à leur instinct », explique-t-on en Valais. C'est remarquable : lorsque les chasseurs de loisir eux-mêmes jugent un outil trop efficace et donc déloyal, toute discussion sérieuse sur la protection animale devrait en faire son point de départ – et non le balayer comme une simple opinion isolée.

Dans le canton de Berne, les caméras thermiques d'observation sont légales tant qu'elles ne sont pas utilisées directement comme aide à la visée lors du tir. D'autres cantons appliquent d'autres règles. Le résultat est un avantage technologique qui génère de facto une pression de chasse permanente et ne laisse plus aucune phase de répit aux animaux sauvages. Du point de vue de la protection animale, la pression de chasse chronique n'est pas un problème marginal : le stress permanent élève le taux de cortisol, perturbe les cycles de reproduction, augmente les risques d'accidents lors des fuites et affaiblit les défenses immunitaires.

Pour en savoir plus : Psychologie de la chasse et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

Dispositifs de vision nocturne : quand l'animal n'a plus aucune chance

Alors que les caméras thermiques servent à la détection, les dispositifs de vision nocturne et les lunettes de visée thermiques vont encore plus loin : ils permettent de tirer directement dans l'obscurité totale. La situation juridique en matière de chasse est à cet égard contradictoire en elle-même. En Allemagne, les lunettes de visée thermiques sont autorisées comme dispositifs rapportés dans plusieurs Länder pour la chasse au sanglier ; en revanche, les lunettes de visée thermiques entièrement intégrées restent interdites. En Suisse, ce sont les réglementations cantonales qui déterminent ce qui est autorisé – avec pour conséquence qu'un même appareil est légal dans le canton X et interdit dans le canton Y. Dans le canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures, il existe une fiche d'information officielle qui mentionne explicitement les dispositifs de vision nocturne comme moyens auxiliaires interdits. D'autres cantons restent silencieux à ce sujet.

Du point de vue de la protection animale, le tir de nuit est particulièrement problématique. L'identification fiable d'une espèce animale est nettement plus difficile avec des appareils thermiques dans l'obscurité qu'en plein jour, ce qui augmente le risque de tirs erronés. La situation est encore plus grave pour les animaux blessés mais non tués sur le coup : la recherche au sang ne peut généralement commencer au plus tôt que le lendemain matin. L'animal blessé passe des heures dans une agonie, seul, dans le noir, sans aucune possibilité de secours. La protection de la faune allemande (Wildtierschutz Deutschland) constate : « Les animaux blessés par balle durant la nuit ne peuvent souvent plus être retrouvés lors de la recherche au sang – ce qui se traduit par une mort atroce. » Ce n'est pas de la chasse respectueuse. C'est de la souffrance organisée.

Au niveau fédéral, une motion visant à interdire les dispositifs de vision nocturne pour la chasse a été déposée au Conseil national suisse. Elle montre que le problème est désormais pris en compte politiquement. Une réglementation fédérale cohérente fait néanmoins toujours défaut. Le lobby de la chasse de loisir argue que les dispositifs de vision nocturne sont indispensables à une « régulation efficace du sanglier ». L'argument tourne en rond : la chasse de loisir contribue elle-même largement à créer le problème du sanglier à réguler, en décimant les prédateurs naturels, puis exige davantage de technologie pour le résoudre.

Pour en savoir plus : Dossier animaux sauvages, peur de mourir et absence d'étourdissement et Des méthodes de chasse cruelles envers les animaux – tolérées et encouragées

Drones : le « rabatteur venu du ciel »

Les drones utilisés à la chasse sont présentés par leurs partisans comme utiles pour sauver les faons de chevreuil des faucheuses. C'est légitime et, du point de vue de la protection animale, à saluer. Mais l'utilisation de drones comme outil de chasse actif relève d'une tout autre catégorie. Dans le canton de Glaris, le Conseil d'État a constaté que les drones pouvaient être employés comme des « rabatteurs aériens », qu'ils « dérangent directement » le gibier, ce qui contrevient au respect des usages de la chasse, et il a suggéré de réexaminer les prescriptions en matière de chasse. Il s'agit là d'un aveu remarquable : l'État reconnaît que les drones posent problème à la chasse – mais n'agit pas.

Les drones permettent de repérer, d'effaroucher et de diriger systématiquement les animaux sauvages depuis les airs. Pour les animaux concernés, cela constitue un élément supplémentaire de surveillance totale de leur habitat : aucun fourré n'offre plus de sécurité lorsqu'un drone tournoie au-dessus. Les chevreuils et les faons, qui en cas de danger « se plaquent » instinctivement au sol – c'est-à-dire restent immobiles dans les hautes herbes ou les sous-bois –, sont particulièrement exposés face aux drones. Cette stratégie de protection évolutive qu'est le fait de se plaquer au sol est exploitée et dévalorisée de manière ciblée par la chasse au drone.

L'Office fédéral de l'aviation civile (OFAC) réglemente l'espace aérien, mais pas l'utilisation détaillée des drones à des fins de chasse. L'association allemande de la chasse (Deutscher Jagdverband) a recommandé à ses membres de ne pas utiliser les drones pour rabattre ou déranger le gibier – mais il ne s'agit pas d'une limite contraignante. Il est laissé à la responsabilité individuelle des chasseurs de loisir de ne pas abuser d'une technologie qui confère à la chasse un avantage écrasant. L'histoire des technologies de chasse montre que l'on ne peut pas compter sur la retenue volontaire.

Pour en savoir plus : Dossier chasse en Suisse : vérification des faits, types de chasse, critiques et Alternatives à la chasse : ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux

Appeaux numériques : la tromperie érigée en système

Les appeaux numériques imitent avec une grande précision les cris de proies, de congénères ou de jeunes en détresse. Ils sont diffusés via des haut-parleurs Bluetooth et peuvent attirer des animaux depuis des centaines de mètres de distance. Le renard qui suit un cri de souris numérique n'a aucun moyen de reconnaître qu'il s'agit d'un piège. Le chevreuil mâle qui réagit à un cri de faon en détresse et croit protéger son petit d'un danger est tué précisément au moment où il exprime un instinct protecteur. Ce n'est pas une chasse à armes égales. C'est l'exploitation systématique d'instincts vieux de millions d'années, qui n'ont jamais prévu de protection contre un haut-parleur.

En Suisse, l'utilisation d'appareils sonores pour attirer le gibier est interdite dans de nombreux cantons, mais à peine contrôlée. Dans le commerce en ligne, des appeaux numériques contenant des centaines de cris d'animaux enregistrés sont librement disponibles, y compris des cris d'espèces protégées. Contrôler si un chasseur de loisir utilise un appeau numérique sur le terrain est pratiquement impossible. Ce qui n'est pas contrôlé se produit.

Les chasseurs de loisir justifient les appeaux numériques comme un «instrument proche de la nature», puisque les chasseurs utilisaient aussi autrefois des instruments d'appel. La comparaison boite: un instrument à feuille soufflé à la bouche exige du savoir-faire, produit une portée sonore limitée et est tout sauf précis. Un appareil numérique doté d'un haut-parleur GPS et de 300 cris d'animaux enregistrés en qualité HD est l'opposé de la proximité avec la nature. C'est l'emploi d'une technologie de consommation contre des animaux qui n'ont aucune chance de percevoir la différence.

Pour en savoir plus : Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique et Les chasseurs de loisir et leur plaisir de la maltraitance animale

La mosaïque suisse: une réglementation sans application

Ce qui caractérise particulièrement la Suisse en matière de technologie de chasse, c'est l'incohérence réglementaire totale. La souveraineté cantonale sur le droit de la chasse fait qu'une même technologie peut faire l'objet de jusqu'à 26 réglementations différentes dans les 26 cantons. Les caméras thermiques sont interdites dans le canton du Valais à l'initiative des chasseurs, autorisées pour l'observation dans le canton de Berne, et pas même mentionnées dans d'autres cantons. Les dispositifs de vision nocturne figurent explicitement comme moyens interdits à Appenzell Rhodes-Exterieures, tandis que la législation reste muette dans d'autres cantons. Les appeaux numériques sont, selon les cantons, tantôt interdits, tantôt tolérés, tantôt non réglementés.

L'application de la loi est structurellement quasiment impossible. Les gardes-faune sont peu nombreux, les territoires de chasse sont vastes et l'obscurité dans laquelle se déroule la chasse nocturne protège en plus les chasseurs de loisir. Un contrôle visant à vérifier si un tir a été effectué de nuit avec une lunette de visée à imagerie thermique est quasiment impossible à mener sans constat des faits sur place en temps réel. La conséquence est une situation juridique qui existe sur le papier, mais qui, dans la pratique, tolère de fait l'escalade technologique.

Au niveau fédéral, une motion visant à interdire les dispositifs de vision nocturne pour la chasse a été déposée. Reste à voir si le Parlement agira. Tant qu'il n'existe pas de réglementation fédérale, la protection des animaux sauvages contre la domination technologique reste tributaire de la bonne volonté de certaines associations cantonales. Ce n'est pas un système. C'est le hasard.

Pour en savoir plus : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux et Dossier chasse en Suisse

Le conte de fées de la chasse loyale

La chasse de loisir se justifie publiquement par la tradition, l'attachement à la nature et le principe consistant à laisser au gibier une chance équitable. La notion de « loyauté cynégétique » est ici centrale : elle suggère un traitement respectueux des animaux sauvages, une posture éthique qui distinguerait la chasse de loisir de la simple volonté de tuer. La réalité technologique dément ce récit à tous les niveaux.

Les caméras à imagerie thermique permettent de repérer les animaux dès avant le lever du jour et leur ôtent la nuit comme espace de protection. Les dispositifs de visée nocturne permettent de tirer dans l'obscurité totale et transforment les recherches au sang en une agonie de plusieurs heures. Les drones chassent le gibier hors de ses cachettes sûres, contre lesquelles il n'existe aucune stratégie de défense élaborée au fil de l'évolution. Les appeaux numériques détournent des instincts de protection et des réflexes d'accouplement vieux de centaines de milliers d'années. Aucun de ces outils n'a quoi que ce soit à voir avec la tradition ou l'attachement à la nature. Ils ont tous un point commun : ils maximisent l'avantage de l'être humain et réduisent à néant les chances de survie de l'animal sauvage.

Le canton de Genève démontre depuis 1974, et le Luxembourg depuis 2015, que la gestion de la faune sauvage fonctionne sans aucune forme de chasse de loisir. Quiconque chasse les animaux avec une technologie de type militaire a perdu le droit de se prévaloir de la tradition et de la loyauté cynégétique.

Pour en savoir plus : Genève et l'interdiction de la chasse : 50 ans sans chasse de loisir et Interdiction de la chasse en Suisse : pourquoi il est grand temps d'en finir avec la chasse de loisir

Ce qui devrait changer

  • Interdiction fédérale des lunettes de visée à imagerie thermique et des dispositifs de vision nocturne pour les chasseurs de loisir : Le développement technologique a dépassé le patchwork cantonal. Une interdiction des viseurs thermiques et des dispositifs de vision nocturne ancrée au niveau fédéral créerait une base uniforme pour toute la Suisse et permettrait une application effective.
  • Définition juridique claire des drones comme moyen de chasse interdit : Les drones utilisés pour repérer, effaroucher ou rabattre le gibier doivent être qualifiés, au niveau fédéral, de moyens auxiliaires interdits par le droit de la chasse.
  • Interdiction des appeaux numériques à l'échelle suisse : L'utilisation de dispositifs sonores numériques pour attirer les animaux sauvages doit être interdite dans toute la Suisse. Le commerce en ligne de tels appareils ne doit pas être empêché, mais leur utilisation sur un territoire de chasse public ou privé doit être passible de sanctions pénales.
  • Obligation de déclarer les tirs de nuit et les recherches au sang : Chaque tir effectué de nuit doit être annoncé, y compris le début de la recherche au sang et son résultat. Cela permettrait, pour la première fois, de recenser statistiquement l'ampleur réelle des animaux morts non retrouvés.
  • Formation obligatoire pour l'utilisation des nouvelles technologies : Quiconque souhaite utiliser des dispositifs thermiques à des fins d'observation, là où cela est autorisé, doit pouvoir justifier d'une formation attestée à l'identification sûre des animaux. Cela réduit les tirs erronés sur des espèces protégées.
  • Obligation de transparence pour le lobby de la chasse : Les fabricants et distributeurs de technologies de chasse doivent être tenus de déclarer leurs chiffres de vente aux autorités. C'est la seule façon de réguler rapidement la diffusion des nouvelles technologies. Interventions types : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse et Parlament.ch : Motion Interdiction des dispositifs de vision nocturne pour la chasse

Argumentaire

«Les dispositifs thermiques rendent la chasse plus sûre, car ils évitent les tirs erronés.» C'est l'inverse qui est démontré : l'identification de l'espèce et du sexe de l'animal par des températures proches de zéro degré, où les signatures thermiques sont similaires, est sujette à erreur. De plus, la précision supposée incite à des tirs qui ne seraient pas tentés en plein jour. Wildtierschutz Deutschland documente une augmentation des tirs erronés sur des espèces protégées lors de l'utilisation de dispositifs thermiques.

«La chasse de nuit est nécessaire pour la régulation du sanglier.» L'affirmation selon laquelle davantage de tirs réduiraient durablement la population de sangliers n'est pas scientifiquement fondée. Des études montrent que les sangliers compensent les pertes par une reproduction accrue. La véritable cause de la pression exercée par le sanglier – agriculture intensive, monocultures de maïs, absence de prédateurs – n'est pas éliminée par la chasse de nuit, mais simplement masquée.

«Les drones sauvent les faons – c'est pourtant positif.» L'utilisation de drones pour sauver les faons des faucheuses est expressément à saluer. Cela ne change rien au fait que la même technologie est utilisée comme outil de chasse pour effaroucher et rabattre le gibier. Défendre les deux simultanément relève d'une double morale qui se fait au détriment des animaux sauvages.

«Les chasseurs utilisaient déjà des appeaux électroniques autrefois – rien de nouveau.» Un chevreuillard en bois soufflé à la bouche et un haut-parleur Bluetooth contenant 300 cris d'animaux enregistrés en haute définition sont si fondamentalement différents que la comparaison ne tient pas. La différence décisive ne réside pas dans l'intention, mais dans l'effet : les appeaux électroniques sont si précis et portent si loin que l'animal n'a aucune chance de reconnaître l'imitation. Il ne s'agit pas d'un savoir-faire traditionnel, mais du déploiement d'une technologie contre un animal structurellement inférieur.

«La chasse de loisir se régule elle-même – le Valais le montre.» Le Valais montre le contraire : l'autorégulation n'a fonctionné que lorsque la pression sur le gibier était déjà si forte que les chasseurs eux-mêmes ont réagi. Miser sur une retenue volontaire sans cadre légal est irresponsable du point de vue de la politique de protection animale.

«La technologie est neutre – tout dépend de son usage.» La technologie n'est pas neutre lorsqu'elle crée des rapports de force asymétriques. Entre un animal sauvage qui ne peut compter que sur ses instincts évolutifs et un chasseur de loisir équipé d'une lunette à vision thermique, d'un drone et d'un appeau électronique, il n'y a plus de compétition. Il y a une exécution.

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Notre exigence

Les animaux sauvages ne sont pas des cibles. L'armement technologique de la chasse de loisir n'est pas un progrès, mais une capitulation devant le principe de proportionnalité : ce qui restait comme unique zone de protection pour les animaux sauvages – la nuit, le fourré, l'instinct – est systématiquement neutralisé par les caméras à vision thermique, les drones et les appeaux électroniques. La situation juridique suisse est un patchwork incontrôlable qui se fait au détriment des animaux sauvages. Les chasseurs de loisir se mettent en scène comme proches de la nature et respectueux de l'éthique cynégétique – mais celui qui chasse les animaux avec une technologie de précision militaire a perdu le droit à ce récit. Ce dossier est mis à jour en continu lorsque de nouvelles données, évolutions juridiques ou tendances techniques l'exigent.

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