23.10.2026, 02:27

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Chasse nocturne et haute technologie : le mythe de la chasse loyale

Environ 29’300 chasseuses et chasseurs de loisir sont actifs en Suisse (statistique fédérale de la chasse 2025). Nombre d’entre eux utilisent aujourd’hui des technologies qui, il y a encore une génération, étaient exclusivement réservées à l’armée et aux autorités de poursuite pénale : des caméras thermiques qui rendent visible la chaleur corporelle des animaux sauvages dans l’obscurité totale, des dispositifs de visée nocturne qui permettent des tirs précis sans aucune lumière du jour, des drones qui repèrent et rabattent les animaux sauvages depuis les airs, et des appeaux numériques qui détournent des instincts vieux de plusieurs millions d’années.

Ce que les chasseurs de loisir présentent comme un « exercice moderne de la chasse » et une « protection efficace de la faune » se révèle, à y regarder de plus près, être un système de domination technologique qui retire aux animaux sauvages leurs dernières zones de refuge : la nuit, le terrier, le fourré. Le récit de la tradition, de l’attachement à la nature et de la « chasse loyale » est ainsi définitivement réfuté.

En Suisse, le cadre juridique dans ce domaine est une mosaïque difficilement contrôlable : les cantons légifèrent chacun à leur manière, l’exécution est structurellement presque impossible et, au niveau fédéral, il existe certes depuis le 1er février 2025 une interdiction de la chasse de nuit en forêt (art. 3ter OChP) et une interdiction des drones (art. 2 OChP), mais aucune réponse cohérente à l’escalade technologique dans son ensemble. Ce dossier documente les faits, met en lumière les problèmes de protection animale et montre pourquoi une chasse de loisir technologiquement suréquipée est l’exact contraire d’une chasse loyale.

Ce qui vous attend ici

  • Caméras thermiques : Comment les animaux sauvages sont repérés avant même le crépuscule, pourquoi les chasseurs de loisir valaisans eux-mêmes ont réclamé une interdiction et ce que cela révèle sur la proportionnalité.
  • Dispositifs de vision nocturne : Pourquoi le tir de nuit est particulièrement problématique du point de vue de la protection animale, quels types de blessures il provoque et ce qu'il advient des animaux blessés dans l'obscurité.
  • Drones : Comment les drones sont utilisés comme « rabatteurs aériens », ce que le canton de Glaris et, depuis 2025, la Confédération en disent, et où se situe la frontière entre le sauvetage de faons et l’outil de chasse.
  • Appeaux numériques : Comment la chasse de loisir utilise les instincts évolutifs comme un piège, quels appareils sont librement disponibles et pourquoi le récit de la « concurrence loyale » est démonté.
  • La mosaïque suisse : Pourquoi 26 cantons produisent 26 réglementations différentes, ce que le Conseil fédéral constate en 2025 sur la situation juridique et pourquoi l’exécution est structurellement presque impossible.
  • Le mythe de la chasse loyale : Pourquoi la chasse high-tech et l'éthique de la chasse sont une contradiction insoluble.
  • Ce qui devrait changer : Six revendications concrètes pour une régulation proportionnée.
  • Argumentaire : Réponses aux justifications les plus fréquentes des chasseurs de loisir.
  • Liens rapides : Tous les articles, études et dossiers pertinents en un coup d'œil.

Caméras thermiques : chassées du refuge de l'obscurité

La caméra thermique est passée d'un outil de spécialiste à un équipement standard de la chasse de loisir. « Ces dispositifs de vision nocturne ont connu un véritable essor. Presque chaque groupe de chasse en possède un. La concurrence entre chasseurs s'en trouve accrue et la pression sur le gibier augmente », explique Sven Wirthner, du Service valaisan de la chasse, de la pêche et de la faune. La caméra permet de scruter les territoires de chasse à la recherche d'animaux dès avant le crépuscule ; les tirs sont ensuite effectués aux premières lueurs du jour sur les chevreuils et cerfs repérés durant la nuit. La nuit, qui constitue pour les animaux sauvages la zone de protection la plus importante sur le plan évolutif, est ainsi systématiquement annulée.

Même au sein des chasseurs de loisir, l'acceptation de cette pratique reste limitée. Le canton du Valais a interdit les caméras thermiques à l'initiative de ses propres chasseurs de loisir, non pas parce qu'une loi l'exigeait, mais parce que la pression exercée sur les animaux sauvages était devenue trop forte. «Les animaux doivent aussi avoir leur chance d'échapper aux chasseurs grâce à leur instinct», telle est la justification avancée en Valais. C'est remarquable: lorsque les chasseurs de loisir eux-mêmes jugent un outil trop efficace et donc déloyal, toute discussion sérieuse sur la protection animale devrait en faire son point de départ plutôt que de la reléguer au rang d'opinion isolée.

Dans le canton de Berne, les caméras thermiques sont légales pour l'observation, tant qu'elles ne sont pas utilisées directement comme aide de visée lors du tir. D'autres cantons appliquent d'autres règles. Au niveau du droit fédéral, seuls les dispositifs de visée nocturne et les combinaisons d'appareils à la fonction comparable sont interdits (art. 2 al. 1 let. e OChP); les appareils thermiques qui ne sont pas montés sur l'arme ne sont pas visés par cette interdiction, mais les cantons peuvent les restreindre ou les interdire sur la base de l'art. 2 al. 3 OChP (réponse du Conseil fédéral à la interpellation 25.3278, juin 2025). La pratique est illustrée par un jugement saint-gallois de septembre 2026: un chasseur de loisir d'Amden avait repéré et abattu des cerfs élaphes de nuit à l'aide d'une caméra thermique, puis avancé les heures de tir dans ses déclarations («Tout à fait courant dans les milieux de la chasse»). Le résultat est un avantage technologique qui exerce de fait une pression de chasse vingt-quatre heures sur vingt-quatre et ne laisse plus aucune phase de repos aux animaux sauvages. Du point de vue de la protection animale, la pression de chasse chronique n'est pas un problème marginal: le stress permanent élève le taux de cortisol, perturbe les cycles de reproduction, augmente les risques d'accident lors des fuites et affaiblit les défenses immunitaires.

Pour en savoir plus : Psychologie de la chasse et Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique

Dispositifs de vision nocturne : quand l'animal n'a plus aucune chance

Alors que les caméras thermiques servent à la reconnaissance, les dispositifs de visée nocturne et les lunettes de visée thermiques vont encore plus loin : ils permettent de tirer directement dans l'obscurité totale. La situation juridique en matière de chasse est en soi contradictoire. En Allemagne, les lunettes de visée thermiques en tant qu'appareils additionnels sont autorisées dans plusieurs Länder pour la chasse au sanglier ; les lunettes de visée thermiques entièrement intégrées restent en revanche interdites. En Suisse, l'ordonnance fédérale sur la chasse interdit les dispositifs de visée nocturne et les combinaisons d'appareils ayant une fonction comparable (art. 2, al. 1, let. e OChP), y compris donc les appareils thermiques additionnels montés sur l'arme. Les cantons peuvent toutefois accorder des autorisations exceptionnelles à des chasseurs de loisir spécialement formés, par exemple pour prévenir les dégâts causés par la faune ou pour la recherche au sang (art. 3 OChP) ; le canton de Soleure dispose d'ailleurs d'une fiche d'information spécifique à ce sujet. La conséquence : le même appareil est interdit dans un canton et utilisé avec autorisation dans un autre. Dans le canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures, il existe une fiche d'information officielle qui mentionne explicitement les dispositifs de visée nocturne comme moyens auxiliaires interdits.

Du point de vue de la protection animale, le tir de nuit est particulièrement problématique. L'identification sûre d'une espèce animale est nettement plus difficile avec des appareils thermiques dans l'obscurité qu'en plein jour, ce qui rend les tirs erronés plus probables. La situation est plus grave encore pour les animaux blessés par balle mais non tués sur le coup : la recherche au sang ne peut généralement commencer qu'au lendemain matin. L'animal blessé passe des heures à agoniser, seul, dans le noir, sans aucune possibilité d'être secouru. Wildtierschutz Deutschland le souligne : « Les animaux blessés par balle de nuit ne peuvent souvent plus être retrouvés lors de la recherche au sang, avec pour résultat une mort dans d'atroces souffrances. » Ce n'est pas de la chasse honorable. C'est de la souffrance organisée.

Au niveau fédéral, la pression politique est allée dans la direction opposée en 2025 : avec la interpellation 25.3278 le conseiller national UDC Nicolas Kolly a demandé si le Conseil fédéral serait prêt à autoriser les dispositifs de vision nocturne pour une «pratique de la chasse meilleure et plus sûre». En juin 2025, le Conseil fédéral a constaté que les dispositifs de visée nocturne restent interdits, que les appareils thermiques sans montage sur une arme ne sont pas couverts par le droit fédéral et qu'il juge adéquate la réglementation actuelle, marge de manœuvre cantonale comprise. Il manque donc toujours une réglementation fédérale cohérente pour les appareils thermiques. Le lobby de la chasse de loisir soutient que les dispositifs de visée nocturne sont indispensables à une «régulation efficace des sangliers». L'argument tourne en rond: la chasse de loisir contribue largement à créer le problème des sangliers à réguler en décimant les prédateurs naturels, puis exige davantage de technique pour le résoudre.

Pour en savoir plus : Dossier Pourquoi le droit de la protection animale s'arrête à la limite de la forêt et Méthodes de chasse cruelles : tolérées et encouragées

Drones : le « rabatteur venu du ciel »

Les drones à la chasse sont présentés par leurs partisans comme utiles pour sauver les faons de chevreuil des faucheuses. C'est légitime et à saluer du point de vue de la protection animale. Mais l'utilisation de drones comme outil de chasse actif relève d'une tout autre catégorie. Dans le canton de Glaris, le Conseil d'État a constaté que les drones peuvent être employés comme «rabatteurs aériens», qu'ils «perturbent directement» le gibier, ce qui contrevient à l'éthique de la chasse (Weidgerechtigkeit), et il a suggéré un réexamen des prescriptions de chasse. Entre-temps, la Confédération a agi: depuis le 1er février 2025, les aéronefs civils sans équipage sont interdits pour la chasse par le droit fédéral, sauf pour une utilisation par des personnes qualifiées en vue du sauvetage des faons (art. 2 al. 1 let. o OChP).

Les drones permettent de repérer, de débusquer et de diriger systématiquement les animaux sauvages depuis les airs. Pour les animaux concernés, cela représente un élément supplémentaire de surveillance totale de leur habitat: plus aucun fourré n'offre de sécurité lorsqu'un drone tournoie au-dessus. Les chevreuils et les faons, qui en cas de danger se «tapissent» instinctivement (c'est-à-dire restent immobiles dans les hautes herbes ou le sous-bois), sont particulièrement exposés aux drones. Ce comportement de tapissement, stratégie de protection acquise au fil de l'évolution, est délibérément exploité et rendu inopérant par la chasse au drone.

L'interdiction constitue un progrès, mais elle ne vaut que par son application : qu'un drone survole la forêt pour chercher des faons ou pour inquiéter le gibier, on ne peut guère le distinguer de l'extérieur, et les contrôles à la tombée de la nuit ne sont pratiquement jamais effectués. En Allemagne, l'Association allemande de la chasse (Deutscher Jagdverband) s'est contentée de recommander à ses membres de ne pas utiliser de drones pour rabattre ou inquiéter le gibier ; ce n'est pas une barrière contraignante. L'histoire de la technologie cynégétique montre qu'on ne peut pas compter sur la retenue volontaire.

Pour en savoir plus : Dossier La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et mythes et Alternatives à la chasse de loisir : ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux

Appeaux numériques : la tromperie érigée en système

Les appeaux numériques imitent avec une grande précision les cris de proies, de congénères ou de jeunes en détresse. Ils sont diffusés via des haut-parleurs Bluetooth et peuvent attirer des animaux depuis des centaines de mètres de distance. Le renard qui suit un cri de souris numérique n'a aucun moyen de reconnaître qu'il s'agit d'un piège. Le chevreuil mâle qui réagit à un cri de faon en détresse et croit protéger son petit d'un danger est tué précisément au moment où il exprime un instinct protecteur. Ce n'est pas une chasse à armes égales. C'est l'exploitation systématique d'instincts vieux de millions d'années, qui n'ont jamais prévu de protection contre un haut-parleur.

En Suisse, les appareils électroniques de diffusion sonore servant à attirer les animaux sont interdits par le droit fédéral (art. 2 al. 1 let. e OChP), mais guère contrôlés. Dans le commerce en ligne, des appeaux numériques contenant des centaines de voix animales enregistrées sont librement disponibles, y compris des voix d'espèces protégées. Contrôler si un chasseur de loisir utilise un appeau numérique sur le terrain est pratiquement impossible. Ce qui n'est pas contrôlé a lieu.

Les chasseurs de loisir justifient les appeaux numériques comme un « instrument proche de la nature », au motif que les chasseurs de loisir auraient déjà utilisé des instruments d'appel par le passé. La comparaison ne tient pas : un appeau à anche soufflé à la bouche exige de l'habileté, produit une portée sonore limitée et n'a rien de précis. Un appareil numérique doté d'un haut-parleur GPS et de 300 cris d'animaux enregistrés en haute définition est le contraire de la proximité avec la nature. C'est l'emploi d'une technologie grand public contre des animaux qui n'ont aucune chance d'en percevoir la différence.

Pour en savoir plus : Mythes de la chasse : 12 affirmations à examiner d'un œil critique et Les chasseurs de loisir et leur plaisir de la maltraitance animale

La mosaïque suisse: une réglementation sans application

Ce qui distingue particulièrement la Suisse en matière de technologie cynégétique, c'est l'incohérence réglementaire complète. La souveraineté cantonale en matière de droit de la chasse fait que, pour une même technologie, il peut exister jusqu'à 26 réglementations différentes dans les 26 cantons. Les caméras thermiques sont interdites dans le canton du Valais à l'initiative des chasseurs de loisir, autorisées pour l'observation dans le canton de Berne, et pas même mentionnées dans d'autres cantons. Les dispositifs de visée nocturne sont interdits par le droit fédéral, mais de nouveau admis par le biais d'autorisations exceptionnelles cantonales selon l'art. 3 OChP, par exemple dans le canton de Soleure. Les appeaux numériques sont interdits par le droit fédéral, mais le contrôle reste cantonal et lacunaire.

L'application de la loi est structurellement quasiment impossible. Les gardes-faune sont peu nombreux, les territoires de chasse sont vastes et l'obscurité dans laquelle se déroule la chasse nocturne protège en plus les chasseurs de loisir. Un contrôle visant à vérifier si un tir a été effectué de nuit avec une lunette de visée à imagerie thermique est quasiment impossible à mener sans constat des faits sur place en temps réel. La conséquence est une situation juridique qui existe sur le papier, mais qui, dans la pratique, tolère de fait l'escalade technologique.

Au niveau fédéral, le Conseil fédéral ne voit aucune nécessité d'agir : dans sa réponse à l'interpellation 25.3278, il a qualifié la réglementation actuelle d'adéquate en juin 2025. Tant qu'il n'existe aucune réglementation fédérale sur les dispositifs d'imagerie thermique, la protection des animaux sauvages contre la domination technologique dépend de la bonne volonté de quelques associations cantonales. Ce n'est pas un système. C'est le hasard.

Pour en savoir plus : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse dans les parlements cantonaux et Dossier La chasse en Suisse : chiffres, systèmes et mythes

Le conte de fées de la chasse loyale

La chasse de loisir se justifie publiquement par la tradition, l'attachement à la nature et le principe consistant à laisser au gibier une chance équitable. La notion de « loyauté cynégétique » est ici centrale : elle suggère un traitement respectueux des animaux sauvages, une posture éthique qui distinguerait la chasse de loisir de la simple volonté de tuer. La réalité technologique dément ce récit à tous les niveaux.

Les caméras à imagerie thermique permettent de repérer les animaux dès avant le lever du jour et leur ôtent la nuit comme espace de protection. Les dispositifs de visée nocturne permettent de tirer dans l'obscurité totale et transforment les recherches au sang en une agonie de plusieurs heures. Les drones chassent le gibier hors de ses cachettes sûres, contre lesquelles il n'existe aucune stratégie de défense élaborée au fil de l'évolution. Les appeaux numériques détournent des instincts de protection et des réflexes d'accouplement vieux de centaines de milliers d'années. Aucun de ces outils n'a quoi que ce soit à voir avec la tradition ou l'attachement à la nature. Ils ont tous un point commun : ils maximisent l'avantage de l'être humain et réduisent à néant les chances de survie de l'animal sauvage.

Le canton de Genève démontre depuis 1974 que la gestion de la faune sauvage fonctionne sans aucune forme de chasse de loisir ; le Luxembourg a aboli la chasse au renard en 2015. Celui qui chasse les animaux avec une technologie militaire a perdu le droit d'invoquer la tradition et l'éthique de la chasse.

Pour en savoir plus : Genève et l'interdiction de la chasse : 50 ans sans chasse de loisir et Interdiction de la chasse en Suisse : pourquoi il est grand temps d'en finir avec la chasse de loisir

Ce qui devrait changer

  • Une interdiction fédérale sans échappatoire cantonale : Les dispositifs de visée nocturne sont certes interdits par le droit fédéral, mais les cantons peuvent accorder des dérogations (art. 3 OChP). Ces exceptions doivent être supprimées, et les dispositifs d'imagerie thermique portatifs doivent également être interdits au niveau fédéral, afin de créer une base uniforme pour toute la Suisse et de rendre l'exécution possible.
  • Faire appliquer strictement l'interdiction des drones : Depuis 2025, les drones sont interdits pour la chasse par le droit fédéral (art. 2 al. 1 let. o OChP). L'exception prévue pour le sauvetage des faons ne doit pas devenir une échappatoire : les interventions doivent être annoncées et documentées, et les infractions poursuivies de manière systématique.
  • Faire appliquer l'interdiction des appeaux numériques : L'utilisation d'appareils sonores numériques pour attirer les animaux sauvages est interdite par le droit fédéral ; cette interdiction doit être contrôlée et toute infraction sanctionnée par le retrait de l'autorisation de chasser. Le commerce en ligne de tels appareils ne peut pas être empêché, mais leur utilisation sur les territoires de chasse publics et privés doit être passible de sanctions.
  • Obligation de déclarer les tirs de nuit et les recherches au sang : Chaque tir effectué de nuit doit être annoncé, y compris le début de la recherche au sang et son résultat. Cela permettrait, pour la première fois, de recenser statistiquement l'ampleur réelle des animaux morts non retrouvés.
  • Formation obligatoire pour l'utilisation des nouvelles technologies : Quiconque souhaite utiliser des dispositifs thermiques à des fins d'observation, là où cela est autorisé, doit pouvoir justifier d'une formation attestée à l'identification sûre des animaux. Cela réduit les tirs erronés sur des espèces protégées.
  • Obligation de transparence pour le lobby de la chasse : Les fabricants et distributeurs de technologies de chasse doivent être tenus de déclarer leurs chiffres de vente aux autorités. C'est la seule façon de réguler rapidement la diffusion des nouvelles technologies. Interventions types : Textes types pour des interventions critiques envers la chasse et Parlament.ch : interpellation 25.3278 et réponse du Conseil fédéral sur les dispositifs de vision nocturne

Argumentaire

«Les dispositifs thermiques rendent la chasse plus sûre, car ils évitent les tirs erronés.» C'est l'inverse qui est démontré : l'identification de l'espèce et du sexe de l'animal par des températures proches de zéro degré, où les signatures thermiques sont similaires, est sujette à erreur. De plus, la précision supposée incite à des tirs qui ne seraient pas tentés en plein jour. Wildtierschutz Deutschland documente une augmentation des tirs erronés sur des espèces protégées lors de l'utilisation de dispositifs thermiques.

«La chasse de nuit est nécessaire pour la régulation du sanglier.» L'affirmation selon laquelle davantage de tirs feraient baisser durablement la population de sangliers n'est pas scientifiquement défendable. Des études montrent que les sangliers compensent leurs pertes par une reproduction accrue. La véritable cause de la pression des sangliers (agriculture intensive, monocultures de maïs, absence de prédateurs) n'est pas éliminée par la chasse nocturne, mais masquée.

«Les drones sauvent des faons, c'est quand même positif.» L'utilisation de drones pour sauver les faons des faucheuses est expressément à saluer. Cela ne change rien au fait que la même technologie est utilisée comme outil de chasse pour effaroucher et rabattre le gibier. Défendre les deux simultanément relève d'une double morale qui se fait au détriment des animaux sauvages.

«Les chasseurs de loisir utilisaient déjà des appeaux numériques autrefois, ce n'est pas nouveau.» Un chevreuillard en bois soufflé à la bouche et un haut-parleur Bluetooth contenant 300 cris d'animaux enregistrés en haute définition sont si fondamentalement différents que la comparaison ne tient pas. La différence décisive ne réside pas dans l'intention, mais dans l'effet : les appeaux électroniques sont si précis et portent si loin que l'animal n'a aucune chance de reconnaître l'imitation. Il ne s'agit pas d'un savoir-faire traditionnel, mais du déploiement d'une technologie contre un animal structurellement inférieur.

«La chasse de loisir s'autorégule, le Valais le prouve.» Le Valais montre le contraire : l'autorégulation n'a fonctionné que lorsque la pression sur le gibier était déjà si forte que les chasseurs de loisir ont réagi eux-mêmes. Miser sur une retenue volontaire sans cadre légal est irresponsable du point de vue de la politique de protection animale.

« La technologie est neutre en soi, tout dépend de son utilisation. » La technologie n'est pas neutre lorsqu'elle crée des rapports de force asymétriques. Entre un animal sauvage qui ne peut compter que sur ses instincts évolutifs et un chasseur de loisir équipé d'une lunette à vision thermique, d'un drone et d'un appeau électronique, il n'y a plus de compétition. Il y a une exécution.

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Notre exigence

Les animaux sauvages ne sont pas des cibles. L'armement technologique de la chasse de loisir n'est pas un progrès, mais une capitulation devant le principe de proportionnalité : ce qui restait aux animaux sauvages comme seule zone de protection (la nuit, le fourré, l'instinct) est systématiquement neutralisé par les caméras thermiques, les drones et les appeaux numériques. La situation juridique suisse est un patchwork incontrôlable, qui se fait au détriment des animaux sauvages. Les chasseurs de loisir se présentent comme proches de la nature et respectueux de l'éthique de la chasse, mais celui qui chasse les animaux avec une technologie de précision militaire a perdu le droit à ce récit. Ce dossier est mis à jour en continu dès que de nouvelles données, des évolutions juridiques ou des tendances techniques l'exigent.

Plus d'informations sur la chasse de loisir : dans notre Dossier sur la chasse nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.