Qu'est-ce que la chasse à l'affût ?
Comment les chasseurs amateurs abattent des prédateurs en hiver sur des sites d'appâtage.
La chasse à l'affût est une forme de chasse amateur dans laquelle les chasseurs de loisir «attendent» le gibier sur ses passages habituels.
Le terme «pass» ne désigne pas, dans le vocabulaire cynégétique, un col de montagne, mais le chemin régulièrement emprunté par le gibier à travers son territoire. Les chasseurs de loisir se postent à ces passages, souvent dans des bâtiments fixes tels que des petits abris d'affût, des mayens ou des granges, et attendent qu'un animal apparaisse à portée de tir.
Dans la pratique cynégétique suisse, la chasse à l'affût est presque exclusivement une chasse nocturne aux carnassiers à poil. Les espèces visées sont le renard, le blaireau, la fouine ainsi que des néozoaires introduits comme le raton laveur et le chien viverrin. Elle se déroule à l'automne tardif et en hiver, et se prolonge jusqu'à fin février dans certains cantons.
Déroulement : site d'appâtage, abri d'affût, veille nocturne
Les chasseurs de loisir aménagent typiquement ce que l'on appelle un agrainage ou un site d'appâtage. On y dépose de la nourriture pour chats ou chiens, des déchets d'abattoir, des abats ou de petits animaux morts afin d'attirer renards, blaireaux et martres. Les animaux s'habituent à ce point de nourrissage, le fréquentent régulièrement et perdent leur méfiance.
Le chasseur de loisir se tient dans un bâtiment fixe à proximité, souvent pourvu d'une fenêtre camouflée, et abat les prédateurs à une distance généralement inférieure à 35 mètres. La durée de l'affût est fixée dans la plupart des cantons à la période nocturne, par exemple dans le canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures de 17h à 7h. Les chiens et les sources lumineuses artificielles y sont généralement interdits, tandis que les dispositifs de visée nocturne à amplificateur d'image sont désormais autorisés dans plusieurs cantons.
Cadre juridique
La chasse à l'affût emprunte une porte dérobée sur le plan juridique. Depuis le 1er février 2025, une interdiction fédérale de chasse nocturne en forêt est en vigueur en Suisse (art. 3ter al. 1 OChP). La chasse à l'affût aux prédateurs chassables en hiver, notamment le renard, le blaireau, la martre et le raton laveur, en est expressément exclue. Les cantons peuvent en outre accorder des dérogations s'ils font valoir des dommages causés par le gibier.
Le canton d'Argovie précise dans une circulaire de 2025 que l'interdiction de la chasse nocturne en forêt s'applique de manière générale, mais que la chasse à l'affût des animaux nuisibles en hiver en est exemptée. Le canton des Grisons mentionne explicitement le renard, le blaireau et la martre dans ses règlements de chasse parmi les espèces pouvant être chassées à l'affût. En Appenzell Rhodes-Extérieures, les renards, les fouines et les blaireaux sont les seules espèces cibles autorisées pour la chasse à l'affût. Les détails de la situation juridique et des divergences cantonales sont documentés dans le Dossier Lois sur la chasse et contrôle.
Pourquoi la chasse à l'affût est problématique du point de vue de la protection des animaux
Plusieurs éléments font de la chasse à l'affût une pratique particulièrement critiquée.
Premièrement, elle exploite la période de détresse hivernale des animaux. En hiver, les renards, blaireaux et martres sont soumis à une pression énergétique, les jeunes de l'année précédente sont encore en développement, et les femelles gestantes sont déjà actives dès janvier et février. Les tirs touchent fréquemment des parents en charge de leur progéniture, dont les petits meurent ensuite de faim dans leur terrier.
Deuxièmement, elle repose sur un apprivoisement délibéré. Les animaux sont attirés par de la nourriture, s'habituent au lieu de nourrissage et sont abattus alors qu'ils ont perdu leur méfiance. Cela va à l'encontre du principe de la loyauté cynégétique que les chasseurs amateurs revendiquent pourtant pour eux-mêmes.
Troisièmement, elle est écologiquement inefficace, voire contre-productive. La chasse au renard ne réduit de manière fiable ni la rage ni l'échinococcose, déstabilise les populations et accentue les mouvements migratoires. Des éléments de contexte sont disponibles dans l'article Chasse au petit gibier et maladies de la faune sauvage.
Quatrièmement, elle perturbe également les espèces non chassées. Les coups de feu pendant les périodes de repos hivernales dérangent les chevreuils, les chamois et d'autres espèces dans leur bilan énergétique. Le Dossier Chasse et biodiversité replace ces effets cumulatifs dans leur contexte.
La chasse à l'affût et le principe de la « porte dérobée »
L'interdiction de la chasse nocturne en forêt a été présentée en 2025 comme une mesure de protection de la faune sauvage. Dans la pratique, c'est précisément la forme de chasse qui suscite le plus de passion dans le milieu des chasseurs amateurs qui reste autorisée : la chasse nocturne aux prédateurs. L'article Comment la Suisse continue d'abattre des renards la nuit montre comment cette exception est mise en œuvre au niveau cantonal.
Quelque 25'000 renards sont tués chaque année en Suisse, dont une part considérable lors de chasses à l'affût. L'Analyse des actes de cruauté envers les animaux dans la chasse au renard décrit les déroulements concrets aux places d'appâtage.
Le contraste : Genève
Dans le canton de Genève, il n'existe plus de chasse de loisir privée depuis 1974. La population avait alors voté en faveur de l'abolition de la chasse milicienne. Depuis lors, les éventuelles régulations des populations sont assurées par des gardes-faune professionnels employés par l'État. Lors de la dernière saison de chasse, zéro renard n'a été abattu à Genève pour le plaisir des chasseurs. Cela démontre qu'une Suisse sans chasse à l'affût non seulement est concevable, mais est une réalité depuis plus de cinquante ans.
Conclusion
La chasse à l'affût est une chasse nocturne en poste fixe ciblant les prédateurs sur des sites d'appâtage. Elle est problématique du point de vue de la protection des animaux, écologiquement inefficace, et n'est juridiquement tolérée que grâce à une dérogation spécifique inscrite dans l'ordonnance sur la chasse. La restriction de la chasse nocturne de 2025, pourtant formulée comme une mesure de protection, laisse précisément intacte la forme de chasse qui coûte la vie au plus grand nombre de prédateurs.
Une politique honnête de protection de la faune sauvage supprimerait de l'ordonnance sur la chasse l'exception accordée à la chasse à l'affût pour les animaux de proie. Genève démontre depuis des décennies que l'on peut très bien s'en passer.
Sources
- Ordonnance sur la chasse (OChP), RS 922.01, art. 3ter al. 1
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (LChP), RS 922.0
- Canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures, prescriptions de chasse 2025/2026
- Canton des Grisons, prescriptions d'exploitation de la chasse 2022
- Canton de Berne, Inspectorat de la chasse, informations sur l'interdiction de la chasse nocturne 2025
- Canton d'Argovie, circulaire chasse 2025
Contenus complémentaires
- Dossier chasse à l'affût
- Comment la Suisse continue d'abattre des renards la nuit
- Chasse au petit gibier et maladies de la faune sauvage
- Chasseurs suisses : mettre fin aux mauvais traitements lors de la chasse au renard
- Dossier chasse et biodiversité
- Dossier lois sur la chasse et contrôle
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