Venaison et risques pour la santé : ce que montrent les études
Plomb, parasites et PFAS : la face cachée de la consommation de viande de gibier.
La venaison est commercialisée comme un aliment naturel et sain, pourtant les résidus de plomb provenant des munitions de chasse, les parasites, la charge microbienne et l'absence de contrôles obligatoires de la viande en font un aliment présentant un profil de risque spécifique.
Les autorités suisses et européennes ont reconnu ce risque, avec des recommandations qui s'apparentent à une mise en garde pour une grande partie de la population. L'OSAV déconseille aux enfants de moins de sept ans, aux femmes enceintes et aux femmes allaitantes de consommer de la viande de gibier lorsque l'utilisation de munitions au plomb ne peut être exclue.
Le plomb des munitions de chasse : invisible, mais détectable
Lorsqu'une balle en plomb pénètre dans un corps animal, elle se fragmente. Les fragments se dispersent dans la chair, parfois loin du canal de tir et de la zone de blessure. Ils sont invisibles à l'œil nu et ne sont neutralisés ni par la cuisson, ni par la congélation, ni par le chauffage.
Une étude (PLOS ONE) a démontré que les personnes consommant du gibier abattu avec des munitions plombées absorbent effectivement du plomb. En Suisse, selon une étude de la STS de 2022, cinq des treize échantillons de produits à base de viande de gibier issus de la chasse de loisir locale présentaient des concentrations en plomb supérieures à la valeur limite de 0,05 mg/kg.
L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) recommande que les enfants jusqu'à 7 ans, les femmes enceintes, les femmes allaitantes et les femmes désireuses d'avoir des enfants évitent autant que possible de consommer du gibier lorsqu'il ne peut être exclu que celui-ci ait été abattu avec des munitions au plomb. L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) formule la même recommandation.
Aucune valeur limite sûre pour le plomb
Le plomb est nocif à n'importe quelle concentration, il n'existe aucun seuil en dessous duquel aucun effet n'est observé. Dès 3,5 microgrammes par décilitre de sang, le plomb peut provoquer des troubles comportementaux chez les enfants. L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) estime qu'une interdiction générale des munitions au plomb à la chasse dans l'UE permettrait d'éviter chaque année la perte de QI d'environ 7 000 enfants dans les ménages consommant régulièrement de la viande de gibier.
Les familles de chasseurs amateurs avec une consommation personnelle élevée sont particulièrement exposées : selon des enquêtes, les ménages de chasseurs amateurs suisses consomment jusqu'à 90 portions de gibier par an. Le dossier Munitions au plomb indique que la Commission européenne propose depuis février 2025 une interdiction générale des projectiles en plomb pour la chasse de loisir et le tir sportif, sans qu'un accord ait été trouvé à ce jour.
Parasites : risque de trichinose chez le sanglier
Les sangliers sont considérés comme des gibiers à haut risque pour la trichinellose, une zoonose provoquée par le ver nématode Trichinella spiralis. Une infection peut survenir par la consommation de viande insuffisamment cuite et entraîne de graves inflammations musculaires.
En Suisse, il existe une obligation de contrôle de la trichinose pour les porcs domestiques et les sangliers. Toutefois, ce contrôle ne porte que sur une partie du gibier effectivement consommé. Ce qui est abattu, éviscéré et consommé dans un cadre privé n'est soumis à aucune inspection sanitaire standardisée, contrairement aux animaux d'abattoir dont l'ensemble du processus de traitement est documenté et contrôlé.
Risques hygiéniques : ce qui se passe entre le coup de feu et l'assiette
À l'abattoir, des normes strictes s'appliquent : étourdissement, saignée immédiate, réfrigération selon des protocoles définis, séparation de la viande et du contenu intestinal, documentation continue. Dans la chasse de loisir, aucune de ces étapes n'est standardisée.
Après la mort, l'autolyse et la prolifération microbienne commencent immédiatement. La chaleur, les longues périodes d'attente sur le terrain avant la récupération, le contact avec les mouches, la saleté, le pelage et le sol augmentent la contamination. En cas de tir abdominal — résultat fréquent — le contenu intestinal s'écoule et contamine considérablement la viande. Le stress lié à la traque, à la pression des chiens et à la fuite modifie le pH de la viande et accroît les processus oxydatifs, entraînant une détérioration plus rapide.
Food Standards Scotland (2020) a constaté un risque accru de contamination par des STEC (Escherichia coli producteurs de shigatoxines) dans le gibier. Le dossier Viande de gibier en Suisse résume ces facteurs de risque et souligne que «régional» n'est pas un label d'hygiène ou de santé, mais une indication d'origine sans normes définies.
Le mythe du «gibier bio»
La venaison est souvent commercialisée comme « gibier bio » : élevé naturellement, vivant en liberté, sans antibiotiques. Pourtant, « gibier bio » n'est pas un label reconnu. Il n'existe pas de standards définis, pas de contrôles, pas de documentation obligatoire. Ce qui, à l'achat, semble être un produit naturel n'est en réalité qu'un terme marketing sans valeur juridique.
Dans la province d'Ontario (Canada), le gibier issu de la chasse de loisir ne peut pas être vendu dans le commerce, car il ne satisfait pas aux exigences légales en matière d'inspection et de traçabilité. En Suisse, la vente directe est possible sans contrôle standardisé — une lacune réglementaire qu'aborde explicitement le Dossier Viande de gibier en Suisse .
Les maladies de la faune sauvage et leurs modes de transmission
La chasse de loisir n'influence pas seulement la viande qui se retrouve dans l'assiette ; elle influe également sur la dynamique des maladies au sein des populations animales sauvages. Le Dossier Chasse et maladies de la faune sauvage établit que la chasse au renard augmente le risque de borréliose, d'encéphalite à tiques (FSME) et de hantavirus, car les renards régulent naturellement les populations de rongeurs. Moins de renards signifie plus de rongeurs, plus de tiques et davantage de cas de zoonoses.
Le ténia du renard (Echinococcus multilocularis) illustre le même lien : une étude menée à Nancy sur quatre ans a documenté que l'infestation dans les zones chassées est passée de 40 à 55 %, tandis qu'elle restait stable dans la zone témoin. La conclusion des auteurs de l'étude : la chasse au renard constitue « un paradigme inapproprié » pour lutter contre le ténia du renard.
La peste porcine africaine : la chasse de loisir comme facteur de risque
La peste porcine africaine (PPA) est une maladie virale presque toujours mortelle pour les porcs, mais inoffensive pour l'être humain. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et d'autres instances d'experts soulignent néanmoins que la chasse de loisir intensive sur les sangliers peut accélérer la propagation du virus, car elle effraie les animaux, les disperse sur de grandes distances et crée ainsi de nouvelles zones de contact. Le Dossier La peste porcine comme justification de la chasse de loisir documente comment la PPA est néanmoins instrumentalisée comme argument en faveur d'une chasse de loisir accrue.
Le principal vecteur de transmission de la PPA sur de longues distances, c'est l'être humain : via des produits carnés contaminés, du matériel de chasse, des véhicules et des provisions de voyage.
Le manque de transparence comme problème structurel
Qui achète de la venaison, que ce soit au restaurant, chez le boucher ou directement auprès d'un chasseur amateur, ne sait généralement pas avec quelle munition l'animal a été abattu, combien de temps il a attendu avant d'être réfrigéré, quelle zone de blessure était concernée ou si une recherche au sang a été nécessaire. Ces informations sont pourtant déterminantes pour évaluer le risque, mais elles ne sont pas disponibles.
La recommandation de l'OSAV s'adresse explicitement aux groupes vulnérables. Elle reconnaît ainsi indirectement qu'une sécurité totale ne peut être garantie pour la venaison issue de la chasse de loisir, tant qu'il n'existe pas de documentation sur les munitions à plomb, de contrôle hygiénique standardisé ni d'étiquetage transparent de l'origine.
Conclusion
La venaison n'est pas un aliment automatiquement sûr. Les résidus de plomb provenant des munitions de chasse, les risques parasitaires, les incertitudes hygiéniques et l'absence de contrôle en font un produit qui devrait faire l'objet d'une déclaration transparente, incluant des informations sur le type de munition, la zone d'impact, le moment de la réfrigération et le résultat de l'inspection des viandes. Tant que ces normes font défaut, la commercialisation de la venaison comme aliment particulièrement sain ou naturel est trompeuse. Les autorités ont reconnu le profil de risque, mais n'ont jusqu'à présent introduit aucune norme obligatoire.
Sources
- OSAV (Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires) : recommandations de consommation pour la viande de gibier
- BfR (Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques) : recommandations sur le plomb dans la viande de gibier
- PSA (Protection Suisse des Animaux) : étude sur le plomb dans la viande de gibier, 2022
- ECHA : Restriction Report Lead in Shot, Bullets and Fishing Tackle, 2023
- Food Standards Scotland (2020) : contamination par les STEC dans la venaison
- Étude de Nancy sur l'échinocoque du renard dans les zones chassées vs. non chassées
- EFSA : avis sur la peste porcine africaine et la chasse de loisir
- LPA, RS 455 ; Loi sur les denrées alimentaires (LDAl), RS 817.0
Contenus complémentaires
- La viande de gibier en Suisse
- Munitions au plomb et substances toxiques environnementales liées à la chasse de loisir
- Chasse et maladies de la faune sauvage
- La peste porcine comme justification de la chasse de loisir
- Chasse et protection des animaux
Soutiens notre travail
Ton don nous aide à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don→