Corridors fauniques en Suisse : fonctions, faits et critiques de la chasse
Les corridors comme artères de la biodiversité et le rôle des chasseurs de loisir.
Que sont les corridors fauniques et pourquoi sont-ils nécessaires ?
Les corridors fauniques sont des axes de liaison entre des habitats isolés, permettant aux animaux sauvages de se déplacer, de se disperser et d'échanger leurs gènes.
En Suisse, plus de 300 de ces corridors ont été identifiés, dont beaucoup sont interrompus par des routes, des zones urbanisées et une utilisation intensive des terres. Les abattages ne résolvent pas le problème de la fragmentation des habitats ; au contraire, les chasseurs de loisir aggravent la situation de stress et poussent les animaux vers des zones inappropriées.
Qu'est-ce qu'un corridor faunique et comment fonctionne-t-il ?
Un corridor faunique est une bande de territoire ou un axe de liaison reliant deux ou plusieurs habitats entre eux. Il doit être suffisamment large pour que les animaux veuillent et puissent l'emprunter, et il doit être suffisamment préservé de toute perturbation pour que les animaux le traversent effectivement. Un corridor sur le papier, coupé par une route à fort trafic ou un site industriel non sécurisé, ne remplit pas sa fonction.
Les corridors ne servent pas uniquement aux déplacements d'individus isolés, mais à l'échange génétique à long terme entre populations. Sans cet échange, la consanguinité, la baisse des taux de reproduction et, en fin de compte, l'extinction locale de populations entières menacent. Ce n'est pas une théorie, c'est déjà une réalité pour le lynx suisse : les deux sous-populations des Alpes et du Jura souffrent d'un grave appauvrissement génétique, faute de connexion entre elles.
Combien de corridors fauniques existe-t-il en Suisse et dans quel état se trouvent-ils ?
L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a identifié plus de 300 corridors fauniques en Suisse. Beaucoup d'entre eux sont interrompus ou fortement compromis dans leur fonctionnement, par les autoroutes, les voies ferrées, les zones urbanisées et l'agriculture intensive. L'autoroute nationale A1 dans le Plateau est l'une des principales barrières pour les grands mammifères migrateurs tels que le cerf élaphe, qui effectue des migrations saisonnières entre ses quartiers d'été et d'hiver, parcourant souvent plusieurs dizaines de kilomètres.
Des passages fauniques et des sous-passages sont certes construits, mais lentement. Entre-temps, de nombreux corridors existent nominalement, mais sont biologiquement inefficaces. Cela a des conséquences directes sur la diversité génétique et la survie à long terme des populations qui dépendent de la connectivité.
Pourquoi les corridors fauniques sont-ils essentiels à la biodiversité ?
Selon la Stratégie Biodiversité Suisse, les principales menaces pesant sur la biodiversité ne sont pas la chasse de loisir ni les prédateurs, mais la perte d'habitats due à l'expansion urbaine, à l'agriculture intensive, aux pesticides, à la pollution lumineuse, au changement climatique et au manque de connectivité. Ce dernier point est décisif : un animal confiné dans un habitat isolé ne peut pas réagir aux changements. Il ne trouve pas de partenaires, il ne trouve pas de zones refuges, il disparaît localement.
Les corridors fauniques ne sont donc pas un luxe, mais une condition fondamentale au bon fonctionnement des écosystèmes. Chasse et biodiversité montre comment la chasse de loisir, en repoussant les animaux sauvages vers les forêts, aggrave la fragmentation : les animaux évitent les espaces ouverts, se replient dans des refuges et n'utilisent plus les corridors.
Quel est le lien entre la chasse de loisir et la fragmentation ?
Les chasseurs et chasseuses de loisir pratiquent la chasse principalement dans des réservoirs ou sur la base de permis ; ils n'ont aucun intérêt à ce que les animaux migrent vers d'autres territoires. Parallèlement, la pression cynégétique engendre un comportement de stress durable : les animaux sauvages adoptent une activité nocturne, évitent les espaces ouverts et se réfugient dans des forêts denses. Cela est désastreux pour les corridors, car un animal qui doit traverser un corridor est particulièrement exposé durant cette phase de transit.
Des études attestent que les cerfs élaphe soumis à une forte pression de chasse deviennent majoritairement nocturnes et évitent les passages ouverts (ZHAW/HAFL 2024). Cela signifie que même lorsqu'un corridor est structurellement présent, il n'est pas utilisé par des animaux stressés soumis à la pression de la chasse. Le conflit forêt-faune résulte notamment du fait que les animaux se concentrent dans les forêts et y causent davantage de dégâts par abroutissement qu'ils n'en causeraient dans un habitat vaste et non perturbé.
Quels animaux sauvages dépendent particulièrement des corridors ?
Les grands mammifères dépendant de vastes territoires souffrent le plus de la fragmentation. Le cerf élaphe a besoin de paysages connectés pour se déplacer entre ses quartiers d'été et d'hiver et permettre les échanges génétiques. Le loup est revenu en Suisse naturellement, après des décennies d'absence, via l'Italie et la France, preuve que les animaux sauvages parcourent de grandes distances lorsque les corridors fonctionnent.
Le lynx a besoin d'un territoire de 100 à 300 km² (mâles) ou de 50 à 150 km² (femelles). L'isolement de la population du Jura par rapport à celle des Alpes constitue aujourd'hui l'une des plus grandes menaces pour la survie à long terme des lynx suisses. Les accidents de la route impliquant des animaux sauvages sont l'une des causes de mortalité non naturelle les plus fréquentes, conséquence directe de la fragmentation.
Les corridors fauniques bénéficient-ils aussi aux petites espèces ?
Oui. Les corridors ne sont pas uniquement pertinents pour les grands mammifères. Les amphibiens, les reptiles, les insectes et les plantes dépendent eux aussi d'habitats connectés. Dans les paysages fragmentés, même de petites routes ou des clôtures peuvent empêcher la dispersion des amphibiens. Les haies, les cours d'eau, les bosquets et les ourlets constituent un réseau qui remplit pour de nombreuses espèces la fonction de corridors fauniques.
Le modèle genevois de gestion professionnelle de la faune sauvage illustre ce que peut être une mise en réseau intensive des habitats : dix pour cent des surfaces agricoles ont été désignées comme surfaces de compensation écologique de haute valeur. Le résultat : quelques centaines à près de 30 000 oiseaux aquatiques hivernants, et la restauration de populations d'espèces rares. Les alternatives à la chasse de loisir telles que l'entretien des biotopes, la renaturation et la mise en réseau des habitats ont une efficacité mesurable.
Quel rôle jouent les prédateurs naturels dans l'utilisation des corridors ?
Les prédateurs tels que le loup, le lynx et le renard modifient le comportement de leurs proies, ce qui influe directement sur l'utilisation des corridors. Dans les zones où le loup est présent, les cerfs évitent certaines zones, ce qui permet à la végétation de se régénérer et enrichit la structure du paysage. Ce phénomène, connu sous le nom de « landscape of fear », a été largement documenté à Yellowstone : avec le retour des loups, les prairies et les peupliers faux-trembles se sont régénérés, favorisant à leur tour les castors, les poissons et les oiseaux.
En Suisse, des études du WSL (Kupferschmid/Bollmann 2016) montrent que la présence du loup modifie l'utilisation de l'espace par les cerfs et réduit les abroutissements sur le sapin, l'érable et le sorbier dans la zone centrale.Chasse et biodiversité documente comment les prédateurs naturels régulent de manière plus précise et plus durable que la chasse de loisir.
Que réclame concrètement la critique de la chasse pour les corridors faunistiques ?
Du point de vue critique envers la chasse, il faut premièrement développer les passages faunistiques et les tunnels au-dessus et en dessous des routes nationales et des voies ferrées, avec une largeur suffisante et des structures d'accompagnement. Deuxièmement, il faut des zones de tranquillité (zones de quiétude) le long des axes de corridors, où la chasse de loisir, le vélo de montagne, la divagation des chiens et d'autres activités perturbantes sont limités ou interdits. Troisièmement, il faut protéger les prédateurs naturels, qui, en tant qu'espèces clés, rendent les corridors indirectement utilisables.
Les Alternatives à la chasse de loisir mentionnent explicitement les corridors faunistiques comme l'une des mesures non létales centrales pour une politique de biodiversité efficace. Leur développement correspond également à la stratégie Biodiversité de la Confédération, qui entend étendre considérablement la proportion d'aires protégées efficaces d'ici 2030.
Conclusion : des corridors plutôt que des abattages
Les corridors faunistiques ne sont ni un luxe ni un jeu de romantiques de la nature. Ils constituent une infrastructure biologique fondamentale, et leur absence ou leur dégradation compromet à long terme la capacité de survie des espèces. Les abattages n'y remédient en rien. Au contraire : la pression de la chasse repousse la faune sauvage dans des refuges, évite les corridors et empêche la dispersion naturelle.
La solution réside dans des paysages connectés, tranquilles et riches en structures ; dans des prédateurs naturels qui orientent écologiquement et intelligemment le comportement de leurs proies ; et dans une gestion professionnelle de la faune sauvage selon le modèle du canton de Genève, qui protège les habitats plutôt que d'abattre les êtres vivants.
Sources
- OFEV : plus de 300 corridors faunistiques identifiés en Suisse
- Stratégie Biodiversité Suisse de la Confédération (2012/2017)
- ZHAW/HAFL (2024) : utilisation de l'espace par le cerf élaphe et pression de chasse
- WSL, Kupferschmid/Bollmann (2016) : présence du loup et réduction des abroutissements
- Réintroduction du loup à Yellowstone : Ripple & Beschta (2012), Landscape of Fear
- Canton de Genève : Loi sur la faune (interdiction de la chasse de loisir depuis 1974)
Contenus complémentaires
- Chasse et biodiversité
- Conflit forêt-faune
- Alternatives à la chasse de loisir
- Cerf élaphe en Suisse
- Le loup en Suisse
- Le lynx en Suisse
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