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FAQ

Conflit forêt-faune : mythe, abroutissement et le récit cynégétique

La pression de chasse comme cause de l'abroutissement et le rôle tu de la sylviculture.

Rédaction Wild beim Wild — 10 avril 2026

Le « conflit forêt-faune » décrit le champ de tension entre le comportement de la faune sauvage et la sylviculture, mais le lobby de la chasse inverse systématiquement les causes et les effets sur ce sujet.

Le chevreuil et le cerf abroutissent ou écorcent les arbres, ce qui est considéré comme un problème sylvicole. Ce que l'on passe sous silence : le problème est principalement dû à la perte d'habitat, aux dérangements humains et à une pratique cynégétique elle-même mal orientée.

Que faut-il entendre par conflit forêt-faune ?

Le conflit forêt-faune désigne la tension entre les habitudes de vie et d'alimentation des animaux sauvages et les intérêts de la sylviculture. Les chevreuils et les cerfs consomment bourgeons, pousses et écorce des jeunes arbres — un comportement naturel qui devient un problème sylvicole dans un contexte inadapté. Lorsque les animaux sauvages ne disposent ni de zones de refuge, ni d'une offre alimentaire diversifiée, ni de zones de tranquillité, l'abroutissement et l'écorçage se concentrent sur certaines surfaces.

Le Dossier conflit forêt-faune montre comment ce récit est né, comment il est utilisé par le lobby de la chasse et ce que la recherche en dit.

Le rôle des chasseurs de loisir dans la genèse du problème

C'est ici que réside une contradiction décisive : la chasse automnale intensive, en particulier la chasse en haute montagne, chasse les animaux sauvages hors de leurs habitats naturels vers des altitudes plus basses et des forêts plus denses. Là où les animaux sauvages ne peuvent pas se nourrir tranquillement, ils se rabattent sur les pousses d'arbres facilement accessibles. Les chasseurs de loisir eux-mêmes aggravent donc le problème qu'ils sont censés résoudre.

Le Dossier chevreuil Suisse analyse pourquoi le chevreuil, l'animal sauvage le plus abattu de Suisse, est en même temps le principal accusé dans le débat forêt-faune.

La perte d'habitat comme cause principale

En Suisse, les animaux sauvages disposent de moins en moins de zones de refuge non perturbées. L'agriculture intensive, le mitage du territoire, le tourisme de ski, le tourisme de randonnée et la pression récréative réduisent les habitats utilisables. Là où les animaux ne trouvent plus de niches alimentaires vastes et tranquilles, ils se concentrent sur ce qui existe. Cette concentration, et non une abstraite « surpopulation », est la véritable cause des dégâts forestiers causés par le gibier.

Le cerf élaphe en Suisse est particulièrement touché : ses routes migratoires naturelles et ses habitats hivernaux ont été largement fragmentés par l'extension des zones habitées.

Que dit la science ?

Des études scientifiques démontrent que les dégâts d'abroutissement peuvent être réduits par une combinaison d'aménagement extensif des habitats, de corridors faunistiques, de zones de tranquillité et, dans certains cas particuliers, d'interventions ciblées. En revanche, les campagnes de tir à grande échelle sans adaptation des habitats ne produisent aucun effet durable : les animaux sauvages migrent en remplacement, et les populations s'adaptent à la pression cynégétique.

Le dossier sur les mythes de la chasse soumet à l'examen scientifique la thèse courante selon laquelle la chasse de loisir réduirait les dégâts d'abroutissement, et aboutit à un constat ernüchternant.

L'usage politique du conflit forêt-gibier

Le récit du conflit forêt-gibier est un thème récurrent dans la politique cynégétique suisse, car il légitime les abattages et suggère la nécessité écologique de la chasse de loisir. Les intérêts sylvicoles et les intérêts cynégétiques coïncident ici : les exploitations forestières réclament une réduction du gibier, tandis que les chasseurs amateurs se proposent comme prestataires de services. Ce qui reste sur le carreau : une analyse objective des causes réelles et des solutions.

Le dossier sur le lobby des chasseurs en Suisse montre comment ce récit est entretenu politiquement et ancré dans les lois cantonales sur la chasse.

Les prédateurs comme régulateurs

Paradoxalement, la « régulation » la plus efficace des populations d'animaux sauvages serait le rétablissement de systèmes proie-prédateur fonctionnels. Le loup et le lynx régulent les populations sauvages de manière durable, sélective et sans intervention humaine. Ils modifient également le comportement de leurs proies : les cerfs et chevreuils qui craignent les prédateurs ne s'attardent pas longtemps au même endroit et abroutissent moins.

Le lynx en Suisse en est un exemple bien documenté : dans les zones où le lynx est présent, les dégâts d'abroutissement sont measurément plus faibles.

Transformation de la forêt plutôt que réduction du gibier

La solution à long terme du conflit forêt-faune ne réside pas dans le fusil, mais dans la transformation des forêts en forêts mixtes offrant une large palette alimentaire, dans la création de zones de tranquillité et de corridors fauniques ainsi que dans la réduction des perturbations liées au tourisme et aux loisirs. De telles mesures sont plus efficaces, moins coûteuses et plus conformes à la protection des animaux qu'une chasse intensive.

Le Dossier Loup en Suisse examine le rôle que peut jouer la régulation naturelle pour la santé des forêts.

Conclusion

Le conflit forêt-faune est réel, mais la chasse de loisir n'en est pas la solution. Le récit du lobby de la chasse inverse la cause et l'effet : les animaux sauvages sont présentés comme un problème qui ne pourrait être maîtrisé qu'avec le fusil. En réalité, ce conflit naît de la perte d'habitat, de la pression des dérangements et de pratiques cynégétiques qui repoussent les animaux sauvages dans des espaces où l'abroutissement devient inévitable. Une politique forestière honnête ne mettrait pas en opposition les intérêts de la faune et ceux de la sylviculture, mais les prendrait tous deux en compte dans un concept intégré.

Sources

  • LChP (RS 922.0) : Loi fédérale sur la chasse
  • Stratégie Biodiversité Suisse
  • Statistique fédérale de la chasse (OFEV/Wildtier Schweiz)

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