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Environnement & protection de la nature

Sans loup, pas de forêt : ce que les prédateurs représentent pour la Suisse

Là où les prédateurs manquent, les chevreuils dévorent la forêt et c'est le contribuable qui paie la facture.

Rédaction Wild beim Wild — 24 juin 2026

À l'automne 2011, le premier couple de loups est revenu en Suisse.

Au massif du Calanda, dans la vallée du Rhin près de Coire, la première meute de loups de l'époque actuelle en Suisse s'est formée au cours des années suivantes. Ce qui s'est passé ensuite a éveillé l'attention des spécialistes forestiers.

La biologiste du WSL Andrea Kupferschmid a étudié entre 2014 et 2018 l'état de la forêt dans le territoire central de la meute. Son constat : l'abroutissement du sapin, de l'érable et du sorbier des oiseleurs a nettement reculé dans le territoire central de la meute. Les forestiers ont rapporté qu'une jeune pousse réapparaissait dans des classes d'âge qui avaient auparavant fait défaut pendant des décennies. L'effet décisif n'était pas seulement la réduction directe du nombre d'animaux sauvages par les attaques, mais un changement de comportement du gibier à onglons : les cerfs ne restent plus longtemps aux mêmes remises, se déplacent plus souvent et répartissent l'abroutissement de manière spatialement plus large. Chez le lynx, un effet similaire est documenté : un mémoire de master de l'Université des ressources naturelles et des sciences de la vie de Vienne, dans le canton de Saint-Gall, montre que les sapins blancs étaient significativement moins abroutis après l'installation du lynx dans le territoire central. L'ingénieur forestier Martin Kreiliger, de Disentis, confirme, fort de trente années de métier : dans les forêts où le loup ou le lynx est présent, la situation de la régénération s'améliore nettement.

Les études et les observations de terrain montrent ainsi clairement : le loup et le lynx peuvent réduire localement les dégâts d'abroutissement. Cela vaut en particulier dans les régions où des meutes sont présentes de manière durable. Une diminution généralisée de l'abroutissement sur l'ensemble de la Suisse n'en découle pas automatiquement, mais l'effet positif dans les territoires centraux est avéré.

Canton par canton : un problème national

Les données issues des différents cantons dessinent un schéma préoccupant.

Tessin : Environ 90 pour cent des forêts tessinoises sont des forêts protectrices. La population de cerfs élaphes est estimée à environ 7'250 animaux (donnée cantonale 2026). Andrea Pedrazzini, chef de la section forêts, souligne que la présence des animaux a « un effet négatif sur la régénération forestière naturelle » et favorise indirectement les néophytes invasives. La forêt subit en même temps une forte pression liée aux changements climatiques, aux périodes de sécheresse et aux incendies de forêt.

Grisons : 60 pour cent de la forêt sont des forêts protectrices. L'Office des forêts et des dangers naturels classe l'influence du gibier comme « grande » sur 16 pour cent de la surface forestière et « très grande » sur 7 pour cent – des catégories dans lesquelles au moins une essence principale disparaît en raison des ongulés. L'ancien forestier cantonal Reto Hefti : « Nous avons des situations qui ne sont pas tolérables à long terme. »

Valais : 61 pour cent de forêts protectrices. Le canton est le premier de Suisse à envisager le tir de lynx, bien qu'une étude de l'Université de Berne (prof. Raphaël Arlettaz) montre que la densité de lynx en Valais n'atteint que 12 à 20 pour cent de la densité attendue et que le braconnage est considéré comme la cause principale. Les chercheurs n'ont trouvé aucune preuve que le lynx soit responsable du recul des chevreuils. En Valais, les chasseurs de loisir abattent chaque année environ 1'000 chevreuils.

Vaud : Le concept « Forêt-Gibier » a été actualisé en janvier 2026. À l'échelle cantonale, les relevés montrent depuis 2016 d'importants dégâts d'abroutissement – dans le Jura et dans certaines parties des Préalpes surtout dus au cerf, dans la Broye plutôt dus au chevreuil.

National : Le rapport forestier 2025 de l'OFEV et du WSL résume : sur le versant sud des Alpes, 41 pour cent de la surface des forêts protectrices ont un taux de couverture de régénération inférieur à 5 pour cent, dans les Alpes 34 pour cent, dans les Préalpes 19 pour cent. Le problème est réel, mais d'une ampleur variable selon les régions.

150 millions de francs par an : la facture que personne ne présente ouvertement

Derrière le problème écologique se cache un problème fiscal. En Suisse, environ 150 millions de francs par an proviennent de la Confédération, des cantons et des bénéficiaires pour l'entretien des forêts protectrices. La Confédération à elle seule en supporte près de 60 millions de francs. Le reste est pris en charge par les cantons, les communes et les exploitants d'infrastructures, dont les routes et les lignes ferroviaires sont protégées par les forêts protectrices. À cela s'ajoutent les indemnisations directes pour dommages causés par le gibier : selon une enquête menée auprès des administrations cantonales de la chasse, environ 6 millions de francs sont dépensés chaque année dans toute la Suisse pour la prévention et l'indemnisation des dommages causés par le gibier à l'agriculture et à la sylviculture, avec une tendance à la hausse. Dans le seul canton de Thurgovie, ces dépenses se sont élevées en moyenne à environ 432'000 francs par an au cours des cinq dernières années, dont les sociétés de chasse ne supportent que 15 pour cent.

À cela s'ajoutent d'autres subventions indirectes : la Confédération accorde 2,5 millions de francs par an pour la surveillance dans les zones protégées et, désormais, 2 millions de francs supplémentaires pour des mesures de protection liées aux prédateurs – des fonds qui ne seraient pas nécessaires à ce niveau sans la population sauvage artificiellement gonflée durant des décennies et sans la lutte politique contre le loup et le lynx. Des mesures de substitution techniques – ouvrages de protection, clôtures, paravalanches – coûteraient jusqu'à dix fois plus cher que l'entretien de forêts protectrices fonctionnelles.

Si le loup et le lynx étaient tolérés comme régulateurs naturels au lieu d'être combattus, les dommages dus à l'abroutissement et, par conséquent, une partie des coûts d'entretien des forêts protectrices se chiffrant en millions pourraient diminuer. L'entretien des forêts resterait nécessaire même avec des prédateurs – mais la pression engendrée par des populations d'ongulés artificiellement excessives serait moindre. Ce n'est pas une spéculation politique, mais la conclusion que les spécialistes forestiers tirent de leurs observations au Calanda et ailleurs.

Ce que Yellowstone nous enseigne et ce qu'il ne nous enseigne pas

L'exemple de Yellowstone est souvent simplifié dans le débat. Le retour des loups à partir de 1995 a modifié de manière avérée le comportement des wapitis et a contribué localement au rétablissement des pâturages et des trembles. Le même principe s'applique à la Suisse : le loup n'est pas un faiseur de miracles écologique qui résout tous les problèmes forestiers. Mais il est un facteur dont l'efficacité est prouvée, qui modifie le comportement d'utilisation de l'espace du gibier à onglons, allège localement la pression de l'abroutissement – et ce sans argent public.

La logique politique est à l'envers

Au lieu d'utiliser le loup et le lynx pour ce qu'ils sont de manière avérée, la politique de la chasse depuis 2023 une régulation préventive : des meutes entières de loups peuvent être abattues avant même qu'un dommage ne survienne. Dans le canton de Schwyz, les chasseurs de loisir sont formés de manière ciblée depuis l'été 2026 pour intervenir dans la chasse aux prédateurs. En Valais, on prévoit des tirs de lynx, bien que la population ait déjà perdu 46 pour cent de sa diversité génétique en raison de décennies de pièges à collet. Chaque tir d'un prédateur constitue, du point de vue économique, une contribution supplémentaire aux futurs coûts de la forêt protectrice, que le contribuable devra supporter.

Le schéma est constant : le lobby de la chasse de loisir combat systématiquement les espèces qui, en tant que concurrentes naturelles, chassent les mêmes animaux sauvages. Le contre-modèle existe depuis 50 ans : dans le canton de Genève, il n'y a pas de chasse de loisir, pas de population sauvage excédentaire, pas de coûts induits de ce type. Douze gardes-faune professionnels de l'État gèrent le gibier de manière professionnelle, et la densité de lièvres y est la plus élevée de Suisse.

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