Lettre ouverte au conseiller d'État Dölf Biasotto au sujet de la chasse au renard
Sept questions au conseiller d'État Dölf Biasotto, deux semaines de délai.
Suite à sa réponse à une demande citoyenne concernant la chasse au renard, l'IG Wild beim Wild adresse une lettre ouverte au conseiller d'Etat appenzellois Dölf Biasotto.
Sept questions, un délai de deux semaines et l'annonce de documenter publiquement la prise de position. Nous documentons la lettre dans son intégralité.
Le 4 septembre 2026, le conseiller d'État Dölf Biasotto, responsable de la construction et de l'économie, a répondu à la demande d'une citoyenne concernant la chasse au renard. Contrairement à la plupart des cantons, il a répondu personnellement et en détail, sur quatre pages et demie. Précisément parce que cette réponse contient des affirmations concrètes, elle peut être examinée à l'aune de ses propres critères.
Plusieurs de ces affirmations soulèvent des questions : le canton déclare ne mener aucune étude scientifique sur la chasse au renard et ne fixer aucun objectif chiffré ni aucune consigne de tir. Dans le même temps, le renard est chassable durant l'année de chasse 2026/2027 du 1er juillet au 28 février. Nous avons présenté les faits dans notre article « Stopper la chasse au renard – écrire au parlement cantonal d'Appenzell Rhodes-Extérieures », avec les chiffres de l'Office fédéral de l'environnement et une lettre type destinée aux membres du parlement cantonal.
La lettre ouverte suit la même démarche que nos courriers adressés au président de commission lucernois Michael Kurmann, au landamman glaronnais Markus Heer et à la direction de la sécurité uranaise : factuelle, avec des questions concrètes et l'attente d'une réponse vérifiable.
La lettre ouverte suivante a été transmise le 14.9.2026 au conseiller d'État Dölf Biasotto. Elle est documentée ici dans son intégralité ; les intertitres correspondent à la version envoyée.
Lettre ouverte au conseiller d'État Dölf Biasotto
Monsieur le Conseiller d'État
C'est avec intérêt que nous avons pris connaissance de votre réponse du 4 septembre 2026 à la demande d'une citoyenne concernant la chasse au renard. Contrairement à la plupart des cantons, vous avez pris la peine de répondre personnellement et en détail, sur quatre pages et demie. Nous le reconnaissons volontiers. Il en pèse d'autant plus que votre réponse soulève, sur plusieurs points essentiels, des questions qui nécessitent selon nous des précisions. Nous vous prions de bien vouloir prendre position sur les points suivants.
1. «Non encouragée activement», mais une demi-année de période de chasse sans aucun recensement
Vous écrivez que la chasse au renard n'est « pas promue de manière proactive » à Appenzell Rhodes-Extérieures. Dans le même courrier, vous reconnaissez que le canton ne mène « aucune étude scientifique sur notre chasse au renard » et ne fixe « aucun objectif chiffré ni aucune consigne de tir ». Dans le même temps, le renard est chassable dans le canton huit mois par année, du 1er juillet au 28 février. Cette période de chasse n'est pas une exagération polémique, mais bien la consigne officielle du canton lui-même : selon les prescriptions de chasse publiées sur ar.ch «la période de chasse est fixée du 1er juillet au 28 février au plus tard pour le blaireau, le renard et le sanglier».
Une période de chasse ordinaire de huit mois, sans objectif mesurable, sans quota chiffré et sans contrôle de résultats, n'est pas une mesure d'exception ponctuelle. Comment concilier cette pratique avec l'affirmation selon laquelle la chasse au renard n'est pas activement encouragée ?
2. Trois questions restent sans réponse
La citoyenne a demandé quel était l'objectif concret et mesurable de la chasse au renard, quelles données permettaient d'évaluer l'atteinte de cet objectif et sur quelle base scientifique elle reposait. Votre réponse ne mentionne aucun objectif mesurable, ne renvoie à aucune donnée de contrôle des résultats et ne cite aucune source scientifique. Vous vous référez à la place à une « expérience de longue date » et à l'appréciation du service de la faune.
Sans collecte de données propre et sans preuve externe désignée, le canton ne peut ni vérifier l'atteinte de l'objectif ni démontrer une utilité spécifique au site de la chasse régulière au renard. Pouvez-vous fournir a posteriori la preuve d'utilité demandée ?
3. L'exemple genevois et la question de la transposabilité
Vous citez vous-même le canton de Genève, dont le modèle basé sur le service de la faune vous sert de référence exemplaire. Or ce modèle se passe précisément, depuis 1974, de la chasse au renard exercée en milice. Seuls des gardes-faune étatiques y interviennent, sans qu'un seul tir n'ait été enregistré comme régulation ces deux dernières années. Un exemple de référence que vous avez vous-même choisi ne vient donc pas étayer la nécessité d'une chasse régulière au renard, mais démontre au contraire qu'un canton peut s'en passer. Comment jugez-vous la transposabilité du modèle genevois à Appenzell Rhodes-Extérieures ?
4. Le service de la faune tue une fraction, la chasse régulière la grande majorité
Vous décrivez le service de la faune comme un organisme spécialisé et rigoureux, qui abrège les souffrances d'animaux malades dans des conditions difficiles. La statistique cantonale des pertes montre clairement la proportion : pendant l'année de chasse 2024/2025, 388 renards ont été tués à la chasse et 14 par le service de la faune ; l'année précédente, 346 contre 10. Le service de la faune représentait ainsi environ trois pour cent des interventions létales.
Si le service de la faune intervient de manière ciblée sur des animaux malades ou à l'origine de conflits, mais que la grande majorité des renards est tuée dans le cadre de la chasse à patente régulière, la question se pose de la finalité propre et mesurable de cette chasse régulière. Comment le canton justifie-t-il cet ordre de grandeur, alors que la part orientée vers la protection animale, à laquelle vous vous référez, ne pèse pratiquement pas dans les chiffres ?
5. Risques sanitaires et base de données
Vous justifiez la chasse au renard par le risque de maladies telles que la gale ainsi que par des craintes au sein de la population. Vous ne citez aucune preuve d'un lien entre la chasse régulière et une diminution des cas de maladie. Sans étude, ni l'état de santé ni la dynamique de la population locale de renards, ni l'effet de la chasse sur celle-ci, ne peuvent être évalués.
Une valeur comparative suisse particulièrement révélatrice provient du Canton de Lucerne qui est le seul à recenser systématiquement l'état de santé des renards abattus : plus de 98 pour cent des animaux tirés examinés y étaient en bonne santé. Le Conseil d'État ne cite aucune donnée indiquant une situation sanitaire différente en Appenzell Rhodes-Extérieures. Sur quelles données le canton fonde-t-il l'hypothèse selon laquelle la chasse réduirait un risque de maladie ?
6. L'état des connaissances scientifiques
L'état des connaissances scientifiques indique que la chasse au renard telle qu'elle est habituellement pratiquée aujourd'hui, sans coordination spatiale, ne permet pas de réguler durablement les populations. La compensation par une reproduction accrue, de meilleurs taux de survie et l'immigration peut rapidement compenser les tirs (Baker et Harris 2006, Rushton et al. 2006, Kämmerle et al. 2019). Le récent rapport technique de SWILD pour le canton de Zoug conclut que la chasse telle qu'elle est pratiquée actuellement ne permet ni une régulation durable des populations, ni une réduction du risque d'infection.
Pour le ténia du renard, Comte et al. (2017) ont rapporté, dans une zone d'étude française proche de Nancy, une hausse de la prévalence de 44 à 55 pour cent malgré une forte pression de chasse. Le rapport de SWILD souligne en outre que la prévalence a reculé au Luxembourg après l'interdiction de chasse de 2015. Le Conseil d'État connaissait-il ces résultats avant de fonder pour l'essentiel la chasse au renard appenzelloise sur une «longue expérience» ?
7. Le rapport SWILD de Zoug est disponible
Le canton de Zoug est le seul canton suisse à avoir réagi à la même question par une véritable étude scientifique. Le rapport d'expertise de SWILD, présenté à la commission de la chasse le 16 juin 2026, parvient à une conclusion sans ambiguïté : la chasse au renard telle qu'elle est pratiquée ne permet pas de réguler durablement les populations, n'améliore pas la lutte contre les épizooties et est inférieure aux méthodes non létales. Depuis, Zoug n'encourage plus activement la chasse au renard. Le gouvernement appenzellois a-t-il pris connaissance de ce rapport accessible au public ?
La question centrale restée ouverte
Reste la question à laquelle votre courrier ne répond pas : quel objectif scientifiquement établi et mesurable pour Appenzell Rhodes-Extérieures justifie huit mois de chasse régulière au renard, alors que le canton déclare lui-même ne mener aucune enquête scientifique, ne fixer aucun objectif chiffré ni aucun plan de tir, et que le service de la faune ne prélève qu'une fraction des animaux ?
Le droit fédéral reconnaît le renard comme espèce chassable et fixe le cadre de la réglementation cantonale de la chasse. Il n'oblige toutefois pas le canton à pratiquer une chasse régulière générale au renard. Le canton de Zoug montre qu'un canton peut exploiter sa marge de manœuvre sur une base factuelle et cesser d'encourager activement la chasse au renard. Nous vous prions de démontrer pour la première fois, données à l'appui, l'utilité de la chasse au renard, ou d'y renoncer.
Nous vous prions de bien vouloir prendre position dans un délai de deux semaines. Cette lettre ainsi que votre réponse ou votre silence seront publiés sur wildbeimwild.com.
Avec nos salutations distinguées
Carl Sonnthal
IG Wild beim Wild
Sources
- Prescriptions de chasse du canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures (période de chasse du renard : du 1er juillet au 28 février), ar.ch
- Statistique des pertes d'Appenzell Rhodes-Extérieures, rapports annuels de l'administration de la chasse 2024/2025 et 2023/2024 (388 contre 14 ; 346 contre 10 renards)
- SWILD, Bases scientifiques de la chasse au renard, rapport d'expertise mandaté par le canton de Zoug, V2 du 7 mai 2026, présenté à la commission de la chasse le 16 juin 2026
- Statistique sanitaire des renards abattus dans le canton de Lucerne (plus de 98 % en bonne santé)
- Baker et Harris 2006 ; Rushton et al. 2006 ; Kämmerle et al. 2019 ; Comte et al. 2017
- Canton de Genève : chasse d'État depuis 1974, aucun tir de renard enregistré comme régulation au cours des deux dernières années (d'après le rapport SWILD)
Complément du 13 octobre 2026 : lettre « introuvable » au département
Le Service de l'aménagement du territoire et des forêts nous a indiqué le 13 octobre 2026 qu'aucune lettre correspondante n'était retrouvable au département de la construction et de l'économie. La lettre ouverte avait pourtant été envoyée par courriel le 14 septembre 2026 directement au conseiller d'État Dölf Biasotto, à la chancellerie cantonale et au Grand Conseil. Nous l'avons de nouveau transmise au service. Quant aux documents relatifs à notre demande de consultation des dossiers, le canton entend les fournir d'ici au 13 novembre 2026.
Et la suite
Si le Conseil d'Etat répond dans le délai imparti, nous publierons sa prise de position et la commenterons. En l'absence de réponse, nous le mentionnerons également. Appenzell Rhodes-Extérieures s'inscrit ainsi dans une série croissante de débats cantonaux sur la chasse au renard. A Lucerne, Glaris et Uri, l'IG Wild beim Wild a interpellé les autorités sur les objectifs, les données de base et l'efficacité de la chasse au renard.
Le cas d'Appenzell Rhodes-Extérieures est toutefois particulièrement révélateur : le conseiller d'Etat Biasotto n'a pas répondu de manière évasive, mais de façon détaillée. Sa réponse précise cependant que le canton ne mène aucune étude scientifique sur la chasse au renard et ne fixe aucun objectif chiffré ni consigne de tir. Une question reste ainsi ouverte : sur quelle base scientifique le canton justifie-t-il la chasse au renard de huit mois en vigueur pour l'année de chasse 2026/2027, au cours de laquelle plusieurs centaines de renards sont tués chaque année ?
Celles et ceux qui souhaitent agir eux-mêmes trouveront l'analyse factuelle, les chiffres de l'OFEV et une lettre type destinée aux membres du parlement cantonal dans notre article « Stopper la chasse au renard – écrire au parlement cantonal d'Appenzell Rhodes-Extérieures ». Le contexte est présenté dans l'aperçu Halte à la chasse au renard, l'exemple genevois dans l'article Abolition de la chasse de loisir sur le modèle du canton de Genève et la dimension psychologique de la chasse à Appenzell Rhodes-Extérieures dans l'article Psychologie de la chasse de loisir dans le canton d'Appenzell Rhodes-Extérieures.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Alternatives à la chasse de loisir nous montrons des alternatives politiques et pratiques à la chasse de loisir. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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