Lettre ouverte à la conseillère d'État Sibylle Jeker sur la chasse au renard
Sept questions à la conseillère d'État Sibylle Jeker, délai de réponse jusqu'au 29 septembre 2026.
Après sa réponse à la pétition demandant une évaluation scientifique de la chasse au renard, l'IG Wild beim Wild adresse une lettre ouverte à la conseillère d'État soleuroise Sibylle Jeker.
Sept questions, un délai de réponse jusqu'au 29 septembre 2026 et l'annonce de documenter publiquement la prise de position. Nous documentons la lettre intégralement.
Le 14 septembre 2026, la conseillère d'État Sibylle Jeker, cheffe du Département de l'économie, a rejeté la pétition du juriste Pascal Wolf du 15 février 2026 (GK 6900). La lettre tient sur une page. Elle affirme que la chasse au renard doit servir à résoudre les conflits et qualifie sa contribution à cet égard d'«incontestable». Elle indique en même temps qu'une gestion du renard fondée sur des données probantes dépasserait les ressources cantonales. La seule note de bas de page renvoie à une prise de position de JagdSchweiz, l'association faîtière des chasseurs de loisir.
C'est précisément parce que cette lettre est si succincte qu'elle peut être mesurée à ses propres affirmations : elle qualifie l'effet d'«incontestable», mais ne présente ni objectifs mesurables, ni données cantonales, ni contrôle de résultats. Nous avons présenté les faits dans notre article «Stopper la chasse au renard – écrire au Parlement cantonal soleurois», avec les chiffres de l'Office fédéral de l'environnement et de la statistique cantonale de la chasse, ainsi qu'une lettre type destinée aux membres du parlement cantonal.
La lettre ouverte suit la même démarche que nos courriers adressés au président de la RUEK lucernoise Michael Kurmann, au landamman glaronnais Markus Heer, à la direction de la sécurité uranaise et au conseiller d'État appenzellois Dölf Biasotto : factuelle, avec des questions concrètes et l'attente d'une réponse vérifiable.
La lettre ouverte suivante a été transmise le 15 septembre 2026 à la conseillère d'État Sibylle Jeker. Elle est documentée ici intégralement ; les intertitres correspondent à la version envoyée.
Lettre ouverte à la conseillère d'État Sibylle Jeker
Madame la Conseillère d'État
C'est avec intérêt que nous avons pris connaissance de votre réponse du 14 septembre 2026 à la pétition demandant l'examen de la nécessité scientifique de la chasse au renard (GK 6900). Vous y affirmez que la chasse au renard doit servir à résoudre les conflits et qualifiez sa contribution à cet égard d'«incontestable». Vous indiquez en même temps qu'une gestion du renard fondée sur des données scientifiques dépasserait les ressources cantonales en personnel et en finances. Ces deux affirmations créent une tension que votre lettre ne résout pas. Nous vous prions de bien vouloir vous prononcer sur les points suivants.
1. «Incontestable», mais sans preuve
Vous écrivez que la contribution de la chasse et de l'entraide à la résolution locale des conflits liés aux renards est «incontestable». Or, votre lettre ne mentionne ni objectif cantonal mesurable de la chasse au renard, ni données sur l'atteinte de cet objectif, ni source scientifique attestant cette contribution. C'est précisément ce que demandait la pétition. Sur quelles données cantonales relatives aux dégâts causés par la faune sauvage, aux pertes de bétail ou à l'incidence de maladies s'appuie l'affirmation selon laquelle la contribution de la chasse au renard serait incontestable ?
2. Chasse régulière et cas concrets de conflit
La statistique fédérale de la chasse indique pour le canton de Soleure, outre le tableau de chasse régulier, des tirs spéciaux ; cette catégorie concerne notamment les tirs effectués hors période de chasse régulière ou dans des zones protégées, par exemple en cas de maladie ou de blessure. Depuis 2000, ces tirs n'ont jamais dépassé 19 renards par an ; ils s'élevaient à douze en 2023, et à zéro en 2024 et 2025. Le tableau de chasse régulier s'établissait en revanche à 866 renards en 2024. Si le Conseil d'État justifie la chasse au renard par la résolution locale de conflits, la prévention des dégâts causés par la faune sauvage et la lutte contre les épizooties : quels cas de conflit concrets ou quels objectifs chiffrés justifient un tableau de chasse régulier de plusieurs centaines de renards par an ? Et selon quels critères le canton distingue-t-il entre une intervention ciblée dans un cas documenté et la chasse pratiquée en routine ?
3. Une prise de position de l'association de chasse comme seule source
La seule note de bas de page de votre lettre renvoie à la prise de position de JagdSchweiz sur la chasse au renard. JagdSchweiz est l'association faîtière des organisations de chasse suisses et représente les intérêts des chasseurs, y compris ceux qui pratiquent la chasse au renard. Une prise de position d'une association d'intérêts n'est pas une base scientifique indépendante. Le Conseil d'État a-t-il consulté, avant sa réponse, une littérature scientifique indépendante en matière de biologie de la faune sauvage, et si oui, laquelle ?
4. La licéité n'est pas une justification
Vous affirmez que l'ordre juridique fixe le cadre et rejetez un «primat de la science». Que la chasse au renard soit licite selon le droit fédéral et cantonal n'a jamais été contesté par personne. La pétition ne s'interrogeait pas sur sa licéité, mais sur son utilité. Le droit fédéral classe le renard parmi les espèces chassables, mais n'oblige pas les cantons à pratiquer une chasse régulière ; le canton de Genève se passe de la chasse privée depuis 1974. Si le canton de Soleure justifie explicitement la chasse au renard par la prévention des dégâts causés par la faune sauvage et la lutte contre les épizooties, cet effet doit aussi pouvoir être démontré. Pourquoi, du point de vue du Conseil d'État, la licéité juridique remplace-t-elle la preuve de l'utilité alléguée ?
5. L'argument des coûts et les données disponibles
Vous expliquez qu'un monitoring servant de base à la planification de la chasse ne serait «pas envisageable avec des moyens raisonnables en personnel et en coûts». Le canton de Zoug a montré qu'un état des lieux scientifique est possible même sans monitoring exhaustif des populations : le rapport technique de SWILD a exploité la littérature existante et la statistique de chasse en vigueur. Les deux sont disponibles à Soleure ; l'Office des forêts, de la chasse et de la pêche publie chaque année des statistiques détaillées sur la chasse et les animaux trouvés morts. Votre lettre ne présente aucune exploitation de ces données. Pourquoi un tel état des lieux, sur le modèle zougois, n'a-t-il pas été envisagé ?
6. Des tableaux de chasse élevés depuis des décennies, sans contrôle d'efficacité démontré
La statistique fédérale de la chasse documente la chasse au renard soleuroise depuis 1933. De 1990 à 2013, les tableaux de chasse se situaient la plupart des années entre 1'000 et 1'500 renards ; ces dernières années, ils étaient plus bas, à 866 animaux en 2024. Dans le même temps, 572 renards ont été enregistrés comme animaux trouvés morts en 2024, la valeur la plus élevée des données disponibles. Le tableau de chasse et les animaux trouvés morts ne constituent pas, à eux seuls, une preuve directe de l'évolution des populations. Ils posent néanmoins la question de l'effet réel de la chasse pratiquée depuis des années. Quelles données le canton recueille-t-il, en dehors des statistiques de chasse et d'animaux trouvés morts, pour vérifier l'influence de la chasse au renard sur l'évolution des populations, les dégâts causés par la faune sauvage, les cas de conflit et les risques sanitaires ? Si de telles données n'existent pas : pourquoi l'effet de la chasse est-il malgré tout qualifié d'«incontestable» ?
7. Lutte contre les épizooties sans données cantonales de constatation
Vous citez la lutte contre les épizooties comme exemple de résolution des conflits par la chasse. Selon les statistiques cantonales de chasse publiquement accessibles que nous connaissons, le canton de Lucerne documente l'état de santé des renards abattus de manière particulièrement détaillée : durant la saison de chasse 2018/19, 39 constats de maladie ont été enregistrés sur 2'217 renards abattus, soit 1,76 pour cent. Dans la statistique soleuroise des animaux trouvés morts de 2024, environ 75 renards sur 572 relevaient de la catégorie «âge, maladie, faiblesse». Cette statistique ne signifie pas pour autant qu'il n'existe aucune maladie. Elle ne fournit toutefois aucune base permettant de supposer qu'un tableau de chasse régulier de 866 renards soit nécessaire à la lutte contre les épizooties. La littérature scientifique indique en outre qu'une chasse intensive peut augmenter la prévalence de l'échinococcose alvéolaire (Comte et al. 2017), tandis qu'au Luxembourg, un recul a été documenté après l'interdiction de la chasse instaurée en 2015. Sur quelles données spécifiques au canton de Soleure le Conseil d'État s'appuie-t-il lorsqu'il attribue à la chasse régulière au renard une contribution à la lutte contre les épizooties ?
Reste la question à laquelle votre lettre ne répond pas : quel objectif mesurable pour le canton de Soleure justifie une chasse régulière au renard de plusieurs centaines de tirs par an, si la lettre ne fait état ni d'un objectif, ni d'une base de données, ni d'un contrôle de résultats ? Le droit fédéral classe le renard parmi les espèces chassables et fixe le cadre de la réglementation cantonale de la chasse. Il n'oblige toutefois pas le canton à pratiquer une chasse au renard générale et régulière. Le canton de Zoug a montré que cette marge de manœuvre peut être utilisée.
Nous vous prions de nous faire parvenir une prise de position d'ici au 29 septembre 2026. Cette lettre ainsi que votre éventuelle prise de position seront publiées sur wildbeimwild.com.
Meilleures salutations
IG Wild beim Wild
Et la suite
Si le Conseil d'Etat répond dans le délai imparti, nous publierons sa prise de position et la commenterons. Si aucune réponse ne nous parvient, nous le mentionnerons également. Soleure s'inscrit ainsi dans une série croissante de différends cantonaux concernant la chasse au renard. À Lucerne, Glaris, Uri et Appenzell Rhodes-Extérieures, l'IG Wild beim Wild a interpellé les autorités sur les objectifs, la base de données et l'efficacité de la chasse au renard.
Le Conseil d'Etat qualifie l'utilité de la chasse au renard d'«incontestable», tout en précisant que la base de données nécessaire à une gestion fondée sur des preuves ne peut être établie avec une charge de travail raisonnable. Nos sept questions portent précisément sur cette lacune : l'objectif, la base de données et l'effet vérifiable de la chasse au renard ordinaire dans le canton de Soleure.
Celles et ceux qui souhaitent agir eux-mêmes trouveront l'analyse factuelle, les chiffres de l'OFEV et une lettre type destinée aux membres du parlement cantonal dans notre article «Stopper la chasse au renard – écrire au Parlement cantonal soleurois». Le contexte est présenté dans l'aperçu Halte à la chasse au renard, l'exemple genevois dans l'article Abolition de la chasse de loisir sur le modèle du canton de Genève et sur la dimension psychologique de la chasse soleuroise, l'article Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Soleure.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Alternatives à la chasse de loisir, nous présentons des alternatives politiques et pratiques à la chasse de loisir.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Alternatives à la chasse de loisir nous montrons des alternatives politiques et pratiques à la chasse de loisir. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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