Régulation du loup : ce que l'OFEV garantit par écrit au Conseil de l'Europe
À Strasbourg, l'Office fédéral de l'environnement qualifie la régulation de « dernière mesure » ; en Suisse, il approuve le prélèvement de meutes entières.
Image symbolique. Photo : Lucie Sa_Vi / Unsplash
Le «prélèvement»
Dans la procédure devant la Convention de Berne, la Suisse doit régulièrement expliquer sa politique du loup au Conseil de l'Europe. Les rapports que l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) envoie à Strasbourg à cet effet sont publics. Ils contiennent des garanties à l'aune desquelles la pratique doit être jugée, ainsi que des aveux qui sont passés presque inaperçus en Suisse.
La procédure à Strasbourg
CHWOLF et Avenir Loup Lynx Jura avaient déposé une plainte en novembre 2023. En décembre 2024, le Comité permanent de la Convention de Berne a ouvert un dossier contre la Suisse (plus de détails dans La Convention de Berne examine la gestion suisse du loup). L'OFEV a répondu par un rapport du 31 juillet 2025 et un courrier du 14 novembre 2025, tous deux signés par la directrice Katrin Schneeberger. Dans le rapport de juillet, la Suisse demande la clôture du dossier. Dans les documents de 2026, la procédure n'est plus désignée que comme « possible file ». Les pièces ne permettent pas d'établir clairement si le Comité l'a rétrogradée en décembre 2025.
« La dernière mesure »
Les garanties de l'OFEV sont claires. La régulation serait la dernière mesure, écrit l'office. Avant une telle décision, des mesures de protection des troupeaux devraient avoir été mises en œuvre et des moyens plus doux, comme l'effarouchement, avoir été tentés. Des meutes entières ne pourraient être prélevées que si elles présentent un comportement indésirable clairement défini. Une meute ne devrait pas être éliminée uniquement parce que le nombre minimal dans la région est dépassé. Les douze meutes constitueraient un seuil minimal, mais pas un objectif en soi.
Selon l'OFEV, les chasseurs qui participent à des régulations de meutes devraient suivre une formation spéciale, détenir une autorisation cantonale spéciale et être placés sous la surveillance d'un service de la faune.
Parallèlement, l'OFEV interprète la Convention de Berne de manière extensive. S'appuyant sur la résolution n° 2 (2011) de la Convention, il soutient qu'il n'est pas nécessaire qu'un dommage soit survenu avant un tir, qu'il suffit qu'il soit «très probable». C'est précisément là que se situe le différend avec le Bureau de la Convention, qui a qualifié de mauvaise interprétation les tirs préventifs fondés sur de simples dommages potentiels.
La pratique
Les chiffres figurant dans le même rapport montrent comment ces assurances sont mises en œuvre. Pour la période 2023/24, l'OFEV a approuvé le prélèvement de douze meutes entières, soit environ 100 loups au total. 55 ont été tués, une meute a été entièrement éliminée. Pour 2024/25, il a approuvé neuf prélèvements de meutes et 17 régulations partielles, soit environ 125 loups. 92 ont été tués, trois meutes ont complètement disparu. En novembre 2025, l'OFEV a annoncé avoir approuvé, pour 21 meutes, le tir de deux tiers des louveteaux et, pour cinq meutes, le prélèvement complet. Il a refusé deux prélèvements de meutes et une régulation partielle.
À l'automne 2026, l'OFEV a approuvé en Valais le prélèvement complet des meutes d'Augstbord et de Nanz. Les décisions publiées ne contiennent aucune information sur la protection des troupeaux, sur les attaques ou sur la taille des meutes (voir Meute de Nanz autorisée à l'abattage total). Il est donc impossible de vérifier si les assurances données à Strasbourg ont été respectées.
Sur le plan judiciaire aussi, la question peut difficilement être tranchée. Le Tribunal administratif fédéral n'est pas entré en matière sur les recours contre les approbations de l'OFEV et a renvoyé aux décisions cantonales. Celles-ci ne peuvent être contestées que par des organisations qui remplissent les conditions strictes de l'art. 12 LPN. Le Tribunal fédéral a dénié ce droit à CHWOLF (Tribunal fédéral : CHWolf ne peut pas agir contre les tirs de loups). Là où les tribunaux peuvent statuer sur le fond, la ligne est claire : avant qu'un loup puisse être autorisé au tir, des mesures de prévention doivent avoir été prises, a rappelé le Tribunal fédéral dans l'arrêt 2C_68/2024 du 30 juin 2025 concernant le tir d'un loup isolé dans le canton de Saint-Gall.
Ce que l'OFEV concède à Strasbourg
Selon l'OFEV, la protection des troupeaux est une condition préalable à toute régulation. Le même rapport indique que la Confédération a abaissé en 2025 sa contribution aux clôtures, aux parcs de nuit et aux chiens de protection des troupeaux de 80 à 50 pour cent, pour des raisons de politique financière. Ce n'est qu'à partir de 2026 que le taux de 80 pour cent s'applique à nouveau.
Concernant les tirs nocturnes, l'OFEV admet que les dispositifs de vision nocturne figurent parmi les moyens interdits par l'art. 8 de la Convention de Berne. Il invoque les exceptions prévues à l'art. 9. Au Tessin, les chasseurs de loisir du nouveau Gruppo Controllo Lupi sont équipés de caméras thermiques et reçoivent 500 francs par loup tué (500 francs par loup). L'Union internationale pour la conservation de la nature a critiqué les tirs nocturnes réalisés avec des dispositifs de vision nocturne et d'imagerie thermique (L'UICN critique les tirs de loups en Suisse).
Enfin, l'OFEV confirme que, durant la période de régulation 2024/25, trois jeunes lynx ont été tués à la place de louveteaux. Il parle d'un cas isolé. Le canton concerné organise, avec le soutien de l'OFEV, une réinstallation de lynx à titre de compensation.
Mise en perspective
Les assurances données au Conseil de l'Europe ne coûtent rien tant que personne ne peut les vérifier. À Strasbourg, l'OFEV promet que la protection des troupeaux sera une condition, que la régulation sera un dernier recours et que les prélèvements de meutes n'auront lieu qu'en cas de comportement fautif avéré. En Suisse, les approbations de l'OFEV ne sont pas contestables et leurs motifs ne sont pas publics. Quiconque prend ces assurances au sérieux publie chaque décision d'approbation, avec la preuve de la protection des troupeaux et du comportement censé justifier un prélèvement. Le compteur de loups en cours montre combien de loups sont tués tant que cela n'est pas fait.
Sources
- OFEV, Rapport du gouvernement, Dossier 2023/03, T-PVS/Files(2025)2023-3_gov (rapport du 31 juillet 2025 et courrier du 14 novembre 2025)
- Conseil de l'Europe, page du dossier New wolf culling policy
- Tribunal fédéral, arrêt 2C_68/2024 du 30 juin 2025
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Ce que dit la recherche à ce sujet est présenté dans La chasse sous l’angle des faits : l’état de la recherche.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
Les animaux sauvages ont besoin d'une voix
Une fois par semaine : enquêtes, pétitions et contextes sur la chasse de loisir. Gratuit et résiliable à tout moment.
Soutiens notre travail
Grâce à ton don, tu aides à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.
Faire un don maintenant →