Un loup tue un chamois à Luthern : prédation naturelle dans la région du Napf
Le canton de Lucerne informe les détenteurs d'animaux ; sa stratégie forêt-faune ne prévoit pas de mesures spécifiques pour les prédateurs.
«Quatre louveteaux»
Dimanche 4 octobre 2026, une société de chasse de Luthern a signalé la mort d'un chamois, que le service de la faune cantonal attribue à un loup.
Des échantillons ont été envoyés pour analyse. Le canton a informé les détenteurs d'animaux de rente par SMS sur les mesures de protection. Cet incident soulève par ailleurs une autre question : quel rôle accorder à la prédation naturelle dans une région où l'abroutissement par la faune sauvage nuit à la régénération forestière ?
Claudio Schorta, du service spécialisé cantonal, a confirmé auprès de la «Luzerner Zeitung» qu'un loup avait tué un bouc chamois. Le résultat de l'analyse des échantillons n'est pas encore connu. Dans le SMS envoyé aux détenteurs d'animaux de la région, le canton a recommandé de vérifier les mesures de protection et de rentrer les animaux de rente la nuit.
Aucune meute attestée, mais des loups solitaires à plusieurs reprises
«À ce jour, ni couple de loups ni meute n'ont pu être attestés dans le canton de Lucerne», indique le Service de l'agriculture et des forêts. Des loups solitaires mâles ont été documentés à plusieurs reprises, dont certains en grande migration. La première preuve remonte à 2009 ; depuis, le canton recense une douzaine de loups identifiés génétiquement. En 2026, trois ont été recensés jusqu'à présent : en février, le loup radio-marqué M637 a traversé le canton, le 3 avril des excréments du loup M638 ont été trouvés à Rickenbach, et le 22 juillet le loup M728 a tué un mouton à Zell.
Le canton explique ce schéma : les jeunes loups âgés de 10 à 22 mois quittent le territoire parental à la recherche d'un partenaire et peuvent parcourir jusqu'à 50 kilomètres par jour. Il faut donc s'attendre à l'apparition d'un loup «à tout moment et n'importe où».
La mort d'un animal sauvage n'est pas un dommage à un animal de rente
Un loup qui capture un chamois se comporte conformément à son régime alimentaire. Une analyse alimentaire de la fondation KORA, basée sur 698 échantillons d'excréments provenant de 250 loups entre 2017 et 2024, a montré que les animaux sauvages représentaient 88,3 % de l'alimentation. Le cerf (32 %), le chevreuil (25,4 %) et le chamois (23,4 %) en constituaient la plus grande part, tandis que les moutons domestiques représentaient 6,7 %. Il s'agit là d'une indication sur la composition de l'alimentation, et non sur le nombre d'animaux non humains effectivement capturés. Elle montre toutefois où le loup trouve majoritairement sa nourriture.
Un animal sauvage capturé ne constitue donc pas un dommage au bétail, mais une prédation naturelle. Les informations sur la protection des troupeaux n'en demeurent pas moins utiles. Le cas de Zell souligne la nécessité d'agir : selon l'appréciation du garde-faune cantonal Daniel Schmid, les moutons concernés n'étaient pas suffisamment protégés. De telles informations ne répondent toutefois qu'à la question de savoir comment protéger les animaux de rente. Le rôle écologique que le loup peut jouer dans une région confrontée à des problèmes d'abroutissement mérite tout autant d'attention.
Sur le plan politique, le loup est actuellement surtout discuté comme un problème d'effectif. Le Conseil national a récemment approuvé une motion demandant une valeur seuil pour la population de loups (Seuil pour le loup : le Conseil national approuve des tirs préventifs). Dans un canton sans couple ou meute avérés, cette question ne se pose guère.
Justement au Napf
Le lieu de l'attaque est révélateur. Luthern se trouve au pied du Napf, et le canton cite explicitement le Pilatus et le Napf comme des régions où certaines essences d'arbres disparaissent en raison de l'abroutissement par la faune sauvage. La nouvelle stratégie «forêt-faune sauvage-habitat» du département des constructions, de l'environnement et de l'économie qualifie l'influence de la faune sauvage sur la régénération forestière de «défi central» pour l'adaptation des forêts au changement climatique. Pour la région du Napf, elle prévoit notamment des commissions de réserve de chasse.
La stratégie agit sur la forêt, la chasse, l'habitat, les dérangements et la collaboration. Malgré une chasse de loisir organisée, des problèmes considérables de régénération forestière subsistent dans certaines parties du canton. La stratégie elle-même constate que l'intervention sur la classe des jeunes et la part de femelles parmi les ongulés sont déterminantes pour une régulation efficace. La manière dont les chasseurs de loisir lucernois réagissent à ces exigences est illustrée par l'article Lucerne bouscule les traditions de chasse, mais les chasseurs de loisir posent leurs limites.
La stratégie traite des prédateurs dans une section propre. Leur influence sur l'équilibre forêt-faune sauvage serait actuellement « négligeable », le loup étant présent sous forme d'individus non sédentaires, mais « à peine perceptible actuellement ». Par la formation d'une meute non loin de la frontière cantonale, il pourrait gagner en importance. Comme le cadre général est fixé par le droit fédéral, la stratégie ne prévoit pas de mesures propres à ce sujet. Le rôle de la prédation naturelle devrait néanmoins être expressément intégré à la planification forêt-faune sauvage, précisément parce que le canton lui-même s'attend à une importance croissante.
Ce que les loups peuvent apporter à la forêt
Les loups peuvent influencer les populations d'ongulés et l'utilisation spatiale de leurs habitats. La pression d'abroutissement peut ainsi également évoluer. Au Calanda, l'Institut fédéral de recherches WSL a étudié l'évolution avant, pendant et après la formation de la meute dès 2012. Dans la zone centrale de la meute, l'intensité de l'abroutissement a nettement diminué en été, et la régénération forestière a augmenté. En revanche, dans les quartiers d'hiver où la présence du loup était fréquente, l'abroutissement a augmenté. L'autrice Andrea Kupferschmid en conclut que l'équation « loup égale moins d'ongulés égale moins d'abroutissement » n'est pas une règle générale dans le paysage suisse à petite échelle, fortement marqué par la sylviculture, la chasse de loisir et les zones protégées (traduit).
L'ampleur avec laquelle la forêt profite des prédateurs dépend donc des conditions locales. Pour Luthern, un tel effet n'a pas encore été démontré. La mise à mort isolée d'un chamois témoigne de la prédation naturelle, mais ne constitue pas encore un allègement mesurable de la jeune forêt. L'article suivant montre comment le débat sur la forêt et la faune sauvage situe souvent le loup au mauvais endroit : Plus de loups, plus de dégâts forestiers ? Le Parlement se trompe de coupable.
Protection des troupeaux et rôle écologique vont de pair
La mise à mort isolée d'un chamois ne résout pas le problème d'abroutissement au Napf. Elle rappelle toutefois que la prédation naturelle fait partie de la faune indigène. Lucerne doit protéger les animaux de rente. De même, le canton devrait expressément tenir compte du rôle possible des prédateurs dans l'interaction entre forêt et faune sauvage, au lieu de l'écarter jusqu'à la formation d'une meute. Protection des troupeaux et reconnaissance des fonctions écologiques ne sont pas contradictoires. L'article suivant montre ce qu'un système de prédateurs intact peut apporter : Sans loup, pas de forêt : ce que les prédateurs signifient pour la Suisse.
Sources : Luzerner Zeitung, «Luthern : un loup tue un animal sauvage dimanche», 4 octobre 2026 (paru également dans le «Bote der Urschweiz»); Bote der Urschweiz, «Un loup frappe à Zell», 22 juillet 2026; Canton de Lucerne, Service de l'agriculture et des forêts, «Le loup dans le canton de Lucerne» et «Forêt et animaux sauvages» (consulté le 6 octobre 2026); Canton de Lucerne, BUWD, Stratégie «Forêt-Faune-Habitat», 2026; KORA, fiche d'information «Que mangent les loups en Suisse ?», octobre 2025; Andrea D. Kupferschmid (WSL), «Local trophic cascading impact of wolves on tree regeneration in summer and winter areas of ungulates», 6e symposium for Research in Protected Areas, 2017.
Autres articles : Dossier : conflit forêt-faune – ce que le récit de l'abroutissement passe sous silence
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La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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