11 septembre 2026, 13:55

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Chasse

Gestion du renard au lieu de la chasse au renard : une motion bernoise demande le remplacement

Six fractions demandent, dans le canton de Berne, un changement de système : abandonner la chasse de loisir au renard au profit d'une gestion du renard fondée sur des bases scientifiques.

Rédaction Wild beim Wild — 11 septembre 2026

Au Grand Conseil bernois, une intervention soutenue par plusieurs partis exige un changement de système dans la politique relative au renard.

Le 8 septembre 2026, le grand conseiller vert'libéral Casimir von Arx a déposé la motion « De la chasse au renard à la gestion du renard » (motion 237-2026, objet 2026.GRPARL.559). L'intervention demande de remplacer l'actuelle chasse de loisir au renard par une gestion du renard fondée sur des bases scientifiques.

La motion est portée par six membres du conseil issus de cinq fractions : Casimir von Arx (PVL), Mathias Müller (UDC), Dominique Bühler (Verts), Susanne Clauss (PS), Claudine Esseiva (PLR) et Manuel C. Widmer (Verts).

De l'essai sur le terrain au changement de système

Une motion moins ambitieuse avait précédé cette nouvelle intervention. En décembre 2025, von Arx avait d'abord demandé un essai sur le terrain accompagné scientifiquement portant sur la renonciation à la chasse au renard (motion 351-2025, objet 2025.GRPARL.1535). Le Conseil d’Etat a rejeté la demande le 6 mai 2026, indiquant que le renard est, selon le droit fédéral, une espèce chassable et que des restrictions ne se justifient que pour des motifs de protection des espèces. Un passage qu’il a lui-même formulé est remarquable: la chasse aux espèces non menacées comme le renard est « en fait une fin en soi » et n’a pas besoin de remplir de mandat explicite de régulation. Le gouvernement confirme ainsi précisément le point que le lobby de la chasse de loisir conteste habituellement en public. Les auteurs de la motion, quant à eux, ont qualifié la base factuelle scientifique justifiant la chasse au renard d’«extrêmement maigre». Ils ne contestent pas qu’il existe parfois des problèmes avec les renards, mais s’interrogent sur la contribution réelle de la chasse à leur résolution.

Plutôt que de se satisfaire de ce rejet, von Arx a retiré la motion précédente et en a déposé une plus ambitieuse. L'essai proposé s'est transformé en revendication d'un changement de système. L'élément déclencheur sur le plan technique a été fourni par le canton de Zoug : il a été le premier canton de Suisse à commander un rapport d'expertise indépendant sur la chasse au renard (SWILD, mai 2026). Comme ce rapport répond déjà aux questions posées par l'essai sur le terrain, la nouvelle motion saute l'étape du test et exige directement sa mise en œuvre.

Ce que demande la motion

La motion charge le Conseil-exécutif de quatre points. Le canton doit recueillir systématiquement des données sur la répartition des renards et sur les dommages effectivement causés, et les publier régulièrement. Sur cette base, la chasse au renard actuelle doit être remplacée par une gestion du renard fondée sur des bases scientifiques, favorisant une cohabitation aussi peu conflictuelle que possible entre l'être humain et le renard et limitant la souffrance animale. Priorité doit être donnée aux mesures non létales telles que la sécurisation des déchets, l'effarouchement et une clôture efficace pour protéger la faune sauvage et le bétail. Enfin, le Conseil-exécutif doit présenter les adaptations juridiques nécessaires.

Une telle gestion du renard ne signifie pas rester inactif face à des problèmes concrets. Les animaux malades ou blessés, ainsi que certains renards à l'origine de conflits, pourraient continuer à être tirés par le service de la faune. Ce qui est en débat, ce n'est pas l'intervention ciblée au cas par cas, mais la chasse de loisir généralisée sans utilité démontrable.

Ce que montrent les chiffres bernois

Un coup d'œil à la statistique fédérale de la chasse conforte l'orientation de la motion. Le nombre de renards tirés dans le canton de Berne a fortement diminué au cours des 25 dernières années : de pics d'environ 8'000 animaux par an dans les années 1990 à environ 2'000 à 2'500 récemment. Aucun effondrement correspondant de la population de renards n'est documenté, pas plus que les conséquences régulièrement prédites par les associations de chasse.

Dans le même temps, on enregistre désormais dans le canton de Berne nettement plus de renards morts recensés comme gibier tombé que de renards tirés à la chasse. Le gibier tombé enregistré s'élève à environ 3'400 à 3'500 animaux par an, la plus grande partie étant due à des accidents de la circulation. Les chiffres de tir ne constituent donc pas une mesure directe de la taille de la population ; ils reflètent aussi la pratique de la chasse, le comportement de déclaration et l'intensité du recensement. Source : statistique fédérale de la chasse de l'OFEV, analyse propre.

Base scientifique

Le rapport d'expertise zougois de SWILD conclut que la chasse au renard telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, peu coordonnée dans l'espace, ne permet pas d'espérer une régulation durable des populations de renards. Une reproduction accrue, de meilleurs taux de survie et l'immigration peuvent compenser les tirs. De plus, il manque des données fiables sur les populations, tant au niveau local que régional, permettant de vérifier proprement un effet de régulation.

La chasse n'est pas non plus une mesure fiable pour lutter contre les maladies. Le rapport souligne qu'une mobilité et une immigration accrues dans les populations chassées peuvent favoriser la propagation des maladies. Concernant la rage, la campagne de vaccination orale s'est révélée être la mesure décisive pour une lutte efficace ; une chasse intensive n'avait auparavant apporté aucun succès comparable. Pour la protection de la faune sauvage et du bétail, le rapport met au centre des mesures non létales : enclos et clôtures sûrs, amélioration de la gestion des exploitations et limitation des sources de nourriture d'origine humaine.

Le canton de Genève montre à quoi peut ressembler une telle voie : la chasse de loisir y est interdite depuis 1974. Seuls les gardes-faune de l'État y interviennent, et ce sans un seul tir de régulation du renard au cours des deux dernières années. Louer Genève revient donc à se prononcer contre la chasse de loisir habituelle au renard, et non en sa faveur.

Et la suite

Le soutien transpartisan est déterminant. Le fait qu'une intervention visant à abandonner la chasse routinière au renard soit portée conjointement de l'UDC aux Verts montre que la question du sens, de l'efficacité et de la proportionnalité de la chasse de loisir au renard dépasse depuis longtemps les seuls cercles traditionnels de la protection animale.

Le Conseil-exécutif prendra d'abord position sur cette intervention. Un débat au Grand Conseil n'est à attendre au plus tôt qu'au printemps ou à l'été 2027.

Le document complet de la motion est disponible ici : Motion « De la chasse au renard à la gestion du renard » (PDF)

Celles et ceux qui souhaitent s'engager trouveront sur notre page d'action une lettre type à adresser au Grand Conseil : Stopper la chasse au renard, écrire au Grand Conseil bernois.

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