Chasse au renard : le gouvernement bernois ne veut pas examiner les preuves
Le Conseil d'État bernois a rejeté une motion transpartie qui visait à tester scientifiquement, dans une zone délimitée, les conséquences qu'aurait un renoncement à la chasse au renard.
L'intervention a été déposée le 3 décembre 2025 par le député au Grand Conseil PVL Casimir von Arx, soutenue par des représentantes et représentants du PS, de l'UDC, des Verts, du PEV et du PLR.
On demandait un essai de terrain limité dans le temps et accompagné scientifiquement: dans une zone appropriée, il s'agissait d'étudier comment un renoncement total ou partiel à la chasse du renard roux se répercute sur la population de renards, la santé des animaux sauvages, la santé publique, la biodiversité et l'agriculture.
L'enjeu est considérable. En Suisse, selon la statistique fédérale de la chasse, on abat habituellement entre 15’000 et 25’000 renards roux par an, et dans le canton de Berne entre 2’000 et 3’500 animaux. Comme l'a rapporté la «Berner Zeitung» fin octobre 2025, la plus grande partie des quelque 3’000 renards bernois abattus finit ensuite à la poubelle.
La force motrice derrière cette demande est le juriste Pascal Wolf, qui a initié des interventions similaires dans plus de douze cantons, lesquelles se concentrent principalement sur la remise en question de la nécessité scientifique de la chasse au renard. Les autorités les ont jusqu'ici souvent rejetées, en dernier lieu la commission lucernoise compétente, dont le procédé a été retracé de manière critique par wildbeimwild.com. L'engagement de Wolf et les fondements techniques sont également amplement documentés.
La justification du Conseil d'État
Par décision du 6 mai 2026, le Conseil d'État propose le rejet. Son argumentation ne s'appuie pas sur des données, mais sur la systématique du droit de la chasse: le renard roux serait, selon la loi fédérale sur la chasse, une espèce d'animal sauvage chassable, sa population serait répandue dans tout le canton et nullement menacée. Des restrictions de la chasse pourraient se justifier principalement par la protection des espèces, qui ne s'applique pas ici. Il n'existerait donc aucune nécessité d'étudier scientifiquement l'effet d'un renoncement à la chasse au renard.
Un passage formulé par le Conseil d'État lui-même est remarquable : étant donné que des espèces non menacées peuvent être exploitées par la chasse de loisir, celle-ci serait «de facto une fin en soi» et n'aurait pas à remplir de mandat explicite de régulation. Le gouvernement confirme ainsi précisément le point que la chasse de loisir conteste habituellement en public.
La contradiction fondamentale
C'est précisément là que réside la faiblesse de la réponse. La motion ne demandait pas si le renard est menacé, mais si la chasse remplit réellement les objectifs qu'on lui attribue. Le Conseil d'État laisse cette question sans réponse. Le premier signataire, von Arx, critique d'ailleurs publiquement sur Radio BeO le fait que le gouvernement passe à côté de la véritable préoccupation de la motion.
Or, l'état des connaissances scientifiques n'est nullement ouvert. La rage a été éradiquée en Suisse au moyen d'appâts vaccinaux, et non au fusil. L'échinococcose alvéolaire peut être réduite efficacement par des appâts vermifuges, tandis que la chasse est jugée inadaptée à cet effet. Les populations de renards restent stables même sous une forte pression de chasse, car l'immigration et une reproduction accrue compensent rapidement les pertes. La recherche attribue majoritairement le déclin des espèces rares à la perte d'habitat et à l'agriculture intensive, et non au prédateur qu'est le renard. wildbeimwild.com a résumé l'état de la recherche sur la gestion du renard fondée sur les preuves.
Qu'un renoncement soit praticable, le regard au-delà de la frontière cantonale le montre. Dans le canton de Genève, la chasse est interdite aux particuliers depuis 1974 ; seuls une vingtaine de tirs spéciaux ordonnés par les autorités ont lieu chaque année. Le Luxembourg protège le renard toute l'année depuis 2015. Il existe aussi des espaces sans chasse à l'intérieur de la Suisse : dans le Parc national suisse, toute chasse est interdite depuis sa fondation en 1914, le renard y est entièrement protégé comme toutes les autres espèces, et de nombreux autres parcs nationaux en Europe procèdent de même. Une explosion des populations, une multiplication des épidémies ou des dommages excessifs ne se sont produits dans aucun de ces cas. L'argument souvent entendu selon lequel le modèle genevois ne serait pas transposable ne résiste donc pas à l'examen. Plus à ce sujet dans le dossier sur l'autorégulation des populations sauvages et dans l'article sur la cruauté envers les animaux dans la chasse au renard.
Quand la chasse favorise les maladies
L'écart est particulièrement net concernant l'argument sanitaire de la chasse de loisir. La rage a été éradiquée en Suisse au moyen d'appâts vaccinaux, et non du fusil. Pour l'échinococcose alvéolaire, une étude de quatre ans menée dans la région de Nancy montre le contraire de ce que l'on attendait : malgré une chasse nocturne massivement intensifiée sur environ 700 kilomètres carrés, où le tableau a augmenté de 35 pour cent, la population de renards n'a pas diminué. Le taux d'infestation par le parasite est passé de 40 à 55 pour cent dans la zone test, alors qu'il est resté stable dans la zone de comparaison. L'étude porte le titre éloquent « An inappropriate paradigm ». En revanche, les appâts vermifuges sont considérés comme efficaces : dans l'arrondissement bavarois de Starnberg, ils ont réduit le risque d'infection de 97 à 99 pour cent.
En ce qui concerne les tiques également, les données scientifiques plaident contre le tir. Dans les régions où l'activité des prédateurs comme le renard et la fouine est élevée, les rongeurs portent nettement moins de tiques, et celles-ci sont moins souvent infectées. Quiconque décime le renard, chasseur de souris, augmente ainsi tendanciellement le risque de borréliose et de méningo-encéphalite verno-estivale (FSME), dont le nombre de cas a récemment atteint des sommets en Suisse. wildbeimwild.com a montré comment les chasseurs de loisir propagent des maladies et pourquoi la chasse de loisir favorise même les maladies.
La gravité est élevée, car la Suisse est un point chaud européen pour l'échinococcose alvéolaire. Une revue publiée en 2025 dans « The Lancet Infectious Diseases » a recensé pour les années 1997 à 2023, à l'échelle européenne, 4’207 cas d'échinococcose alvéolaire, dont environ 68 pour cent en Allemagne, en France, en Autriche et en Suisse. Par habitant, la Suisse se classe au deuxième rang après la Lituanie. Miser, précisément dans cette situation, sur une chasse manifestement contre-productive plutôt que sur le déparasitage est difficile à justifier sur le plan de la politique de santé.
Canton à patente sans obligation de territoire
Important pour la mise en contexte : Berne est l'un des seize cantons à chasse à patente. Quiconque acquiert une patente peut chasser sur l'ensemble du territoire cantonal, sans assumer de responsabilité pour une réserve déterminée. L'idée selon laquelle les chasseurs de loisir rempliraient, par le tir du renard, une mission d'entretien couvrant tout le territoire ne peut pas être déduite de ce système.
Quelle suite
Avec le rejet par le Conseil d'État, l'affaire n'est pas close. C'est désormais le Grand Conseil qui se prononcera sur la motion, vraisemblablement lors de la session d'automne 2026. Le soutien transpartisan montre que l'adhésion à un examen factuel de la chasse au renard grandit aussi en dehors des cercles classiques de la protection animale.
Sources
- Canton de Berne, Conseil d'État : ACE 446/2026 du 6 mai 2026, réponse à la motion 351-2025 « Expérimentation du renoncement à la chasse au renard » (n° d'affaire 2025.GRPARL.1535)
- Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages (JSG, RS 922.0), art. 1, 3 et 5
- Statistique fédérale de la chasse : https://www.jagdstatistik.ch
- Office fédéral de la santé publique (OFSP), rage : https://www.bag.admin.ch/de/tollwut
- Berner Zeitung : « Chasse au renard controversée : la plupart des 3000 animaux abattus finissent à la poubelle», 30.10.2025
- Baker P. J. et al. (2002) : Effect of British hunting ban on fox numbers
- Kämmerle J.-L. et al. (2019) : Restricted-area culls and red fox abundance
- König A. et al. (2019) : Effective long-term control of Echinococcus multilocularis
- Comte S. et al. (2017) : « Echinococcus multilocularis management by fox culling: an inappropriate paradigm » (région de Nancy, France)
- Hofmeester T. R. et al. (2017) : Cascading effects of predator activity on tick-borne disease risk, Proceedings of the Royal Society B
- The Lancet Infectious Diseases (2025) : aperçu à l'échelle européenne de l'échinococcose alvéolaire (Université de médecine de Vienne, entre autres)
- Appâts vermifuges dans le district de Starnberg (Bavière) : réduction du risque d'infection de 97 à 99 pour cent
- Radio BeO : « Le Grand Conseil décide de l'essai sur la chasse au renard», 18.5.2026
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