Chasseurs de loisir comme faux experts de la faune
Pascal Wolf a déposé des pétitions pour une interdiction de la chasse au renard dans plus de 12 cantons. La réaction du Luzerner Zeitung montre de manière exemplaire comment les médias reprennent sans esprit critique les narratifs du lobby de la chasse – bien que le texte de la pétition fournisse une science irréfutable.
Un juriste lucernois nommé Pascal Wolf a déposé des pétitions pour la fin de la chasse au renard roux dans plus de 12 cantons, notamment Zoug, Bâle-Campagne et Lucerne.
À Berne, le conseiller cantonal von Arx a déjà déposé une motion sur cette base. La conseillère cantonale Sabine Hesselhaus s'engage au parlement lucernois. Et les cantons de Zoug et Bâle-Campagne ont engagé des clarifications scientifiques.
C'est un succès remarquable pour un combattant isolé sans soutien d'association. Et pourtant, les titres proclament : « Interdire la chasse au renard ? Pas seulement les chasseurs s'y opposent » (Luzerner Zeitung) et « Bâle-Campagne se penche sur la pétition contre la chasse au renard, l'administration promet des clarifications » (Oberbaselbieter Zeitung). Le ton : sceptique. Les voix : chasseurs de loisir et administration. La science : marginale.
Ce que Wolf demande réellement
La pétition de Wolf ne réclame pas l'abolition immédiate de la chasse au renard. Elle demande quelque chose de plus modeste et juridiquement inévitable : que le gouvernement examine et rende compte s'il existe même une base scientifique pour la chasse au renard.
La pétition énumère six mandats d'examen concrets, appuyés sur des études issues de la biologie de la faune sauvage, de la parasitologie et de l'épidémiologie. Les principales conclusions : la rage a été éliminée en Suisse par des appâts vaccinaux, non par la chasse de loisir (OFSP). Le ténia du renard ne peut être efficacement réduit que par des appâts vermifuges ; la chasse de loisir est inefficace (König et al. 2019, Comte et al. 2013, Takahashi et al. 2013). Maladie de Carré et gale : la chasse de loisir est contre-productive, car tuer des animaux territoriaux entraîne une immigration accrue et une propagation plus rapide des maladies (Prentice 2012). Les populations de renards restent stables malgré une chasse de loisir intensive, l'immigration et la reproduction accrue compensent rapidement les abattages (Kämmerle et al. 2019, Baker et al. 2002). Le déclin des nicheurs au sol et des lièvres est scientifiquement attribué à la perte d'habitat et à l'agriculture intensive, non aux renards (Knauer et al. 2010, Spaar et al. 2012). Et la chasse de loisir déstabilise les territoires et augmente le comportement migratoire, ce qui tend plutôt à augmenter le taux d'accidents de circulation.
Ce n'est pas de l'activisme. C'est de la science documentée. Et Wolf a fourni au journaliste toutes les sources avec des liens hypertextes directs.
L'article de journal : ce qui manque
Le rédacteur en chef Alexander von Däniken de la Luzerner Zeitung avait la pétition complète, toutes les sources scientifiques et les réponses écrites de Wolf. Wolf avait explicitement demandé de pouvoir relire la présentation de ses déclarations avant publication. Von Däniken a refusé en expliquant qu'on n'était pas tenu de faire autoriser les réponses écrites.
Ce qui a paru dans l'article : une citation du fonctionnaire d'association de chasse Fabian Stadelmann, positionnée comme une contre-voix objective. La science : à peine présente. L'exemple de Genève (50 ans sans chasse au renard, aucun problème notable) : marginal. Luxembourg : pas mentionné.
Ce n'est pas un cas isolé. C'est un problème structurel.
Parfois il vaut mieux ne donner aucune information plutôt qu'une qui vous place sous un mauvais jour malgré les faits scientifiques et ne fait finalement que promouvoir une propagande grossière de chasseurs de loisir. Quand CH Media cache l'article derrière son mur payant et que même Pascal Wolf, qui a fourni à la rédaction toute la base scientifique, n'obtient accès que contre paiement, la question se pose de savoir pourquoi on devrait encore coopérer.
Nous connaissons ce schéma à suffisance, y compris de CH Media : on investit comme source du temps, de l'énergie et des ressources, on fournit du matériel soigneusement recherché et on se voit demander en remerciement de souscrire un abonnement, pour un article qui reproduit au mieux avec tiédeur les faits fournis. wildbeimwild.com reste la seule plateforme qui montre l'image complète. Ce n'est pas un hasard, mais un programme.
Nous en tirons une conséquence : lors de futurs contacts médiatiques, nous établissons par écrit dès le départ qu'en tant que fournisseurs d'informations, nous obtenons en contrepartie de relire l'article fini avant publication et de recevoir au moins le PDF. Ce n'est pas juridiquement contraignant, mais cela crée une attente claire et rend visible l'asymétrie si elle se produit néanmoins.
Le faux expert
La presse locale, les organisations de protection animale et la politique croient encore aujourd'hui qu'une expertise est disponible sous la casquette du chasseur. Pour tous les sujets liés à la nature (loup, renard, chevreuil, état de la forêt, populations de sangliers), on interroge par réflexe les chasseurs de loisir locaux et on les présente comme un «groupe d'experts», sans mentionner leurs intérêts. Le Dossier «Médias et thèmes cynégétiques» de wildbeimwild.com analyse ce mécanisme en détail.
Le problème commence avec la formation. Les cours pour l'examen de chasseur sont dispensés par des personnes qui n'ont besoin d'aucune qualification régulière et puisent leurs connaissances principalement dans la littérature cynégétique et les traditions associatives, et non dans la recherche indépendante sur la faune sauvage. «J'ai terminé la formation de chasseur dans le canton de Berne il y a un an, cette formation est une honte», écrit un chasseur amateur fraîchement diplômé à l'IG Wild beim Wild. Après la formation, les chasseurs de loisir évoluent dans la chambre d'écho de la presse cynégétique. Dans les associations de chasse, on se conforte mutuellement. Ainsi se forme un groupe cloisonné, difficilement accessible aux nouvelles informations, mais qui se présente à l'extérieur comme des «connaisseurs de la nature». Parce que ce groupe est bien organisé et rapidement accessible, les rédactions y ont recours de manière structurelle. Non par intention, mais par habitude.
L'article de presse sur les pétitions Wolf suit exactement ce schéma. Le président d'une association de chasse territoriale est positionné comme une voix objective contre l'interdiction. Les preuves scientifiques contraires (Luxembourg, canton de Genève, Parc national, biologie des populations) ne sont pas mentionnées. Le document de position de JagdSchweiz, qui déclare la chasse au renard «sensée et utile», n'est pas remis en question. Les 12 mythes de chasse les plus fréquents sont systématiquement réfutés sur wildbeimwild.com.
Pourtant, les faits sont clairs : le Luxembourg a aboli la chasse au renard en 2015, sans que les catastrophes prophétisées ne se produisent. Selon les chiffres officiels de l'administration vétérinaire luxembourgeoise, le taux d'infection par le ténia du renard chez les renards est passé de 40 pour cent (2014) à 17,6 pour cent (2020), soit plus que divisé par deux. Aucun cas d'échinococcose alvéolaire chez l'homme n'a été signalé depuis. Le gouvernement luxembourgeois ne voit aucune raison de lever l'interdiction de chasse (Luxemburger Wort, 2022). Dans le canton de Genève, la gestion de la faune fonctionne depuis 50 ans sans chasse de loisir. Dans le Parc national, personne ne chasse et il n'y a ni fléaux de renards ni effondrements écologiques.
L'Association de protection des animaux de Lucerne : Quand la communication PR remplace la politique factuelle
La position de Lea Bischof-Meier, présidente de l'Association de protection des animaux de Lucerne, est particulièrement révélatrice. Selon les articles de presse, elle se prononce pour une «chasse clairement réglementée», donc pour le maintien de la chasse au renard, qui coûte inutilement et sans raison la vie à jusqu'à 25'000 animaux par an. Ce n'est pas une position de protection animale. C'est de la communication de lobby cynégétique avec un logo de protection animale.
Son profil professionnel la présente comme politicienne et entrepreneuse en relations publiques, copropriétaire d'une entreprise de «PR, publicité et communication». Biologie de la faune, écologie ou médecine vétérinaire : néant. Ce qu'elle apporte en revanche, c'est vingt ans en politique locale et un sens aigu des formulations consensuelles. Quand une organisation de protection animale ne base pas sa position sur la chasse au renard sur des preuves scientifiques, mais sur ce qui sonne politiquement acceptable, elle a abandonné sa mission.
Pascal Wolf l'a lui-même résumé : «Celles-ci me semblent peu efficaces, sinon le renard ne serait probablement plus chassé sans raison.» Une organisation dont la présidente se range du côté des chasseurs de loisir sur la question de protection animale la plus évidente du canton confirme ce jugement de manière frappante.
Lucerne pratique aussi la chasse au terrier, et personne ne proteste
Tandis que Pascal Wolf remet en question avec sa pétition la base scientifique de la chasse au renard, le canton de Lucerne pratique parallèlement une méthode de chasse encore plus brutale : la chasse au terrier. Des chiens de chasse sont envoyés dans les terriers de renards et de blaireaux pour acculer les animaux sous terre. Ils sont harcelés, blessés ou étouffent dans le terrier avant d'être abattus à l'extérieur. La Protection Suisse des Animaux (PSA) précise dans son document de position officiel : « Du point de vue de la protection des animaux, la chasse au terrier et la chasse aux oiseaux aquatiques sont à rejeter. L'utilisation de chiens de terrier n'est pas justifiable du point de vue de la protection des animaux. » Les cantons de Thurgovie, Zurich, Berne et Vaud ont déjà interdit la chasse au terrier. Lucerne non.
Au Parlement fédéral, la motion 23.3303 « Interdiction de la chasse au terrier cruelle envers les animaux » est en cours. wildbeimwild.com documente également cette méthode en détail dans le Dossier Chasse au terrier. Que précisément la Société protectrice des animaux de Lucerne sous la présidence de Lea Bischof-Meier se taise sur les deux sujets, tant sur la chasse au renard insensée que sur la chasse au terrier, rend l'échec de la protection animale organisée dans le canton complet.
Bâle aussi : même logique médiatique, mêmes lacunes
Pas seulement la Luzerner Zeitung, mais aussi l'Oberbaselbieter Zeitung, également un titre CH-Media, rapporte la pétition de Wolf. L'article résume correctement le contenu de la pétition, mais ici aussi l'essentiel manque : la Direction vétérinaire et sanitaire de Bâle n'annonce une prise de position qu'en juin 2026, pas de confrontation de fond avec la science, mais un renvoi à la compétence administrative.
C'est révélateur. La bureaucratie cantonale ne protège pas la chasse au renard avec des arguments, mais avec des procédures. La pétition de Wolf a ainsi atteint exactement ce qu'elle devait : elle force les gouvernements cantonaux à se positionner par écrit et révèle que « tradition » et « compétence » doivent servir de réponse aux études et exemples de cas.
Ce que Wolf dit lui-même
Dans la correspondance par e-mail avec la Luzerner Zeitung, Wolf formule sa position de manière précise :
« Quand on veut tuer annuellement environ 20'000 animaux, la charge morale de la preuve pour la justification incombe clairement à ceux qui en ont l'intention. »
Et à la question de comment expliquer la chasse au renard à sa propre population : « Comment voulez-vous donc expliquer à vos enfants pourquoi en Suisse 20'000 renards sont tués annuellement ? Je me l'imagine difficile et crois en la raison de la population. Il ne faut pas prendre la vie sans motif. »
Ce dont on a besoin maintenant
Les pétitions de Pascal Wolf dans plus de 12 cantons sont une occasion rare : un juriste, pas une ONG, pas un « activiste des droits des animaux », pose une question de principe d'État de droit. Les gouvernements cantonaux sont obligés de répondre sur une base scientifique. C'est le bon levier. Les Textes modèles pour initiatives critiques de la chasse sur wildbeimwild.com fournissent des modèles concrets pour pétitions, motions et initiatives populaires dans chaque canton.
Ce qui manque, c'est le renfort : d'organisations de protection des animaux, de biologistes de la faune indépendants, de journalistes prêts à ne plus présenter la prochaine fois les chasseurs de loisir comme un groupe d'experts, mais comme ce qu'ils sont : une partie intéressée.
wildbeimwild.com suivra et rapportera les développements futurs dans les cantons.
Sources complémentaires
SRF DOK : Tout pour les renards · Tagesanzeiger : Un chasseur de loisir zurichois refuse d'abattre des renards sains · Dossier Médias et sujets de chasse · Non à la chasse au renard · Les chasseurs de loisir propagent des maladies · La chasse de loisir favorise les maladies · FAQ : Psychologie des chasseurs de loisir · Dossier Mythes de la chasse · Textes modèles pour initiatives cantonales · Tous les dossiers
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