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Chasse

Non à la chasse au renard : une motion lucernoise révèle l'absence de faits

Dans le canton de Lucerne, une motion parlementaire intitulée « Non à la chasse au renard » réclame la fin de la chasse de loisir au renard. Ce qui ressemble à un conflit régional révèle, à y regarder de plus près, un problème plus profond : les associations de chasse et les administrations cantonales fondent leur politique de chasse au renard sur des affirmations que les expériences de régions sans chasse au renard et les chiffres officiels ont depuis longtemps réfutées.

Rédaction Wild beim Wild — 11 décembre 2025

Le juriste lucernois Pascal Wolf exige, par sa motion, que le canton remette fondamentalement en question la chasse au renard.

Il ne doit plus être considéré comme une loi naturelle que les renards peuvent être abattus simplement parce que cela a toujours été ainsi.

Les questions centrales sont les suivantes :

  • Existe-t-il un bénéfice démontrable de la chasse au renard pour la santé, l'agriculture ou la biodiversité.
  • L'élimination permanente d'une espèce entière est-elle proportionnée lorsqu'il existe des mesures alternatives non létales.
  • Et sur quelle base scientifique le canton et le lobby de la chasse s'appuient-ils réellement.

La motion s'attaque ainsi directement à une pratique de chasse qui, aujourd'hui, défend avant tout une image identitaire des chasseurs et un hobby sanglant — et non le prétendu « intérêt public ».

JagdSchweiz : un document de position sans confrontation à la réalité

Le vide scientifique apparaît avec une clarté particulière lorsqu'on compare l'argumentation lucernoise avec le document de position actuel de JagdSchweiz sur la chasse au renard. Les renards y sont traités comme des « biens publics sans maître » et comme une matière première au prix de la fourrure fluctuant, la chasse au renard est présentée comme « sensée et utile » et doit « absolument être maintenue ». Les critiques des organisations de protection de la nature et des animaux sont rejetées comme émotionnelles et dénuées de faits.

Les mêmes affirmations, toujours répétées :

  • L'absence de chasse entraînerait une «explosion des populations» de renards.
  • Des maladies comme l'échinococcose vulpine se multiplieraient.
  • Les oiseaux nichant au sol et les lièvres des champs seraient perdus sans une chasse intensive aux prédateurs.

Ce qui fait systématiquement défaut :

  • une évaluation sobre des expériences menées dans les régions sans chasse au renard
  • un examen honnête des manquements massifs de la chasse de loisir
  • l'intégration des recherches actuelles en écologie de la faune sauvage

Ce n'est pas de la science, c'est de la politique d'intérêts en tenue de camouflage.

Un langage administratif non scientifique : quand les cantons reprennent les textes des lobbys

Les administrations cantonales reprennent fréquemment ces récits presque sans examen. Dans le canton de Lucerne aussi, la chasse de loisir non scientifique est généralement décrite comme un instrument permettant de «réguler» les populations de gibier, de prévenir les dégâts et d'assurer un équilibre entre la faune sauvage et son habitat. Dans cette logique, la chasse au renard apparaît automatiquement comme faisant partie d'une gestion prétendument rationnelle.

Des faits essentiels sont pourtant systématiquement occultés :

  • Dynamique des populations : une chasse intensive entraîne chez le renard une reproduction compensatoire et une immigration accrue en provenance des territoires voisins, au lieu de réduire durablement les effectifs.
  • Maladies : l'histoire de la lutte contre la rage en Europe montre clairement que la percée décisive a été obtenue grâce aux programmes d'appâts vaccinaux, et non par la chasse de loisir. Il en va de même pour les stratégies actuelles concernant l'échinococcose vulpine.
  • Biodiversité : le recul massif des oiseaux des champs et des lièvres est avant tout la conséquence d'une agriculture industrialisée, de l'utilisation de pesticides, de la destruction des habitats et des fauches précoces, et non du renard.

Lorsque les administrations s'accrochent à d'anciens clichés malgré ces données, ce n'est pas scientifique, c'est simplement commode.

Vérification de la réalité : le Luxembourg, Genève et les zones sans chasse au renard

Un regard vers d'autres régions démasque les menaces brandies par JagdSchweiz et les autorités cantonales comme de la pure théorie.

Le Luxembourg a complètement mis fin à la chasse de loisir au renard début 2015. Les associations de chasseurs avaient alors prédit une «explosion des populations», une menace épidémique croissante et une augmentation des dégâts. Résultat : rien de tout cela ne s'est produit.

Les évaluations montrent :

  • La population de renards est restée stable.
  • Aucune augmentation des maladies de la faune sauvage n'a été constatée.
  • La proportion de renards infectés par l'échinococcose vulpine a environ diminué de moitié entre 2014 et 2020.

Dans le canton de Genève, la chasse de loisir a été abolie depuis 1974. La gestion de la faune sauvage est assurée par des gardes-chasse d'État. Malgré l'absence de chasse au renard à grande échelle, on n'observe ni épidémies ni catastrophes écologiques. Genève est aujourd'hui citée en exemple pour une gestion moderne et professionnelle de la faune sauvage.

Les parcs nationaux tels que la Forêt Bavaroise et Berchtesgaden, ou d'autres régions où la chasse au renard n'est pas pratiquée, ne connaissent aucune «explosion de renards» documentée suivie d'un effondrement des populations d'oiseaux nichant au sol. Les densités de renards s'adaptent à l'offre alimentaire, aux maladies et à la concurrence intraspécifique.

Le Parc National Suisse a récemment célébré son centenaire. Le parc est un espace sauvage laissé à lui-même, où personne ne chasse. Cela ne pose aucun problème, affirme Heinrich Haller, directeur du parc et biologiste de la faune sauvage. Même sans chasse, il n'y a pas soudainement trop de renards, de lièvres ou d'oiseaux. L'expérience le montre : la nature peut être laissée à elle-même.

Quiconque continue, dans ce contexte, à dresser des scénarios apocalyptiques n'agit pas par savoir, mais par idéologie.

Quand la justice éclaire la réalité de la chasse

La manière dont fonctionne réellement l'environnement de JagdSchweiz a été mise en lumière lors d'une procédure devant le tribunal pénal de Bellinzone. JagdSchweiz avait porté plainte contre IG Wild beim Wild, estimant que de vives critiques évoquant une «culture de la violence» et un «groupement problématique militant» portaient atteinte à son honneur.

Le juge Siro Quadri a rejeté la plainte. Les formulations percutantes ont été qualifiées de jugements de valeur admissibles, étayés par les faits présentés. Sur le plan juridique, cela signifie que la critique de l'environnement cynégétique de JagdSchweiz a été reconnue par le tribunal comme couverte par la liberté d'expression, et non comme un mensonge diffamatoire.

La justice projette ainsi une lumière crue sur le milieu dont sont issus les actuels documents de position sur le renard, et devant lequel les administrations cantonales préfèrent fermer les yeux.

Chiffres officiels sur la pratique de la chasse : l'image idéale s'effrite

Un regard sur les statistiques officielles de la chasse révèle également à quel point l'image que les chasseurs ont d'eux-mêmes est éloignée de la réalité.

Dans le canton des Grisons, environ 10’000 cerfs, chamois, chevreuils et sangliers sont abattus chaque année durant la chasse principale. Selon les données de l'Office de la chasse et de la pêche et un reportage de la SRF :

  • environ neuf à près de dix pour cent de ces tirs sont illicites
  • des amendes d'ordre de plus de 700’000 francs pour tirs incorrects infligées en seulement cinq ans avant 2016
  • Entre 2012 et 2016, 56’403 animaux ont été abattus au total, dont 3’836 seulement blessés par balle

Ces chiffres contredisent de manière flagrante le récit du chasseur de loisir discipliné, respectueux des lois et «conforme à la protection des animaux», tel que le propage JagdSchweiz et que de nombreux cantons reprennent sans vérification.

Le renard comme bouc émissaire de la politique agricole et de la commodité

Un élément central de l'argumentation non scientifique soutient que le renard serait le principal responsable du déclin des oiseaux nichant au sol et des lièvres des champs.

Les données du Luxembourg, de Genève et des parcs nationaux, ainsi que de nombreuses contributions spécialisées, dressent un tout autre tableau :

  • Les facteurs déterminants sont l'appauvrissement des structures, l'utilisation de pesticides et les fauches fréquentes et précoces.
  • Là où les habitats sont améliorés, les régimes de fauche adaptés et les pesticides réduits, les populations se redressent même sans chasse au renard.

L'obsession pour le renard sert ainsi de manœuvre de diversion politiquement commode : plutôt que de s'attaquer aux vaches sacrées de la politique agricole, on fait du canidé sauvage le bouc émissaire.

Une politique moderne de la faune sauvage plutôt que des dogmes cynégétiques

L'initiative lucernoise «Non à la chasse au renard» pose au canton une question simple :

Souhaite-t-on continuer à défendre une pratique cynégétique fondée sur des scénarios réfutés et des documents lobbistes, ou est-on prêt à s'orienter vers les faits scientifiques et l'éthique animale contemporaine ?

Une politique moderne de la faune sauvage impliquerait :

  1. Une prévention systématique plutôt qu'une chasse permanente : hygiène des déchets, interdiction de nourrissage, poulaillers sécurisés, sensibilisation aux comportements en zone habitée.
  2. Un monitoring professionnel : recensement des observations, des animaux trouvés morts et des cas de maladie, plutôt que des tirs réflexes.
  3. Une résolution des conflits mesurée : là où des dommages concrets surviennent réellement, des interventions ciblées et proportionnées plutôt qu'un tir libre sur une espèce entière.
  4. L'honnêteté dans la communication : fini les scénarios de menaces inventés et les «documents de position» à coloration idéologique qui ignorent les régions sans chasse au renard et les données officielles.

Lucerne est représentatif d'une question de principe

L'initiative de Pascal Wolf est bien plus qu'une préoccupation régionale. Elle révèle à quel point la crise scientifique et éthique de la chasse de loisir est désormais profonde.

  • Des associations de chasseurs comme JagdSchweiz défendent la chasse au renard avec des arguments réfutés par des exemples concrets et des chiffres.
  • Les administrations cantonales reprennent ces récits au lieu de les confronter à l'état de la recherche.
  • La justice confirme que les critiques acerbes de cette culture de la violence constituent des jugements de valeur admissibles, étayés par des faits.

«Non à la chasse au renard» n'est donc pas un pas radical, mais un test de réalité attendu depuis longtemps.

Pour le canton de Lucerne, cela signifie : soit l'on continue de s'appuyer sur les affirmations non scientifiques du lobby de la chasse, soit l'on commence enfin à construire une politique de la faune sur le savoir, la transparence et le respect des individus sensibles.

Dossiers : Le renard en Suisse : prédateur le plus chassé sans lobby | La chasse au renard sans faits : comment JagdSchweiz invente des problèmes

  • Littérature scientifique : Études sur le renard roux
  • Les chasseurs propagent des maladies : Étude
  • La chasse favorise les maladies : Étude
  • Les chasseurs de loisir dans la criminalité : La liste
  • L'interdiction de la chasse inutile au renard est urgente : Article
  • Le Luxembourg prolonge l'interdiction de la chasse au renard : Article
  • Chasse de plaine et maladies de la faune : Article
  • Effarouchement des animaux sauvages : Article
En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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