Suisse à 10 millions : ce que diraient les animaux sauvages
Le 14 juin 2026, la Suisse votera sur l'initiative pour la durabilité de l'UDC, mais un groupe d'électeurs sera comme toujours ignoré dans la campagne : la faune indigène.
Les chiffres bruts laissent peu de place aux apaisements.
Chaque année en Suisse, environ 17,6 kilomètres carrés de sol disparaissent sous l'asphalte, le béton et les bâtiments. Cela représente près de sept terrains de football par jour. Entre 1985 et 2018, la surface bâtie a augmenté de 31 pour cent, et les zones d'habitation même de 61 pour cent. Durant la même période, environ 1'143 kilomètres carrés de surface agricole ont été perdus, soit plus de sept pour cent.
La population résidente permanente s'élevait fin 2025 à environ 9,1 millions de personnes. Depuis l'introduction de la libre circulation des personnes en 2002, elle a augmenté d'environ 1,7 million de personnes, principalement par l'immigration. Lors des années de forte croissance, l'immigration nette annuelle correspond à la population d'une ville comme Lucerne.
Des montagnes clôturées jusqu'au-dessus de la limite des forêts
Tandis que dans la vallée, on bâtit mètre carré après mètre carré, la pression se déplace vers la montagne. Là, une autre réalité attend : l'estivage et l'élevage ovin de loisir ont transformé de vastes parties des pâturages alpins en parcelles clôturées, en de nombreux endroits jusqu'au-dessus de la limite des forêts. Là où paissent les troupeaux de moutons et de bovins, il ne reste souvent guère de place ou de nourriture pour les chamois, les bouquetins et les cerfs. Des maladies peuvent passer des animaux domestiques aux animaux sauvages.
Même Pro Natura, une organisation traditionnellement bienveillante envers l'économie alpestre, constate dans une analyse de 2024 : au-dessus de la limite des forêts, où la majorité des moutons est estivée, il n'y a pas de forêt en expansion qu'il faudrait contenir par le pâturage. Le principal argument écologique en faveur du pâturage avec des animaux de rente disparaît ainsi à l'étage altitudinal où les conflits avec la faune sauvage sont les plus importants. La bonne herbe revient par convention aux animaux de rente. Les animaux sauvages s'écartent, vers des pentes plus raides, vers les forêts, vers des habitats qui leur sont sous-optimaux.
Corridors faunistiques : deux tiers endommagés ou interrompus
Ce qui est clôturé au sol est morcelé dans l'espace. Sur les corridors faunistiques suprarégionaux de Suisse, seul environ un tiers est encore intact. 16 pour cent sont considérés comme totalement interrompus. Sur le Plateau densément peuplé, la maille moyenne, c'est-à-dire la taille des surfaces continues, n'est plus que de 2,7 kilomètres carrés. Rien qu'entre 2014 et 2020, ce morcellement s'est encore aggravé de sept pour cent. Pour les espèces qui migrent saisonnièrement, des amphibiens au cerf élaphe, c'est une catastrophe insidieuse.
La Confédération subventionne activement cette évolution. En 2024, elle a identifié environ douze milliards de francs de subventions directes nuisibles à la biodiversité. Réparties entre l'agriculture, les transports, l'urbanisation et la production d'énergie.
Quatre pour cent pour les animaux sauvages
Pour comprendre le rapport de force entre l'homme et la nature, il n'est pas nécessaire de compter. Peser suffit. Une étude publiée dans les « Proceedings of the National Academy of Sciences » par Bar-On, Phillips et Milo en 2018, mise à jour par Greenspoon et ses collègues en 2023, donne une image claire. Sur l'ensemble de la Terre, les mammifères sauvages ne représentent plus qu'environ quatre pour cent de la biomasse mondiale des mammifères. Le reste se partage entre l'homme (environ 36 pour cent) et son bétail (environ 60 pour cent).
En chiffres absolus : le bétail atteint environ 630 millions de tonnes à l'échelle mondiale, l'homme environ 390 millions de tonnes, et l'ensemble des mammifères terrestres sauvages environ 22 millions de tonnes. Depuis 1850, la biomasse mondiale des mammifères a été multipliée par quatre au total. Non pas grâce à davantage d'animaux sauvages, mais grâce à davantage de bétail et davantage d'êtres humains.
La Suisse n'est pas un cas particulier dans cette tendance, mais en représente une variante exacerbée. Sur un espace réduit, la population, la construction et les effectifs d'animaux d'élevage augmentent, tandis que les habitats de la faune sauvage rétrécissent, se fragmentent et sont repoussés vers des altitudes sous-optimales. Un rapport de 96 contre 4 n'est pas un équilibre écologique sain. C'est un constat.
Ce que signifierait une limitation à dix millions
L'initiative pour la durabilité exige que la population résidente permanente ne dépasse pas dix millions d'habitants d'ici 2050. Au besoin, par des mesures dans le domaine de l'asile, du regroupement familial ou par la dénonciation de l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'UE. D'un point de vue purement écologique, l'argument est arithmétique : moins d'êtres humains, moins de pression sur le sol, l'eau et les habitats. Chaque mètre carré non bâti reste disponible comme habitat, comme réservoir d'eau, comme filtre.
La conseillère aux États du Centre Heidi Z’graggen a justifié son oui annoncé à l'initiative en avril 2026 dans la NZZ par le constat qu'il est « tout simplement insensé de voir à quel point tout est devenu étroit et dense ». Cette perception, les animaux sauvages la partagent sans mots, mais par des changements de comportement quotidiens.
Ce que le Conseil fédéral et le Parlement opposent à cette initiative
Le Conseil fédéral et la majorité du Parlement rejettent l'initiative. Ils mettent en garde contre des dommages économiques, la mise en péril de la voie bilatérale avec l'UE et de la tradition humanitaire de la Suisse. Ils renvoient à des mesures ciblées contre les conséquences de la croissance démographique dans l'aménagement du territoire, les transports et la stratégie foncière. Le premier sondage SSR de mai 2026 indique une égalité : 47 pour cent voteraient oui.
Du point de vue des animaux sauvages, le comportement de vote est clair : ils lèveraient la main s'ils le pouvaient. La question n'est pas de savoir s'ils le peuvent. La question est de savoir si les électeurs prendront en compte leurs intérêts sur le bulletin de vote.
Plus d'informations sur l'habitat, l'autorégulation et le rôle de l'homme dans la gestion de la faune sauvage dans le dossier Autorégulation des populations sauvages.
Sources
- Chancellerie fédérale, Explications relatives à l'initiative populaire « Non à une Suisse à 10 millions ! », admin.ch, état mai 2026
- OFEV, Sol : l'essentiel en bref, ainsi que OFEV, Zéro net en matière de consommation de sol
- OFS, Statistique de la superficie 1985 à 2018, ainsi que OFS, Surfaces d'habitat
- Pro Natura, Le loup et la biodiversité dans les Alpes suisses, une mise en contexte, 2024
- Pro Natura, Le mitage du territoire en quatre chiffres, 2023
- Forum Biodiversité Suisse, Rapport 2026
- Naturschutz.ch, État de la biodiversité en Suisse, avril 2026
- SRF, Premier sondage SSR sur les votations du 14 juin 2026
- NZZ, Entretien avec Heidi Z’graggen sur l'initiative pour la durabilité, 25 avril 2026
- DFJP, Communiqué de presse du Conseil fédéral sur l'initiative populaire « Non à une Suisse à 10 millions », 16 mars 2026
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