La gestion douteuse des sangliers par Zurich
Le canton de Zurich présente sa nouvelle gestion des sangliers comme « innovante » – en réalité, elle montre surtout à quel point la logique de l'exploitation permanente des animaux sauvages est désormais ancrée dans le quotidien de la chasse.
«La compagnie»
L'administration zurichoise de la chasse souligne que la population de sangliers en Suisse augmente « toujours davantage » et cause des dégâts croissants dans l'agriculture, alors même que, chaque année, entre 1’000 et 2’000 sangliers sont déjà abattus dans le canton de Zurich.
Les effectifs sont officiellement estimés entre 2’000 et 3’000 animaux, les indemnisations pour dégâts de gibier s'élèvent à environ 350’000 francs par an. Pour justifier une gestion plus intensive, on invoque un prétendu « taux de croissance » pouvant atteindre 300 pour cent par an.
Ces chiffres montrent déjà le problème de fond : une chasse de loisir sans boussole, qui tire « de toutes parts » de manière non scientifique depuis des années, n'a ni stabilisé la population de sangliers ni réduit sensiblement les dégâts ; elle sert avant tout de justification permanente à toujours plus d'interventions.
Le nouveau concept : le champ comme zone de guerre, la forêt comme illusion de sécurité
Avec ce nouveau concept, l'administration de la chasse veut chasser les sangliers « autant que possible uniquement dans les champs », tandis que la forêt doit servir de refuge prétendument sûr. Le message officiel est : « champ = danger, forêt = sécurité ». Par des tirs d'effarouchement ciblés dans les champs, les sangliers doivent apprendre à éviter les cultures agricoles. Concrètement, cela signifie que la nuit dans un champ de maïs ou de céréales devient le décor de tirs réalisés avec une autorisation exceptionnelle et un dispositif de vision nocturne, tandis que la même pression de chasse peut ensuite s'étendre, lors de battues, aux zones voisines sous prétexte de « prévention des dégâts ».
Que les Animaux sauvages deviennent ainsi des « adversaires » à conduire tactiquement dans une partie d'échecs d'aménagement du territoire n'est pas un dommage collatéral du système, mais son essence : l'espace paysager est divisé, selon des intérêts économiques, en zones d'exploitation et en zones de « vie tolérée ».
Épargner les laies meneuses : éthique animale ou régulation de la population ?
Dans le reportage de la SRF, un chasseur de loisir explique que l'on tire «délibérément les jeunes animaux et que l'on laisse vivre les individus plus âgés qui ont un rôle de meneur», car ceux-ci seraient la «mémoire de la compagnie» et veilleraient, après les tirs, à ce que le reste du groupe demeure dans la forêt. Dans des documents techniques du canton Zurich, cette ligne est confortée : les laies meneuses doivent être épargnées de manière ciblée, tandis que les marcassins et les jeunes animaux doivent être abattus en priorité.
Ce qui est présenté comme de la considération est en réalité un concept de maîtrise maximale : les jeunes animaux sont présentés comme un «sacrifice digeste», et le groupe est délibérément maintenu dans une structure qui réagit à la dissuasion humaine et évite les «bonnes» surfaces.
Sur le plan de l'éthique animale, la question demeure de savoir pourquoi un système qui fait des jeunes animaux sa catégorie de cible principale devrait se situer moralement au-dessus de la chasse classique de maximisation, simplement parce qu'il procède de manière plus stratégique.
Dans le canton de Zurich, la battue et la poussée du sanglier en forêt sont autorisées du 1er octobre à fin février afin de réduire les effectifs et les dégâts. En raison des dégâts croissants dans l'agriculture, l'administration de la chasse mise sur des chasses en mouvement intensives, sur l'utilisation de dispositifs de vision nocturne et sur des mesures préventives pour réguler la population de sangliers.
Effarouchement technique : bruit, puanteur et une politique agricole ratée
Le deuxième pilier du modèle zurichois comprend des mesures techniques d'effarouchement : clôtures électriques, substances olfactives nauséabondes et installations mobiles de haut-parleurs diffusant des bruits de tirs et d'épouvante sont subventionnés à hauteur de centaines de milliers de francs par les caisses de l'État. Rien que l'an dernier, 200’000 francs ont été investis dans des installations de dissuasion, et environ un quart de million de francs supplémentaires dans leur entretien.
Ces jeux de chiffres masquent que le problème est produit ailleurs : les cultures monotones et très énergétiques sont pour les sangliers un pays de cocagne artificiel. Des habitats morcelés et l'absence de zones de tranquillité pour la faune contraignent les animaux à se rabattre sans cesse vers la proximité de surfaces exploitées de manière intensive.
Au lieu de travailler résolument à l'écologisation de l'agriculture, aux corridors fauniques et à de véritables zones protégées, l'accent est une fois de plus mis sur l'éloignement assisté par la technique et le contrôle par la chasse.
«Tout le monde est content», sauf les sangliers
L'administration de la chasse formule ouvertement l'objectif du projet : si les dégâts diminuent alors que la population de sangliers reste « à peu près identique », « tout le monde est content », c'est-à-dire les chasseurs de loisir, l'administration et l'agriculture. Du point de vue des animaux sauvages, le bilan est tout autre : une population qui est en permanence sous le feu est dressée à adopter un comportement souhaité. Les causes du conflit, politique agricole, aménagement du territoire, chasse de loisir, manque d'infrastructures écologiques, restent intactes.
Le fait que la stratégie zurichoise soit désormais présentée comme un possible « modèle pour d'autres cantons » montre surtout à quel point les lobbies de la chasse et de l'agriculture définissent ensemble ce qui est considéré comme une « solution au problème ». Un modèle fondé sur un contrôle affiné plutôt que sur une protection conséquente risque de devenir le modèle d'une Suisse où les animaux sauvages ne sont tolérés que là où ils ne dérangent pas économiquement.
Ce que serait une gestion des sangliers véritablement tournée vers l'avenir
Une gestion des sangliers digne de ce nom ne s'arrêterait pas à la question de savoir comment effaroucher les animaux encore plus efficacement, mais changerait les règles du jeu : réduction de l'attractivité des cultures grâce à une exploitation adaptée et à des cultures mélangées plutôt qu'à la simple dissuasion. Extension des zones de tranquillité pour la faune, des corridors et des surfaces forestières proches de l'état naturel, dans lesquels les sangliers peuvent vivre sans pression de chasse. Un suivi rigoureux, qui ne recense pas seulement les dégâts en francs, mais aussi le stress, le risque de blessure et les fonctions écologiques des sangliers en forêt.
Tant que la question de la légitimité de la chasse de loisir elle-même reste éludée et que les sangliers, comme les renards, sont considérés avant tout comme un facteur de dégâts et un objet à piloter, chaque nouveau concept finira par aboutir à ce que Zurich vend aujourd'hui comme une « nouvelle voie » : plus de technique, plus de contrôle, plus de tirs, simplement mieux emballés.
Quelles méthodes de prévention alternatives existent contre les dégâts de sangliers
1. Adaptation des cultures et des surfaces
Dans les régions soumises à une forte pression des sangliers, on peut cultiver, à la place du maïs, des pommes de terre, des betteraves et du blé, des cultures moins attractives comme le sorgho du Soudan ou la silphie perfoliée. Les guides recommandent, par exemple, de ne pas cultiver de maïs dans les clairières ou directement à proximité de structures offrant un couvert, afin de réduire l'effet d'attraction sur les sangliers.
2. Barrières techniques
Les clôtures électriques correctement installées et bien entretenues, avec une hauteur de fils adaptée et une tension suffisante, comptent parmi les mesures de protection les plus efficaces, mais elles exigent 2 à 5 contrôles par semaine. Les clôtures stables en treillis à nœuds ou les clôtures à gibier, solidement ancrées au sol, conviennent aux endroits particulièrement sensibles, par exemple dans le maraîchage ou dans les vignobles, mais elles sont coûteuses et gourmandes en matériaux.
3. Dissuasion acoustique et visuelle
Le « Wildschweinschreck » de la ZHAW fonctionne avec des cris d'alarme et d'avertissement de sangliers ainsi que des bruits de danger variables, et il a permis de réduire nettement les dégâts lors des essais lorsqu'il est utilisé de manière ciblée pendant les phases critiques. Des stimuli optiques tels que des réflecteurs, des lumières clignotantes ou des rubans mobiles peuvent aider à court terme, mais perdent souvent rapidement de leur efficacité, car les animaux s'y habituent.
4. Répulsifs olfactifs
Les répulsifs à forte odeur ou les épices comme le piment sont utilisés de manière ponctuelle, par exemple sur des piquets avec des chiffons imbibés, mais, selon les retours de la pratique, leurs effets sont très variables et le plus souvent de courte durée. Les produits olfactifs agissent, quand ils agissent, mieux en complément de clôtures ou de systèmes acoustiques que comme solution unique.
5. Aménagement du territoire, zones de tranquillité et gestion
Certains cantons définissent des zones à fort risque de dégâts et y lient des obligations de prévention (p. ex. clôture, choix des cultures) à l'octroi d'indemnités. Les concepts de gestion du sanglier recommandent explicitement des espaces forestiers et de couvert peu perturbés, afin que les sangliers ne soient pas contraints de se rabattre systématiquement la nuit sur les terres cultivées.
6. Combiner les mesures plutôt que les appliquer isolément
Études et fiches techniques concluent de manière concordante qu'aucune méthode ne offre à elle seule une protection absolue ; les dégâts peuvent toutefois être réduits de manière significative lorsque barrières techniques, cultures adaptées, systèmes acoustiques et mesures d'aménagement du territoire sont combinés intelligemment.
7. Principes fondamentaux du contrôle des naissances
Étant donné que la chasse de loisir ne constitue pas une solution efficace, mais augmente le risque et inflige indubitablement des souffrances aux animaux, l'IG Wild beim Wild demande que des méthodes efficaces et éthiques de contrôle de la fertilité des sangliers soient développées, comme cela se fait dans d'autres pays. L'objectif est de réduire la fertilité d'une grande part des animaux reproducteurs, afin de freiner la croissance de la population sans recourir au tir.
Addendum du 13 octobre 2026
La gestion du sanglier du canton de Zurich sera testée jusqu'à la mi-2028, comme watson/ATS rapporte. Les chiffres du texte ci-dessus correspondent à la situation de février. Selon le rapport, les chasseurs de loisir tuent chaque année entre 1’300 et 1’500 sangliers dans le canton. Malgré cela, la population augmente chaque année de jusqu’à 300 animaux et se situe actuellement entre 2’500 et 3’000. Ces deux dernières années, le canton a versé à chaque fois 380’000 francs d’indemnités à l’agriculture. Les nombreux tirs n’ont pas empêché cette hausse.
Ce que dit Reto Muggler, codirecteur de l’administration cantonale de la pêche et de la chasse, au sujet de la pratique de tir est révélateur. Pour ne rien faire de répréhensible sur le plan juridique, on tire souvent de vieux verrats, car ils sont facilement reconnaissables comme tels. Or Muggler aimerait avoir davantage de vieux mâles dans le canton. Selon son explication, ils contribuent à ce que moins de jeunes verrats couvrent de jeunes laies et assurent ainsi une descendance supplémentaire. Selon sa propre logique, les chasseurs de loisir, par prudence, abattent donc précisément les animaux qui freineraient la reproduction.
Pour les dégâts particulièrement importants de cette année, le rapport cite un déclencheur concret. Poussés par la soif, les sangliers ont pénétré plus tôt que d’habitude dans les champs de maïs afin d’accéder au liquide contenu dans les tiges. Une partie des dégâts est donc due à la soif et à la culture du maïs, et pas uniquement au nombre d’animaux. Le concept y répond par des odeurs nauséabondes, des cris d’effarouchement et des tirs. Contexte : Malgré davantage de tirs : les dégâts causés par les sangliers restent élevés et dans le dossier Le sanglier en Suisse.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans nos Dossiers sur la critique de la chasse de loisir réunissent des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond. Ce que dit la recherche à ce sujet est présenté dans La chasse sous l’angle des faits : l’état de la recherche.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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