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Chasse

Le canton de Vaud prévoit 612 tirs de cerfs : le plus gros contingent se situe au Mont Tendre

Selon ses propres indications, le canton tient également compte de la densité des prédateurs dans la planification des tirs. Quel rôle joue la meute de loups apparemment disparue au Mont Tendre, il ne le précise pas.

Rédaction Wild beim Wild · 10 octobre 2026
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«La pierre à sel»

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Le canton de Vaud veut faire abattre 612 cerfs élaphes cet automne. En 2024 et 2025, le plan de tir en prévoyait respectivement environ 500, ce qui correspond à une augmentation d'environ 20 pour cent. C'est ce qu'a déclaré Frédéric Hofmann, chef de la section chasse, pêche et espèces de la Direction générale de l'environnement (DGE), le 9 octobre 2026 auprès de Keystone-ATS. L'information a notamment été reprise par Watson.

Le même jour, «24 heures» rapportait que la meute de loups du Mont Tendre semblait avoir disparu après plusieurs campagnes de tir. En lisant les deux informations côte à côte, un lieu saute aux yeux : c'est au Mont Tendre que se situe le plus grand contingent régional de cerfs du canton.

Les chiffres du canton

Sur les 612 tirs prévus, 297 concernent les Alpes et 307 le Jura, selon la DGE, auxquels s'ajoutent huit cerfs pour la chasse individuelle. Les plus gros contingents concernent :

  • Mont Tendre (Jura) : 187 cerfs
  • Pays-d'Enhaut (Alpes) : 180 cerfs
  • La Dôle (Jura) : 78 cerfs, objectif abaissé ici

Cette augmentation est justifiée par les dégâts causés à la forêt et à l'agriculture. Le cerf, autrefois disparu dans le canton de Vaud et de retour depuis les années 1980, profite notamment d'hivers moins rigoureux. En 2019, l'équilibre entre forêt et faune n'était, selon le canton, pas atteint dans près de la moitié des forêts vaudoises ; une stratégie cantonale doit permettre de l'instaurer d'ici 2030. Au pied sud du Jura, les cerfs consomment du colza en fin d'hiver ; les pertes de récolte pourraient atteindre «plus de 50 %» sur certaines parcelles, selon Hofmann.

Pour sa planification, le canton se base, selon ses propres indications, sur des comptages dans des secteurs clés, les résultats de tirs, l'intensité des dégâts et « la densité des effectifs de grands prédateurs », c'est-à-dire la densité des prédateurs.

Ce que «24 heures» rapporte sur le Mont Tendre

Wild beim Wild suit les interventions contre la meute du Mont Tendre depuis le tir des premiers louveteaux et les pièges à loups dans le Jura vaudois accompagné. Selon «24 heures» du 9 octobre 2026, « semble avoir disparu », la meute autour du mâle M351 semble donc avoir disparu. Sébastien Beuchat, directeur de la Direction des ressources et du patrimoine naturel, décrit ainsi la situation antérieure : une seule meute, celle du Mont Tendre, était responsable de 80 pour cent des attaques dans le Jura vaudois.

Le journal cite les chiffres suivants d'animaux de rente tués, blessés et disparus pour le Jura élargi : 49 à la fin de la saison d'alpage 2023, 76 en 2024, 63 en 2025 et 16 au cours des dix derniers mois. Les périodes considérées ne sont pas délimitées de manière identique et ne sont donc que partiellement comparables.

Le journal rapporte en outre : sur sol vaudois, le canton ne dénombre plus qu'une seule meute, celle du Marchairuz, forte d'au moins cinq loups. Pour cette saison, le canton de Vaud n'a déposé aucune demande de régulation auprès de l'Office fédéral de l'environnement. La politique cantonale en matière de loup a coûté 1,4 million de francs, toutes mesures confondues.

Le canton interprète cette évolution comme le résultat des tirs. Les spécialistes se montrent plus prudents. Le spécialiste du loup Jean-Marc Landry déclare dans «24 heures» : « La situation actuelle n'a rien de naturel », elle serait le résultat de tirs massifs. Isabelle Germanier, du Groupe Loup Suisse, constate que la régulation d'une meute problématique entraîne une diminution des attaques, « mais c'est temporaire ».

La question ouverte au Mont Tendre

Le canton indique prendre également en compte la densité des grands prédateurs dans sa planification des tirs. Une question concrète se pose donc au Mont Tendre : quel rôle joue la meute de loups apparemment disparue dans la fixation du contingent de cerfs ? Les informations disponibles n'apportent pas de réponse à cette question. Le canton invoque comme justification l'abroutissement, les dégâts aux cultures et des hivers moins rigoureux.

Les loups peuvent influencer les effectifs et l'utilisation de l'espace par les cerfs. L'ampleur du soulagement que cela apporte à la régénération forestière dépend toutefois des conditions locales. Une étude menée dans le nord de la Pologne (Wójcicki et Borowski, «Scientific Reports», 2023) a constaté, dans des réserves de chasse abritant des meutes de loups, un schéma d’abroutissement spatialement différent : les jeunes hêtres étaient moins souvent abroutis, les pins en revanche davantage, et l’hypothèse d’un abroutissement globalement plus faible ne s’est confirmée que partiellement. D’autres études ont été présentées par Wild beim Wild dans l’article Sans loup, pas de forêt : ce que les prédateurs signifient pour la Suisse.

Justement parce que l’effet dépend du lieu, il incomberait au canton de rendre public la manière dont il pondère, dans sa planification, la présence ou l’absence de prédateurs. La même question se pose au niveau fédéral, où le Conseil national justifie les tirs de loups par les dégâts forestiers. À ce sujet, voir l’article Plus de loups, plus de dégâts forestiers ? Le Parlement se trompe de coupable.

La régulation comme mandat étatique, une étiquette pas toujours bienvenue

Le canton considère de plus en plus la chasse comme un instrument de régulation des populations. Selon Hofmann, les quelque 700 chasseurs de loisir vaudois n’apprécient toutefois pas toujours d’être qualifiés de régulateurs ou de partenaires de l’État, même si leur rôle dans la gestion de la faune sauvage serait devenu « primordial ». Cela met en évidence une tension entre loisir et gestion publique de la faune sauvage.

Pour le sanglier, le service de la faune complète déjà largement la chasse de loisir. L’an dernier, les chasseurs de loisir ont tué 938 sangliers, sans contingent global ; la police faune-nature de la DGE a en outre procédé à environ 400 tirs. Un plan de gestion pour 2026 à 2032 autorise des tirs de régulation également dans plusieurs réserves naturelles, avec des plafonds pouvant atteindre 60 sangliers dans certains secteurs protégés. Hofmann reconnaît que les sangliers apprennent à déjouer les stratégies des chasseurs de loisir. Pour en savoir plus, voir le dossier Le sanglier en Suisse.

Brièvement, d’après le communiqué de Keystone-ATS : Le chamois, dont les populations tendent plutôt à diminuer dans le canton de Vaud, dispose d’un contingent de tir de 237 animaux. La munition au plomb est interdite depuis le 1er août, avec quelques exceptions. En raison de la forte demande, les restaurants importent régulièrement du gibier, notamment d’Europe de l’Est.

Neuchâtel : populations stables malgré le loup et le lynx

Toujours le 9 octobre 2026, le président de la fédération cantonale des chasseurs de loisir neuchâteloise, Gilles Walder, s’est exprimé auprès de Radio RTN. Depuis le 1er octobre, environ 160 permis pour la chasse au chevreuil ont été délivrés. Chaque personne peut tuer deux chevreuils, soit environ 300 animaux d’ici au 9 novembre. Concernant la présence croissante du loup et du lynx, Walder affirme que le nombre d’animaux dans les forêts reste stable, « selon les chiffres, les populations augmentent même légèrement ».

Les propos de Walder montrent que la présence du loup et du lynx ne va pas forcément de pair avec une baisse des populations sauvages. Son explication, selon laquelle les femelles pourraient avoir davantage de petits, est explicitement qualifiée de supposition par lui-même. On ne peut donc tirer de ce rapport ni un mécanisme de compensation précis, ni une affirmation générale sur l'effet des prédateurs.

Conclusion

Le canton de Vaud prévoit davantage de tirs de cerfs et tient compte, selon ses propres déclarations, également de la densité des grands prédateurs. Le Mont Tendre détient le plus grand contingent régional. Quelle importance revêt pour cette planification la meute de loups apparemment disparue reste une question ouverte. À Neuchâtel, le président de la fédération des chasseurs de loisir fait état de populations sauvages stables, voire en légère augmentation, malgré la présence du loup et du lynx.

Une politique de la faune qui entend protéger la forêt devrait justement expliquer de manière compréhensible comment elle intègre dans ses décisions le rôle écologique des prédateurs. Le dossier suivant offre davantage d'informations de fond : Conflit forêt-faune : le narratif de l'abroutissement de la chasse de loisir.

Sources

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Rôle et critique des chasseurs de loisir nous mettons en lumière la formation, le pouvoir et l'image de soi des chasseurs de loisir. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.

La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.

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