10.10.2026, 11:17

Rechercher

Animaux sauvages

Loup dans le Jura : accalmie à Vaud, attaques à Neuchâtel

La meute de Jougne-Suchet se reproduit désormais à Neuchâtel, et dans la vallée de La Brévine, douze bovins sont de nouveau morts malgré les tirs de louveteaux. La protection des troupeaux est absente de l'explication.

Rédaction Wild beim Wild · 10 octobre 2026
Audio de l'article

«Rapport de la ferme»

0:00 -0:00
Toutes les chansons

Dans le Jura vaudois, les loups ont tué nettement moins d'animaux de rente cette année. «24 heures» l'attribue surtout aux tirs effectués au Mont Tendre. Wild beim Wild a déjà résumé les chiffres et les prises de position de l'article dans la contribution Le canton de Vaud prévoit 612 tirs de cerfs : le plus gros contingent se situe au Mont Tendre. Ici, il s'agit de ce qui manque dans ce communiqué de réussite : où les loups sont partis, ce qui se passe dans le canton voisin avec la même stratégie de tir et quel rôle joue la protection des troupeaux.

Le communiqué de réussite en bref

Selon le «24 heures» du 9 octobre 2026, 76 animaux de rente ont été tués, blessés ou annoncés disparus par des loups dans le Jura vaudois élargi durant la saison d'estivage 2024, contre 63 en 2025. Au cours des dix derniers mois, on en a dénombré 16. Vaud n'a déposé aucune demande de régulation auprès de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) pour cette saison. Le directeur compétent, Sébastien Beuchat, y voit le succès d'une politique de tir graduée : d'abord les jeunes animaux, puis les animaux à problème, si nécessaire toute la meute.

La meute du Mont Tendre autour du mâle M351 est considérée comme disparue, tout comme, dans une large mesure, celle du Risoud. Le canton de Neuchâtel indique dans une décision officielle qu'il n'est plus possible de confirmer, en l'état actuel des connaissances, que l'une ou l'autre remplisse les critères d'une meute. Le nombre de loups tués par le seul canton de Vaud depuis le début de la régulation est documenté par le compteur des tirs de loups.

La meute de Jougne-Suchet se reproduit désormais à Neuchâtel

Une phrase de l'article pèse plus lourd que le titre : selon «24 heures», la meute transfrontalière de Jougne, forte d'au moins sept loups, s'est déplacée vers la région des Verrières, dans le canton de Neuchâtel. Les documents officiels le confirment, même s'ils continuent de la qualifier de transfrontalière. Dans la décision de tir neuchâteloise du 2 septembre 2026 il est question que la meute de Jougne-Suchet se soit reproduite en 2026 sur sol neuchâtelois. Elle se compose de deux adultes, de quatre jeunes loups de l'année précédente et d'au moins trois louveteaux.

Dès juin, un loup de cette meute aurait tué deux bovins aux Verrières. Le député PLR au Grand Conseil et vice-directeur de l'Union suisse des paysans Loïc Bardet déclare d'ailleurs dans «24 heures» qu'on a vu combien de temps Neuchâtel avait mis, de son côté, à réagir. Une partie du soulagement dans le Jura vaudois pourrait donc être un déplacement de l'autre côté de la frontière cantonale. Les données disponibles ne permettent pas de chiffrer cette part. Pour les loups et les troupeaux, la frontière ne change rien.

La Brévine : d'autres attaques malgré les tirs de louveteaux

La seconde meute neuchâteloise, celle de la vallée de La Brévine, montre à quel point la formule gagnante vaudoise est fragile. Elle est apparue au printemps 2025 avec six louveteaux. Après des attaques sur des bovins, le canton a autorisé, avec l'accord de l'OFEV, en septembre 2025 le tir de deux tiers des louveteaux. Quatre des six jeunes loups ont été tués, exactement cette première étape que Beuchat décrit dans le canton de Vaud comme faisant partie de la gradation réussie.

Les attaques n'ont pas cessé pour autant. Selon la décision neuchâteloise, la meute a tué ou blessé 23 bovins au total en 2025. Entre le 4 juillet et le 31 août 2026, douze bovins sont de nouveau morts sur son territoire. Quatre de ces attaques ont été attribuées par la génétique au loup père M583, et non aux jeunes. Un autre jeune loup a été abattu en août. Depuis le 2 septembre, une nouvelle autorisation court jusqu'à fin janvier 2027, cette fois pour M583 ou un autre louveteau. Les tirs de louveteaux de 2025 n'ont pas empêché d'autres attaques. Les données ne permettent pas de dire s'ils en ont réduit le nombre. Pour en savoir plus sur la pratique de la Confédération consistant à autoriser des tirs avant même que la présence de jeunes ne soit établie, voir l'article Tirs de loups : la Confédération autorise avant la preuve de louveteaux.

La protection des troupeaux est absente de l'explication

L'image de une de «24 heures» montre une vache de l'alpage de Sapelet, près de L’Abbaye, portant à son collier une capsule diffusant des phéromones de loup. Dans le texte, la protection des troupeaux n'apparaît pas comme raison possible du recul. Pourtant, le Département vaudois de l'agriculture soutient financièrement ces colliers depuis août 2023, comme l'a indiqué le gouvernement en réponse à une question au Grand Conseil a-t-il expliqué. Selon le canton, des attaques ont cessé dans certains cas par la suite, mais pas dans d'autres. Aucune évaluation pour 2026 n'est disponible.

En juillet, le même journal avançait encore d'autres raisons possibles à la saison d'alpage calme, par exemple la riche offre d'animaux sauvages dans les forêts dont les loups se nourrissent. Et le recul n'est pas une particularité vaudoise. À l'échelle de la Suisse, les attaques de loups ont diminué de moitié dans les cantons à meutes jusqu'au milieu de l'été, comme Wild beim Wild l'a documenté dans l'article Mi-saison sur les alpages : les attaques de loups diminuent de moitié. Dans le département français voisin du Doubs, les autorités ont enregistré onze attaques de loups en 2026 jusqu'à la mi-septembre, contre quinze lors de chacune des deux années précédentes, selon ICI Besançon.

À cela s'ajoute une particularité juridique. Pour les bovins de plus de 14 jours, l'ordonnance sur la chasse n'exige aucune mesure de protection. Dans son approbation du tir à La Brévine, l'OFEV précise expressément qu'une protection des bovins plus âgés n'est pas exigible. Dans une région où l'on estive presque exclusivement des bovins, le tir passe ainsi presque automatiquement au premier plan. La décision ne dit pas quelles mesures ont réellement été mises en place sur les pâturages concernés ni quels en ont été les effets. Ce qui fonctionne et ce qui échoue en matière de protection des troupeaux est résumé dans le dossier Protection des troupeaux en Suisse.

Ce que disent réellement les spécialistes

Les voix que cite «24 heures» ne soutiennent que partiellement l'annonce de ce succès. Le spécialiste du loup Jean-Marc Landry juge possible que le Jura soit revenu à la situation de 2020: des couples et des loups solitaires qui réoccuperont bientôt les territoires libérés. La situation actuelle n'est pas naturelle, mais le résultat de tirs massifs. Isabelle Germanier, du Groupe Loup Suisse, parle d'un recul temporaire et met en garde: intervenir dans des meutes stables est très risqué, comme l'a montré le Chablais.

Isabelle Germanier relève aussi un problème méthodologique: les méthodes de tir se sont succédé si rapidement qu'il est à peine possible d'en étudier proprement l'effet. C'est précisément cette étude que le canton de Vaud a confiée à KORA en février 2026, après que la régulation de 2025 a mobilisé, selon le canton, six employés fixes et une vingtaine de gardes-faune auxiliaires, en partie au détriment d'autres tâches. Le résultat se fait attendre. Pour en savoir plus sur le rôle de KORA dans le Jura vaudois, voir l'article pièges à loups dans le Jura vaudois.

Un point de la partie adverse est exact, et l'honnêteté commande de le reconnaître : l'éclatement des meutes que redoutaient les défenseurs du loup, avec des jeunes loups se spécialisant dans les animaux de rente, ne s'est pas produit dans le canton de Vaud en 2025 et 2026, selon «24 heures». Germanier l'explique simplement par le fait que trop peu de jeunes animaux ont survécu aux tirs. Ce n'est pas la preuve d'une intervention ménagère, mais celle de sa brutalité.

Mise en perspective : le calme par le vide

Vaud voulait éliminer entièrement la meute du Mont Tendre et y a tué neuf loups jusqu'en janvier, selon Keystone-ATS. M351 est resté introuvable. Moins de loups, c'est moins d'attaques : rien de surprenant, c'est de l'arithmétique. Ce n'est pas une stratégie de cohabitation. Le vide sera comblé : les meutes voisines de Jougne-Suchet, de la Haute Valserine et de la Brévine se sont toutes reproduites en 2026, selon les autorités neuchâteloises. Et la vallée voisine montre que la même succession de tirs de louveteaux et d'annonces ne met pas fin aux attaques lorsqu'aucune protection n'est exigée pour les bovins plus âgés.

Plutôt que de célébrer le recul comme une preuve en faveur des tirs, le canton devrait indiquer ce qu'il a réellement obtenu avec 1,4 million de francs, toutes mesures confondues, selon «24 heures», et quelle part revient à la protection des troupeaux. Germanier pose la bonne question : quel objectif les tirs poursuivent-ils, et quelles pertes sont jugées supportables ? Tant que personne n'y répond, le loup dans le Jura reste ce contre quoi elle met en garde : une arme politique.

Sources

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans nos dossiers sur la chasse de loisir réunissent des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.

La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.

Les animaux sauvages ont besoin d'une voix

Une fois par semaine : enquêtes, pétitions et contextes sur la chasse de loisir. Gratuit et résiliable à tout moment.

Tous les articles sont rédigés par l'IG Wild beim Wild ainsi que par des co-autrices et co-auteurs externes. La recherche, la structuration et les processus rédactionnels peuvent être soutenus par des outils basés sur l'IA.

Soutiens notre travail

Grâce à ton don, tu aides à protéger les animaux et à faire entendre leur voix.

Faire un don maintenant →