Willy Schraen et l'ouverture: la fierté de tuer
Pour l'ouverture de la saison 2026/27, le chasseur de loisir le plus haut placé de France met en scène défi et fierté traditionnelle. Derrière cela se cache une vision du monde qui érige le fait de tuer en plaisir et transforme la nature en propriété privée.
«La chasse-plaisir»
Pour l'ouverture de la saison de chasse de loisir française 2026/27, Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC), s'est adressé le 13 septembre 2026, dans un message vidéo, aux chasseurs de loisir et à la société française.
Son appel central: «Soyez fiers d'être chasseurs de loisir.» Et avec insistance: «Nous ne nous laisserons pas intimider. Nous ne renoncerons ni à nos territoires, ni à nos traditions, ni à nos droits.» C'est la déclaration de guerre familière du plus haut chasseur de loisir français à l'égard de tous ceux qui remettent en question la mise à mort d'animaux sauvages comme loisir.
Le vocabulaire n'est pas fortuit chez Schraen. «Nous répondons aux caricatures par des faits, aux provocations par notre sang-froid et aux attaques par notre unité», a-t-il lancé à ses partisans. Fierté, tradition, droits, sérénité. Il met en scène la chasse de loisir comme un patrimoine culturel menacé, qu'il faudrait défendre contre de prétendues attaques. Concrètement, Schraen visait la députée écologiste Sandrine Rousseau, qui avait appelé à se rendre dans les forêts et les champs à l'ouverture. Mais qui rassemble les déclarations de Schraen des dernières années reconnaît sur quoi repose réellement cette fierté: sur la normalisation du fait de tuer comme plaisir, sur une prétention de possession envers la nature et sur le dénigrement de toute critique écologique. Il vaut la peine de regarder au-delà des slogans.
«J'aime tuer des animaux»
Contrairement à la plupart des responsables qui dissimulent leurs actes derrière des notions telles que «gestion de la faune sauvage», «service rendu à la nature» ou «gestion cynégétique», Schraen a un jour lui-même énoncé l'essentiel. En août 2020, à l'occasion de la publication de son livre «Un chasseur en campagne», il a répondu sur la chaîne CNews à la question de savoir si le fait de traquer et d'abattre lui procurait du plaisir: «La réponse est oui. J'aime tuer des animaux dans le cadre de la chasse.» Tuer n'aurait «rien de violent». On n'a pas besoin de chasser pour se nourrir, a-t-il admis, mais c'est «un grand plaisir».
Cette franchise est révélatrice. Elle nomme précisément le motif que la critique de la chasse de loisir place depuis longtemps au centre: le plaisir de tuer. Schraen fournit lui-même la réfutation de sa propre justification. Celui qui admet que la nourriture n'est pas une raison a réglé lui-même la question alimentaire. Ce qui reste, c'est le plaisir de la traque, du coup de feu et de la mort d'un être sensible. Nous avons analysé en détail cette auto-révélation: «J'aime tuer des animaux»: ce que la chasse de loisir passe sous silence.
Il est également révélateur de voir comment Schraen formule son message sur la sécurité. «Ne pas tirer est aussi un acte de chasse», a-t-il rappelé à l'ouverture. La phrase se veut prudente, mais elle dévoile l'attitude de fond: le tir est la norme, la renonciation l'exception louable.
«La nature n'appartient pas à tout le monde»
L'image de soi de Willy Schraen comprend une prétention de possession frappante. Lorsque des promeneurs se sont sentis en insécurité parce qu'ils croisaient des chasseurs de loisir armés pendant la saison, il leur a froidement recommandé d'aller plutôt se promener «chez eux». Sa phrase «La nature n'appartient pas à tout le monde» lui a valu une vague d'indignation, les moqueries de l'organisation de protection animale PETA et, de la part du directeur de la Ligue française pour la protection des oiseaux, le titre de «Trump de la gâchette».
Écoutons attentivement: selon cette logique, ce ne sont pas les personnes qui veulent se déplacer sans arme dans la forêt qui ont un droit sur la nature, mais celles qui viennent avec un fusil. Celui qui se sent gêné par la présence d'un chasseur de loisir devrait rester chez lui. Les promeneuses, les familles et les cyclistes apparaissent comme des facteurs de perturbation, tandis que les chasseurs de loisir armés doivent pouvoir exercer leur «passion» sur la même surface. Le conflit public est purement et simplement inversé: ce n'est pas celui qui tue qui doit se justifier, mais celui qui veut se déplacer librement et en sécurité. C'est précisément cette inversion que Schraen a répétée à l'ouverture 2026, lorsqu'il a qualifié non pas la chasse armée, mais l'appel à manifester d'une députée, d'«appel irresponsable à la confrontation».
L'ennemi s'appelle «écologie»
La rhétorique de Schraen vit de l'image de l'ennemi. Chez lui, la protection de la nature devient de l'«écologie punitive». Celui qui exige des zones de refuge pour les animaux sauvages après des événements extrêmes pratiquerait l'«idéologie d'écolos qui n'y comprennent rien». Il a ainsi rejeté comme «ridicule» la demande de fermeture des zones incendiées à la chasse de loisir, bien que le Portugal ait précisément franchi ce pas et que les données le contredisent. Nous avons documenté ce cas: Incendies de forêt et chasse de loisir: ce que le Portugal réglemente et la France non.
Pour l'ouverture 2026, Schraen a peaufiné cette stratégie: «Nous opposons la science à l'idéologie», a-t-il annoncé, appelant les chasseurs de loisir à documenter leurs tirs afin de disposer de «données objectives» face aux décisions politiques. Ce qui sonne comme de l'objectivité est en réalité une prétention à l'interprétation: ce n'est pas la recherche indépendante qui doit juger de l'état des populations sauvages, mais les chiffres de ceux qui tiennent eux-mêmes le fusil.
Le même schéma se retrouve à propos du plomb dans les munitions de chasse. Lorsque l'UE a reporté l'interdiction de plusieurs années, Schraen a célébré cela comme une victoire des «réalités du monde rural» sur une commission prétendument déconnectée. Que derrière cet affaiblissement se soit trouvée une alliance entre associations de chasse de loisir et industrie des munitions n'a pas été mentionné dans son récit. Or, avec le plomb, il ne s'agit pas d'une question de goût, mais d'un métal lourd hautement toxique qui nuit aux rapaces, aux charognards et à des écosystèmes entiers. À lire ici: Le plomb dans la chasse: comment la politique, le lobby et les délais transitoires maintiennent un poison en vie.
À quel point cette défense du toxique fait partie de la mise en scène de l'association, Schraen l'a également montré dans la querelle des gluaux: lorsque la France a suivi une directive de l'UE et restreint cette méthode cruelle de capture des oiseaux, il s'est déclaré «totalement contre» et a menacé de porter plainte, au nom de personnes «aux valeurs fortes, qui prennent plaisir à capturer quelques oiseaux».
Le loup comme bouc émissaire
L'étendue de la pensée de Schraen se révèle dans sa position sur le loup. Lors du congrès de la FNC à Deauville en mars 2026, il s'est rangé du côté de ceux qui ne veulent plus tolérer ce prédateur. D'après le compte-rendu du portail proche du monde cynégétique «Chasses Éternelles», il a poussé l'argumentation jusqu'à l'extrême: dans certaines zones, le loup ne serait plus compatible avec la priorité donnée au pastoralisme, et il faudrait pouvoir y éliminer toute la meute. Il a cité, comme modèle d'efficacité, précisément la Suisse.
Derrière l'animal, il y a toujours chez Schraen une vision du monde: l'homme en maître, qui décide quelle espèce doit exister où. Le loup n'est ici que l'ennemi visible. La logique sous-jacente touche tous les animaux sauvages qui font obstacle à l'emprise de la chasse de loisir, du renard à la corneille en passant par les oiseaux d'eau.
Une fierté sans fondement
L'appel au «sang-froid» à l'ouverture de la saison est donc plus qu'une formule creuse. Le sang-froid est précisément l'attitude nécessaire pour traquer et abattre un être vivant sans que l'inhibition naturelle ne s'exerce, et pour ériger cela en source de fierté. L'empathie envers les animaux n'est pas un signe de naïveté, mais une capacité morale. L'accoutumance répétée à la violence peut émousser cette empathie. Celui qui la refoule au nom de la tradition, de la possession ou de la «passion» rend la mise à mort socialement acceptable, alors qu'elle n'est nécessaire ni pour se nourrir ni pour une expérience responsable de la nature. Nous approfondissons cette dimension psychologique de la chasse de loisir dans notre dossier Psychologie & chasse.
C'est précisément ce glissement que Schraen célèbre comme une vertu. Sa «fierté» n'est pas une fierté de protection de la nature ou de responsabilité, mais la fierté d'un lobby qui défend sa souveraineté d'interprétation sociale: le droit de tuer des animaux sauvages comme loisir, et de repousser toute critique comme une attaque contre la tradition et l'identité rurale. La déclaration la plus honnête de cet homme reste celle concernant le plaisir de tuer. Tout le reste, tradition, territoire, droits et prétendue sérénité, n'est que décor politique.
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