Saison de chasse en Argovie : ce que la notice des chasseurs de loisir passe sous silence
Au début des chasses en mouvement, une notice informe la population sur la manière de céder la place aux chasseurs de loisir. Rien n'y est dit sur la souffrance animale, les tirs inutiles ni leurs propres installations.
«Quand les chiens arrivent»
D'octobre à décembre, de grandes chasses en mouvement ont lieu en Argovie.
L'Aargauer Zeitung explique donc à ses lecteurs ce qui s'applique désormais en forêt, en s'appuyant sur une notice de Jagd Aargau, l'association des chasseurs de loisir argoviens. Le message : prendre au sérieux les panneaux d'avertissement « Attention chasse », tenir les chiens en laisse, s'écarter à cheval, rester sur les chemins stabilisés en vélo, porter des vêtements voyants. Et quiconque entrave intentionnellement l'activité de chasse risque, selon la notice, une amende pouvant aller jusqu'à 20'000 francs.
Cela est lu comme une information de sécurité. En réalité, il s'agit d'un guide de comportement par lequel un petit groupe de loisir impose ses besoins à la grande majorité des promeneurs en forêt. Ce que la notice ne mentionne pas est au moins aussi révélateur que ce qu'elle contient.
Chasse en mouvement signifie battue
« Chasse en mouvement » sonne comme de l'organisation et du professionnalisme. En réalité, cela signifie que les animaux sauvages sont chassés de leurs reposoirs par des rabatteurs et des chiens, puis tirés en pleine fuite. Chevreuils, sangliers et renards sont poussés, paniqués, vers la ligne des tireurs, et les groupes familiaux sont déchirés.
Celui qui tire sur un animal en fuite vise moins bien. Si le tir ne tue pas immédiatement, l'animal poursuit sa fuite avec des blessures aux pattes, à la mâchoire ou à l'abdomen. Beaucoup de cantons préfèrent ne pas savoir précisément à quelle fréquence cela se produit : lors d'une enquête de la Protection Suisse des Animaux PSA auprès des services cantonaux de la chasse, neuf cantons sont restés sans réponse. Là où des chiffres existent, la recherche au sang ne permet de retrouver, selon le canton, que 35 à 65 pour cent des animaux blessés (rapport de la PSA « Tirs ratés et recherches au sang lors de la chasse suisse »). Environ la moitié des animaux non humains blessés par un tir ne sont donc jamais délivrés de leurs souffrances. Pour en savoir plus, voir l'article sur les tirs ratés lors de la chasse de loisir. Un cas concret issu d'une forêt argovienne est documenté dans l'épisode TierCrime Pas d'échappatoire face à la battue.
Ce n'est pourtant pas nécessaire. Les battues sous cette forme sont une caractéristique des cantons à réserve de chasse. Les Grisons, par exemple, interdisent dans leur loi sur la chasse les battues bruyantes ainsi que la chasse de loisir en groupes de plus de quatre personnes, et Genève se passe entièrement de chasse de loisir depuis 1974. Que l'Argovie s'accroche aux battues relève d'une décision de politique de la chasse, et non d'une nécessité écologique (pour en savoir plus, voir la comparaison entre chasse à patente et chasse à territoire).
Petit gibier sans justification
En automne, on ne tire pas seulement des chevreuils et des sangliers, mais aussi des renards, des blaireaux, des martres, des corneilles noires et, depuis peu, spécifiquement des ratons laveurs. Il n'existe aucune justification biologique pour une chasse généralisée du renard, du blaireau et de la martre. Les renards régulent eux-mêmes leurs populations par le biais de leur structure sociale ; là où ils sont chassés, le taux de reproduction augmente et les vides se comblent rapidement. La loi sur la protection des animaux interdit d'infliger à un animal des douleurs, des souffrances ou des angoisses sans justification. Que ce soit précisément un loisir qui soit censé fournir cette justification est tout sauf une évidence. Les articles suivants apportent des éléments de contexte à ce sujet Basse chasse et maladies de la faune sauvage et la campagne Halte à la chasse au renard.
L'argument de la prévention des dégâts ne tient lui aussi que partiellement. En Argovie, on tire davantage, mais les dégâts causés par les sangliers restent élevés malgré tout. Tirer les laies meneuses peut détruire la structure sociale des compagnies et ainsi attiser la reproduction et les dégâts plutôt que les freiner.
La psychologie derrière tout cela
La chasse à territoire transforme la forêt en une propriété ressentie comme telle. Les réserves de chasse sont louées, gérées et défendues, bien que les animaux sauvages n'appartiennent à personne. Il en résulte un clair clivage entre nous et les autres : celui qui chasse en fait partie, celui qui pose des questions dérange. La psychologie de la chasse de loisir en Argovie décrit ce schéma en détail.
Le feuillet d'information s'inscrit parfaitement dans cette logique. Les promeneurs, cavalières et vététistes devraient s'écarter, s'adapter, se rendre visibles. Pour avoir perturbé la chasse, des amendes à cinq chiffres sont brandies. La question de ce que les chasseurs de loisir doivent à la collectivité n'est pas posée dans le texte. La manière dont cette image de soi est cultivée comme allant de soi s'est également manifestée lors de la remise des brevets au château de Habsbourg, où le directeur de Jagd Aargau a conseillé aux jeunes chasseurs de ne pas se laisser convaincre que la population ne soutient pas la chasse de loisir.
Les règles ne s'appliquent pas à tous de la même manière
Un cas survenu dans la basse vallée de l'Aar montre à quel point les critères sont inégaux. L'IG Wild beim Wild y a documenté quatre miradors de chasse : des cabanes en bois fermées, avec porte, toit et ouvertures de fenêtres, montées sur de hauts cadres en acier, hors de la zone à bâtir. Le canton les a déclarées exemptes d'autorisation. Sa propre circulaire du 15 décembre 2015 soumet pourtant explicitement les miradors fermés à l'obligation de permis de construire. Et Jagd Aargau lui-même qualifie le mirador fermé de « soumis à autorisation de construire » dans une présentation de 2023. L'association, qui explique aujourd'hui les règles à la population, a donc elle-même documenté l'obligation de permis pour les miradors fermés. L'enquête complète : Miradors de chasse dans la vallée de l'Aar.
Les contrôles n'ont lieu que si quelqu'un y prête attention. En Argovie, c'est la commune qui est compétente, et elle n'apprend le plus souvent l'existence de constructions non autorisées que grâce à des signalements extérieurs.
Ce que vous pouvez signaler
Celles et ceux qui se promènent ces prochaines semaines en forêt ou en lisière peuvent nous aider. Nous recueillons tout indice montrant que quelque chose ne va pas dans la chasse de loisir, par exemple :
- des chasseurs de loisir qui chassent en état d'ébriété ou qui circulent sur les chemins et les routes avec une arme chargée
- maltraitance animale : animaux non humains blessés par balle ou laissés blessés sur place, recherches au sang abandonnées, chiens qui pourchassent ou mordent des animaux sauvages
- des coups de feu à proximité de chemins, de maisons, de pâturages ou de personnes
- des battues sans panneaux d'avertissement ni barrages
- des cadavres ou des viscères abandonnés en bordure de chemins et dans des cours d'eau, ainsi que des pièges suspects
- des miradors de chasse fermés ou de grande taille, des miradors bétonnés et des miradors installés en terrain découvert
Sont utiles : des photos ou vidéos, le lieu (commune, si possible avec coordonnées ou extrait de carte), la date et l'heure, ainsi qu'une brève description. Merci de nous transmettre vos signalements via notre formulaire de contact ; nous les traitons de manière confidentielle.
En cas de danger immédiat, par exemple si un chasseur de loisir ivre circule armé ou si des coups de feu sont tirés en direction de personnes, alertez d'abord la police cantonale au 117. Vous pourrez ensuite nous signaler l'incident.
Comment rester du bon côté
Ne photographiez et ne filmez que depuis des chemins publics et gardez vos distances avec les personnes armées. N'interpellez pas les chasseurs de loisir. Là où des panneaux d'avertissement sont installés, revenez un autre jour. Ne pénétrez pas sur les installations de chasse, ne grimpez pas dessus et ne modifiez rien. Qui documente calmement ne donne à personne de prétexte pour parler d'entrave à l'exercice de la chasse.
D'autres cas issus du canton se trouvent sous Argovie, les bases juridiques dans l'article consacré à la situation juridique des miradors en Suisse.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Rôle et critique des chasseurs de loisir nous mettons en lumière la formation, le pouvoir et l'image de soi des chasseurs de loisir. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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