Olivier Bouygues condamné : deux ans avec sursis pour la mort de rapaces
Sur le domaine de chasse de Fontenaille, des faucons crécerelles, des buses et des hérons ont été tués afin que les parties de chasse ne soient pas dérangées. Le tribunal reconnaît un préjudice écologique et alloue au total 360'000 euros à neuf organisations.
Les faucons crécerelles font partie des espèces protégées tuées sur le domaine de chasse. Image symbolique. Photo : Ronan Hello / Unsplash
Le tribunal correctionnel d'Orléans a condamné le 23 octobre 2026 le milliardaire français Olivier Bouygues pour la destruction d'espèces d'oiseaux protégées. Il écope de deux ans de prison avec sursis et d'une amende de 750'000 euros. Il perd en outre son permis de chasse pour trois ans, comme le rapporte l'agence de presse AFP (DH/AFP). Son avocat a annoncé faire appel ; le jugement n'est pas définitif.
Ce qui s'est passé sur le domaine de chasse de Fontenaille
Bouygues possède le domaine de Fontenaille, un domaine de chasse de 650 hectares à La Ferté-Saint-Aubin, dans le département du Loiret, en pleine Sologne. Il y organise des parties de chasse. Comme Wild beim Wild l'avait rapporté à l'ouverture du procès en septembre, les rapaces et d'autres animaux sauvages y étaient considérés comme un élément perturbateur pour la chasse de loisir.
Les enquêteurs ont découvert sur le domaine une fosse contenant des cadavres d'animaux. Selon l'AFP, on y trouvait des faucons crécerelles, des aigrettes garzettes, des busards, des buses variables et des cormorans, soit exclusivement des espèces protégées. Outre les oiseaux, des chats ont également été tués. Une centaine de pièges à mâchoires, interdits en France depuis 1995, ont en outre été saisis (Brut/AFP). La procureure Emmanuelle Bochenek-Puren a parlé au procès de méthodes interdites et « barbares » et d'une « organisation qui perdure ». Le motif est connu et certains l'admettent ouvertement : protéger les parties de chasse.
Le jugement en détail
Outre Bouygues, cinq autres personnes ont comparu devant le tribunal, dont l'administrateur et le garde-faune du domaine. Elles ont été condamnées à des peines de prison avec sursis allant de six mois à deux ans, à des amendes et à un retrait temporaire du permis de chasse. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), les amendes infligées aux coprévenus se situent entre 3'000 et 10'000 euros (Communiqué de la LPO du 23 octobre 2026).
Le tribunal a expressément reconnu l'existence d'un préjudice écologique, dont les six prévenus sont entièrement responsables. Ils doivent verser solidairement 40'000 euros chacun à neuf organisations, soit 360'000 euros au total. Environ 70 pour cent de cette somme incombent à Bouygues. Les bénéficiaires sont l'ASPAS, le Centre Athénas, le Conservatoire d'espaces naturels Centre-Val de Loire, France Nature Environnement, la LPO France, la LPO Centre-Val de Loire, Loiret Nature Environnement, la Fondation 30 Millions d'Amis et One Voice (LPO). L'avocate de la Fondation 30 Millions d'Amis, Caroline Lanty, a qualifié le jugement de «très satisfaisant» (Brut/AFP).
Concernant le principal prévenu, le tribunal est resté en deçà des réquisitions. Le parquet avait demandé cinq ans avec sursis, l'amende maximale de 750'000 euros et une interdiction de cinq ans d'exercer toute activité liée à la chasse. Bouygues conteste toutes les accusations. Son avocat Eric Grassin a déclaré qu'il n'était pas question d'accepter cette décision et a annoncé un appel (DH/AFP). Jusqu'à un jugement définitif, la présomption d'innocence s'applique.
Les chasseurs de loisir se sont eux aussi portés partie civile
Fait remarquable, la fédération des chasseurs de loisir du département du Loiret s'est elle aussi constituée partie civile. Elle a invoqué une atteinte à l'image de la chasse. Elle ne figure pas parmi les neuf organisations auxquelles le tribunal a accordé la réparation du préjudice écologique. La fédération s'inquiète donc de la réputation de la chasse de loisir, pas des animaux tués. Pourtant, le principe qui semble avoir été poussé à l'extrême à Fontenaille est très répandu dans la chasse de loisir: les prédateurs et les rapaces sont considérés comme des concurrents pour le petit gibier, qui est lâché ou élevé pour la chasse. Wild beim Wild a analysé cette attitude dans l'article L'idéologie derrière la chasse au renard.
Les tribunaux français posent actuellement plusieurs limites à la chasse de loisir. Fin octobre, un tribunal a stoppé les tirs de renards ordonnés par les autorités dans les Alpes. Dans la forêt d'Orléans, il y a de nouveau eu en octobre des violences contre des militants qui filmaient une chasse à courre. Que la persécution illégale des rapaces ne soit pas un problème propre à la France, des cas comme celui des aigles royaux empoisonnés dans le canton de Schwyz.
Mise en perspective
Les condamnations pour persécution de rapaces sont rares, car les faits se déroulent sur des propriétés privées closes et n'ont guère de témoins. Si une condamnation a pu être prononcée à Orléans, c'est grâce aux enquêtes et aux associations de protection de l'environnement qui se sont constituées parties civiles. La peine est sévère pour la France, mais reste nettement en deçà du maximum : en cas de bande organisée, jusqu'à sept ans d'emprisonnement auraient été possibles selon la LPO. Pour un milliardaire, elle reste avec sursis, et trois ans sans permis de chasse, c'est peu au regard de l'atteinte, constatée par le tribunal et menée pendant des années, aux populations protégées. Le cas montre surtout où mène une chasse de loisir qui répartit les animaux sauvages entre gibier utile et concurrence gênante. Reste à savoir si le jugement sera confirmé en appel, ce que décidera la cour d'appel.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Braconnage et criminalité liée à la chasse en Suisse nous documentons les cas, les questions juridiques et les schémas récurrents. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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