Accidents de la faune sauvage en automne : l'assurance cite le stress lié à la chasse comme l'une des causes
La Mobilière recense au dernier trimestre environ 12 % d'accidents de la faune sauvage en plus et cite le stress causé par la chasse comme l'une des raisons. La part exacte de ce facteur reste inconnue. Une chose est sûre : la haute saison de la chasse de loisir coïncide avec la période la plus accidentogène de l'année.
Image symbolique. Photo : Mario Beducci / Unsplash
«Poussée»
Quiconque roule sur une route de campagne en octobre après le travail doit s'attendre à croiser des chevreuils. Ce n'est pas une découverte. Ce qui est nouveau, c'est qui le dit en ce moment, et comment : la Mobilière a analysé cinq ans d'accidents de la faune sauvage et cite expressément, parmi les raisons de la hausse des accidents au dernier trimestre, « le stress causé par la chasse ». L'agence de presse Keystone-ATS a diffusé ces chiffres le 10 octobre 2026 diffusé.
Dans le débat sur la chasse de loisir, on invoque régulièrement la sécurité routière : sans tirs, il y aurait davantage d'animaux sauvages et donc davantage d'accidents. La Mobilière mentionne désormais un aspect que ces justifications générales négligent : la chasse de loisir peut non seulement modifier les populations, mais aussi provoquer du stress et des déplacements supplémentaires. Les données publiées ne permettent pas de déterminer la part de ce facteur dans les accidents enregistrés.
Ce que montre l'analyse de la Mobilière
Entre 2021 et 2025, la Mobilière a enregistré plus de 10’500 collisions avec des animaux sauvages. Au dernier trimestre de l'année, le nombre d'accidents était environ 12 % supérieur à la moyenne ; un autre pic est apparu en avril.
Les différences régionales sont importantes :
- Thurgovie : 2,05 sinistres pour 1000 véhicules assurés
- Grisons : 1,85
- Jura : 1,75
- Moyenne suisse : 1,16
Les chevreuils et les cerfs étaient le plus souvent impliqués, avec environ 7350 sinistres déclarés. Les renards (1020), les blaireaux (900) et les sangliers (510) l'étaient plus rarement. Un accident avec un sanglier coûtait en moyenne environ 3000 francs, avec un chevreuil ou un cerf environ 2700 francs.
Pour la hausse en automne, l'assurance avance plusieurs raisons, sans les hiérarchiser : en raison de la brièveté des jours, les pendulaires roulent plus souvent au crépuscule, au moment où les animaux sont eux aussi actifs. S'y ajoutent le rut des cerfs, la recherche de nourriture avant l'hiver et, justement, le stress provoqué par la chasse de loisir.
Les chiffres ne concernent que les véhicules assurés auprès de la Mobilière. Ils ne montrent donc pas l'ampleur totale du phénomène, mais bien une tendance. Selon une statistique de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), le trafic routier est, après la chasse de loisir, la deuxième cause de mortalité connue des grands animaux sauvages en Suisse.
L'automne est la haute saison de la chasse de loisir
La saison riche en accidents coïncide avec la phase la plus intense de la chasse de loisir. Le calendrier 2026 le montre :
- Dans le Valais la haute chasse s'est déroulée du 21 septembre au 3 octobre. En 13 jours, selon le Service de la chasse, de la pêche et de la faune, 1607 cerfs élaphes et 1617 chamois ont été tués.
- Dans le Tessin la chasse basse commence le 16 octobre. Selon le règlement cantonal sur la chasse, elle dure jusqu'au 30 novembre, les mardis, mercredis, jeudis, samedis et dimanches.
- Dans le canton de Grisons les renards, blaireaux, martres des pins et fouines, ainsi que les ratons laveurs, chiens viverrins et rats musqués, peuvent être chassés du 20 au 31 octobre dans huit districts de chasse « sans restriction horaire » (ordonnance sur l'exercice de la chasse, art. 84). Les heures de tir habituelles ne s'appliquent alors pas : la chasse de loisir est donc aussi autorisée au crépuscule. Plus d'informations dans le ticker de la chasse grisonne.
- S'y ajoutent, dans de nombreux cantons pratiquant la chasse à territoire, les chasses en mouvement de la fin de l'automne, lors desquelles rabatteurs et chiens ratissent des parcelles entières de forêt.
Les dates de chasse actuelles illustrent le chevauchement avec la saison riche en accidents ; elles ne prouvent toutefois pas de lien de cause à effet avec les sinistres analysés de 2021 à 2025. Le mécanisme supposé est cependant simple : quiconque effarouche les animaux sauvages avec des coups de feu, des rabatteurs et des chiens les met en mouvement. Les animaux stressés fuient, changent de remises et peuvent ainsi traverser des routes à des moments et en des lieux où ils ne se trouveraient pas autrement. Les biologistes de la faune discutent de cet effet depuis des années.
Ce que dit la recherche
L'état des études n'est pas univoque. Aperçu de quelques travaux menés en Europe et aux États-Unis :
Une étude portugaise (Torres et al., Mammalian Biology, 2025) a examiné 3374 collisions avec des sangliers, des cerfs élaphes et des chevreuils survenues entre 2019 et 2022. La saison de chasse expliquait une partie des collisions avec les sangliers et les chevreuils.
En Galice (Lagos et al., European Journal of Wildlife Research, 2012), des chercheurs de l'Université de Vigo ont constaté, sur 6255 accidents, une concentration de cas impliquant des sangliers entre octobre et janvier. L'autrice principale, Laura Lagos, a expliqué à l'agence SINC que ces mois coïncidaient avec la saison de chasse, durant laquelle les rabatteurs débusquent les animaux, qui traversent alors souvent les routes. Pendant la saison de chasse, le taux d'accidents était en outre plus élevé le dimanche, l'un des deux jours de chasse de la région. Les auteurs soulignent toutefois aussi le trafic nocturne plus important le week-end.
Une étude croate (Vrkljan et al., Croatian Journal of Forest Engineering, 2020) décrit l'influence de la chasse comme scientifiquement non élucidée. Elle discute le fait que les battues peuvent mettre les sangliers en mouvement, mais souligne aussi la difficulté de distinguer la chasse, la recherche de nourriture et la reproduction comme causes. À l'époque, il n'existait selon elle aucune preuve solide d'un lien direct.
Une étude de l'État américain de l'Indiana (Delisle et al., Science of the Total Environment, 2024) a constaté un effet différent. Elle portait sur la chasse de loisir ciblée («targeted recreational hunting»). Dans ce cas, les collisions avec les cerfs de Virginie ont diminué d'environ 21 pour cent le long de 618 kilomètres de routes particulièrement dangereuses, après que les autorités ont autorisé de manière ciblée des périodes de chasse plus longues et des quotas de tir plus élevés. Cette étude concerne une autre espèce, un autre système de chasse et un autre paysage. Il s'agissait en outre d'une mesure ciblée le long de points noirs d'accidents, et non de la chasse de loisir généralisée telle qu'elle est pratiquée en Suisse.
Il en ressort que certains indices suggèrent que l'activité cynégétique peut augmenter le risque d'accident, du moins temporairement, en particulier lors des chasses en mouvement. Les sources consultées ici ne prouvent en revanche pas que la chasse de loisir habituelle en Suisse réduise globalement les accidents de la faune. Quiconque invoque les accidents de la faune pour justifier la chasse de loisir devrait en apporter la preuve pour les conditions suisses.
Des valeurs cantonales élevées, mais aucune preuve de l'effet de la chasse de loisir
Il est frappant de constater que les trois cantons affichant les taux d'accidents les plus élevés ont des systèmes de chasse très différents. La Thurgovie mise sur la chasse à territoire, les Grisons et le Jura sur la chasse à patente. Ce qu'ils ont en commun, c'est que partout, des chasseurs de loisir pratiquent la chasse. Les chiffres seuls ne prouvent aucun lien de cause à effet, car le réseau routier, la densité du trafic, la part de forêt et les populations sauvages diffèrent fortement. Ils montrent que la pratique actuelle de la chasse n'empêche pas les accidents de la faune dans ces cantons. Savoir si elle en augmente ou en diminue la fréquence ne peut pas se déduire des seules valeurs cantonales.
La comparaison avec Genève serait intéressante. Depuis 1974, les chasseurs de loisir n'y chassent plus ; la régulation des animaux sauvages est confiée à des gardes de l'environnement professionnels. Les données publiées ne permettent pas de savoir si l'évaluation de la Mobilière contient des valeurs pour Genève. Une telle comparaison pourrait fournir des indications supplémentaires. Elle ne serait toutefois probante que si l'on tenait compte des différences en matière de trafic, d'habitats et de populations sauvages.
Prévention directement sur la route
Les accidents de la faune peuvent aussi être abordés directement sur le réseau routier. Le canton de Fribourg mentionne sur son site Internet :
- Systèmes d'alerte à la faune, qui avertissent les automobilistes en cas de passage d'animaux et les amènent ainsi à réduire leur vitesse et à redoubler d'attention. Après des tests, ce système serait « très convaincant ».
- Passages pour animaux sauvages au-dessus ou au-dessous des routes, qui guident les animaux en toute sécurité de l'autre côté tout en reliant les habitats.
- Préservation et assainissement des corridors fauniques.
- Vitesse réduite au crépuscule et la nuit.
Le canton précise en outre que les accidents de la route sont la principale cause de pertes chez les mammifères sauvages et que, chaque année, plus d'un millier de mammifères et d'oiseaux morts sont retrouvés sur les routes fribourgeoises.
Ces mesures agissent là où animaux et trafic se rencontrent, et elles sont efficaces indépendamment du nombre d'animaux abattus. Sur le plan politique, il convient en outre de se demander si les chasses en mouvement à proximité des routes et la chasse de loisir sans périodes d'interdiction de tir pendant la saison la plus riche en accidents sont justifiables. Le risque d'accident lié à de telles formes de chasse n'est pas chiffré pour la Suisse ; c'est précisément pourquoi les cantons devraient l'examiner avant d'accorder de telles autorisations.
Ce que peuvent faire les automobilistes
La Mobilière recommande une vigilance accrue sur les routes de campagne et aux lisières des forêts. Aux abords des panneaux signalant un passage de faune, il faut réduire sa vitesse. Si un animal surgit : freiner de manière contrôlée, passer en feux de croisement et ne pas faire d'écart, car les manœuvres d'évitement entraînent souvent, selon la Mobilière, des accidents plus graves que la collision elle-même. Après une collision, il faut s'arrêter, enclencher les feux de détresse, sécuriser le lieu de l'accident et alerter sans délai la police au 117. Ne pas toucher les animaux blessés. Quiconque omet de signaler l'accident se rend punissable.
Conclusion
La Mobilière cite expressément le stress lié à la chasse comme l'un des facteurs de la hausse des accidents en automne. L'ampleur de sa contribution reste indéterminée dans les données publiées. Quiconque justifie la chasse de loisir en bloc par la sécurité routière doit donc aussi prendre en compte les risques liés aux dérangements causés par la chasse. La haute saison de la chasse de loisir coïncide avec la période de l'année où les accidents sont les plus nombreux. Le canton de Fribourg nomme des pistes concrètes de prévention : systèmes d'alerte pour la faune, passages sûrs, corridors fauniques intacts et vitesse adaptée. C'est là que les cantons devraient agir, au lieu d'invoquer les accidents de la faune comme argument pour augmenter les tirs.
Pour en savoir plus sur Wild beim Wild
- Comment la chasse stresse-t-elle les animaux sauvages ?
- Dossier : la haute chasse en Suisse, rituel de tradition, zone de violence et test de stress pour les animaux sauvages
- Dossier : Genève et l'interdiction de la chasse
- Dossier : corridors fauniques et connectivité des habitats
- Dossier : le chevreuil en Suisse
- Les mêmes arguments de chasse, toujours et encore, à la loupe
- Chasse aux Grisons 2026/27 : incidents, infractions et évolutions
Sources
- Keystone-ATS via Nau.ch : «En automne, davantage de collisions avec des animaux sauvages sur la route», 10.10.2026
- Schweizer Bauer : «La Thurgovie en tête des accidents de la faune», 11.10.2026
- Torres, Neves, Grilo, Leite, Rossa, Carvalho : «Wrong place at the wrong time: patterns explaining ungulate-vehicle collisions in Portugal», Mammalian Biology, 2025
- Lagos, Picos, Valero : «Temporal pattern of wild ungulate-related traffic accidents in northwest Spain», European Journal of Wildlife Research, 2012, DOI 10.1007/s10344-012-0614-6 ; résumé sur SINC
- Vrkljan, Hozjan, Barić, Ugarković, Krapinec : «Temporal Patterns of Vehicle Collisions with Roe Deer and Wild Boar in the Dinaric Area», Croatian Journal of Forest Engineering, 2020
- Delisle, Reeling, Caudell, McCallen, Swihart : «Targeted recreational hunting can reduce animal-vehicle collisions», Science of the Total Environment, 2024
- État de Fribourg : Prévention des accidents de la route impliquant des animaux sauvages
- Canton des Grisons : Ordonnance sur l'exercice de la chasse (BR 740.025), art. 84
- Canton du Tessin : Regolamento sulla caccia 2026, Tavola sinottica, Art. 39
- Commune de Gränichen : Accident de la faune
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans nos Dossiers sur la critique de la chasse de loisir réunissent des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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