Énergie éolienne dans le canton de Berne: la conseillère d'État écologiste Trede échoue avec une ordonnance visant à limiter la codécision des communes
Par 76 voix contre 75, le Grand Conseil a transmis une motion visant à protéger le droit de participation des communes. La direction d'Aline Trede voulait supprimer le droit d'approbation communal par voie d'ordonnance urgente.
Le résultat n'aurait pas pu être plus serré : par 76 voix contre 75 et une abstention, le Grand Conseil du canton de Berne a transmis le 10 septembre 2026 une motion visant à ancrer légalement le droit de participation des communes concernées aux grands projets d'énergie éolienne.
Le parlement cantonal s'est ainsi opposé de justesse à la voie de l'ordonnance prévue par son propre gouvernement, un écart minime, mais suffisamment net pour constituer un désaveu politique.
La constellation politique est remarquable. C'est la directrice de la justice verte Aline Trede dont la direction voulait retirer aux communes le droit d'approbation par voie d'ordonnance. C'est justement une représentante de ce parti qui se réclame de la proximité citoyenne et de la démocratie de base qui voulait restreindre la codécision communale non pas par une modification législative soumise au référendum, mais par une ordonnance urgente.
Le contexte du droit fédéral
L'élément déclencheur est l'arrêté fédéral d'accélération pour les énergies renouvelables, en vigueur depuis le 1er avril 2026. Pour les installations éoliennes et solaires d'intérêt national, c'est désormais le canton d'implantation qui mène une procédure d'approbation des plans concentrée, dans laquelle sont également regroupées des autorisations jusqu'ici communales. En principe, l'approbation de la commune d'implantation reste prévue, mais le droit fédéral permet aux cantons d'édicter des règles dérogatoires. C'est précisément autour de cette configuration en droit cantonal que tourne le conflit bernois.
La direction dirigée par la conseillère d'Etat Trede voulait exploiter cette marge de manœuvre jusqu'à l'extrême dans une ordonnance d'introduction : dans le projet, l'approbation de la commune d'implantation ne devait plus être requise pour de tels projets. Ce qui est particulièrement choquant : le projet n'a pas été soumis à une consultation publique ordinaire, mais uniquement à une simple consultation, et cela en plein milieu des vacances d'été. L'Association des communes bernoises a qualifié la voie de l'ordonnance de juridiquement extrêmement problématique. Le président de l'ACB, Daniel Bichsel, a évoqué des préoccupations d'ordre constitutionnel. Les critiques estiment que la démarche est douteuse tant sur le plan constitutionnel que légal.
La décision populaire qui devait devenir sans effet
L'exemple de Kirchlindach montre l'ampleur de l'enjeu. Au-dessus de la commune, Windenergie Schweiz prévoit un parc éolien de cinq installations d'environ 200 mètres de haut. La population s'était préventivement protégée : en juin 2026, les citoyens ont adopté par 1'261 voix contre 322 une modification du règlement communal ancrant un vote populaire communal sur un éventuel projet. C'est précisément cet instrument démocratique qui risquait de devenir sans effet à cause de l'ordonnance cantonale. Le conseil communal de Kirchlindach a d'ailleurs expressément critiqué le projet d'ordonnance.
Motion transmise, mais l'affaire n'est pas encore tranchée
La motion déposée par le député UDC Nils Fiechter exige que le droit de participation des communes soit réglé non pas simplement au niveau d'une ordonnance, mais dans une loi. Le cœur de la critique : une telle restriction ne doit pas se faire sans l'accord du Grand Conseil, mais nécessite une modification législative soumise au référendum. La partie adverse a fait valoir qu'il s'agissait de projets d'intérêt national.
Pour situer les choses : l'adoption de la motion ne règle pas encore définitivement l'affaire. Une motion est un mandat parlementaire contraignant adressé au gouvernement, et non une loi immédiatement en vigueur. Le Conseil-exécutif doit maintenant élaborer un projet qui suivra le processus parlementaire et pourra être soumis au référendum. Le Grand Conseil se prononcera ensuite à nouveau sur la question de savoir si les communes d'implantation conservent un droit d'approbation explicite pour de tels projets. La pression politique pour renoncer à la voie de l'ordonnance initialement prévue est toutefois considérable après la décision d'aujourd'hui.
Pourquoi cela compte pour la protection de la faune sauvage
Pour nous, ce processus est plus qu'une leçon de politique démocratique. Lorsque la population locale n'a plus son mot à dire, la nature perd l'une de ses instances de protection les plus efficaces. Car ce sont souvent les communes concernées qui apportent des connaissances locales sur les forêts, les corridors fauniques, les routes de migration ainsi que les zones de reproduction et de repli. Une participation précoce et contraignante peut aider à examiner plus précisément, voire à exclure, des emplacements présentant des risques de conflit élevés.
Car l'énergie éolienne n'est pas sans conséquence pour le monde animal. Les oiseaux en particulier et les chauves-souris sont menacés par des collisions avec les rotors. Chez les chauves-souris, outre la collision directe, le barotraumatisme est également évoqué comme mécanisme, une lésion interne causée par les variations de pression au niveau des pales du rotor. Une synthèse parue dans Nature Reviews Biodiversity renvoie à des estimations selon lesquelles les éoliennes pourraient tuer, rien que dans les pays à forte densité d'éoliennes, environ un million de chauves-souris par an ; pour l'Allemagne, on estime plus de 200'000 chauves-souris mortes par an, et pour les Etats-Unis plus de 500'000. Selon l'association IG Wald ohne Windturbinen, un ornithologue a documenté en juin 2022, en l'espace de deux jours, 86 oiseaux tués au parc éolien du Gothard. Les éoliennes situées en altitude présentent des risques particuliers pour les rapaces et les oiseaux migrateurs, qui utilisent les courants ascendants thermiques et se retrouvent ainsi dans la zone de danger des rotors. Le choix de l'emplacement, la saison, la météo, la présence des espèces et l'efficacité des périodes d'arrêt sont ici déterminants.
S'ajoute à cela la question de l'emplacement : la Suisse fait partie des régions les moins ventées d'Europe. Les installations éoliennes produisent de l'électricité selon la météo, leur production annuelle dépendant fortement de l'offre en vent, de l'emplacement et de la hauteur de l'installation. Du point de vue des critiques, beaucoup des installations alpines pouvant atteindre 210 mètres de haut présentent un rapport disproportionné entre le rendement, les subventions publiques et les atteintes au paysage et aux habitats. Pour la protection de la faune sauvage, il ne suffit donc pas de qualifier globalement une installation de « renouvelable ». Chaque installation doit être évaluée en fonction de la question de savoir si son rendement électrique justifie l'atteinte portée au paysage et aux habitats, surtout lorsque des espèces sensibles, des routes de migration ou des habitats largement non fragmentés sont concernés.
La décision serrée prise à Berne constitue ainsi un double signal : en faveur de l'autonomie communale et en faveur de la protection de ces animaux sauvages qui ne peuvent pas se défendre contre les pales des rotors. Elle rejoint également la préoccupation de l'initiative pour la protection des communes, qui vise à garantir au peuple le dernier mot sur les projets éoliens dans tous les cantons.
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La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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