5 août 2026, 08h39

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Environnement & protection de la nature

Pénurie d'eau en Suisse : pourquoi les rivières ne sont pas traitées comme sur les bateaux de croisière

L'eau pourrait techniquement être traitée comme sur les bateaux de croisière, mais en Suisse cette option reste jusqu'à présent inexploitée.

Rédaction Wild beim Wild — 5 août 2026
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«Dans la forêt résonne une vieille promesse»

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Depuis le mois de mai déjà, une interdiction stricte d'arroser les plantes, de laver sa voiture ou de remplir sa piscine s'applique dans certaines régions du Tessin.

Mais le problème ne se limite plus depuis longtemps au versant sud des Alpes. Des lacs de retenue vides du Valais aux nappes phréatiques en baisse sur le Plateau, en passant par les sources qui se tarissent aux Grisons, toute la Suisse est confrontée à la pénurie d'eau. Dans le même temps, les rivières et les ruisseaux, comme le Brenno dans le val Blenio, charrient encore une quantité d'eau perceptible qui s'écoule sans être utilisée devant des communes assoiffées. La question qui se pose naturellement : pourquoi cette eau n'est-elle pas traitée de manière décentralisée afin de pallier les pénuries ? La réponse tient moins à un manque de technique qu'à l'infrastructure, aux coûts et aux priorités politiques, lesquelles devraient changer face au réchauffement climatique.

Les faits sur la crise actuelle de l'eau

Au Tessin, l'Associazione Acquedotti Ticinesi (AAT) parle d'une situation d'urgence : depuis l'automne 2025, le canton connaît un déficit massif de précipitations. Les réserves d'eau atteignent des niveaux historiquement bas dans de nombreuses communes, la consommation quotidienne moyenne par habitant atteignant par endroits jusqu'à 500 litres. Le schéma est similaire dans tout le pays : le printemps 2026 a figuré, en moyenne suisse, parmi les plus secs depuis le début des mesures en 1864, avec des conséquences perceptibles de la région lémanique jusqu'aux Grisons.

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Aucun tir de lynx en Valais

Le lynx est génétiquement à la limite, et pourtant il pourrait être autorisé au tir, faisant du Valais le premier canton de Suisse à le faire.

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Les barrages suisses, essentiels pour la production d'électricité, sont eux aussi en mauvaise posture : avec un taux de remplissage d'environ 46 pour cent, ils sont aussi vides qu'ils ne l'ont plus été depuis 20 ans, soit 16,4 points de pourcentage en dessous de la moyenne pluriannuelle. À court terme, c'est justement la chaleur qui aide, car la fonte accrue des glaciers fournit de l'eau supplémentaire. À long terme, cet effet s'inverse toutefois : les glaciologues avertissent que, lors de canicules comparables dans dix à trente ans, l'eau de fonte disponible sera nettement moindre, avec des conséquences pour pratiquement tous les grands fleuves suisses comme l'Aar, le Rhône et le Rhin.

Abattages d'urgence supplémentaires en raison du manque d'eau et de fourrage

La sécheresse et la chaleur persistantes ont desséché les pâturages du Plateau et des montagnes, les paysans manquent de fourrage et, sur les alpages, l'eau potable pour les troupeaux se tarit à de nombreux endroits. La conséquence est attestée : selon les chiffres de l'organisation de la filière de la viande Proviande, environ 23’900 vaches ont été abattues durant les semaines calendaires 23 à 30 de l'année 2026, contre environ 18’740 durant la même période de l'année précédente, soit une hausse de plus de 5’000 animaux. Peter Bosshard, directeur de l'Union suisse des marchands de bétail, parle auprès de SRF d'un « nouveau phénomène » : des pics saisonniers en août et septembre existent certes toujours, mais « avec une telle ampleur », les chiffres actuels sont inédits.

Comme il n'existe jusqu'à présent aucun système d'irrigation et de traitement décentralisé et résistant aux crises, les paysans puisent déjà maintenant dans leurs réserves de fourrage d'hiver. Ceux qui ne peuvent pas se permettre l'achat coûteux de fourrage supplémentaire, ou dont l'alpage n'a plus d'eau, envoient prématurément les animaux concernés à l'abattoir.

Quand l'eau d'extinction et l'approvisionnement en eau potable sollicitent la même ressource

La situation devient particulièrement délicate là où les pompiers, lors d'incendies de forêt, doivent prélever de grandes quantités d'eau d'extinction via les mêmes bornes hydrauliques qui alimentent aussi le réseau d'eau potable, afin de protéger les villages. Lors de périodes de sécheresse persistantes, les deux usages entrent directement en concurrence. Selon l'AAT, les réseaux du Tessin sont déjà exposés à un risque accru de perturbations et de pannes.

Le fait que le risque d'incendie de forêt et la sécheresse coïncident de plus en plus n'empêche pas, dans plusieurs pays européens comme le Portugal, l'Espagne et la France, la saison de chasse de loisir de tomber en plein milieu de la période la plus chaude et la plus exposée aux incendies de l'année, comme le montre notre comparaison entre le Portugal, l'Espagne et la France.

Pourquoi l'eau des rivières n'est pas encore traitée

Une grande partie de l'approvisionnement suisse en eau potable provient traditionnellement de sources et des eaux souterraines. L'eau des rivières serait théoriquement disponible, mais son traitement est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord :

  • Charge fluctuante : L'eau des rivières varie en turbidité, en charge microbienne et en apports de polluants issus de l'agriculture et de l'industrie, selon la météo et la saison.
  • Infrastructure manquante : Il faudrait des installations de filtration modernes à plusieurs étages et des procédés à membrane, en pratique une nouvelle usine de traitement des eaux plutôt qu'un simple raccordement.
  • Besoins d'investissement : La construction et l'exploitation de telles installations exigent des investissements élevés, une planification pluriannuelle et une coordination intercantonale.
  • Limites écologiques : Les rivières sont soumises à un débit résiduel minimal écologique protégé par la loi, qui limite en outre les prélèvements en périodes de sécheresse.

Or la technique en haute mer montre ce qui est possible : les navires de croisière produisent leur eau potable de manière autonome depuis des décennies, généralement par osmose inverse et filtration à membrane de l'eau de mer. L'eau des rivières ne nécessite pas de dessalement énergivore, mais seulement une filtration et une désinfection, un procédé qui est déjà une pratique établie dans des pays confrontés à une pénurie d'eau comparable, comme certaines régions d'Australie ou d'Espagne. En Suisse, ce n'est pas tant la technique qui manque que la volonté politique de planifier de telles installations à l'échelle intercantonale avant la prochaine crise plutôt qu'après.

Les victimes : les animaux non humains

Alors que les êtres humains peuvent limiter leur consommation, les animaux non humains n'ont aucune possibilité de repli. Un chevreuil a besoin d'un à deux litres d'eau par jour, les cerfs jusqu'à dix litres, les sangliers deux à trois litres, principalement à partir de mares, de cours d'eau et d'étangs qui, en périodes de sécheresse, s'assèchent en premier, comme le montre notre article « Habitants de la forêt : la chaleur est là, les animaux sauvages indigènes gardent la tête froide ».

Des études scientifiques démontrent en outre que les vagues de chaleur et les sécheresses aggravent les conflits mortels entre les êtres humains et les animaux sauvages, car les animaux doivent se replier dans des zones exploitées par l'homme ; pour en savoir plus, consultez notre article « La crise climatique aggrave les conflits entre les êtres humains et les animaux sauvages ». Des alliés naturels existent pourtant : les barrages de castors maintiennent en vie des zones humides même lors d'années particulièrement sèches et rafraîchissent l'environnement, comme le montre notre article « Les castors sont d'importants alliés pour une plus grande biodiversité » le montre, une approche qui, jusqu'à présent, ne reçoit pas assez d'attention dans la politique de l'eau à l'échelle suisse.

Conclusion

La combinaison d'une sécheresse persistante, de la fonte des glaciers et d'un risque croissant d'incendies de forêt montre clairement que le système existant atteint ses limites. Des solutions techniquement éprouvées, allant de prélèvements séparés d'eau d'extinction au traitement décentralisé de l'eau des rivières, sont sur la table. Ce qui manque, c'est la décision politique de les mettre en œuvre, de manière intercantonale et non seulement après la prochaine crise.

Commentaire de la rédaction : Le fait que les animaux de rente soient les premiers, en période de sécheresse, à être réduits à une simple masse à valoriser et à disparaître silencieusement des alpages, tandis que les priorités politiques sont ailleurs, montre quels besoins comptent en premier dans ce système. Celui qui, face à la crise climatique, continue d'économiser aux dépens des plus faibles accepte des souffrances qui pourraient être évitées avec de la volonté politique et des investissements en temps voulu, tant pour les animaux de rente que pour les animaux sauvages non humains.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications des faits, analyses et rapports de fond.

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