24 juillet 2026, 10:00

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Chasse

Feu, chaleur, fusils : pourquoi la France refuse ce que le Portugal a réglé depuis longtemps

Le Portugal a fermé les zones incendiées à la chasse de loisir, l'Espagne laisse contourner sa propre interdiction, la France refuse un report. Une comparaison européenne.

Rédaction Wild beim Wild — 24 juillet 2026

Le sud de l'Europe brûle, et c'est en pleine cendre que tombe l'ouverture de la saison de chasse.

La manière dont les États gèrent la situation ne pourrait être plus différente : le Portugal a fermé par arrêté les zones incendiées à la chasse de loisir, en Espagne des organisations environnementales et les autorités se disputent sur la protection des surfaces forestières brûlées, et en France le plus haut responsable de l'association qualifie la simple demande de report de « ridicule ». Par chasse de loisir, on entend dans ce texte la chasse privée de loisir et associative, par opposition à la gestion étatique de la faune sauvage, telle que la connaît par exemple le canton de Genève.

France : « une idéologie d'écolos qui n'y comprennent rien »

Le 23 juillet 2026, le portail de chasse français « Chasse Passion » a rendu compte d'une demande de plusieurs organisations de protection animale : l'ouverture de la saison de chasse en septembre devrait être reportée de plusieurs mois dans tout le pays. Motif : la nourriture et les habitats ont été brûlés sur de vastes surfaces, et la désorientation des animaux survivants entraîne de nombreux accidents impliquant la faune.

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Le lynx est génétiquement à la limite, et pourtant le Valais devrait devenir le premier canton de Suisse à autoriser son tir.

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Selon «Chasse Passion», citant «La Dépêche du Midi», Willy Schraen, président de la Fédération Nationale des Chasseurs, a rejeté cette demande comme «ridicule» et comme une «idéologie d'écolos qui n'y connaissent rien». Les chasseurs de loisir, conjointement avec les préfets, seraient les mieux à même d'évaluer les populations sur le terrain; des adaptations locales des chiffres de tir seraient possibles à tout moment. La Fédération Départementale des Chasseurs de l’Aude, dont le département a été durement touché par les incendies, avance un argument similaire: évaluer zone par zone plutôt que décider depuis Paris. Aucune réaction étatique n'était visible à l'heure de la clôture rédactionnelle.

Cette demande n'est toutefois ni nouvelle ni déclenchée par les incendies actuels. Dès le début juillet, des organisations de protection animale exigeaient la suspension de la chasse de loisir durant les canicules. La France sortait alors d'une période de chaleur historique, avec 43,8 degrés mesurés à Saintes fin juin. Un point, souvent occulté dans le débat, est ici déterminant: pour les renards, chevreuils, daims et sangliers, la saison est ouverte depuis longtemps; ils peuvent déjà être tirés dès le 1er juin en vertu d'arrêtés préfectoraux.

Le naturaliste Pierre Rigaux renvoie à l'incendie survenu près de Trévillach dans les Pyrénées-Orientales le 4 juillet, qui a détruit environ 4600 hectares et contraint plus de 10’000 personnes à l'évacuation. Le tir de renards ne se justifie ni écologiquement ni agricolement à aucun moment de l'année, dit-il, alors que ce sont précisément les jeunes renards qui sont tués de manière ciblée au début de l'été. Pour le sanglier et le chevreuil, les chasseurs de loisir eux-mêmes concèdent que les tirs estivaux sont numériquement faibles, ce qui prive de tout fondement l'objectif de régulation invoqué. Les organisations réclament une suspension automatique de la chasse de loisir dès que Météo-France déclare officiellement une canicule.

L'IG Wild beim Wild a démontré à plusieurs reprises que la chasse au renard n'est pas justifiable scientifiquement: Dégâts causés par les souris en forêt: la chasse au renard n'est pas une solution.

La comparaison révélatrice: ce qui est encore interdit par ailleurs

Ce qui est particulièrement révélateur, c'est tout ce qui est interdit dans ces mêmes régions en cas de chaleur. La Fédération des Chasseurs de Saône-et-Loire a elle-même communiqué que, selon l'arrêté préfectoral du 22 juin, toutes les manifestations sportives en plein air sont interdites en cas d'alerte rouge et que les transports d'animaux vivants sont interdits au-delà de 30 degrés. La fédération a en même temps souligné les fortes répercussions de la chaleur sur les animaux sauvages et les habitats, et recommandé de reporter les sorties en pleine nature au petit matin ou en soirée.

La logique est remarquable : les événements sportifs sont annulés, les transports d'animaux stoppés, les promeneuses sont invitées à éviter la chaleur de midi. Seul le fait de tuer avec une arme ne devrait pas être affecté par la chaleur, alors que la même fédération souligne en même temps la forte contrainte thermique subie par les animaux sauvages.

Espagne : conflit autour de la protection des zones incendiées

En Espagne, la situation est plus dramatique et plus tranchée sur le plan juridique. Le 23 juillet, 71 foyers d'incendie détectés par satellite étaient actifs. L'incendie de La Mierla, en Guadalajara, est déjà considéré comme le deuxième plus grand incendie du siècle en Espagne et a détruit environ 35’000 hectares. Les médias espagnols, se référant au Système européen d'information sur les feux de forêt EFFIS, ont fait état d'environ 121’600 hectares brûlés durant l'année en cours ; 1’200 personnes issues de 40 villages ont été évacuées. Le maire d'Albendiego a formulé qu'il ne s'agit pas seulement de végétation, mais d'êtres vivants qui y circulent et y trouvent leurs moyens de subsistance.

La différence décisive avec la France : en Espagne, il existe des restrictions légales d'utilisation pour les surfaces incendiées, et c'est précisément là que fait rage le conflit. Déjà après les incendies de 2025, la Plataforma para la Defensa de la Cordillera Cantábrica, Ecologistas en Acción, Corredor Ecológico del Noroeste Ibérico et Bierzo Aire Limpio reprochaient à la Junta de Castilla y León d'enfreindre à plusieurs reprises son obligation légale de donner accès aux informations environnementales. Selon la présentation de ces organisations, la législation forestière applicable en Castilla y León interdit la chasse et le pâturage sur les surfaces forestières incendiées pendant au moins cinq ans, afin de garantir la régénération écologique. Nous n'avons pas pu consulter le libellé exact de la norme concernée. L'autorité aurait néanmoins autorisé ces activités dans les zones incendiées, sans qu'aucune justification documentée ne soit connue, et bloquerait l'accès aux expertises qui étayeraient prétendument ces autorisations. Les organisations qualifient cela d'atteinte au principe de légalité et de précédent dangereux, car la régénération après un incendie peut être gravement compromise par une pression précoce du pâturage et de la chasse.

Si le reproche est fondé, le cœur du problème ne réside pas dans l'absence de règle, mais dans son contournement par l'administration, associé au refus de dévoiler les fondements. Nous ne disposons pas d'une prise de position de la Junta de Castilla y León sur ces accusations.

La manière dont sont traités les chiens de chasse montre aussi à quel point la chasse de loisir en Espagne est mêlée à des problèmes structurels de protection animale : Les chiens de chasse en Espagne : le drame refoulé de la chasse de loisir.

Pourquoi « adapter localement » ne suffit pas

L'argument de Schraen est que l'on pourrait, au besoin, adapter les tirs à l'échelle régionale. Les données disent le contraire. Greenpeace Espagne a présenté en juin le rapport « Grandes incendios forestales en España : qué ocurrió en 2025 y qué debe cambiar ». Un survol du soi-disant triangle du feu, dix mois après les incendies, a montré le degré élevé de gravité des dommages et une régénération naturelle faible, voire inexistante. 71,4 pour cent des grands incendies de 2025 ont coïncidé avec une chaleur extrême, les cinq plus grands incendies se sont produits pendant la plus longue vague de chaleur jamais enregistrée en Espagne, de 33 jours. Selon des études d'attribution, le changement climatique a rendu la situation météorologique ayant conduit aux incendies de 2025 40 fois plus probable et 30 pour cent plus intense.

Lorsqu'une zone incendiée n'est encore guère régénérée après dix mois, alors un début de saison six semaines après l'incendie n'est pas une question d'ajustement local fin, mais tout simplement prématuré. Le fait que la diversité génétique continue de diminuer sous une pression de chasse supplémentaire aggrave le problème : Changement climatique : pourquoi la diversité génétique est vitale pour la survie.

Le Portugal montre que c'est possible

Le Portugal a démontré qu'un État peut aussi agir autrement. Avec la Portaria n.º 283/2019, le gouvernement a édicté une réglementation spéciale après que deux grands incendies dans les communes de Mação, Sertã et Vila de Rei ont massivement affecté les populations sauvages. Les autorités ont expressément constaté que le délai de fermeture régulier prévu pour les zones incendiées dans le Decreto-Lei n.º 202/2004 était insuffisant pour des incendies de cette ampleur. Elles ont interdit la chasse dans les zones touchées ainsi que dans une zone de protection environnante jusqu'à la fin de la saison de chasse en cours, avec l'objectif déclaré de protéger les animaux survivants et de reconstituer les populations. Une seule exception a été maintenue : la chasse au sanglier à l'affût, justifiée par la forte densité de population de cette espèce. Cela montre également qu'une réglementation différenciée est possible, au lieu de tout interdire ou de ne rien faire du tout.

Le Portugal a ainsi fait exactement ce que Schraen qualifie de « ridicule » : prolonger un délai existant parce que l'événement était exceptionnel.

Et la Suisse ?

Selon notre appréciation, une réglementation comparable pour les animaux sauvages après des événements extrêmes fait défaut dans notre pays. Nous ne connaissons aucune disposition qui suspende automatiquement la chasse de loisir en cas d'alerte canicule déclarée, et aucune qui ferme les zones pour une durée définie après des incendies ou des dommages dus à la sécheresse. Au lieu de cela, la chasse au brocard tombe en plein dans les semaines les plus chaudes de l'année, alors que les animaux manquent d'eau et d'espaces de repli thermiques : Vague de chaleur 2026 : les animaux sauvages sous stress extrême et la chasse continue.

Pour les animaux alpins, la pression climatique s'ajoute : Changement climatique et animaux sauvages dans les Alpes. Et la manière dont les animaux sauvages gèrent en général les températures extrêmes est bien documentée : Comment les animaux sauvages font face aux températures élevées.

Trois pays, trois réponses au même problème. Le Portugal a agi, en Espagne un régime de protection régional fait l'objet d'un litige, et en France l'association de chasse rejette la discussion. Ce qui relie ces trois cas : nulle part la résistance à un report ne provient de la science. Elle émane d'associations et d'administrations qui ont intérêt à ce que la saison commence à l'heure.

On peut en déduire une exigence simple pour la Suisse : une suspension légale de la chasse de loisir en cas d'alerte canicule officiellement déclarée et un délai de blocage pluriannuel pour les surfaces après incendie. Le Portugal a démontré qu'une telle réglementation est juridiquement réalisable. La seule question ouverte est celle de la volonté politique.

En savoir plus sur la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons vérifications des faits, analyses et articles de fond.

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