Castors dans la vallée du Rhin : le PLR veut réguler, mais la question de l'espace reste ouverte
Une requête du canton de Saint-Gall vise le droit fédéral, mais la question de la place accordée aux cours d'eau reste ouverte.
Image symbolique. Photo : Mark Ma / Unsplash
«Ce qu'il construit»
Barrages, eaux retenues, arbres abattus : ce que le castor fait depuis toujours entre de plus en plus en conflit, dans la vallée du Rhin saint-galloise, avec les drainages et la protection contre les crues.
Le PLR souhaite que les cantons puissent réguler régionalement les populations de castors. Un animal non humain se retrouve ainsi au centre du débat, tandis que la question de la place accordée aux cours d'eau n'est pratiquement jamais posée.
La chaîne régionale TVO a rapporté le 4 octobre 2026 que l'action naturelle du castor dans la vallée du Rhin entre « de plus en plus en conflit avec la protection contre les crues et les systèmes de drainage ». Les efforts nécessaires augmenteraient, et avec eux les coûts. Le PLR exigerait donc davantage de marge de manœuvre en matière de régulation.
Cette revendication est déjà concrétisée sur le plan politique. Le groupe PLR au parlement cantonal mentionne, dans son bilan de la session d'automne 2026, la requête cantonale « réguler efficacement la population de castors au niveau régional ». Il demande ainsi une modification du droit fédéral afin que « les cantons concernés puissent réguler la population de manière régionale et proportionnée ». Le PLR veut ainsi aller au-delà des possibilités existantes de lutte contre des castors causant individuellement des dommages. À l'appui de sa demande, il invoque un quintuplement de la population depuis 2011, environ 425 castors dans le canton et 250 mesures liées aux barrages dans la vallée du Rhin en 2025. Ces chiffres proviennent du PLR et ne constituent pas un bilan des dommages confirmé de manière indépendante.
La prévention existe déjà
Une séance d'information organisée par la commune de Diepoldsau le 24 septembre 2026, réunissant environ 120 participantes et participants, a montré à quoi ressemble la situation sur le terrain. « Der Rheintaler » en a rendu compte. Le garde-faune et spécialiste du castor Nathan Rudin ainsi que Claudio Senn, responsable de l'exploitation et de l'entretien de l'entreprise du Rhin, ont informé sur l'état de la situation. Le canton comptait environ 425 castors en 2022 ; l'animal est désormais présent dans tout le canton.
L'Entreprise du Rhin protège déjà les arbres au moyen de grillages métalliques et d'une pâte de protection contre le castor mélangée à du sable de quartz. Senn estime les coûts annuels pour la protection des arbres et d'autres mesures à « environ 250'000 francs, avec une tendance à la hausse ». Il s'agit de coûts de mesures estimés, et non de dommages causés par le castor automatiquement avérés. Une démarche progressive a également été présentée : tolérer, orienter ou effaroucher, restreindre, et en dernier recours l'élimination de certains castors, qui n'a jusqu'ici pas été appliquée. Un nouveau recensement de la population est prévu pour l'hiver 2026/27.
Ce qui est déterminant n'est donc pas seulement de savoir si des mesures sont mises en œuvre, mais si elles sont complétées par un espace réservé aux eaux suffisant et par des adaptations durables de l'infrastructure.
Un animal de retour aux bienfaits écologiques
Le castor avait été exterminé en Suisse au début du XIXe siècle. Ce n'est qu'à partir de 1956 qu'il a été réintroduit. Le recensement national de 2022 a dénombré environ 4'914 castors répartis dans 1'382 territoires. Le dossier Le castor en Suisse : exterminé, réintroduit et à nouveau autorisé au tir retrace l'histoire de ce retour.
L'Office fédéral de l'environnement constate que les barrages de castors créent « de nouveaux habitats dynamiques ». Les étangs de castors stockent l'eau dans le paysage, alimentent les réserves de la nappe phréatique et peuvent contribuer à maintenir les ruisseaux frais en été. Les barrages de castors peuvent retenir l'eau et ralentir l'écoulement. Localement, les remous et les digues minées peuvent aussi engendrer des conflits avec les infrastructures. L'OFEV le reconnaît également : les activités du castor peuvent causer des dommages aux installations, aux infrastructures de transport, aux digues de protection contre les crues et aux cultures agricoles. L'office souligne toutefois : « De nombreux conflits peuvent être évités grâce à des mesures de prévention adaptées. » Des études menées en Amérique du Nord montrent même que les paysages façonnés par les castors résistent mieux aux incendies de forêt (Les castors freinent les incendies de forêt, mais la Suisse les autorise au tir). On pourrait dire qu'aucun service des travaux publics ne travaille à un prix aussi avantageux.
La vallée du Rhin a perdu ses zones de marais et de rives alluviales
Le conflit dans la vallée du Rhin a une histoire. Avec la régulation du Rhin et les améliorations foncières des 19e et 20e siècles, de vastes parties des anciennes zones de roselières et de zones alluviales ont été drainées, canalisées et rendues exploitables pour l'agriculture. Des conduites de drainage, des canaux rectifiés et des exploitations proches du bord des talus caractérisent aujourd'hui de larges parties de la plaine. Lorsqu'un castor construit un barrage dans un tel système, un animal non humain qui crée des zones humides se heurte à une infrastructure précisément conçue pour évacuer cette humidité.
Le débat doit donc aussi inclure l'espace réservé aux cours d'eau disponible et l'infrastructure existante. Depuis 2011, la loi sur la protection des eaux oblige les cantons à définir, pour leurs cours d'eau, un espace réservé aux eaux qui doit être aménagé et exploité de manière extensive (art. 36a LEaux). Un espace réservé aux eaux plus proche de l'état naturel peut désamorcer les conflits. Dans quelle mesure ce potentiel est exploité le long des canaux concernés dans la vallée du Rhin, le canton doit le rendre transparent.
Ce que le droit permet déjà aujourd'hui
Selon l'art. 9d de l'ordonnance sur la chasse, les cantons peuvent ordonner des mesures contre des castors isolés si ceux-ci causent des dommages importants ou mettent en danger des personnes et qu'aucune mesure de prévention raisonnable n'est disponible. Le castor reste une espèce protégée. Des tirs individuels étaient déjà possibles sous certaines conditions avant la révision de 2025, mais depuis le 1er février 2025, les cantons en décident sans consultation préalable de la Confédération. L'IG Wild beim Wild considère cette extension d'un œil critique, car en 2020 le peuple avait rejeté aux urnes une révision de la loi sur la chasse prévoyant des compétences de tir élargies.
L'initiative cantonale du PLR irait un pas plus loin : des mesures contre des castors isolés causant des dommages à des régulations régionales de la population. Or, un tir ne modifie ni le drainage ni l'emplacement des infrastructures menacées. Il ne remplace donc pas une solution durable au conflit. S'y ajoute le fait qu'un territoire libéré sur un cours d'eau attrayant peut, tôt ou tard, être occupé par un autre castor.
Ce que le canton doit clarifier maintenant
Avant de décider de régulations régionales des populations, il faut de la transparence. Quels dommages sont documentés, sur quelles infrastructures et pour quel montant, séparément des coûts de prévention ? Où en est la définition des espaces réservés aux eaux le long des canaux concernés ? Où serait-il possible d'adapter les drainages, les passages ou les bandes riveraines de manière à ce que le castor et l'exploitation du territoire puissent coexister ? Le recensement des populations prévu pour l'hiver 2026/27 serait une bonne occasion de répondre ensemble à ces questions.
Le projet international de protection contre les crues sur le Rhin alpin montre que la région est prête à redonner plus d'espace à l'eau. La même logique devrait s'appliquer aux cours d'eau secondaires et aux canaux intérieurs. Un castor installé dans une bande riveraine suffisamment large et proche de l'état naturel peut créer un habitat sans entrer immédiatement en conflit avec les usages voisins.
La question que devrait se poser la vallée du Rhin n'est donc pas seulement de savoir combien de castors elle peut tolérer. Elle est aussi de savoir quel espace réservé aux eaux elle accorde à ses ruisseaux et à ses canaux. Qui s'attaque uniquement au castor ne fait que gérer un symptôme et reporte les coûts dans le futur.
Sources : TVO, «Der Biber wird im Rheintal zum Problem», 4 octobre 2026 ; Der Rheintaler, «Gut besuchte Infoveranstaltung: Biber fordert Hochwasserschutz und Baumschutz heraus», 24 septembre 2026 ; PLR Saint-Gall, «Rückblick auf die Herbstsession 2026», communiqué de presse ; Office fédéral de l'environnement (OFEV), page thématique Castor ; Loi fédérale sur la protection des eaux (LEaux), art. 36a ; Ordonnance sur la chasse (OChP), art. 9d ; recensement national des populations de castors 2022.
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