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Chasse

Les mêmes arguments de chasse, toujours et encore, à la loupe

Instinct de prédation, « hobby » comme insulte, le coûteux chasseur d'État, la noble éthique cynégétique : ceux qui défendent la chasse de loisir recourent étonnamment souvent aux mêmes arguments. Une analyse montre pourquoi ils échouent tous face à la même erreur de raisonnement.

Rédaction Wild beim Wild — 14 juin 2026

Quiconque s'intéresse à la chasse de loisir sur les réseaux sociaux se heurte sans cesse aux mêmes lignes de défense.

Elles sonnent différemment, tantôt philosophiques, tantôt indignées, tantôt solennelles, tantôt recueillies. Mais en y regardant de plus près, on reconnaît un schéma : il s'agit au fond de quelques arguments seulement, et ils échouent face à des erreurs de raisonnement étonnamment similaires.

Cet article reprend les quatre arguments les plus fréquents, chacun dans la forme sous laquelle il circule réellement, et les vérifie à l'aune des faits. À la fin, on comprend pourquoi ils vont de pair.

Argument 1 : « Je suis mon instinct de prédation, c'est la nature »

La première ligne de défense déplace la justification vers la biologie. En substance : l'être humain porterait en lui, par l'évolution, un instinct de chasse ou de prédation ancré génétiquement ; sans la chasse pratiquée par nos ancêtres, nous n'existerions pas ; la chasse serait donc quelque chose de profondément humain et non un acte de tuer par plaisir.

L'erreur de raisonnement : de l'être au devoir-être

Il s'agit d'un sophisme naturaliste. De ce qui se produit dans la nature ou fut jadis vital pour la survie, on ne peut rien déduire quant à ce que l'être humain devrait faire aujourd'hui. La maladie, le parasitisme et la mort des jeunes animaux relèvent tout autant de la « nature », sans que personne n'en fasse des commandements. Le fait que la chasse ait servi à la survie à l'âge de pierre ou en temps de disette ne fonde aucun droit de tuer aujourd'hui pendant son temps libre.

Il est révélateur que les défenseurs connaissent eux-mêmes cette différence. Dans une variante typique, on affirme que le congélateur est bien rempli, qu'il n'est pas nécessaire de faire du butin, que l'on peut attendre jusqu'à la semaine prochaine et ne pas tirer si les conditions sont mauvaises. C'est précisément cela qui réfute la théorie de l'instinct : ce qui peut être entièrement piloté par la loi, le plan de tir et une décision libre n'est pas un instinct, mais un choix conscient. Et un choix doit être justifié sur le plan éthique, non excusé par les gènes.

Le deuxième artifice : le mot « chasser »

Cela s'accompagne d'une pirouette linguistique : « Les opposants à la chasse aussi chassent, l'argent, le succès, le bonheur. » Ici, « chasser » au sens figuré (aspirer à) est mis sur le même plan que « chasser » au sens littéral (tuer un animal). Celui qui aspire au bonheur ne tue personne. Cette assimilation n'est pas un argument, mais un jeu de mots qui détourne l'attention du véritable point de discorde.

L'aveu involontaire

En fin de compte, l'argument se réfute souvent lui-même. Lorsqu'on insiste sur le fait que la chasse est une « passion » et une « vocation », c'est précisément ce que le reproche vise qui se trouve confirmé. Passion et vocation sont des sentiments positifs intenses éprouvés lors d'une activité. Le débat ne porte jamais sur la question de savoir si, au moment du coup de feu, on ressent une « soif de meurtre », mais sur le fait qu'une activité de loisir entière, dont le meurtre est le centre, procure du plaisir.

Argument 2 : « ‹chasseur de loisir› n'est qu'une insulte »

La deuxième ligne d'argumentation porte sur le mot lui-même. Pourquoi n'appelle-t-on pas les prêtres non ordonnés des « chrétiens de loisir », les politiciens bénévoles des « politiciens de loisir », les mères non formées des « mères de loisir » ? « Chasseur de loisir » serait une pure dépréciation, destinée à taxer le chasseur de manque de professionnalisme.

L'erreur de raisonnement : l'analogie boiteuse

Tous les exemples de comparaison partagent un point commun : ils n'ont pas de victime. Prier, exercer une charge bénévole, conduire une voiture, éduquer des enfants, ce sont des activités qui ne tuent personne. C'est précisément là que la chasse se distingue. Le mot « loisir » ne sous-entend d'ailleurs nullement « tu ne le prends pas au sérieux », c'est un homme de paille avancé pour la circonstance. Il décrit un fait : une activité exercée volontairement, pendant le temps libre et pour son propre plaisir. Comme aujourd'hui plus personne n'a besoin de chasser pour se nourrir, les trois critères sont remplis. Le terme est descriptivement exact, non diffamatoire. Celui qui parle de « footballeurs de loisir » n'insulte pas non plus un sportif.

Où se situe réellement le professionnalisme

La véritable différence est de nature structurelle, et elle a bel et bien à voir avec le professionnalisme, mais autrement que ne le suggère le texte. Un chasseur de loisir peut être bien formé et reste néanmoins un amateur, car il agit volontairement, sans mandat et pour son plaisir. Un garde-faune professionnel agit sur mandat de l'État, tenu par des directives, contrôlé, tenu de rendre compte et selon des critères de biologie de la faune.

Que cette différence soit mesurable, les chiffres le montrent. Dans le canton des Grisons, environ 3'836 animaux n'ont été que blessés par balle en cinq ans ; lors des recherches au sang, le taux de réussite n'a parfois été que de 57 pour cent, ce qui signifie qu'une part considérable des animaux blessés n'a jamais été retrouvée et est morte dans d'atroces souffrances. Et la comparaison directe d'efficacité est frappante : un garde-faune professionnel à Genève a besoin d'environ 8 heures et de 2 cartouches au maximum pour le tir sanitaire d'un sanglier, alors qu'un chasseur de loisir dans le canton de Zurich a besoin de 60 à 80 heures et jusqu'à 15 cartouches pour le même tir. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est une différence de système.

Le langage des chasseurs : la réinterprétation érigée en système

Le fait que la réinterprétation des termes ne soit pas le fruit du hasard de quelques défenseurs isolés est démontré par la langage des chasseurs elle-même. Au fil des siècles, un vocabulaire propre s'est développé, qui dissimule systématiquement l'acte de tuer : un animal n'est pas tué, mais « prélevé » ; ce n'est pas un être vivant, mais une « pièce » ; son sang s'appelle « sueur », sa peau « robe », la somme des animaux morts le « tableau ». Un chevreuil blessé au ventre, les entrailles pendantes, devient une « pièce blessée au ventre ». Ce langage ne nomme pas la souffrance, il la traduit en un jargon technique inodore. Comme dans d'autres milieux fermés, un tel langage de groupe crée une cohésion interne et une distance vers l'extérieur, et il remplit surtout une fonction : il tient à distance les émotions qui seraient inévitables face à la phrase honnête « J'ai tué un animal ».

Argument 3 : « Les chasseurs d'État seraient plus chers et moins compétents »

Le troisième axe est de nature politico-étatique. Il affirme que le système de bail de chasse à territoire, qui a fait ses preuves depuis plus de 150 ans, repose sur un engagement bénévole et non rémunéré ; qu'une étatisation de la chasse coûterait des millions au contribuable ; et que, de toute façon, « aucun chasseur d'État, aussi bien payé soit-il, n'exercerait la chasse avec plus de conscience » que le chasseur de loisir lui-même.

Pourquoi ce n'est pas du bénévolat

Déjà la prémisse est fausse. Une charge honorifique est une prestation gratuite au profit d'autrui. La chasse de loisir, c'est l'inverse : les chasseurs de loisir paient un bail ou un patente pour avoir le droit de chasser, et exigent en contrepartie une prestation, à savoir la mise à mort elle-même. Celui qui paie pour accéder à son hobby n'accomplit pas une corvée, mais consomme un plaisir payant. Le fameux « travail non rémunéré » n'est donc pas désintéressé ; c'est le prix d'entrée de son propre hobby. Sans le droit de tuer, ce travail n'existerait tout simplement pas. Ainsi s'effondre l'image de l'auxiliaire altruiste, avant même que l'on ait fait le calcul des coûts.

La facture qui n'est jamais présentée

L'affirmation « Nous ne coûtons rien à l'État » est un mensonge par omission. Les coûts externes de la chasse de loisir ne sont jamais comptabilisés. En Suisse, environ 20'000 accidents impliquant du gibier se produisent chaque année, pour des coûts d'assurance estimés à environ 76 millions de francs, supportés par les primes casco de tous les automobilistes. La pression de chasse augmente la distance de fuite des animaux et aggrave manifestement ces accidents. Les accidents de chasse représentent environ 300 cas reconnus et quelque 3,6 millions de francs par an, financés par les primes d'assurance-accidents de tous les salariés, et ce n'est là que la limite basse, car les chasseurs retraités, le groupe à plus haut risque, sont absents de la statistique. Le service de la chasse du canton de Zurich enregistre chaque année un déficit d'environ 600'000 francs.

S'y ajoutent des postes qui n'apparaissent dans aucun bilan de la chasse. Environ la moitié des forêts suisses sont des forêts de protection ; la Confédération, les cantons et les bénéficiaires dépensent chaque année environ 150 millions de francs pour leur entretien, et une part considérable de cette somme concerne les dégâts d'abroutissement, que la pression de chasse aggrave manifestement au lieu de les réduire. À cela s'ajoute la pollution environnementale due à la munition au plomb, qui contamine les sols, les eaux et le gibier lui-même.

Et enfin : ce qui ne se traduit pas en francs : des personnes meurent. Cela ne concerne pas seulement les accidents de chasse directs et les plus de 2'400 accidents impliquant du gibier avec dommages corporels enregistrés chaque année rien qu'en Allemagne. Cela concerne aussi une dimension pour laquelle, fait révélateur, il n'existe aucune statistique : les homicides commis avec des armes de chasse. Les relevés officiels ne répertorient pas les armes du crime selon qu'il s'agissait ou non d'une arme de chasse, si bien que personne ne connaît le chiffre total. Ce qui est en revanche bien établi sur le plan criminologique : la présence d'une arme à feu au domicile augmente nettement le risque d'homicides conjugaux et de suicides menés à terme. Les armes de chasse comptent parmi les plus grands groupes d'armes à feu détenues légalement et à titre privé dans l'espace DACH. Les cas documentés dans les médias, où des chasseurs de loisir ont tué avec leur arme légale leur partenaire, des membres de leur famille ou eux-mêmes, ne sont ainsi que la partie visible d'un chiffre noir. Le fait que ces décès ne soient nulle part comptabilisés comme des coûts induits par la détention privée d'armes fait lui-même partie du problème. Quiconque parle d'un système qui « ne coûte rien » occulte tout cela.

À cela s'oppose le modèle genevois : depuis 1974, quelques gardes-faune professionnels y gèrent les animaux sauvages sans aucune chasse de loisir, pour environ un million de francs par an, dégâts au gibier compris. Cela correspond à peu près à une tasse de café par habitant. Dégâts au gibier comparables, biodiversité supérieure : le lièvre brun atteint 17,7 individus pour 100 hectares à Genève, contre seulement 1,0 à Zurich. L'argument du « trop coûteux » ne se contente ainsi pas de s'inverser, il s'effondre : la chasse de loisir n'est pas le système bon marché, mais le système coûteux, dont c'est quelqu'un d'autre qui paie la facture.

L'erreur de raisonnement : l'accusation d'être ennemi de la Constitution

Le point le plus délicat est la conclusion de l'argument. Quiconque souhaite modifier la loi sur la chasse devrait « se laisser demander s'il se tient sur le terrain de notre ordre juridique libéral et démocratique ». C'est factuellement faux et rhétoriquement dangereux. La loi sur la chasse est une loi ordinaire ; la modifier à la majorité démocratique est le cas normal de la démocratie, et non son contraire. Même la propriété, à laquelle se réfèrent les chasseurs de loisir, est expressément soumise à la réserve de la fonction sociale (en Allemagne, l'art. 14 al. 2 de la Loi fondamentale : « la propriété oblige »). Quiconque réclame une réforme législative utilise l'ordre juridique, il ne l'attaque pas. Le même mécanisme se retrouve dans la comparaison, souvent invoquée, avec la RDA : une gestion étatique organisée de la faune sauvage existe aujourd'hui dans de nombreuses démocraties ; se référer à un système totalitaire vise à discréditer la proposition plutôt qu'à la réfuter.

Argument 4 : « L'éthique de la chasse, le chasseur honore la créature »

La quatrième ligne argumentative est la plus discrète et la plus efficace. Elle se passe de toute polémique et s'appuie sur un célèbre vers d'Oskar von Riesenthal (1830-1898) : « Tel est l'honneur du chasseur, qu'il protège et soigne son gibier, chasse en bon connaisseur, comme il se doit, et honore le Créateur dans la créature. » La défense affirme ceci : ce n'est pas le tir qui prime, mais la protection et le soin ; l'éthique de la chasse serait une attitude intérieure d'humilité et de respect, qui considère le gibier comme un être vivant ayant une valeur propre.

L'erreur de raisonnement : l'idéal comme preuve de la pratique

Ce vers date de la fin du XIXe siècle, l'âge d'or du romantisme cynégétique bourgeois. Il décrit un idéal, pas un comportement. Or la beauté d'une image de soi ne dit rien de la réalité. On peut justifier n'importe quelle activité par son idéal le plus noble ; ce qui compte, c'est de savoir si la pratique y correspond. Et c'est précisément à cette question que l'argument se dérobe. La réalité documentée, à savoir des animaux blessés par balle et jamais retrouvés, plus de 1 000 dénonciations par an rien que dans les Grisons pour des comportements fautifs de chasseurs de loisir, l'absence de taux d'alcoolémie limite à la chasse, est en contradiction flagrante avec l'idée qu'il « protège et soigne son gibier ».

La réinterprétation de la « protection du gibier »

Ici aussi, un mot bien sonnant porte tout le poids du discours. Dans le contexte de la chasse, « hege » (l'entretien du gibier) ne signifie pas la protection contre la mort, mais l'entretien d'une population exploitable, historiquement y compris par l'affouragement destiné à en augmenter le nombre et par la lutte contre les prédateurs concurrents. « Entretenir » et « protéger » sont assimilés l'un à l'autre, alors qu'ils sont en réalité opposés : celui qui « entretient » gère le gibier en vue d'un tir ultérieur, notamment en menant une guerre contre les prédateurs.

La contradiction interne du pathos

La rupture est la plus profonde dans la fameuse dernière phrase, tant célébrée. Celui qui reconnaît dans l'animal un être vivant doté d'une valeur propre et digne de respect devrait en conclure qu'il ne faut pas le tuer par plaisir, et non qu'il faille le tuer avec un respect particulier. L'argument reprend la prémisse de l'éthique animale pour en tirer la conséquence opposée. La charge religieuse recouvre cette contradiction de pathos au lieu de la résoudre. Et en érigeant l'« équité envers le gibier » en « attitude intérieure », le débat se déplace d'un comportement vérifiable vers une intention non vérifiable, qui échappe à tout contrôle des faits. Le fait qu'il existe des chasseurs qui adhèrent sincèrement à cette attitude ne comble en rien cette lacune : une bonne intention n'empêche pas l'animal sensible de mourir sans nécessité.

Le mythe du gibier sain

Les chasseurs de loisir et leurs associations propagent obstinément l'image selon laquelle le gibier serait l'aliment le plus sain et le plus naturel qui soit. JagdSchweiz écrit par exemple sur son site que le chevreuil, le cerf et le sanglier sont « bien plus sains et bien plus naturels que toute autre viande ». Ce qui ressemble à une promesse de qualité n'est en réalité qu'un argument marketing sans fondement scientifique.

La réalité est tout autre. Les animaux sauvages évoluent dans des paysages pollués par le trafic, l'industrie, l'agriculture, les substances PFAS, les pesticides et les métaux lourds. Personne ne sait exactement ce que mangent ces animaux, à quelles substances toxiques ils sont exposés, ni comment sont traités les animaux malades ou contaminés. Une certification bio est structurellement impossible pour le gibier : il s'agit d'un produit naturel non contrôlé, et non d'une denrée alimentaire contrôlée.

La munition au plomb constitue un problème particulièrement grave. Lorsqu'un animal est abattu avec une munition contenant du plomb, le projectile se fragmente en de nombreux petits morceaux qui se dispersent dans les tissus et qui, même avec une découpe soignée, ne peuvent souvent pas être entièrement retirés.Des études révèlent des teneurs moyennes en plomb d'environ 5,2 ppm dans les corps d'animaux sauvages — soit environ 14 fois plus que les précédentes estimations de l'UE. Il n'existe aucun seuil sûr pour le plomb : chaque absorption est potentiellement nocive.

La Protection Suisse des Animaux PSA a fait analyser la teneur en plomb de produits de gibier issus de la chasse de loisir indigène : sur 13 échantillons, 5 présentaient une teneur en plomb supérieure à la valeur de référence, et deux échantillons dépassaient de près de deux, respectivement quatre fois la valeur limite de 0,1 mg/kg applicable aux animaux de boucherie. L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) met explicitement en garde contre un risque accru pour les personnes consommant du gibier chaque semaine, en particulier dans les ménages de chasseurs de loisir, où, selon des études suisses, jusqu'à 90 portions de gibier sont consommées par an. Selon le BfR, les jeunes enfants, les femmes enceintes et les femmes souhaitant avoir un enfant devraient renoncer entièrement au gibier abattu avec de la munition au plomb.

S'y ajoutent des zoonoses telles que la trichinose, l'hépatite E et les salmonelloses, qui peuvent être transmises par la consommation de gibier cru ou insuffisamment cuit. L'agence française de sécurité sanitaire ANSES recommande de limiter la consommation de gibier à trois fois par an au maximum et déconseille formellement d'en donner aux femmes enceintes et aux enfants.

Quiconque commercialise le gibier comme « bio », « sain » ou « naturel » ignore ces risques scientifiquement établis. Ce n'est pas une opinion, c'est du lobbying.

Le schéma commun

En mettant les quatre arguments côte à côte, les mêmes mécanismes apparaissent.

Premièrement, le sophisme naturaliste : d'une pulsion, d'une préhistoire ou d'un « ça a toujours été ainsi » on déduit un devoir-être. Deuxièmement, la réinterprétation des termes : « chasser » devient une métaphore, « hobby » une prétendue insulte, « entretien du gibier » un synonyme de protection, « fonction honorifique » un hobby rémunéré, si bien que le véritable point de discorde, la mise à mort volontaire, disparaît du champ de vision. Dans le langage des chasseurs, cette réinterprétation est même devenue un système établi qui traduit systématiquement l'acte de tuer en jargon technique. Troisièmement, l'homme de paille : on prête à l'autre camp une accusation qu'il n'a jamais formulée (« Tu insinues un manque de professionnalisme », « Les fonctionnaires n'ont pas le droit de s'amuser »), pour la réfuter commodément. Quatrièmement, la fuite dans l'idéal et l'état d'esprit : au lieu de la pratique vérifiable, on érige la belle image de soi (l'éthique de la chasse, le respect) en critère, un critère qui ne peut être réfuté. Et cinquièmement, de plus en plus, la délégitimation de la critique elle-même, jusqu'à l'insinuation que quiconque remet en question la chasse de loisir se situerait en dehors de l'ordre démocratique.

Ce qui frappe également, c'est ce qui fait invariablement défaut : les preuves. Là où les défenseurs travaillent avec des sentiments, la tradition et des affirmations générales (« personne ne le fait mieux que nous »), le camp adverse dispose d'une base factuelle documentée, qu'il s'agisse du taux de réussite au tir dans les Grisons, de l'e-screener néerlandais, où environ un cinquième des détenteurs d'armes testés dans le milieu des chasseurs de loisir ne remplissaient pas les normes psychologiques minimales, ou encore du bilan de 50 ans du modèle genevois.

Les arguments toujours identiques ne sont pas le fruit du hasard, mais un répertoire rhétorique cohérent. Il vise à faire apparaître une activité de loisir qui tue des animaux sauvages comme naturelle, linguistiquement anodine, garante de l'ordre public et moralement élevée. Dès que l'on démêle les concepts et que l'on met les chiffres en regard, il reste une question à laquelle les quatre arguments se dérobent tous : pourquoi, dans une société disposant d'une offre alimentaire assurée, la mise à mort d'animaux sauvages devrait-elle encore se justifier comme un hobby, alors qu'une gestion professionnelle de la faune sauvage fonctionne de manière avérée plus respectueuse des animaux, plus sûre et moins coûteuse ?

Pour en savoir plus sur chacun de ces points, consultez notre Dossier sur la chasse, notamment sur le calcul des coûts complets de la chasse de loisir, sur le terme de chasseur de loisir, sur langage des chasseurs, sur l'initiative Wildhüter statt Jäger ainsi que sur notre documentation de criminalité et la chasse.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Rôle et critique des chasseurs de loisir nous mettons en lumière la formation, le pouvoir et l'image de soi des chasseurs de loisir. Les preuves scientifiques se trouvent dans l'aperçu Études sur les effets de la chasse de loisir.

Tous les articles sont rédigés par l'IG Wild beim Wild ainsi que par des co-autrices et co-auteurs externes. La recherche, la structuration et les processus rédactionnels peuvent être soutenus par des outils basés sur l'IA.

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