La chasse au trophée démystifiée : 14 mythes du lobby passés au crible des faits
Un nouveau document factuel démontre que la chasse au trophée n'est ni une protection crédible des espèces, ni une lutte contre la pauvreté, ni une gestion efficace de la faune sauvage.
Chaque année, des milliers d'animaux sauvages sont tués par des chasseurs de trophées afin que leurs dents, cornes, peaux ou corps entiers puissent être exposés comme symboles de statut social.
Un document factuel actualisé en septembre 2026 par Conservation Action et Pro Wildlife résume en 14 chapitres la critique scientifique de cette pratique. Le constat central : les justifications avancées par le lobby de la chasse au trophée ne résistent pas à un examen critique.
Tuer pour le trophée
La chasse au trophée n'a rien à voir avec la sécurité alimentaire ou une résolution de conflit encadrée par les autorités. Les clients paient des sommes élevées pour tuer un animal précis et en emporter des parties du corps : défenses, cornes, peaux, crânes ou un animal naturalisé. Les animaux particulièrement rares et remarquables sont les plus recherchés et les plus chers. Des espèces internationalement protégées ou menacées, comme les éléphants, les rhinocéros, les lions et les léopards, sont également concernées.
L'industrie de la chasse appelle cela une « utilisation durable ». Mais derrière cette formule se cache un modèle économique commercial, dont la clientèle paie pour abattre les animaux sauvages les plus convoités. L'incitation économique ne vise donc pas la prévention, la protection de l'habitat ou la stabilité des populations, mais des trophées aussi spectaculaires que possible.
Pas des animaux « excédentaires », mais biologiquement importants
L'un des principaux mythes du lobby veut que seuls des animaux vieux ou « excédentaires » soient abattus. En réalité, les chasseurs de trophées recherchent justement des animaux dotés de cornes ou de défenses particulièrement grandes, d'une crinière sombre ou d'une taille exceptionnelle. De telles caractéristiques peuvent indiquer l'âge, la santé, l'expérience et le succès reproductif de l'animal.
Chez les éléphants, les vieux mâles ne sont pas de simples figures décoratives en marge. Ils sont essentiels à la reproduction et assument des fonctions de direction au sein des groupes masculins. Lorsqu'ils sont éliminés, l'expérience sociale et la stabilité font défaut. Chez les lions, les léopards, les pumas et les ours bruns, le tir de mâles adultes peut en outre déclencher un infanticide : lorsqu'un nouveau mâle prend possession d'un territoire, il tue parfois la progéniture de son prédécesseur. La vente d'un seul tir peut donc avoir des conséquences allant bien au-delà de l'individu tué.
La chasse ne protège pas contre le braconnage
La promesse selon laquelle la chasse au trophée empêcherait le braconnage s'effondre également dès que l'on examine les régions concernées. Dans la région du Selous, en Tanzanie, environ 55'000 éléphants ont été braconnés entre 2007 et 2014 selon les données citées dans le document, ce qui correspond à une diminution des effectifs d'environ 80 pour cent. Le Selous était pourtant en même temps l'une des zones de chasse au trophée les plus importantes d'Afrique.
S'ajoute à cela ce que l'on appelle l'effet de vide : lorsque des animaux sont abattus dans des zones de chasse situées autour des zones protégées, des animaux migrent depuis les zones centrales protégées pour occuper les territoires devenus libres. Ils deviennent alors à leur tour la proie des chasseurs de trophées. Une étude menée aux abords du parc national de Hwange, au Zimbabwe, a révélé que 72 pour cent des lions mâles adultes marqués avaient été tués par des chasseurs de trophées dans les zones de chasse environnantes.
Des quotas sans base solide
Le lobby de la chasse présente la chasse au trophée comme une pratique strictement réglementée. Le document de synthèse fait cependant état de recensements peu fiables, de contrôles lacunaires, de conflits d'intérêts et de corruption. Les quotas de tir sont particulièrement problématiques là où les données fondamentales sur la taille des populations, leur structure d'âge, la répartition des sexes et leur évolution font défaut.
Pour de nombreuses populations de léopards, il n'existe aucun chiffre fiable. Malgré cela, des quotas de tir sont fixés et des exportations de trophées autorisées. Une analyse publiée en 2026 conclut, selon le document, que les quotas CITES dépassent, dans plus de la moitié des pays de chasse au trophée examinés, la limite de prélèvement recommandée de 10 pour cent des mâles adultes.
Chez les éléphants aussi, les pourcentages relatifs à la population totale sont trompeurs lorsque le tir se concentre spécifiquement sur le petit groupe de mâles très âgés. Une évaluation technique d'Elephants Without Borders a conclu en 2025 que le quota de chasse alors en vigueur au Botswana réduirait massivement la population des mâles les plus âgés par rapport à un scénario sans chasse.
Peu en profitent, les communautés restent laissées pour compte
L'affirmation selon laquelle la chasse au trophée lutterait contre la pauvreté est un autre argument central de la communication du lobby. Selon les études résumées dans le document, la contribution moyenne de la chasse au trophée au produit intérieur brut des grands pays de chasse africains n'est que d'environ 0,04 pour cent. Les communautés locales ne reçoivent souvent que 3 à 5 pour cent des recettes.
Même en Namibie, souvent présentée comme un modèle exemplaire, les revenus moyens par membre des conservancies communautaires issus de la chasse au trophée restent faibles, avec environ 5,90 dollars américains par an. Parallèlement, une grande partie de la chasse se déroule sur des terres agricoles privées. Les profits reviennent alors surtout aux grands propriétaires terriens et aux organisateurs de chasse. Pour les populations des régions rurales, cela ne génère ni revenus fiables ni véritable droit de regard sur les animaux sauvages et les terres.
Les animaux sauvages vivants créent davantage de valeur
Le tourisme photographique n'est pas une solution miracle et doit être organisé de manière équitable, ancrée localement et respectueuse de la nature. Mais il révèle une différence fondamentale : un animal vivant peut générer des revenus pendant de nombreuses années pour les guides locaux, les hébergements, les transports, les zones protégées et les communautés. Un tir de trophée met fin à cette valeur de manière irréversible.
Le document de synthèse renvoie à des études selon lesquelles le tourisme animalier basé sur la nature en Afrique génère des chiffres d'affaires se comptant en milliards et nettement plus d'emplois que la chasse au trophée. La chasse aux animaux emblématiques sape en outre précisément ce tourisme non létal, qui dépend de la possibilité d'observer les animaux sauvages vivants.
Les interdictions d'importation relèvent de la responsabilité, pas du colonialisme
Les interdictions d'importation de trophées de chasse sont régulièrement qualifiées de «néocoloniales» par les associations de chasse. Cet argument occulte le fait que la chasse au trophée internationale est historiquement et économiquement portée par une clientèle fortunée issue des pays du Nord. Celle-ci achète un accès privilégié aux animaux sauvages et aux terres, tandis qu'une grande partie des profits reste entre les mains d'organisateurs externes et d'élites locales.
Les États importateurs ne décident pas de l'utilisation d'un pays lorsqu'ils restreignent l'importation de trophées. Ils réglementent leur propre marché et assument leur responsabilité face à la demande qui alimente les tirs. Le document factuel renvoie en outre à de nombreuses voix critiques issues d'organisations africaines, de milieux spécialisés et de communautés locales. « L'Afrique » n'est pas une voix homogène qui pourrait être récupérée par les lobbyistes de la chasse.
Conclusion : les tirs de luxe ne sont pas de la protection de la nature
La chasse au trophée n'est pas un instrument crédible contre l'extinction des espèces, la pauvreté ou les conflits entre l'être humain et la faune sauvage. Elle récompense l'abattage des animaux les plus convoités, met en danger les structures sociales et génétiques et répartit ses revenus de manière inégale.
Une protection efficace de la faune sauvage signifie : sécuriser les habitats, lutter systématiquement contre le braconnage, associer les communautés locales à égalité de droits et renforcer les sources de revenus non létales. La protection des animaux sauvages ne doit pas dépendre de la volonté d'un chasseur de loisir fortuné à payer pour leur mort.
Sources
- Conservation Action / Pro Wildlife: «Trophy Hunting Facts – Myths of trophy hunting debunked», September 2026.
- IPBES: «Global Assessment Report on Biodiversity and Ecosystem Services», 2019.
- Loveridge et al.: «The impact of sport-hunting on the population dynamics of an African lion population in a protected area», Biological Conservation, 2007.
- Schlossberg & Chase: «Scientific review of Botswana’s elephant hunting programme», Elephants Without Borders, 2025.
- Moorhouse et al.: «Assessing the potential for a levy-based system to replace revenue from trophy hunting in South Africa», Global Ecology and Conservation, 2023.
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