Sandrine Rousseau dans le viseur du lobby de la chasse de loisir : 57’000 exigent sa démission, 500’000 un arrêt de la chasse
Une pétition venue du milieu de la pêche et de la chasse réclame la démission de la députée écologiste. La pétition en faveur d'une période de protection dans les zones sinistrées par les incendies en France compte presque dix fois plus de signatures.
La députée écologiste française Sandrine Rousseau reste sous pression après son appel à résister à la chasse de loisir.
Une pétition en faveur de sa démission, lancée par le président d'une association de pêche, a réuni le 17 septembre 56’867 signatures vérifiées. Rousseau reproche à ses adversaires de détourner l'attention de la question essentielle : que deviennent les animaux sauvages qui ont survécu aux incendies de forêt, à la sécheresse et à la canicule, avant de se retrouver peu après dans le viseur des chasseurs de loisir ?
La controverse autour de Sandrine Rousseau s'intensifie. Près de quatre semaines après son discours à l'UniREVcité près de Tours, une pétition demandant la démission de la députée continue de récolter des signatures.
Qui se cache derrière la pétition pour sa démission
La pétition « Pour la démission de Sandrine Rousseau de son mandat de députée » a été mise en ligne le 27 août sur Change.org. Elle a été lancée par Anthony Cuoq, président de l'Association des pêcheurs de la Plaine de Valence. Le nombre de signatures a rapidement grimpé : après quelques jours, il était d'environ 11’500, le 2 septembre plus de 28’000, le 6 septembre, selon Le Monde, 47’000. Le jeudi 17 septembre, la pétition comptait 56’867 signatures vérifiées, dont près de 1’000 s'y sont ajoutées ce seul jour.
Le texte de la pétition reconnaît lui-même que le droit français ne connaît aucun mécanisme permettant aux citoyens de mettre fin au mandat d'une députée par voie de pétition. Il s'agit donc d'un moyen de pression politique. Des associations de chasse de loisir régionales, comme celle du département de l'Ariège, ont ouvertement appelé leurs membres à signer.
Ce que Rousseau avait dit
L'élément déclencheur est constitué de propos tenus le 23 août. Lors de l'UniREVcité, l'université d'été du mouvement «Révolution écologique pour le vivant» d'Aymeric Caron, Rousseau a évoqué l'ouverture imminente de la chasse de loisir après un été marqué par des vagues de chaleur, la sécheresse et des incendies de forêt. Elle a appelé à s'opposer à cette ouverture et à se rendre en nombre dans les forêts, les zones rurales et sur les chemins : «C'est parce que nous serons là, debout, face à eux, physiquement, qu'enfin ils prendront conscience de la réalité de ce que nous sommes.» En substance : c'est parce que nous serons là, debout, physiquement face à eux, qu'ils comprendront enfin qui nous sommes.
La Fédération nationale des chasseurs (FNC) a alors annoncé une plainte pénale et s'est adressée à la présidente de l'Assemblée nationale. Plusieurs fédérations de chasse régionales ont emboîté le pas, notamment en Ariège et dans le Gard. Deux député(e)s, dont Matthias Renault du Rassemblement National, ont saisi le ministère public en s'appuyant sur l'article 40 du code de procédure pénale. Nous avons présenté le contexte de cette affaire dans «France : plainte pénale pour appel contre la chasse de loisir».
Une rhétorique politique tranchante ne constitue pas encore une infraction pénale
Reste à savoir si l'on peut construire, à partir de ce discours, un appel punissable. Pour une condamnation pour incitation publique, le droit français exige en principe une invitation suffisamment concrète à commettre une infraction précise. Le choix des mots de Rousseau est incisif, mais peut aussi être lu comme un appel à une présence visible et non violente sur les territoires de chasse. Celui qui se rend en forêt ou dans les champs pour y témoigner ne fait rien d'autre que les promeneurs, les cueilleurs de champignons ou les randonneurs.
Le lobby de la chasse ne traite pas cette distinction comme une question juridique, mais comme une question politique. Le schéma est connu en France : comme nous l'avons montré dans «Chasseurs de loisir en victimes ? Critique de la chasse et chiffres venus de France», la FNC aime se présenter comme une minorité menacée, alors que des millions d'animaux sauvages sont tués chaque année. Et la manière dont le président de la FNC, Willy Schraen, met en scène l'ouverture de la saison est révélée dans «Willy Schraen et l'ouverture: la fierté de tuer».
Rousseau : «Ils ne veulent pas parler des animaux sauvages»
Rousseau rejette la demande de démission. Face au Monde, elle a qualifié la pétition d'«une façon de détourner le débat», une tentative de dévier la discussion, ajoutant : «Ils ne veulent pas que l'on parle de l'état de la faune sauvage.» Face à Actu.fr, elle a qualifié la mobilisation contre sa personne de «totalitarisme rural».
Sa critique touche à un conflit bien réel. La chasse de loisir continue d'être traitée en France comme une activité de loisir normale, même lorsque les animaux non humains ne trouvent quasiment plus, après les incendies, de zones de repli, de nourriture ou de points d'eau.
Près de dix fois plus de personnes réclament un arrêt de la chasse
Alors que la pétition demandant la démission a réuni près de 57'000 signatures, une deuxième pétition est bien plus importante. «Pas de fusils sur les cendres» a été lancée le 14 juillet sur Change.org, portée par Bruno Valentin, qui dirige un refuge animalier dans le Cantal. Elle s'adresse directement au président de la République Emmanuel Macron et au premier ministre Sébastien Lecornu. Le 5 septembre, elle comptait plus de 485'000 signatures ; le 15 septembre, elle a franchi la barre des 500'000, un jour après l'ouverture de la saison dans la plupart des départements.
La pétition exige une interdiction totale de la chasse de loisir dans tous les massifs forestiers incendiés durant l'été 2026, des périmètres de protection autour des zones sinistrées afin que les animaux sauvages puissent se réfugier dans des espaces intacts sans y être poursuivis, ainsi qu'un moratoire d'au moins trois ans pour permettre à la végétation, aux chaînes alimentaires et aux cycles de reproduction de se rétablir. Le texte décrit les animaux sauvages survivants comme «épuisés, affamés, privés de leurs abris et de leurs points d'eau».
Le gouvernement délègue, les statistiques enjolivent
Le gouvernement refuse un moratoire national. Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, a renvoyé les préfets à l'article R.424-3 du Code de l'environnement, qui permet de suspendre la chasse de loisir en cas de catastrophe, leur laissant ainsi la décision. Le 3 septembre, il a annoncé que 23 départements avaient restreint la chasse de loisir durant l'été.
Ce chiffre a des allures d'action, mais il est défini de manière très large. Ont été comptabilisées toutes les mesures limitant la chasse de loisir directement ou par la fermeture de zones forestières. Cela inclut aussi des interdictions d'accès liées à un risque d'incendie aigu, qui n'ont rien à voir avec la protection de la faune. L'organisation de protection animale ASPAS avait déjà, le 17 août, demandé aux préfets de 44 départements de suspendre la chasse.
L'exemple du Var : période de protection pour la saison prochaine
Le département du Var montre concrètement à quoi ressemblent de telles mesures de protection. Après les incendies du Gros Bessillon et des Arcs-Taradeau, qui ont touché à eux seuls environ 6’300 hectares rien qu'au Gros Bessillon, le préfet a ordonné, dès le 13 septembre, une fermeture d'un an des surfaces forestières incendiées dans neuf communes. La chasse en mouvement au sanglier reste toutefois autorisée, justifiée par les dommages causés à l'agriculture.
Il est remarquable de voir qui souhaitait cette fermeture : c'est l'association de chasse de loisir du département elle-même qui l'avait demandée. L'objectif affiché est la recolonisation des zones incendiées par le petit gibier. Les chasseurs de loisir des régions concernées sont, entre-temps, répartis vers d'autres forêts. Ce qui est protégé ici, ce n'est pas l'animal non humain individuel pour lui-même, mais la future population, qui devra ensuite être à nouveau soumise au tir. Que les choses puissent se faire autrement, c'est ce que montre un regard par-delà la frontière : dans «Feu, chaleur, fusils : pourquoi la France refuse ce que le Portugal a déjà réglé», nous avons décrit les règles contraignantes en vigueur au Portugal.
La véritable question
La pétition demandant la démission de Sandrine Rousseau mobilise, mais elle ne répond à aucune des questions soulevées par l'été 2026. Pourquoi la chasse de loisir aux animaux non humains se poursuit-elle alors qu'ils viennent juste de survivre à des incendies, à une chaleur extrême et à la perte de leur habitat ? Pourquoi un animal sauvage fuyant une forêt brûlée peut-il de nouveau être poursuivi dans le prochain massif forestier intact ? Et pourquoi une politicienne qui pose ces questions devient-elle la cible d'une campagne nationale ?
La contre-mobilisation révèle avant tout une chose : dès que la chasse de loisir n'est plus traitée comme une tradition intouchable mais comme une pratique modifiable, son environnement organisé réagit avec une indignation maximale. Les plus de 500’000 signatures pour « Pas de fusils sur les cendres » rendent toutefois visible où se situe la majorité. Elle ne réclame rien de radical pour les animaux sauvages après le feu et la sécheresse, seulement un répit.
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