Graubünden veut abattre des meutes fantômes
Le canton des Grisons a demandé à la Confédération l'abattage de 17 meutes de loups. Selon les données officielles, seules onze meutes existent actuellement dans le canton, ainsi que deux autres aux frontières cantonales.
Demandes fantômes et destruction systématique du loup
Pour l'IG Wild beim Wild, cela ressemble à une tentative de contenir le loup de manière générale, indépendamment de problèmes concrets.
Il est profondément triste de constater comment les loups sont traités dans un pays qui se fonde sur les lois et la démocratie. Des jeunes loups sont chassés, des meutes sont dissoutes et des groupes sociaux sont détruits. Il ne s'agit pas d'une question de gestion, mais bien d'une démonstration de pouvoir assumée à l'égard d'un animal sauvage, qui sert de surface de projection pour le manque de connaissance de la nature chez les responsables. La souffrance des animaux sauvages est délibérément acceptée ; elle semble même faire partie intégrante du message : le loup ne doit pas seulement être décimé, mais aussi brisé dans son essence et totalement exterminé. Ainsi, sans l'accord de la Convention de Berne, deux tiers des jeunes animaux doivent être abattus.
Une joie de détruire effroyablement primitive et sadique dans la chasse de loisir.
Pour plusieurs demandes, les preuves manquent que les meutes concernées ont effectivement des jeunes. Dans cinq cas, il n'est même pas établi que les meutes existent réellement. Une autre demande concerne une meute qui, jusqu'à présent, n'est pas inscrite sur la carte officielle de synthèse de l'office cantonal de la chasse.
Le loup reste protégé, les Grisons l'ignorent
Le loup est toujours une espèce animale protégée. Cela signifie que les loups ne peuvent pas être tués, capturés, détenus ou dérangés sans raison valable, notamment pendant la période d'élevage des jeunes, et que leurs tanières ne peuvent pas être endommagées ou détruites.
Le canton des Grisons ne réagit donc pas de manière situationnelle ou sélective à des problèmes ou des dommages qui pourraient être considérés comme des exceptions justifiées au sens de la Convention de Berne, mais souhaite réduire la population de manière générale et à grande échelle à l'aide de chasseurs de loisir décimer, coûte que coûte. Ce qui est vendu comme une régulation est en réalité un projet d'élimination motivé par l'idéologie, visant à évincer les loups, pourtant essentiels à l'écosystème. Cela, au profit d'une économie pastorale depuis longtemps démesurée et disproportionnée, avec ses conséquences néfastes pour la flore et la faune en zone alpine.
Il est internationalement réprouvé et éthiquement indéfendable de tuer des louveteaux. La Suisse est également régulièrement critiquée par la Convention de Berne pour sa politique à l'égard du loup. De plus, le nouveau terme «régulation de base» n'est ni défini ni mentionné dans la loi sur la chasse ni dans l'ordonnance sur la chasse. La Suisse est État partie à la Convention de Berne (Convention de 1979, RS 0.455). Le loup (Canis lupus) figure à l'annexe II en tant qu'espèce protégée. L'art. 6 de la Convention oblige les États parties à interdire strictement les mises à mort intentionnelles, sauf dans les cas exceptionnels étroitement définis à l'art. 9.
Le canton parle d'«économie administrative»
Pourquoi le canton des Grisons demande-t-il donc l'abattage de meutes de loups qui n'existent pour l'instant que dans les suppositions ? «Pour limiter la charge administrative», explique le chasseur de loisir Adrian Arquint, co-responsable de l'Office de la chasse et des sottises des Grisons, à la Südostschweiz. Des indices de la présence de louveteaux existent déjà, mais une preuve confirmée fait encore défaut. Dès qu'elle sera disponible, la Confédération pourra réagir rapidement.
L'IG Wild beim Wild accueille cette pratique avec de vives critiques. Pour elle, il ne s'agit pas d'une gestion pragmatique, mais d'une politique symbolique. Demander des abattages par anticipation est irresponsable. Le loup est une espèce animale protégée. Des demandes portant sur des meutes qui n'existent pas constituent une attaque frontale.
La protection des troupeaux est efficace, les abattages ne le sont pas
Grâce à l'amélioration de la protection des troupeaux, le nombre de mises à mort a massivement diminué jusqu'à fin septembre 2024. De 35 % dans le canton des Grisons et de 15 % dans le canton du Valais. En 2023, le nombre de mises à mort avait déjà baissé de 40 % à l'échelle nationale par rapport à 2022. En 2024 également, la plupart des mises à mort ont eu lieu dans des troupeaux non protégés ou insuffisamment protégés. La baisse des prédations avait déjà commencé en 2023, avant même que des loups ne soient abattus à titre préventif pour la première fois. En définitive, la diminution des attaques est avant tout le résultat d'un renforcement de la protection des troupeaux à partir de 2022, année où une augmentation significative des moyens financiers consacrés aux mesures de protection a été décidée pour la première fois.
L'IG Wild beim Wild reproche en outre aux autorités de Graubünden d'attiser les peurs au sein de la population : au lieu de mettre en œuvre une protection cohérente des troupeaux, Graubünden mise sur des plans d'abattage à fort impact médiatique. Cela aggrave la polarisation.
Volonté populaire ignorée, démocratie sapée
L'IG Wild beim Wild voit dans ces demandes non seulement une tactique administrative, mais un signal politique, une campagne délibérée contre le loup. Par ses demandes d'abattage étendues, le canton de Graubünden envoie au monde le message suivant : les lois, l'éthique de la chasse, les exigences de la Convention de Berne, la stratégie pour la biodiversité et même la volonté populaire n'ont aucune importance. Le 27 septembre 2020, la population a clairement rejeté les abattages indiscriminés de loups. Quiconque invente aujourd'hui des meutes pour les autoriser préventivement à l'abattage piétine ce vote et sape les fondements de la démocratie directe. Une fois encore, une espèce animale est combattue de manière irrationnelle, non scientifique et avec une politique de persécution obsessionnelle, loin de toute compétence et responsabilité.
Dossier : Le loup en Suisse : faits, politique et limites de la chasse
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