Protection du loup : ce que signifie le déclassement dans la Convention de Berne
Statut de protection abaissé, feu vert, la chasse au loup est ouverte — n'est-ce pas ? C'est précisément ce que les opposants au loup suggèrent volontiers. Mais la vérité est la suivante : le loup bénéficie toujours d'une protection stricte, même si son transfert de l'Annexe II à l'Annexe III de la Convention de Berne constitue la première étape pour y mettre fin.
L'Annexe II de la Convention de Berne de 1979 répertorie les espèces animales strictement protégées.
Un principe d'interdiction de mise à mort s'applique à ces espèces, avec des exceptions limitées. Or, le loup ne figure plus à l'Annexe II, mais à l'Annexe III. Le principe d'interdiction de mise à mort prévu par la Convention de Berne est ainsi levé.
Toutefois, les États membres de l'UE se sont engagés en faveur de la protection des espèces dans le cadre d'une autre directive : la directive Habitats-Faune-Flore (directive HFF ou directive 92/43/CEE) constitue, en matière de protection stricte des espèces, la transposition de la Convention de Berne au niveau de l'UE. Le loup y est toujours inscrit à l'Annexe IV et bénéficie donc d'une protection stricte.
Le statut de protection n'a pas encore changé dans la pratique
Dans la pratique, le niveau de protection du loup n'a donc pas encore évolué ; il reste soumis au principe d'interdiction de mise à mort prévu par la directive HFF, applicable à l'échelle de l'UE, avec des possibilités de dérogation très limitées conformément à l'article 12.
Cependant, la réduction du statut de protection par la Convention de Berne, entrée en vigueur, ouvre la possibilité de l'abaisser également dans la directive Habitats. Le loup passerait alors de l'annexe IV à l'annexe V, perdant ainsi sa protection stricte. Il appartiendrait dès lors aux espèces animales d'intérêt communautaire «dont le prélèvement dans la nature et l'exploitation peuvent faire l'objet de mesures de gestion». L'interdiction de principe de mise à mort prévue par la directive Habitats n'existerait donc plus. Toutefois, le déclassement du loup dans la directive Habitats requiert l'unanimité des 27 États membres de l'UE. En Suisse également, la chasse absurde et de loisir aux loups est très controversée.
L'étape suivante est la mise en œuvre au niveau de chaque État membre, et ce n'est qu'alors que le statut de protection abaissé serait effectif.
Aucune chasse incontrôlée possible
Une chasse incontrôlée, voire la création de zones sans loup, comme le prônent volontiers les opposants au loup, n'est pas possible même après l'abaissement du statut de protection par les États membres. Dans l'annexe III de la Convention de Berne, le loup n'est certes plus une espèce strictement protégée, mais il reste une espèce protégée. Cela signifie qu'il faut garantir que la population de loups ne soit pas mise en danger dans sa survie.
L'abaissement du statut dans la Convention de Berne ne signifie donc nullement «feu à volonté», mais constitue la première étape vers une chasse aux loups. C'est un signal funeste pour la protection des espèces en Europe, car la décision ne reposait pas sur des bases scientifiques, mais était purement motivée par des considérations politiques. L'état de conservation favorable de la population de loups n'est atteint, même approximativement, ni à l'échelle de l'UE ni dans les différents pays, et de vastes régions de l'UE sont toujours dépourvues de loups. Comme le démontrent des études, la chasse de loisir échoue comme outil de contrôle des populations.
Une brèche dans la protection des espèces
La décision de déclasser le statut de protection des loups en raison d'un manque de données scientifiques constitue un recul considérable pour la conservation de la nature et les processus démocratiques en Europe. Elle contrevient aux procédures établies, est dépourvue de tout fondement scientifique et représente une menace directe pour la biodiversité. Elle contredit également les principes fondamentaux de la Convention de Berne elle-même, qui, comme le stipule son préambule, reconnaît la valeur intrinsèque et le droit à la vie de la flore et de la faune sauvages, qu'il convient de préserver et de transmettre aux générations futures. En savoir plus sur la biodiversité.
Cette décision pourrait constituer une brèche susceptible d'affecter d'autres espèces animales, notamment le castor ou la loutre de rivière.
La chasse de loisir aux loups s'avérera contre-productive pour la protection des troupeaux ; les espoirs déçus ne feront qu'alimenter les arguments des pourfendeurs du loup. La meilleure protection des animaux de pâturage contre les loups réside dans une bonne protection technique des troupeaux et/ou le recours à des chiens de protection, ainsi que dans des meutes stables sur des territoires stables, où les loups territoriaux ont appris que les clôtures font mal.
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