Sumvitg : 1,5 million de francs pour une clôture autour de 25 hectares de forêt protectrice
Une clôture à gibier de plus de 2,5 kilomètres doit sauver la forêt protectrice de Puzzastg, près de Sumvitg, de l'abroutissement, financée en grande partie par le canton. Dans le même temps, les Grisons déciment les meutes de loups de la région.
Au-dessus de Surrein, dans la commune de Sumvitg, se dresse depuis cet été un ouvrage qui n'existait pas encore en Suisse : une clôture à gibier de plus de deux kilomètres et demi de long et de 2,5 mètres de haut, entourant 25 hectares de forêt protectrice. Sa construction a coûté, selon la SRF, environ 1,5 million de francs, dont la plus grande partie est à la charge du canton des Grisons. La clôture est fermée depuis fin juillet. Elle doit tenir les cerfs, les chamois et les chevreuils à l'écart de l'Uaul Puzzastg, qui protège Surrein des avalanches, des chutes de pierres et des laves torrentielles.
Cela ne suffit pas. Dans les années à venir, plus de 20'000 jeunes arbres doivent être plantés à l'intérieur de la clôture, en partie par des bénévoles du Bergwaldprojekt. L'efficacité de la mesure ne se vérifiera que sur plusieurs décennies ; l'ETH Zurich accompagne le projet sur le plan scientifique. La clôture a coûté près de 600 francs par mètre linéaire, soit environ 60'000 francs par hectare protégé.
La planificatrice ne veut pas créer de précédent
Ce que les spécialistes disent eux-mêmes de leur ouvrage est remarquable. Le forestier Beat Cadruvi déclare à la SRF que cette forêt ne se rétablira plus d'elle-même. La clôture a été planifiée par l'ingénieure forestière Nora Zürcher-Gasser. Pour elle, c'était la seule possibilité réaliste de préserver la fonction protectrice. En même temps, elle souligne que la clôture ne doit pas devenir un « objet de démonstration » pour d'autres régions, car elle porte fortement atteinte au paysage : « J'espère qu'ailleurs, on n'aura pas à recourir à de telles solutions. »
Zürcher-Gasser connaît ce dossier comme presque personne : elle est coautrice de l'étude des coûts de l'Office des forêts et des dangers naturels de 2017 sur cette même forêt. La clôture est donc une mesure d'urgence locale pour un seul versant, et non une solution transposable à la forêt protectrice grisonne.
Trois décennies de chasse de loisir, et la forêt ne se régénère pas
Le problème est ancien. Dès les journées du groupe de gestion des forêts de montagne de 1988 et 1997, une urgence élevée de régénération et un abroutissement trop fort avaient été constatés à l'Uaul Puzzastg. Au début des années 1990, on a donc mis en place une chasse ciblée sur les chamois et les cerfs. Depuis, des ouvrages paravalanches ont été construits pour plusieurs millions de francs, et une partie de ces ouvrages temporaires a déjà dû être remplacée, faute de régénération.
Le gouvernement grison a lui-même établi, dans sa réponse à la demande Kreiliger de février 2025, d'où vient le problème : les dégâts surviennent surtout en hiver, lorsque des chamois migrent depuis leurs quartiers d'été. Le nombre de chamois ne joue à cet égard qu'un rôle secondaire, un seul chamois pouvant déjà compromettre les objectifs sylvicoles.
C'est une déclaration remarquable. Elle remet en question une politique qui mesure son succès avant tout à l'aune des effectifs et des quotas de tir. Si quelques animaux non humains suffisent à empêcher la régénération, la chasse de loisir atteint ses limites en tant qu'instrument, et le canton l'a reconnu en posant cette clôture. Outre les effectifs, les loups peuvent aussi influencer le comportement et l'utilisation de l'espace par le gibier ongulé. L'ampleur de l'allègement qui en résulte pour la régénération forestière dépend du site. Ce qui est apparu au Calanda et ce que signifient les prédateurs pour la forêt suisse, Wild beim Wild l'a documenté en détail. L'analyse « Que nous coûte la chasse de loisir ? ».
Des loups sont abattus dans la même région
Pendant qu'on clôture et plante à Sumvitg, les Grisons ont annoncé dans leur bilan de la régulation du loup 2025/26 un total de 35 loups tués : 18 dans le cadre de la régulation des jeunes, 14 lors de prélèvements de meutes et trois loups isolés dont le tir avait été ordonné en raison de comportements problématiques. Les meutes régulées comprenaient aussi Stagias et Frisal, dans la Surselva. Début janvier 2026, un chasseur de loisir a en outre abattu par erreur un jeune loup lors d'une chasse à l'affût dans la Surselva. Le canton a alors interrompu prématurément la régulation de la meute de Frisal, potentiellement concernée. Les tirs de la saison en cours sont suivis par Wild beim Wild dans le Compteur des tirs de loups en Suisse 2026/27.
Paradoxalement, le Bergwaldprojekt, qui plante désormais à l'intérieur de la clôture, voit les choses autrement que le canton. Dans sa prise de position sur l'ordonnance sur la chasse de 2024, il affirme que le loup est un auxiliaire utile dans la forêt protectrice et exige qu'une régulation proactive du loup n'y soit possible que si la régénération forestière est assurée.
Les estimations officielles des coûts sont trop basses
Puzzastg montre lui-même combien l'abroutissement coûte réellement dans la forêt protectrice. L'étude de 2017 a modélisé, pour la zone forestière de 33 hectares alors examinée, les surcoûts liés à l'abroutissement sur 50 ans, actualisés à 2 %: 3,2 millions de francs sans clôture, 1,85 million de francs avec une clôture de protection contre le gibier de 2,7 kilomètres. Ce calcul modélisé ne doit pas être assimilé à des coûts de construction. Or, la seule construction de la clôture a coûté 1,5 million de francs aujourd'hui, auxquels s'ajoutent la plantation de plus de 20’000 jeunes arbres et un entretien sur plusieurs décennies.
Des calculs modélisés similaires du canton pour d'autres forêts protectrices aboutissent, pour le Gruobenwald-Tschägibach dans le Prättigau, à 1,5 million de francs et, pour la Schwarzwald de Coire, selon le scénario, à 1,6 à 3,3 millions de francs sur 50 ans. Comparés à Puzzastg, ces chiffres sous-estiment plutôt la réalité.
122’000 hectares ne peuvent pas être clôturés
Environ 60 % de la forêt grisonne, soit bien plus de 122’000 hectares, est une forêt protectrice. La clôture de Sumvitg en protège 25 hectares, soit environ 0,02 %. Le gouvernement a déjà déclaré que d'autres clôtures de grande envergure autour de forêts protectrices entières ne sont pas prévues pour le moment. Les coûts de l'abroutissement continuent pourtant de courir. Qui les supporte au final, Wild beim Wild l'a montré dans le calcul sur la chasse de loisir et les contribuables.
Commentaire: une clôture comme aveu d'échec
La clôture de Sumvitg est un monument à l'échec de la politique grisonne en matière de forêt et de faune. Pendant plus de 30 ans, les autorités ont misé sur la chasse de loisir pour sauver cette forêt protectrice. Le résultat: des millions pour des ouvrages de protection qu'il a fallu remplacer, et maintenant 1,5 million de francs d'argent public pour un grillage que sa propre planificatrice ne veut voir nulle part ailleurs.
Il faut se représenter la chaîne dans son ensemble. Les contribuables paient le service de la faune qui abat des loups sur mandat du canton. Ils paient, depuis 2012, plus de 17 millions de francs pour des clôtures, des filets et des tubes en plastique contre l'abroutissement. Ils paient des ouvrages paravalanches qu'il faut remplacer parce que la forêt ne repousse pas. Et maintenant, ils paient 1,5 million de francs pour une clôture derrière laquelle des bénévoles plantent des arbres gratuitement. La chasse de loisir, en revanche, qui n'a pas résolu le problème en plus de 30 ans, continue comme avant, comme si de rien n'était. Ce n'est pas une politique forêt-faune, c'est un cercle vicieux dans lequel la collectivité paie à chaque tour, et le plus absurde, c'est que personne ne l'arrête.
Dans le même temps, le même canton fait abattre dans la région des loups que le Bergwaldprojekt qualifie d'auxiliaires de la forêt protectrice. Personne ne prétend que les loups auraient évité la clôture de Puzzastg : le problème est plus ancien que leur retour. Mais une politique qui remplit des quotas de tir puis clôture les conséquences évalue la mauvaise chose. Quiconque prend la forêt protectrice au sérieux mesure le succès à la forêt qui repousse, et non au nombre de loups et de chamois morts. Tant que les Grisons combattent les prédateurs tout en investissant des millions dans des clôtures, le canton renonce volontairement à un allié de la forêt, et ce sont les contribuables qui paient la facture.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Ce que dit la recherche à ce sujet est présenté dans La chasse sous l’angle des faits : l’état de la recherche.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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