Politiciens-problèmes plutôt que loups-problèmes : la Suisse chasse le mauvais animal
Le Parlement bernois a encore resserré la vis en matière de régulation du loup : à l'avenir, les soi-disant loups-problèmes pourront être abattus toute l'année, y compris dans les zones de protection de la chasse. Tandis que les lobbys se réjouissent, une évidence s'impose : le véritable problème ne se trouve pas dans la forêt, mais bien au Parlement.
Le 3.12.2025, le Parlement a de nouveau pratiqué la grande chasse.
Non pas dans la forêt, mais au Palais fédéral. La cible officielle était le loup, la cible officieuse : les derniers vestiges du bon sens. Le Conseil national a décidé que les soi-disant loups-problèmes pourront désormais être abattus toute l'année et que les tirs seront possibles même dans les zones de protection de la chasse.
L'animal dont on entend le plus fort les aboiements n'est cependant pas le loup. C'est le politicien-problème.
Le Parlement en proie à la fièvre de la chasse
À des majorités nettes, le Conseil national a adopté deux motions : l'une exige que les loups disposant d'une autorisation d'abattage puissent être tués même dans les zones de protection de la chasse. L'autre veut que les soi-disant loups-problèmes puissent être abattus tout au long de l'année, même s'ils font partie d'une meute.
Le Parlement durcit ainsi une nouvelle fois sa politique relative au loup. Déjà lors de la révision de la loi sur la chasse, les conditions d'abattage avaient été abaissées et une régulation préventive rendue possible, alors même que le loup demeure une espèce protégée.
Il est piquant de noter que même le ministre de l'environnement Albert Rösti s'était opposé à ce nouveau durcissement, souhaitant d'abord observer les effets de la nouvelle ordonnance. Lui, pourtant peu connu pour sa sympathie envers le loup, faisait figure, l'espace d'un instant, du seul chien de protection du troupeau de la raison dans la salle. Il a néanmoins été mis en minorité.
Qui est donc ici le véritable animal-problème ?
Officiellement, on parle de loups à problèmes. Cela évoque des bêtes extrêmement dangereuses qui rôdent dans les villages la nuit et sabotent le tourisme le jour. Dans la réalité, nous parlons de prédateurs qui s'attaquent aux chevreuils, aux cerfs et parfois à des animaux d'élevage non protégés, parce qu'ils sont précisément équipés pour cela par l'évolution.
Quand un loup se comporte comme un loup, c'est un loup à problèmes. Quand un politicien se comporte comme un représentant des lobbys, on appelle ça la démocratie. Pratique.
Le choix des mots n'est pas un hasard. Celui qui déclare un animal problématique se déclare en même temps lui-même comme solution. Au bout du compte, des politiciens se présentent devant les caméras et affirment avoir rétabli l'ordre par des abattages. En réalité, ils n'ont tiré que deux fois : une fois sur le loup et une fois sur le bon sens.
La mise en scène de l'idylle alpine menacée
Le récit est connu : l'économie alpestre serait au bord de l'effondrement à cause du loup, l'écosystème serait en train de se dérégler, l'exploitation traditionnelle serait en danger. Telle est du moins la dramaturgie dans les chambres.
Ce que cette mise en scène passe volontiers sous silence :
- Les mesures de protection des troupeaux sont efficaces là où elles sont appliquées de manière cohérente. Les études et le monitoring montrent que les attaques sur les troupeaux bien protégés sont nettement moins nombreuses que sur les troupeaux non protégés.
- La plupart des moutons dans les Alpes ne meurent pas à cause des loups, mais à cause de maladies, de chutes et de négligence. Au bilan, le loup a même permis de sauver davantage de moutons depuis son retour, grâce à l'amélioration de la surveillance des troupeaux.
Pourtant, le loup est désigné comme principal coupable. Non pas parce que cela est objectivement exact, mais parce que c'est politiquement utile. Un prédateur aux yeux jaunes se prête mieux au rôle de bouc émissaire qu'un changement climatique invisible ou des décennies de mauvaises incitations en matière de politique agricole.
Zones de chasse protégées : des réserves avec ordre de tir
La nouvelle orientation devient particulièrement absurde en ce qui concerne les zones de chasse protégées. Elles sont en principe destinées à offrir tranquillité aux animaux sauvages. À l'avenir, on pourra pourtant y chasser, si le bon nom figure sur le formulaire : loup.
Le message adressé à la nature est sans équivoque : la protection ne vaut que tant qu'aucun lobby ne s'y oppose sérieusement. Aujourd'hui, ce sont des loups dans des réserves de chasse, demain peut-être d'autres espèces gênantes qui menacent l'image idyllique des Alpes, où les vaches posent de façon décorative devant des panoramas montagneux et ne meurent de préférence jamais. Du moins pas de manière visible. Les mêmes politiciens qui débattaient hier de façon aussi peu objective envoient chaque année en Suisse plus de 80 millions d'animaux à l'abattoir.
Les politiciens problématiques : une espèce invasive
Tandis que le loup reconquiert lentement et péniblement sa place dans un écosystème alpin fortement perturbé, les politiciens problématiques ont depuis longtemps formé des populations stables à Berne. Leurs caractéristiques :
- Grande capacité d'adaptation à toute caméra
- Fort attachement aux lobbys de la chasse et de l'agriculture
- Faible retenue face aux faits
- Disposition manifeste à affaiblir les dispositions de protection des animaux sauvages
Les effectifs de cette espèce ne sont pas considérés comme menacés. Bien au contraire : leur taux de reproduction augmente proportionnellement au nombre de débats à forte charge émotionnelle, où des termes tels que protection du patrimoine, tradition et sécurité s'entrechoquent en succession rapide.
Lorsqu'un mouton est tué quelque part, le politicien problématique flaire le capital politique. Il apparaît plus vite que n'importe quel loup, armé d'un communiqué de presse et d'une motion déjà préparée.
Régulation des effectifs au Palais fédéral
Dans le monde des loups problématiques, la réponse à des questions complexes est étonnamment simple : on tire. Plus de régulation, plus d'abattages, plus de signaux envoyés à la base en colère dans les zones rurales. Le fait que les engagements internationaux, la protection des espèces et la loi sur la protection des animaux soient de plus en plus relégués au second plan est comptabilisé comme dommage collatéral.
Si l'on applique cette logique au Palais fédéral, on aboutirait à des conséquences intéressantes :
- Là où la densité de population de politiciens problématiques est particulièrement élevée, des dommages d'érosion démocratique menacent.
- Le niveau sonore des débats et la densité des influences lobbyistes pourraient servir de critères pour une régulation proactive.
- Des évaluations périodiques posant la question : ces individus rayonnent-ils davantage de peur ou de solutions ?
Rassurez-vous, c'est de la satire. Contrairement au loup, personne ne souhaite sérieusement autoriser l'abattage des politiciens problématiques. Encore moins toute l'année et dans une zone protégée. Mais très certainement lors des prochaines élections.
Ce que le loup reflète véritablement
Le loup ne fait au fond qu'une seule chose : il tend un miroir à la Suisse.
- Il montre à quel point ce pays peine à accepter la nature sauvage comme autre chose qu'une décoration pour les brochures touristiques.
- Il dénonce une politique qui préfère tirer plutôt qu'investir de manière cohérente dans une protection efficace des troupeaux et des corridors écologiques.
- Il révèle jusqu'où certaines forces bourgeoises sont prêtes à aller pour défendre leur image de la chasse et de l'agriculture.
Au bout du compte, il reste une amère ironie : un animal protégé est déclaré, pas à pas, cible mobile, tandis que l'espèce véritablement dangereuse reste totalement non réglementée.
Cette espèce confirme à chaque session pourquoi elle constitue le véritable problème : elle peut parler, elle peut décider, elle peut déléguer ses responsabilités. Et elle peut détruire un écosystème sans jamais arracher une seule bouchée à un mouton.
Ce n'est pas le loup qui est hors de contrôle
Par leurs récentes décisions, les chambres fédérales ont une fois de plus démontré que la politique relative au loup n'est pas conduite de manière rationnelle, mais symbolique. Le loup se trouve au bout d'une longue chaîne de manquements politiques et de réflexes idéologiques.
Quiconque parle de loups à problèmes devrait d'abord évoquer les politiciens à problèmes. Car le loup n'y peut rien d'être un loup. Chez l'être humain, l'excuse est nettement moins recevable.
Le déséquilibre de la peur : des morts dans la forêt, mais pas à cause des loups
Si l'on ne se fie pas seulement à son instinct mais aussi aux statistiques, le tableau change assez rapidement. Chaque année, on recense en Suisse environ 40’600 accidents de loisirs impliquant des animaux, une tendance à la hausse. Les chiens et les chevaux sont les deuxièmes espèces les plus impliquées, seuls les insectes et les tiques provoquent davantage d'incidents.
En ce qui concerne les chiens, il ne s'agit plus depuis longtemps de cas isolés. Dès 2007, plus de 4’200 incidents de morsures avaient été signalés à l'échelle nationale, dont 2’678 impliquant des personnes blessées. Une analyse ultérieure de la SRF fait état, pour une année plus récente, de plus de 7’000 incidents impliquant des chiens, soit une hausse de près de 20 pour cent depuis 2016. Autrement dit, des milliers de personnes sont blessées chaque année par le meilleur ami de l'homme, des blessures au visage chez les enfants aux morsures graves.
La chasse de loisir elle-même est loin d'être anodine. Les chiffres officiels font état d'environ 300 accidents de chasse par an, avec en moyenne 3 à 4 décès annuels, auxquels s'ajoutent plusieurs cas d'invalidité.
Et le loup dans ce classement sanglant des sources de danger pour l'être humain ? Des services spécialisés comme KORA ou différentes analyses médiatiques constatent sobrement que les attaques de loups sur des humains sont rares en Europe et qu'aucun cas confirmé n'est connu à ce jour en Suisse. Les loups évitent les humains, pour autant qu'on ne les nourrisse pas et qu'on ne détruise pas leur méfiance naturelle.
Pourtant, la classe politique traite le loup comme s'il plongeait chaque dimanche dans la piscine familiale à la recherche d'enfants. Le déséquilibre est flagrant : là où des morts et des milliers de blessés sont réellement à déplorer chaque année, le silence reste étonnamment de mise. Là où les statistiques sont presque vides, on orchestre un grand débat sécuritaire. C'est comme si, face à une alerte à la tempête, on diabolisait le sèche-cheveux en oubliant que quelqu'un est en train de scier le toit d'à côté.
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