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Suisse : Statistiques sur les accidents de chasse mortels

En Suisse, on dénombre chaque année plus de blessés et de morts parmi les personnes tuées par les chasseurs amateurs que par les terroristes islamistes, les sectes, la mafia, les bandes de loups et les gangs de motards réunis.

L'équipe éditoriale Wild beim Wild — 24 novembre 2025

La chasse de loisir n'est pas une expérience inoffensive au contact de la nature, mais une manipulation consciente d'armes mortelles dans un paysage densément peuplé.

Depuis que le BFU (Conseil suisse pour la prévention des accidents) a commencé à compiler des statistiques en 2000, plus de 75 personnes ont été tuées dans des accidents de chasse jusqu'en 2019. Statistiquement, un accident de chasse se produit toutes les 29 heures et environ tous les trois mois et demi, une personne perd la vie.

En Suisse, environ quatre chasseurs de loisir meurent chaque année en pratiquant leur passion. Le nombre d'accidents augmente significativement à partir de 45 ans environ. Les hommes plus âgés sont particulièrement touchés, notamment ceux qui chassent en forêt avec des fusils et des munitions réelles.

Que recensent réellement les statistiques officielles sur les accidents ?

Les chiffres disponibles proviennent principalement de deux sources : les statistiques de l’Office fédéral de la statistique (BFU) sur les accidents non professionnels et des analyses spécifiques des données des compagnies d’assurance accidents. Ces deux sources ont un point commun : elles ne reflètent qu’une partie de la réalité.

Une analyse des données d'assurance accidents de chasse de 2006 à 2015 révèle qu'environ 300 accidents sont recensés chaque année lors de la chasse de loisir. Durant cette période, on a dénombré environ deux décès et deux nouvelles demandes de pension d'invalidité par an. Seule une faible proportion des accidents mortels et graves est due aux tirs d'armes à feu. Les chutes et les glissades en terrain difficile, provoquées par le stress de la chasse, l'obscurité, la faible visibilité et la pression du temps, sont beaucoup plus fréquentes.

Des analyses récentes des données d'assurance accidents de chasse pour la période 2016-2020 confirment ce constat : on recense en moyenne environ 300 accidents par an liés à la chasse, entraînant environ un décès, deux invalidités et des coûts annuels d'environ 3,6 millions de francs suisses. La plupart des accidents graves sont dus à des chutes sur le territoire de chasse.

Surtout, ces statistiques ne prennent pas en compte une réalité essentielle : elles ne concernent que les personnes salariées bénéficiant d’une assurance accident obligatoire. Les enfants, les étudiants, les personnes au foyer, les travailleurs indépendants et surtout les nombreux chasseurs de loisir retraités en sont totalement absents. Or, ils représentent une part importante des personnes qui manipulent des armes de chasse. Le nombre réel d’accidents et de décès liés à la chasse est donc considérablement plus élevé que les chiffres officiels des assurances accident.

Les cas non déclarés et le risque pour les tiers

Les statistiques du BFU concernent les accidents de chasse classiques. Elles n'incluent pas les crimes impliquant des armes de chasse, les drames familiaux, les menaces avec armes à feu, les suicides, ni de nombreux incidents évités de justesse.

Plus problématique encore : le danger que représentent les chasseurs de loisir pour les tiers non impliqués est difficilement perceptible dans les données des assurances accidents. Pourtant, les médias et les associations de protection animale font état depuis des années de cas où des randonneurs, des voisins ou d’autres chasseurs de loisir ont été blessés.

Un exemple récent est l'accident de chasse mortel survenu à Oulens-sous-Échallens, dans le canton de Vaud. Fin novembre 2024, un chasseur amateur de 64 ans a été tué par un tir accidentel d'un autre chasseur alors qu'un groupe de chasseurs amateurs tentait de débusquer une harde de sangliers dans un fourré. Le parquet enquête sur l'incident comme un homicide involontaire lié à une activité de loisir impliquant des armes à feu.

De tels incidents ne sont pas de simples accidents, mais bien inhérents au système. Partout où l'on tire à l'arme blanche ou au fusil dans les forêts, les champs et près des sentiers, les personnes et les animaux domestiques se retrouvent inévitablement exposés aux tirs. La chasse de loisir déplace ce risque vers tous ceux qui souhaitent simplement profiter de la forêt pour leurs loisirs.

La chasse pratiquée comme passe-temps a un coût social élevé.

Les armes de chasse ne sont pas seulement dangereuses en forêt. Elles sont fréquemment utilisées dans les conflits familiaux, les menaces et les suicides. Chaque arme rangée dans l'armoire d'un chasseur amateur représente un risque potentiel de tragédie. Les associations de protection animale et les criminologues soulignent depuis des années que la possession d'armes à feu par des particuliers accroît considérablement le risque d'escalade mortelle dans les interactions sociales.

À cela s'ajoutent les conséquences financières. Selon les analyses de l'UVG (Loi fédérale suisse sur l'assurance accidents), les accidents de chasse facturés aux assureurs représentent à eux seuls en moyenne plusieurs millions de francs suisses par an. Ces coûts sont finalement supportés par l'ensemble de la population, alors que la chasse de loisir demeure un passe-temps pratiqué par une petite minorité.

Les chasseurs amateurs en tant que groupe à risque

Le canton des Grisons enregistre un nombre particulièrement élevé d'accidents liés à la chasse de loisir, suivi par les accidents de chasse survenus à l'étranger. Viennent ensuite les cantons du Tessin, d'Argovie, du Valais, de Saint-Gall et de Berne. Toutes les personnes décédées dans des accidents de chasse depuis 2000 et dont les cas sont recensés par le Conseil suisse pour la prévention des accidents (CSP) étaient des résidents suisses.

Les statistiques montrent clairement que la chasse de loisir n'est pas une pratique folklorique marginale, mais un véritable risque pour la sécurité, principalement lié à un groupe spécifique. En pratique, ce sont surtout des hommes âgés qui pratiquent la chasse, souvent sur des terrains difficiles et dans des situations où le stress, la pression sociale et l'adrénaline jouent un rôle important. Les erreurs peuvent alors avoir des conséquences fatales.

L'utilisation abusive des armes de chasse a des répercussions sur notre vie sociale. Les suicides par arme à feu, les menaces et les tragédies mortelles se multiplient. Chaque année, des personnes sont tuées ou blessées par des chasseurs de loisir et leurs armes, parfois si gravement qu'elles se retrouvent en fauteuil roulant ou doivent subir une amputation. – IG Wild chez Wild

Des gardes-chasse plutôt que des chasseurs amateurs

Depuis 2000, des dizaines de personnes ont perdu la vie en Suisse lors d'activités de chasse récréative, sans compter les centaines de blessés graves et un nombre indéterminé d'accidents évités de justesse et de délits impliquant des armes de chasse. À ce jour, il n'existe toujours pas de statistiques complètes et centralisées recensant l'ensemble des décès et blessures liés directement ou indirectement à la chasse récréative.

En 2016

Une gestion moderne et éthique de la faune sauvage se passe de chasseurs amateurs utilisant des armes mortelles pendant leur temps libre. Des gardes-chasse professionnels, soumis à une réglementation stricte, permettraient de réduire les risques pour la sécurité tout en améliorant la protection des populations et de la faune.

Tant que la chasse récréative se poursuivra sous sa forme actuelle, la conclusion qui donne à réfléchir demeure : ce ne sont pas les loups ou les autres animaux sauvages qui posent un problème de sécurité, mais un petit groupe à risque composé de chasseurs récréatifs armés.

Selon l'IG Wild beim Wild (Groupe d'intérêt pour la faune sauvage), les chasseurs de loisir devraient se soumettre à des bilans médico-psychologiques annuels, inspirés du système néerlandais, et être soumis à une limite d'âge supérieure contraignante. La tranche d'âge la plus représentée parmi les chasseurs de loisir est celle des 65 ans et plus. Dans ce groupe, les limitations liées à l'âge, telles que la baisse de la vue, le ralentissement des réflexes, les difficultés de concentration et les déficits cognitifs, augmentent significativement, statistiquement parlant. Parallèlement, les analyses d'accidents montrent que le nombre d'accidents de chasse graves, entraînant des blessures et des décès, augmente significativement à partir de la quarantaine.

Les rapports réguliers faisant état d'accidents de chasse, d'erreurs mortelles et de mauvais usage des armes de chasse mettent en lumière un problème structurel. La possession et l'utilisation privées d'armes à feu létales à des fins récréatives échappent largement à un contrôle continu. Pour l'IG Wild beim Wild (Groupe d'intérêt pour la faune sauvage avec la faune sauvage), cette situation n'est plus acceptable. Une pratique fondée sur la mise à mort volontaire, qui engendre simultanément des risques importants pour les humains et les animaux, perd toute légitimité sociale.

De plus, la chasse récréative repose sur le spécisme. Le spécisme désigne la dévalorisation systématique des animaux non humains uniquement en raison de leur espèce. Il est comparable au racisme ou au sexisme et ne peut être justifié ni culturellement ni éthiquement. La tradition ne saurait remplacer le jugement moral.

Dans le domaine de la chasse récréative notamment, un examen critique est essentiel. Rares sont les domaines où les récits embellis, les demi-vérités et la désinformation délibérée sont aussi présents. Là où la violence est banalisée, les récits servent souvent de justification. La transparence, les faits vérifiables et un débat public ouvert sont donc indispensables.

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.

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