23 juillet 2026, 07:38

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Chasse

Le grand tétras a pratiquement disparu à Fribourg, tandis que la chasse de loisir réclame davantage de technologie

Alors qu'une espèce emblématique des Préalpes disparaît du canton de Fribourg, le lobby de la chasse de loisir exige davantage de dispositifs de vision nocturne et une ouverture plus précoce de la chasse au chevreuil mâle.

Rédaction Wild beim Wild — 23 juillet 2026

Deux nouvelles en provenance du canton de Fribourg ne concordent pas, et c'est précisément ce qui les rend remarquables.

La première : le grand tétras, jadis habitant caractéristique des Préalpes fribourgeoises, est aujourd'hui considéré comme pratiquement disparu du canton. La seconde : c'est justement maintenant que le lobby de la chasse de loisir fribourgeois réclame davantage de moyens techniques et une ouverture plus précoce de la chasse au chevreuil mâle, alors que le Conseil d'État a déjà partiellement autorisé l'usage de dispositifs de vision nocturne. Qui lit ces deux fils ensemble voit se dessiner un schéma qui va bien au-delà du grand tétras.

Une espèce emblématique disparaît

Le 1er juillet 2026, «La Liberté» titrait sans détour : «Le grand coq fribourgeois n’est plus». Selon l'article, cela fait des années que les spécialistes n'observent plus de population viable de grand tétras dans le canton, comme l'a rapporté 20 Minuten en se référant à «La Liberté» et à Michael Lanz de la Station ornithologique suisse de Sempach. Il existe certes encore quelques observations isolées, mais aucune population capable de se maintenir par elle-même.

Pétition

Pas de tirs de lynx en Valais

Le lynx est génétiquement à la limite, et pourtant le Valais s'apprête à devenir le premier canton de Suisse à en autoriser le tir.

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L'association Wildtierschutz Schweiz (WTSS) de Landquart a saisi cette occasion pour analyser cette évolution dans une contribution qui lui est propre : «Le grand tétras disparaît, Fribourg perd une espèce emblématique des forêts de montagne suisses». L'association y annonce qu'elle demandera par écrit au canton de Fribourg des renseignements sur les mesures de protection mises en œuvre jusqu'à présent et sur les raisons pour lesquelles la perte de la population n'a pas pu être évitée.

Ce que montrent réellement les chiffres

Les chiffres cités dans l'article de la WTSS résistent à la vérification. Selon les relevés de la Confédération et de la Station ornithologique suisse de Sempach, on comptait encore, au début des années 1970, environ 1’100 coqs paradants dans toute la Suisse. Un relevé national réalisé en 2001 n'en dénombrait plus que 450 à 500, et des estimations plus récentes de la Station ornithologique évoquent 380 à 480 coqs. C'est un recul de plus de la moitié en l'espace de quelques décennies.

L'élément décisif est de savoir quand ce recul a eu lieu. La poule du grand tétras est protégée en Suisse depuis 1962, le coq depuis 1971. L'ensemble de l'effondrement documenté de la population, passant d'environ 1’100 à 380 à 480 coqs paradants aujourd'hui, se situe donc entièrement dans la période durant laquelle plus aucun oiseau ne pouvait être abattu légalement. Une simple interdiction de tir n'a donc pas suffi à enrayer le déclin.

Cela ne disculpe pas rétroactivement la chasse de loisir. Des relevés historiques comme le concept relatif au grand tétras du canton des Grisons documentent, pour les années 1940, des chiffres de tir dépassant parfois la centaine d'oiseaux par an dans ce seul canton. La chasse a représenté, dans la première moitié du XXe siècle, une pression de prélèvement bien réelle, et les 1’100 coqs de 1971 sont déjà le résultat de ces décennies, et non une valeur de départ intacte. La question de savoir si les chiffres grisons peuvent être transposés à Fribourg reste ouverte, faute de statistiques cantonales comparables.

Parallèlement, la perte d'habitat n'a pas commencé après 1971, mais s'est déroulée en même temps. La densification des forêts de montagne est une conséquence de l'abandon du pâturage forestier, de la récolte de litière et du prélèvement de bois de chauffage, un processus qui a débuté à la fin du XIXe siècle et s'est accéléré avec le recul de l'économie alpestre après la Seconde Guerre mondiale. La chasse de loisir a donc agi comme une pression supplémentaire sur un habitat qui se réduisait déjà. Sa suppression a retiré un facteur, tandis que les causes structurelles continuaient d'agir inchangées et qu'à partir des années 1970 et 1980, la pression des loisirs s'est ajoutée comme troisième facteur.

La perte est particulièrement marquée à la limite occidentale de l'aire de répartition. Le grand tétras a déjà disparu des Alpes vaudoises, du Bas-Valais et du Tessin. Historiquement, selon les documents de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), le canton de Fribourg constituait, aux côtés des Alpes et Préalpes bernoises ainsi que des cantons de Neuchâtel et de Saint-Gall, l'une des aires de répartition sur le versant nord des Alpes. Aujourd'hui, Fribourg fait de fait partie des cantons dépourvus de population viable, tandis que le centre de gravité de la population se déplace de plus en plus vers l'est, en particulier vers les Grisons.

Le Plan d'action grand tétras Suisse, publié en 2008 par l'OFEV, la Station ornithologique de Sempach et BirdLife Suisse, est lui aussi correctement référencé. Il désigne comme principales causes du déclin la densification des forêts, la perte de forêts de montagne claires et riches en structures, la fragmentation des habitats ainsi que la pression croissante des loisirs exercée par les randonneurs, les vététistes, les adeptes de la raquette et du ski de randonnée. La mise en œuvre des mesures prévues dans le plan d'action relève des cantons, ce qui rend d'autant plus légitime la question soulevée par le WTSS concernant sa mise en œuvre fribourgeoise.

Un débat qui a commencé depuis longtemps

Ce que la contribution du WTSS ne mentionne pas : l'article déclencheur paru dans « La Liberté » a déjà suscité un débat controversé au sein du lectorat, qui montre à quel point les causes de la disparition sont interprétées de manière divergente.

Une lectrice de Senèdes a vivement critiqué l'article original pour n'avoir « pas dit un mot » sur les prédateurs terrestres, en évoquant le renard et le lynx, qui se « multiplieraient à une vitesse fulgurante ». Elle a en outre mentionné le télémixte de La Berra, une remontée mécanique exploitée toute l'année qui, en été, en raison d'une zone de tranquillité située à proximité de la station supérieure, ne peut ouvrir aux randonneurs et vététistes qu'à partir du 1er juillet. Elle a jugé cette période de protection estivale inutile, au vu de la disparition prétendument déjà survenue de l'espèce. Cette attribution ne résiste pas à la chronologie.

Le lynx n'a été réintroduit en Suisse qu'à partir de 1971, soit pratiquement en même temps que la mise sous protection du grand tétras. Le déclin documenté de l'espèce était à ce moment-là déjà largement engagé.

Une deuxième lettre de lecteur de Lossy contredisait directement le titre de l'article : l'auteur, qui se décrit lui-même comme grimpeur, chasseur, pêcheur et «observateur attentif de la flore et des oiseaux», affirmait observer depuis trois années consécutives un couple de grands tétras dans une zone qu'il connaît et qu'il garde secrète. Il avertissait toutefois en même temps que la perturbation humaine reste le plus grand danger et que le titre de l'article pourrait devenir réalité si rien n'était entrepris.

Cette controverse sur la cause et l'ampleur est typique du débat public autour des espèces menacées des forêts de montagne : le déclin est-il avant tout attribué à la perte d'habitat et à la perturbation humaine, comme le suggère le consensus scientifique de l'OFEV et de la Station ornithologique, ou la responsabilité est-elle reportée, comme dans l'une des lettres de lecteurs, sur les prédateurs naturels ? Le plan d'action pour le grand tétras en Suisse désigne lui-même la pression de prédation comme l'un des multiples facteurs, mais il la place expressément derrière la perte d'habitat et la perturbation humaine comme causes principales.

Un regard au-delà des frontières : Allemagne et Autriche

Le constat fribourgeois n'est pas isolé. Une comparaison avec les pays voisins montre à quel point une même espèce est traitée différemment et combien peu la chasse de loisir renseigne sur l'état des populations.

En Allemagne, le grand tétras est certes formellement toujours considéré comme une espèce gibier chassable selon la loi fédérale sur la chasse, mais il est soumis à une période de protection tout au long de l'année. Une chasse légale est donc exclue. À l'échelle nationale, l'espèce figure sur la Liste rouge comme menacée d'extinction. L'évolution la mieux documentée se trouve en Forêt-Noire, où la population s'est effondrée entre 2012 et 2022, dans certaines zones jusqu'à un tiers. Les comptages sur les places de parade recensaient encore 97 coqs en parade en 2022, 106 en 2023, puis 111 en 2024 et encore 103 en 2025. Le dernier relevé aboutit à 93 coqs. Ailleurs, l'espèce a déjà disparu : dans les Monts Métallifères, la Forêt de Franconie, la Forêt du Haut-Palatinat, l'Odenwald et le Spessart, elle s'éteint ou est considérée comme disparue ; dans le Harz et le Hochsauerland, les programmes de réintroduction ont été interrompus et les populations résiduelles abandonnées. L'Allemagne se trouve ainsi là où en est la Suisse : protection totale, déclin ininterrompu.

L'Autriche suit une autre voie. Là-bas, le grand tétras continue d'être chassé, et ce dans une mesure considérable. Au cours de l'année de chasse 2023/2024, selon Statistik Austria, 419 grands tétras ont été tirés, dont 110 au Tyrol, 103 en Styrie et 98 en Carinthie. Aucun tir n'a été enregistré dans le Burgenland, à Vienne, au Vorarlberg et en Basse-Autriche. Pour situer les choses : ce tableau annuel correspond à peu près au double de l'ensemble de la population résiduelle suisse, soit 380 à 480 coqs en parade. En Carinthie, la période de chasse s'étend du 11 au 31 mai, donc en pleine parade. Les chiffres de tir y ont oscillé pendant des années autour de 120 coqs. En 2001 et 2002, le land a dû protéger le grand tétras toute l'année.

Pourquoi les populations y sont-elles plus importantes ? La réponse ne réside pas dans une meilleure politique de protection, mais dans la superficie. Pour une population viable, il faut environ 50’000 hectares de forêt continue et riche en structures. L'Autriche dispose de plusieurs de ces zones, la Suisse, en dehors des Grisons, n'en dispose pratiquement plus. À cela s'ajoute l'altitude : dans les altitudes propices au grand tétras, l'exploitation forestière est, selon l'estimation de spécialistes de l'Université des ressources naturelles et des sciences de la vie de Vienne, restée pour l'essentiel inchangée depuis un certain temps, car une exploitation intensive n'y est guère rentable. Au Tyrol, 44 pour cent des forêts sont préservées en tant qu'écosystèmes naturels ou proches de l'état naturel. La sylviculture n'est donc pas fondamentalement différente, elle atteint simplement moins fortement ces altitudes. Le même schéma explique pourquoi, en Suisse aussi, le centre de gravité de la population s'est déplacé vers les Grisons.

On ne peut néanmoins pas parler d'une population intacte. La Liste rouge des oiseaux nicheurs d'Autriche classe le grand tétras comme menacé. Parmi les causes du déclin, elle cite la diminution des arbustes nains porteurs de baies, en particulier la myrtille, en raison de l'assombrissement et de la densification des peuplements forestiers, à quoi s'ajoutent des dérangements croissants et de faibles succès de reproduction par conditions météorologiques défavorables. C'est exactement la liste des causes du plan d'action suisse. À Vienne, le dernier grand tétras a été tiré au début du XXe siècle, dans le Burgenland en 1956. Dans les parties orientales des Alpes ainsi que dans certaines régions de Carinthie et du Vorarlberg, l'espèce est aussi aujourd'hui nettement plus rare. L'Autriche traverse le même processus, mais avec un décalage dans le temps et à partir d'un niveau de départ plus élevé.

C'est pourtant précisément de là que la chasse de loisir autrichienne tire son principal argument. Une expertise relative à la directive européenne sur la protection des oiseaux constate que les populations de grands tétras et de tétras-lyres chassées au printemps affichent, dans toute l'Autriche, une évolution largement stable, alors que dans d'autres pays alpins des tendances à la baisse sont observables malgré une chasse partiellement suspendue. La conclusion selon laquelle la chasse ne nuit pas, voire que la gestion serait même bénéfique, présente toutefois un défaut méthodologique : en Autriche, le recensement des populations s'effectue en grande partie via des comptages sur les places de parade réalisés par les chasseurs de loisir eux-mêmes, c'est-à-dire par ceux qui profitent des autorisations de tir qui en découlent. La même expertise admet, pour la Bavière, que la chasse reposait sur une estimation des populations trop imprécise malgré le plan de tir. Celui qui compte détermine en partie combien on peut tirer.

Trois pays, trois régimes, une même tendance. La Suisse protège intégralement la poule de grand tétras depuis 1962 et le grand tétras depuis 1971, l'Allemagne depuis des décennies via une période de protection sur toute l'année, l'Autriche continue de le chasser. Le déclin est présent dans les trois. Cela disculpe la chasse de loisir en tant que cause, mais inverse en même temps la charge de la preuve : si une espèce est menacée d'extinction en Suisse et en Allemagne malgré une protection intégrale, la pratique autrichienne consistant à tirer chaque année plus de quatre cents oiseaux de la même espèce, dont une part considérable pendant la parade et en ciblant précisément les coqs dominants, devient d'autant plus difficile à justifier.

L'association de chasse fribourgeoise : plus de technique plutôt que plus de protection

Alors que ce débat porte sur une espèce d'oiseau en voie de disparition, la Fédération fribourgeoise des sociétés de chasse (FFSC), l'organisation faîtière cantonale de la chasse de loisir, poursuit un agenda contraire. Elle le documente elle-même sur son propre site web.

Le 28 mai 2026, la FFSC a publié deux prises de position officielles concernant des motions déposées au Grand Conseil. La motion 2025-GC-234, déposée par les députés Bernard Bapst et Dominique Zamofing, demande l'autorisation des dispositifs à imagerie thermique et de vision nocturne pendant la chasse de loisir. Dans sa prise de position, la FFSC salue expressément le fait que le Conseil d'État autorise déjà l'usage de tels dispositifs en complément de la recherche au sang avec des chiens de rouge et fait l'éloge du canton du Valais comme modèle d'une collaboration plus étroite entre les chasseurs de loisir et les autorités cantonales. La deuxième prise de position concerne la motion 2025-GC-278 relative à la chasse estivale au sanglier.

Cette autorisation est précisément le point que Jacques Rime, dessinateur et graveur animalier de La Tour-de-Trême, avait déjà qualifié de «honte pour la chasse» dans une lettre de lecteur en juin 2026, tout comme l'ouverture de la chasse au chevreuil dès le 1er juillet, en pleine période de rut, proposée par la direction de la FFSC autour du président Michaël Rey et d'Eric Gobet. Le 22 juillet 2026, Rime a reçu un soutien public dans une autre lettre de lecteur : deux lectrices et lecteurs d'Ependes et de Fribourg ont fait valoir qu'un chasseur de loisir devrait pouvoir identifier clairement sa cible même sans dispositif de vision nocturne avant de tirer, et que de tels appareils privent l'animal de toute chance de camouflage et donc de toute égalité des chances.

Deux réalités, un même schéma

Il n'existe aucun lien direct entre les revendications de la FFSC et la disparition du grand tétras ; les dispositifs de vision nocturne et la chasse au chevreuil ne concernent pas cette espèce. Ce qui se dessine, c'est un ordre de priorités. Une espèce menacée et sensible aux dérangements disparaît d'un canton dont les autorités compétentes sont tenues, selon le plan d'action, de mettre en œuvre des mesures de protection depuis 2008. Dans le même temps, l'association cantonale de chasse de loisir se mobilise pour davantage de moyens techniques et des périodes de chasse élargies, et trouve en partie une oreille attentive auprès du Conseil d'État. Des revendications que des voix critiques comme celle de Jacques Rime interprètent comme l'expression d'une culture de la chasse qui laisse encore moins d'espace de repli au gibier dérangé.

Si et comment le canton de Fribourg réagira à la demande annoncée par Wildtierschutz Schweiz reste ouvert. wildbeimwild.com continue de suivre la législation sur la chasse et les campagnes contre la chasse de loisir en Suisse romande.

Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre dossier sur la chasse nous rassemblons vérifications des faits, analyses et reportages de fond.

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