09.10.2026, 16:21

Rechercher

Initiative populaire cantonale : canton de Bâle-Ville

«Pour une protection professionnelle de la faune sauvage»

Initiative constitutionnelle sous la forme d'un projet rédigé

En vertu de l'article 47 de la Constitution du canton de Bâle-Ville du 23 mars 2005 et de la loi sur l'initiative et le référendum (IRG) du 16 janvier 1991

Déposée par le comité d'initiative [date du dépôt]

Texte de l'initiative

Les personnes soussignées, ayant le droit de vote dans le canton de Bâle-Ville, déposent l'initiative constitutionnelle suivante :

La Constitution du canton de Bâle-Ville du 23 mars 2005 est complétée par les paragraphes suivants :

§ [nouveau] Protection professionnelle de la faune sauvage

1 L'exercice de la chasse par des personnes privées (chasse à territoire, chasse de loisir) est interdit sur l'ensemble du territoire du canton de Bâle-Ville.

2 La protection, les soins et, dans la mesure nécessaire, la régulation des animaux sauvages relèvent exclusivement de gestionnaires de la faune sauvage spécialement formés, au service du canton.

3 Le tir d'animaux sauvages n'est autorisé qu'en dernier recours, lorsque toutes les autres mesures appropriées de prévention des dommages ou de prévention des dangers ont été épuisées ou se révèlent insuffisantes. Il nécessite l'autorisation préalable de la commission de la faune sauvage.

4 Le canton institue une commission indépendante de la faune sauvage, composée de représentantes et représentants des associations de protection animale et de la nature, du monde scientifique ainsi que des autorités concernées. La commission supervise la gestion de la faune sauvage et statue sur les mesures de régulation.

5 Le canton encourage la régulation naturelle des populations sauvages, la mise en réseau des habitats et la coexistence entre l'être humain et la faune sauvage dans l'espace urbanisé.

6 La loi règle les modalités.

§ [nouveau] Protection des espèces d'animaux sauvages menacées et protégées

1 Le canton renonce à la régulation des populations d'espèces d'animaux sauvages protégées au sens de l'art. 7a de la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages et ne délivre aucune autorisation de tir pour des animaux isolés d'espèces protégées au sens de l'art. 12 al. 2 de cette loi, en particulier pas pour le loup, le lynx, l'ours, le castor, la loutre, le chacal doré, l'aigle royal, le harle bièvre et d'autres espèces protégées par le droit fédéral. L'alinéa 3 est réservé.

2 Il mise sur la promotion de la coexistence entre l'être humain et la faune sauvage, la prévention passive des dommages, la valorisation écologique des habitats et le suivi scientifique de la présence de la faune sauvage.

3 Des mesures contre des animaux sauvages isolés qui représentent un danger immédiat et considérable pour les personnes restent réservées. Elles doivent être limitées au minimum et exécutées par le service spécialisé compétent du canton.

4 Le canton s'engage activement, dans le cadre de la collaboration intercantonale et auprès de la Confédération, en faveur de la protection et de la préservation des espèces d'animaux sauvages menacées.

Disposition transitoire

1 Le Conseil d'État édicte les dispositions d'exécution nécessaires dans un délai de deux ans à compter de l'adoption de cette modification constitutionnelle.

2 Les autorisations de chasse existantes s'éteignent à l'entrée en vigueur de la législation d'exécution.

3 Le Conseil d'État assure la continuité de la gestion de la faune sauvage pendant la phase transitoire.

Explications

1. Situation initiale

Dans le canton de Bâle-Ville, canton presque entièrement urbain comptant environ 200'000 habitants sur seulement 37 km², la chasse de loisir actuelle est un anachronisme. La chasse de loisir ne sert ni la protection des espèces ni une gestion moderne de la faune sauvage. Elle constitue l'exercice d'un loisir sanglant aux dépens d'êtres sensibles, légitimé par des récits dépassés qui ne résistent pas à un examen scientifique (voir la Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Bâle-Ville). L'affirmation selon laquelle l'équilibre écologique s'effondrerait sans la chasse de loisir est réfutée empiriquement depuis plus de 50 ans par le modèle genevois (voir le dossier complet sur l'interdiction de la chasse à Genève sur wildbeimwild.com).

Parallèlement, de plus en plus d'espèces d'animaux sauvages protégées subissent une pression croissante au niveau fédéral. Avec la révision de la loi sur la chasse en décembre 2022, la régulation préventive du loup a été introduite. Lors des deux premières périodes de régulation 2023/2024 et 2024/2025, l'OFEV a autorisé le tir d'environ 225 loups au total ; 147 animaux ont effectivement été abattus (55 lors de la première période, 92 lors de la seconde). En décembre 2024, le statut de protection du loup dans la Convention de Berne a été rétrogradé de « strictement protégé » à « protégé ». La pression politique sur d'autres espèces comme le lynx, le castor, la loutre et le harle bièvre ne cesse d'augmenter (voir le analyse de la chasse de loisir en Suisse).

Le canton de Bâle-Ville a l'occasion d'envoyer ici un signal clair : non seulement en faveur d'une protection professionnelle de la faune plutôt que de la chasse de loisir, mais aussi pour une protection conséquente des espèces d'animaux sauvages menacées au niveau cantonal.

2. Le modèle : le canton de Genève

Le 19 mai 1974, un peu plus de 70 pour cent des votants du canton de Genève ont approuvé la suppression de la chasse de loisir en milice. Avant cette interdiction, le grand gibier était pratiquement exterminé dans le canton : les cerfs et les sangliers avaient disparu depuis des décennies, et il ne restait que quelques dizaines de chevreuils. Plus de 400 chasseurs de loisir lâchaient massivement des faisans, des perdrix grises et des lièvres pour la chasse de loisir.

Les expériences depuis l'interdiction de la chasse de loisir sont sans équivoque :

  • La biodiversité a nettement augmenté. Le nombre d'oiseaux d'eau hivernants s'est multiplié, passant de quelques centaines à environ 30'000. La région du lac Léman et du Rhône a acquis une importance internationale pour la protection des oiseaux, comme le démontre une étude de la Protection Suisse des Oiseaux ASPO-BirdLife.
  • Genève abrite aujourd'hui la plus grande population de lièvres bruns et l'une des dernières populations de perdrix grises de Suisse. Avant la votation de 1974, le lobby de la chasse de loisir avait affirmé que, sans la chasse de loisir, le lièvre brun serait Prédateurs. C'est le contraire qui s'est produit.
  • Le canton dispose aujourd'hui d'une population croissante d'environ 60 à 100 cerfs élaphes (selon la source et la méthode de comptage) et d'environ 680 chevreuils (2024, selon la statistique fédérale de la chasse de l'OFEV). La population de chevreuils a doublé depuis 2015, passant d'environ 330 à 680 animaux, à partir d'un niveau très bas après des décennies de chasse, avec un tir spécial annuel réalisé par des garde-faune professionnels de seulement 20 à 36 animaux. La population croît de manière modérée malgré une régulation ponctuelle et se maintient à une densité supportable pour la surface forestière. Le service de la faune professionnel intervient de manière ciblée et dans une mesure minimale, au lieu de viser des chiffres de tir aussi élevés que possible comme c'est le cas dans la chasse de loisir.
  • L'interdiction est en vigueur sans interruption depuis plus de 50 ans. Genève ne l'a jamais levée.
  • Le coût total de la gestion professionnelle de la faune sauvage à Genève s'élève à environ 1,2 million de francs par an, réparti en environ 600'000 francs pour le personnel (soit environ trois postes à temps plein, répartis entre une douzaine d'agents de l'environnement), 250'000 francs pour la prévention et 350'000 francs pour l'indemnisation des dommages. Cela correspond à environ 2,40 francs par habitant et par an.

Les animaux sauvages du canton de Genève présentent une distance de fuite nettement plus faible face à l'être humain que dans les régions chassées. Les promeneuses et promeneurs rencontrent régulièrement des chevreuils, des lièvres des champs ainsi qu'une riche avifaune. L'ancien inspecteur genevois de la faune Gottlieb Dändliker (2001 à 2025) a rapporté un effet positif du contact direct avec les animaux sauvages sur la qualité de vie de la population. Une présentation détaillée du modèle genevois avec tous les chiffres se trouve dans le dossier « Genève et l'interdiction de la chasse » sur wildbeimwild.com.

3. Le concept : un service de la faune professionnel plutôt que la chasse de loisir

L'initiative ne remplace pas la chasse de loisir par un vide, mais par une gestion professionnelle de la faune sauvage selon le modèle du garde-faune. Ce modèle repose sur les principes suivants :

Compétence professionnelle plutôt que loisir. Les gestionnaires professionnels de la faune sauvage agissent sur une base scientifique, avec une formation biologique et dans le cadre d’un mandat de prestations cantonal. Leur objectif est le maintien de populations sauvages en bonne santé, et non la maximisation des chiffres de tir. À l’inverse, la chasse de loisir poursuit, de par son fonctionnement même, l’intérêt de garantir sa propre raison d’être à travers des effectifs élevés d’espèces chassables (voir le dossier chasseurs sur wildbeimwild.com).

Principe de l'ultima ratio. Un tir n'est admissible que lorsque toutes les mesures non létales ont été épuisées. Celles-ci comprennent les clôtures électriques, l'effarouchement, l'aménagement de l'habitat, la relocalisation, les répulsifs gustatifs et les mesures de protection constructives. À Genève, les arbres fruitiers sont protégés par des filets afin que les chevreuils et les lièvres ne rongent pas l'écorce. Pour les sangliers, le canton met des clôtures électriques à disposition des agriculteurs. Cette pratique le montre : la coexistence est une question de volonté, et non de possibilité technique.

Contrôle démocratique par une commission de la faune sauvage. La commission indépendante, composée d’associations de protection des animaux et de la nature, de représentants scientifiques et des autorités, empêche que la pression politique de certains groupes d’intérêt ne dilue la gestion de la faune sauvage. L’initiative bâloise ancre ce mécanisme de protection en inscrivant dans la constitution l’obligation d’approbation de la commission de la faune sauvage.

Autorégulation naturelle comme principe directeur. L'expérience de Genève, des zones protégées et de nombreuses Études le prouve : dans la plupart des cas, les populations sauvages se régulent d’elles-mêmes. La chasse de loisir perturbe ce processus naturel en détruisant les structures sociales, en augmentant artificiellement les taux de reproduction et en modifiant les mouvements migratoires.

4. Pourquoi Bâle-Ville ?

Bâle-Ville se prête particulièrement bien, pour plusieurs raisons, à l’introduction d’une protection professionnelle de la faune sauvage :

  • La faible superficie du canton, 37 km², rend la transition pratiquement simple et financièrement supportable. Les coûts concrets sont exposés à la section 7.
  • En tant que canton presque exclusivement urbain, Bâle-Ville n’a pas de tradition de culture de la chasse étroitement liée à l’identité de sa population. Les quelques chasseurs de loisir actifs dans le canton n’ont pas un poids politique comparable à celui des cantons ruraux.
  • La population a montré, avec l’initiative sur les primates (2022) et l’initiative sur les pigeons (aboutie en 2024), que la protection animale est une préoccupation centrale. Lors de l’initiative sur les primates, le PS et les Verts se sont prononcés en faveur de son acceptation, ce qui montre qu’un soutien partisan existe pour les enjeux de droit animal.
  • Le seuil de 3’000 signatures valables à récolter dans un délai de 18 mois est réalistement atteignable, comme le montrent les précédentes initiatives bâloises en matière de protection animale.
  • Un succès à Bâle constituerait (après Genève) le deuxième exemple suisse de protection professionnelle de la faune sauvage et aurait un effet de signal pour l’ensemble de la Suisse, et au-delà.

5. Sur le premier paragraphe : Protection professionnelle de la faune

Alinéa 1 : interdiction de la chasse de loisir

L'interdiction de la chasse de loisir milicienne par des particuliers constitue le cœur de l'initiative. Elle correspond au modèle genevois (art. 162 de la Constitution cantonale genevoise : «La chasse aux mammifères et aux oiseaux est interdite. Les mesures officielles de régulation de la faune sont réservées.»). La compétence cantonale en la matière est incontestée : la loi fédérale sur la chasse (JSG) laisse explicitement aux cantons l'organisation de l'exercice de la chasse (art. 3 al. 1 et 2 JSG). Les trois systèmes de chasse en vigueur en Suisse (chasse à patente, chasse à territoire et chasse d'État, dite régie) sont équivalents. Le canton de Genève pratique la chasse en régie depuis 1974, en conformité avec le droit fédéral, sans qu'aucune objection n'ait jamais été soulevée par la Confédération.

Alinéa 2 : gestion professionnelle de la faune sauvage

À la place des chasseurs et chasseuses de loisir, des gestionnaires de la faune sauvage spécialement formés, employés par le canton, assument l'ensemble des tâches liées au soin de la faune sauvage et, le cas échéant, à la régulation des populations. Ces professionnels bénéficient d'une formation plus approfondie en biologie ou en écologie de la faune sauvage et agissent sur une base scientifique, dans l'intérêt public. À Genève, ce système fait ses preuves depuis plus de 50 ans. Gottlieb Dandliker, ancien inspecteur de la faune genevois de longue date, a qualifié l'interdiction de la chasse de loisir de solution financièrement la plus avantageuse pour le canton et clairement viable à long terme.

L'efficacité du modèle genevois se révèle dans la comparaison directe : un garde-faune professionnel à Genève a besoin, pour un tir sanitaire d'un sanglier, en moyenne de 8 heures et de 2 cartouches au maximum. Un chasseur de loisir dans le canton de Zurich a besoin pour cela de 60 à 80 heures et jusqu'à 15 cartouches. La densité de lièvres à Genève est de 17,7 animaux pour 100 hectares (la plus élevée de Suisse), contre seulement 1,0 pour 100 hectares dans le canton de Zurich (cf. vérification des faits du Conseil d'État de Zurich).

Alinéa 3 : le tir comme ultima ratio

La nouveauté centrale par rapport au système actuel : le tir n'est pas la règle, mais l'exception. Les mesures passives ont la priorité. À Genève, environ 250 sangliers en moyenne sont tirés chaque année par les gardes-faune (selon les statistiques de chasse de l'OFEV, moyenne 2015–2024), les chiffres de tir variant selon la dynamique des populations et le potentiel de dégâts agricoles. Ce sont principalement de jeunes animaux qui sont abattus, les animaux meneurs étant explicitement épargnés pour des raisons éthiques et afin de préserver la stabilité sociale des compagnies. Les chiffres de tir à Genève sont ainsi nettement inférieurs à ceux des cantons comparables pratiquant la chasse de loisir, où les tirs ne servent pas uniquement à prévenir les dégâts, mais répondent avant tout au loisir.

Alinéa 4 : commission de la faune sauvage

La commission indépendante de la faune sauvage s'inspire de la commission genevoise consultative de régulation de la faune (Commission consultative de régulation de la faune). Elle garantit que les associations de protection des animaux et de la nature disposent d'un droit de regard sur les décisions de régulation, et empêche que le gouvernement accorde seul, sous la pression de groupes d'intérêts, des dérogations. L'intégration de la science garantit que les décisions reposent sur des preuves et non sur les mythes idéologiques de la chasse avec lesquels les lobby de la chasse de loisir légitime sa pratique depuis des décennies.

Alinéa 5 : régulation naturelle et coexistence

Ce paragraphe ancre dans la Constitution la ligne directrice de la protection professionnelle de la faune sauvage : la nature se régule largement elle-même lorsque l'être humain n'intervient pas dans la dynamique des populations par des tirs massifs. À Genève, la statistique fédérale de la chasse (OFEV) indique une population de chevreuils d'environ 680 animaux (2024), pour un tir spécial annuel de seulement 20 à 36 animaux effectué par des gardes-faune professionnels. Le rapport entre la population et le prélèvement est donc inférieur à 5 pour cent, une fraction de ce qui est usuel dans les cantons pratiquant la chasse de loisir. Dans un canton-ville comme Bâle, la promotion de la coexistence englobe notamment la sécurisation et la mise en réseau des corridors fauniques, la revalorisation écologique des espaces verts et la sensibilisation de la population au comportement à adopter envers les animaux sauvages dans les zones habitées (cf. wildbeimwild.com sur les animaux sauvages).

Dispositions transitoires

Le délai de deux ans laisse au Conseil d'État suffisamment de temps pour élaborer la législation d'exécution, engager des gestionnaires professionnels de la faune sauvage et constituer la commission de la faune sauvage. La clause de continuité garantit qu'il n'y ait aucune lacune dans la gestion de la faune sauvage pendant la phase transitoire. L'actuel Office des forêts et de la faune des deux Bâle peut servir de base institutionnelle.

6. Sur le deuxième paragraphe : protection des espèces d'animaux sauvages menacées et protégées

Alinéa 1 : renoncement à la régulation préventive des espèces protégées

Le cœur de cet article est le renoncement délibéré du canton à la possibilité de déposer auprès de la Confédération des demandes de régulation préventive des populations d'espèces protégées. La loi fédérale révisée sur la chasse (art. 7a LChP) autorise les cantons à réguler préventivement les loups du 1er septembre au 31 janvier, mais ne les y oblige pas. La formulation de la loi fédérale est « peuvent », et non « doivent ». Par cet article, le canton se contente donc d'exercer sa compétence de ne pas faire usage d'une habilitation prévue par le droit fédéral.

L'énumération des espèces avec le terme «notamment» est juridiquement décisive. Elle garantit que la protection s'étende également aux espèces protégées à l'avenir par le droit fédéral, sans qu'une modification constitutionnelle soit nécessaire. Cela est particulièrement important, car la pression politique sur d'autres espèces s'accroît de manière prévisible. Le lobby de la chasse de loisir a déjà réclamé à plusieurs reprises d'inscrire le lynx, le castor et le héron cendré sur la liste des espèces pouvant être régulées (cf. le dossier loup sur wildbeimwild.com).

Alinéa 2 : coexistence et prévention passive des dommages

Plutôt que des tirs, le canton mise sur des mesures préventives et non létales : la revalorisation écologique des habitats, la mise en réseau des corridors fauniques, des mesures de protection constructives, l'effarouchement et le suivi scientifique de la présence des animaux sauvages par le monitoring et la recherche. Dans un canton-ville comme Bâle-Ville, ce ne sont pas les attaques sur le bétail domestique qui sont au premier plan, mais les questions de cohabitation entre l'être humain et la faune sauvage en milieu urbain : comment gérer les renards, les blaireaux, les castors ou les oiseaux aquatiques ? Comment prévenir les conflits dans les jardins, aux abords des cours d'eau, dans la circulation routière ? La gestion professionnelle de la faune sauvage selon le modèle genevois apporte à cela des réponses fondées sur des données probantes, qui vont bien au-delà du simple tir. La sensibilisation de la population au comportement adéquat à adopter face aux animaux sauvages en constitue un élément central.

Alinéa 3 : réserve pour la prévention des dangers

Cette réserve est juridiquement indispensable. Elle garantit que le canton puisse remplir son devoir de prévention des dangers lorsqu'un animal sauvage individuel représente un danger immédiat et considérable pour les personnes. La double restriction («immédiat» et «considérable») empêche que cette réserve soit détournée pour servir de porte d'entrée à des tirs de routine. La compétence revient au service cantonal spécialisé, et non à des particuliers. Cette réglementation correspond au principe genevois : là aussi, des mesures officielles de régulation sont réservées, mais elles sont appliquées de manière restrictive et exclusivement par des professionnels spécialisés.

Alinéa 4 : politique de protection active vis-à-vis de la Confédération

Cet alinéa va au-delà d'une simple déclaration de renoncement. Il oblige le canton à s'engager activement pour la protection des espèces dans la coopération intercantonale, lors des consultations relatives aux ordonnances fédérales et au sein des conférences intercantonales spécialisées. Bâle-Ville obtiendrait ainsi, en tant que canton, une voix claire en faveur de la protection des espèces menacées dans le débat national. Compte tenu du déclassement du loup dans la Convention de Berne le 3 décembre 2024 et de la pression parlementaire persistante sur d'autres espèces protégées, cette politique de protection active revêt une importance croissante.

7. Conséquences financières : budget concret pour Bâle-Ville

Le budget de référence genevois

À Genève, qui avec ses 282 km² est presque huit fois plus grande que Bâle-Ville et compte environ 500'000 habitants, le coût total de la gestion professionnelle de la faune sauvage s'élève à environ 1,2 million de francs par an. Le budget se répartit comme suit : environ 600'000 francs pour le personnel (environ 3 postes à plein temps), environ 250'000 francs pour la prévention (clôtures électriques, filets de protection, mesures d'effarouchement) et environ 350'000 francs pour l'indemnisation des dommages (principalement les dégâts causés par les sangliers aux vignes et aux cultures).

Extrapolation pour Bâle-Ville

Pour Bâle-Ville, avec ses 37 km² de superficie et environ 200'000 habitants, on obtient l'estimation de coûts réaliste suivante :

Coûts de personnel : 180'000 à 240'000 francs par an. Il faut compter 1,5 à 2 postes à plein temps pour des gestionnaires professionnels de la faune sauvage. Un poste à plein temps dans le service cantonal coûte, charges sociales et frais annexes employeur compris, environ 120'000 à 140'000 francs par an. Pour 1,5 à 2 postes, cela donne 180'000 à 240'000 francs. Ces spécialistes peuvent être rattachés au service existant des forêts et de la faune des deux Bâle, ce qui minimise la charge administrative.

Frais de matériel : 30'000 à 50'000 francs par an. Cela comprend l'équipement, les véhicules (au prorata), les dispositifs d'effarouchement, l'infrastructure de monitoring (pièges photographiques, émetteurs GPS pour le suivi scientifique), les mesures de protection constructives et le travail d'information publique.

Indemnisation des dommages : 10'000 à 30'000 francs par an. Les dégâts causés par la faune sauvage à prévoir à Bâle-Ville sont très limités en raison de la faible superficie et de la part minime de surfaces agricoles.

Coût total : 220'000 à 320'000 francs par an. Cela correspond à environ 1.10 à 1.60 franc par habitant et par an.

Économies

Face à cela, il y a des économies : le canton n'a plus besoin d'exploiter une administration de la chasse, de faire passer des examens de chasse, de délivrer et de gérer des patentes, ni d'organiser une surveillance de la chasse. Les ressources actuellement affectées à ces tâches au sein de l'Office des forêts et de la faune peuvent être partiellement réaffectées. L'ancien inspecteur de la faune genevois Gottlieb Dandliker a souligné que l'organisation d'une chasse à patente nécessiterait au moins deux postes à plein temps, alors que la régulation des sangliers à Genève mobilise environ un poste à plein temps.

Coûts du second paragraphe

Le second paragraphe relatif à la protection des espèces menacées n'entraîne pas de coûts supplémentaires notables, car il implique essentiellement une renonciation aux demandes de régulation et une réorientation de la position cantonale vis-à-vis de la Confédération. Les coûts des mesures passives de prévention des dommages et de l'accompagnement scientifique peuvent être en partie couverts par les contributions fédérales liées à la gestion des espèces protégées.

Recettes supprimées

Avec la suppression de la chasse de loisir, les recettes de bail des communes de Riehen et Bettingen, qui sont minimes, disparaissent. Face à cela, les coûts externes jamais comptabilisés de la chasse de milice (accidents de gibier, charge administrative, interventions de la police et des tribunaux) devraient dépasser nettement ces recettes. Dans le canton de Genève, ces recettes ont disparu depuis 1974, sans problème financier : avant l'interdiction de la chasse, plus de 400 chasseurs de loisir étaient actifs, aujourd'hui trois postes à plein temps accomplissent le même travail, et mieux. Les tirs sanitaires et thérapeutiques effectués par des gardes-faune professionnels ne sont pas la même chose qu'une chasse régulatrice fondée sur le folklore des chasseurs ou sur une «expérience de la nature» mal comprise des chasseurs de loisir. Un calcul en coûts complets montre que la chasse de milice coûte nettement plus au contribuable qu'elle ne lui rapporte (cf. «Ce que la chasse de loisir coûte réellement à la Suisse» sur wildbeimwild.com).

Les chasseurs de loisir en politique votent contre la protection de la nature. Le lobby de la chasse de loisir combat systématiquement les préoccupations en matière de biodiversité et de protection des espèces. En 2024, il a combattu l'initiative pour la biodiversité (63 pour cent de non). En 2020, la loi sur la chasse, qu'il avait contribué à façonner, a échoué devant le peuple (51,9 pour cent de non). En 2016, l'association des chasseurs tessinois a torpillé le parc national Parc Adula. Durant la législature 2015 à 2019, les chasseurs de loisir ont, au parlement, majoritairement politisé contre les préoccupations environnementales. Quiconque affirme que les chasseurs de loisir sont des protecteurs de la nature ignore leur comportement de vote (cf. Association des chasseurs tessinois : 30 ans d'absurdités et Dossier des coûts).

8. Compatibilité avec le droit supérieur

Premier paragraphe : suppression de la chasse de loisir

L'initiative est conforme au droit fédéral. La loi fédérale sur la chasse (LChP) laisse expressément aux cantons le soin de réglementer le droit de chasse, le système de chasse, le territoire de chasse et la surveillance de la chasse (art. 3 al. 1 et 2 LChP). Les trois systèmes de chasse suisses (chasse à patente, chasse à territoire et chasse d'État ou en régie) sont équivalents. Le canton de Genève pratique la chasse en régie depuis 1974 et n'a, en plus de 50 ans, jamais fait l'objet d'une contestation au regard du droit fédéral. La base constitutionnelle correspond à l'art. 162 de la Constitution cantonale genevoise (dans sa version actuelle, acceptée en votation populaire en octobre 2012), dont la conformité au droit fédéral est confirmée par plus de cinq décennies de pratique.

Deuxième paragraphe : protection des espèces protégées

L'art. 7a LChP permet aux cantons la régulation préventive, mais ne les y oblige pas. Il en va de même pour les autorisations de tir d'animaux isolés selon l'art. 12 al. 2 LChP. Renoncer à cette possibilité ne viole ni le droit fédéral ni la Convention de Berne. La réserve relative aux mesures en cas de danger immédiat pour les personnes garantit que le canton puisse remplir son devoir de prévention des dangers. Aujourd'hui déjà, des cantons renoncent délibérément à déposer des demandes de régulation pour des meutes discrètes. Renoncer à de telles demandes est donc déjà une pratique courante.

Unité de la matière

L'initiative respecte l'unité de la matière, car toutes les dispositions des deux paragraphes se rapportent à la gestion cantonale de la faune et à la protection des animaux vivant à l'état sauvage. Le lien thématique (le passage d'un système fondé sur la chasse de loisir à un système professionnel et scientifique de protection de la faune) relie les deux paragraphes en un objet de réglementation cohérent.

9. Anticipation des objections prévisibles

« La nouvelle loi sur la faune et la chasse de 2024 est déjà suffisamment favorable aux animaux sauvages »

Il est prévisible que les opposants à l'initiative invoqueront la loi cantonale sur les animaux sauvages et la chasse de 2021 (entrée en vigueur en 2024) et feront valoir que le cadre juridique existant est déjà suffisamment moderne et favorable à la faune sauvage. Cette objection passe à côté du sujet. La loi en vigueur régit les conditions-cadres de la chasse de loisir. Elle optimise un système fondé sur le postulat selon lequel des particuliers tuent des animaux sauvages par loisir. Elle ne remet pas en question ce postulat lui-même. La présente initiative, elle, opère un changement de système : de la chasse de loisir au service de la faune professionnel. Il ne s'agit pas d'une contradiction avec la loi en vigueur, mais d'un dépassement délibéré de celle-ci, tout comme le canton de Genève est allé, en 1974, au-delà de sa loi sur la chasse d'alors. La loi cantonale sur les animaux sauvages et la chasse ne peut pas non plus apporter de réponse à la menace croissante que la politique fédérale fait peser sur les espèces protégées. Elle ne contient aucun mécanisme empêchant le canton de déposer des demandes de régulation auprès de l'OFEV, ni aucune obligation pour le canton de s'engager activement en faveur de la protection des espèces. Ce sont précisément ces lacunes que comble le deuxième paragraphe de l'initiative.

Coordination bicantonale : l'Office des forêts et de la faune des deux Bâle

Bâle-Ville et Bâle-Campagne gèrent conjointement l'Office des forêts et de la faune des deux Bâle. Cet office est compétent pour l'exécution de la législation sur la chasse et la faune sauvage dans les deux cantons. L'initiative concerne exclusivement la constitution du canton de Bâle-Ville et donc le territoire cantonal de Bâle-Ville. Elle ne modifie en rien la collaboration avec Bâle-Campagne dans le domaine de l'administration commune. La délimitation des compétences entre les deux cantons est réglée dans le traité intercantonal existant et dans la convention administrative. La loi d'application de l'initiative devra préciser comment les gestionnaires professionnels de la faune sauvage seront intégrés sur le plan organisationnel dans la structure existante de l'office commun. L'expérience genevoise montre qu'une telle intégration dans des structures administratives existantes fonctionne sans heurts : là-bas, après 1974, la gestion de la faune sauvage a été intégrée dans l'autorité existante chargée de la faune et de la pêche, sans qu'il soit nécessaire de créer une nouvelle autorité. Pour Bâle-Campagne, il n'en résulte aucun effet contraignant. Bâle-Campagne peut conserver son propre système de chasse. Un succès à Bâle-Ville pourrait néanmoins tout à fait susciter un débat à Bâle-Campagne.

La formule « notamment » dans la protection des espèces

La formulation ouverte « notamment le loup, le lynx, l'ours, le castor, la loutre, le chacal doré, l'aigle royal, le harle bièvre et d'autres espèces protégées par le droit fédéral » pourrait être attaquée pour son imprécision juridique. C'est pourtant l'inverse qui est vrai : la formulation est délibérément conçue comme un renvoi dynamique au droit fédéral. Elle garantit que la protection cantonale s'applique automatiquement aussi aux espèces que le législateur fédéral placera à l'avenir sous protection ou inscrira sur une liste de régulation, sans qu'une modification de la constitution cantonale soit à chaque fois nécessaire. Cette technique du renvoi dynamique est établie et éprouvée dans le droit constitutionnel suisse. L'énumération nominative des principales espèces sert à la concrétisation et à la clarté, tandis que l'ajout « et d'autres espèces protégées par le droit fédéral » vise à garantir la pérennité de la disposition. L'ensemble donne une formulation à la fois juridiquement déterminée et tournée vers l'avenir.

Présence du loup à Bâle-Ville

Le loup n'est actuellement pas présent de fait dans le canton de Bâle-Ville. Les opposants pourraient donc remettre en question la pertinence du deuxième paragraphe. Cette critique méconnaît la triple fonction de ce paragraphe. Premièrement, la disposition a un effet de signal intercantonal : Bâle-Ville se positionne comme un canton qui prend au sérieux la protection des espèces menacées et s'engage en conséquence au niveau fédéral (alinéa 4). Ce signal est d'autant plus important que la majorité des cantons, au contraire, insistent pour un assouplissement de la protection. Deuxièmement, la disposition est tournée vers l'avenir : les loups se répandent en Suisse. En juillet 2025, une première meute de loups a été confirmée dans le canton de Schwyz au moyen d'un piège photographique. Environ cinq semaines plus tard déjà, le canton a demandé une régulation auprès de l'OFEV et a obtenu, le 28 août 2025, l'autorisation de faire abattre deux tiers des louveteaux. Jusqu'à fin novembre 2025, trois des cinq jeunes loups avaient été tués. Le délai entre la première confirmation et le tir illustre à quelle vitesse un fait biologique se transforme en décision politique d'abattage, et pourquoi une protection constitutionnelle est nécessaire avant d'en arriver là. Bâle-Campagne est limitrophe de Bâle-Ville, des meutes de loups vivent dans l'Arc jurassien, et une présence du loup dans la zone agglomérée élargie n'est pas exclue à moyen terme. Troisièmement, le paragraphe ne concerne pas seulement le loup, mais toutes les espèces protégées, dont beaucoup sont effectivement présentes ou de passage dans le canton de Bâle-Ville, notamment le castor (documenté sur la Birse et sur le Rhin), diverses espèces d'oiseaux protégées ainsi que, potentiellement, la loutre, dont le retour est attendu dans le nord-ouest de la Suisse.

10. Résumé

Cette initiative donne à la population bâloise la possibilité de se prononcer en faveur d'une gestion moderne et fondée sur des données probantes des animaux sauvages, ainsi que d'une protection globale des espèces d'animaux sauvages menacées. Le premier paragraphe suit le modèle genevois, qui a fait ses preuves depuis plus de 50 ans, et remplace la chasse de loisir par une protection professionnelle de la faune, pour un coût d'environ 1.10 à 1.60 franc par habitant et par an. Le deuxième paragraphe garantit que le canton de Bâle-Ville renonce à la mise à mort préventive des espèces protégées et s'engage activement, au contraire, pour leur préservation.

Le résultat serait un canton de Bâle dans lequel les animaux sauvages ne seraient ni des cibles pour les chasseurs de loisir ni des victimes d'une politique de tir motivée politiquement, mais seraient protégés de manière professionnelle en tant que partie d'une nature urbaine vivante, pour le bien des animaux et de l'ensemble de la population.

Comité d'initiative «Pour une protection professionnelle de la faune sauvage»

[Nom 1], [Nom 2], [Nom 3], [Nom 4], [Nom 5], [Nom 6], [Nom 7]

(Au moins 7 personnes ayant le droit de vote et domiciliées dans le canton de Bâle-Ville)

Adresse de contact : [adresse du comité]

Annexe : documentation complémentaire

Les dossiers et sources suivants étayent l'argumentation de cette initiative et sont disponibles en annexe :

Le modèle genevois en détail : wildbeimwild.com/dossiers/genf-und-das-jagdverbot. Présentation complète de la gestion de la faune sauvage à Genève depuis 1974, avec coûts, effectifs et évolution de la biodiversité.

Études scientifiques sur la chasse de loisir : wildbeimwild.com : Études scientifiques. Études sur l'impact de la chasse de loisir sur les animaux sauvages et les chasseurs de loisir.

La chasse de loisir en Suisse : faits et critiques : wildbeimwild.com : La chasse de loisir en Suisse. Pourquoi la chasse de loisir en Suisse n'est pas de la protection de la nature.

Le loup en Suisse : faits, politique et chasse : wildbeimwild.com : Dossier loup. Le loup en Suisse : faits, politique et les limites de la chasse.

Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Bâle-Ville : wildbeimwild.com : Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Bâle-Ville. Analyse spécifique au canton.

Psychologie de la chasse de loisir : wildbeimwild.com/category/psychologie-jagd. Contributions transversales sur la psychologie de la chasse de loisir.

Animaux sauvages et prédateurs : wildbeimwild.com/category/wildtiere. Animaux sauvages, prédateurs et coexistence entre l'être humain et la faune sauvage.

Remarque sur la procédure

Avant le début de la récolte de signatures, la liste de signatures doit être soumise par écrit à la Chancellerie d'État du canton de Bâle-Ville pour examen préalable. Le comité d'initiative est composé d'au moins 7 personnes ayant le droit de vote et domiciliées dans le canton de Bâle-Ville. L'aboutissement de l'initiative nécessite 3'000 signatures valables. Le délai de récolte est de 18 mois à compter de la publication dans la Feuille officielle cantonale. Les modalités de dépôt sont régies par la loi sur l'initiative et le référendum (IRG) du 16 janvier 1991.

Briefing stratégique pour les militantes et militants

Initiative populaire « Pour une protection professionnelle de la faune sauvage », canton de Bâle-Ville Document de travail interne, état en mars 2026

Résumé

Bâle-Ville est le canton stratégiquement le plus favorable de Suisse pour lancer une initiative en faveur d'une protection professionnelle de la faune sauvage. Le seuil de signatures est bas, la population est favorable à la protection animale, les coûts sont minimes, et le modèle genevois apporte, après plus de 50 ans, la preuve empirique que cela fonctionne. Un succès à Bâle serait un deuxième Genève et aurait un effet de signal bien au-delà des frontières cantonales.

1. Pourquoi justement Bâle-Ville ?

Seuil bas, forte disposition

À Bâle-Ville, il suffit de 3'000 signatures valables pour une initiative populaire cantonale, avec un délai de récolte de 18 mois à compter de la publication dans la Feuille officielle cantonale. Des exemples récents montrent que cet obstacle est réaliste : l'initiative populaire «Droits fondamentaux pour les primates» a abouti en 2017 avec 3'080 signatures, l'initiative sur les pigeons a abouti en 2024. Bâle est un canton où les thèmes liés à la protection animale mobilisent.

Quasiment entièrement urbain

Le canton est pratiquement une pure région urbaine : environ 200'000 habitants sur 37 km². Il n'existe quasiment pas de population à caractère rural qui serait traditionnellement proche de la chasse. Le paysage politique est marqué à gauche-verte : le PS, les Verts et le PVL disposent d'une solide base au Grand Conseil. Lors de l'initiative sur les primates, le PS et les Verts avaient déjà donné des mots d'ordre favorables. C'est déterminant, car à Zurich, l'initiative «Des gardes-faune au lieu de chasseurs» a échoué notamment parce qu'aucune voix, pas même de la gauche-verte, ne s'est exprimée en sa faveur au parlement cantonal.

Coûts minimes, impact maximal

La faible superficie du canton rend inopérant l'argument des coûts, qui avait été fatal à Zurich. Le calcul budgétaire concret montre que la protection professionnelle de la faune coûterait à Bâle-Ville entre 220'000 et 320'000 francs par an, soit 1.10 à 1.60 franc par habitant. À Genève, ce montant est de 2.40 francs. Cela représente moins qu'une tasse de café par personne et par an. Bâle-Ville connaît de toute façon une activité de chasse de loisir pratiquement inexistante : seules les communes de Bettingen et Riehen détiennent la régale de chasse, qu'elles transfèrent par contrat de bail à une société de chasse (§ 16 WJG). Le changement ne serait pas une révolution, mais la formalisation d'une réalité déjà présente dans une large partie du canton.

Effet de signal : une deuxième Genève

Un succès à Bâle prouverait que le modèle genevois est transposable. Bâle-Ville est encore plus urbain que Zurich. Si cela peut fonctionner quelque part en Suisse alémanique, c'est bien ici.

2. Pourquoi pas un autre canton ?

Zurich : grillé pour une génération

L'initiative «Des gardes-faune au lieu de chasseurs» a été rejetée en 2018 par 84 pour cent de non. Aucune commune n'a voté oui. Au parlement cantonal, elle a été rejetée sans aucune voix pour. Une nouvelle tentative dans les 10 à 15 prochaines années serait contre-productive et serait instrumentalisée par la partie adverse comme preuve de l'«obstination» des opposants à la chasse.

Les Grisons et les autres cantons de montagne

La chasse de loisir y est profondément ancrée dans la culture. Aux Grisons, même une initiative contre la chasse spéciale a été rejetée, bien qu'elle ait été déposée avec plus de 10'000 signatures. Les conditions d'un changement de système ne sont pas réunies dans les cantons alpins pour l'instant prévisible.

Vaud

Limitrophe de Genève et pourrait être intéressant à long terme. Mais Vaud exige nettement plus de signatures dans un délai plus court que Bâle-Ville. De plus, il manque la concentration typique de Bâle d'organisations de protection animale et de partis de gauche-verts dans un petit canton facile à appréhender.

Bâle-Campagne

Avec seulement 1'500 signatures, la collecte serait certes encore plus simple, mais le canton est nettement plus marqué par le monde rural. La chasse de loisir y a un autre poids. Un succès à Bâle-Ville pourrait toutefois déclencher un débat à Bâle-Campagne, raison pour laquelle l'ordre choisi est judicieux : d'abord la ville, puis la campagne.

3. Les leçons de Zurich : ce que nous faisons différemment

L'échec à Zurich n'était pas la preuve que la cause était erronée. C'était la preuve que la stratégie était erronée. Les erreurs décisives et nos réponses à celles-ci :

Erreur 1 : aucun soutien des partis À Zurich, l'initiative n'avait obtenu aucune voix au Conseil cantonal. Même le PS et les Verts ne l'avaient pas soutenue. À Bâle-Ville, la situation de départ est différente : le PS et les Verts ont donné des mots d'ordre favorables lors de l'initiative sur les primates. Les contacts avec ces partis doivent être établis et entretenus très tôt. Un comité d'initiative incluant des personnalités politiques bâloises est décisif.

Erreur 2 : titre conflictuel « Des gardes-faune au lieu de chasseurs » était un titre qui se définissait par rapport à l'adversaire. Notre initiative s'intitule « Pour une protection professionnelle de la faune ». Le titre est formulé de manière positive, met l'accent sur le professionnalisme plutôt que sur l'interdiction, et oblige les opposants à se positionner contre une « protection professionnelle de la faune », ce qui est difficile sur le plan de la communication.

Erreur 3 : l'argument des coûts n'a pas été réfuté À Zurich, le chiffre de 20 millions de francs circulait, et les initiants n'avaient rien de concret à lui opposer. Ce chiffre n'a jamais été prouvé. Notre initiative contient un calcul budgétaire détaillé, basé sur le modèle de référence genevois et ramené à l'échelle de Bâle-Ville. Les chiffres sont vérifiables et réalistes.

Erreur 4 : trop peu de temps pour la campagne Une campagne de votation nécessite du temps de préparation. Nous devons planifier la campagne dès le départ sur un horizon de deux à trois ans : récolte de signatures, débat au Grand Conseil, campagne de votation.

Erreur 5 : l'expérience genevoise a été trop peu exploitée En 1974, il n'existait aucun modèle de référence. En 2018 à Zurich, cet argument n'a pas été suffisamment mis au centre. Aujourd'hui, après plus de 50 ans de pratique genevoise, c'est l'argument le plus solide qui soit. Le dossier «Genève et l'interdiction de la chasse» sur wildbeimwild.com doit devenir le document central de la campagne.

4. Le deuxième paragraphe : pourquoi la protection des espèces en fait partie

L'initiative va volontairement au-delà de la simple abolition de la chasse de loisir. Le deuxième paragraphe, consacré à la protection des espèces sauvages menacées et protégées, revêt une importance stratégique pour trois raisons :

Une coalition plus large. Un article purement dirigé contre la chasse de loisir ne touche que les défenseurs des animaux. Le paragraphe sur la protection des espèces mobilise en plus les défenseurs de la nature, les amis des oiseaux, les groupes de protection des castors, les amis des loups et toutes les personnes agacées par la politique d'abattage de plus en plus marquée de la Confédération. La coalition s'élargit sans que le message soit dilué.

Actualité. La régulation du loup est aujourd'hui aussi présente dans le débat public que rarement auparavant. En juillet 2025, une première meute de loups a été confirmée à Schwyz ; cinq semaines plus tard, l'autorisation de tir était délivrée ; en novembre, trois des cinq louveteaux étaient morts. La Convention de Berne a déclassé le loup en décembre 2024. Le Parlement pousse pour de nouveaux assouplissements. Ce paragraphe donne à la population bâloise la possibilité de poser un contre-signal. Dans le contexte bâlois, les espèces présentes en milieu urbain sont particulièrement pertinentes : le castor, les chauves-souris, le martin-pêcheur et le faucon pèlerin. L'initiative n'a pas besoin de s'appuyer uniquement sur le loup pour argumenter.

Sécurisation de l'avenir. La formulation «notamment» garantit que la protection s'applique automatiquement aussi aux espèces que la Confédération pourrait à l'avenir inscrire sur une liste d'abattage. Le canton n'a pas besoin de lancer une nouvelle initiative à chaque fois.

5. Pourquoi le cadre de 2026 est plus large qu'en 2020

En 2020, le corps électoral suisse a rejeté à 51,9 pour cent une révision ratée de la loi sur la chasse. L'initiative «Pour une protection professionnelle de la faune» opère aujourd'hui dans un contexte politique fondamentalement différent. Ce changement peut être concrètement démontré sur quatre plans :

Ce qui était hypothétique en 2020 est devenu réalité en 2026

En 2020, l'attaque contre plusieurs espèces protégées était surtout théorique. La révision de la loi sur la chasse de loisir aurait permis de réguler plus facilement les espèces protégées. Les opposants argumentaient : « Aujourd'hui le loup, demain le castor et le lynx. » C'était un argument efficace, mais finalement hypothétique. Aujourd'hui, ce scénario est devenu réalité : depuis février 2025, des castors isolés peuvent être tirés sur autorisation cantonale, le statut de protection du harle bièvre est activement abaissé, et BirdLife cite publiquement une liste d'autres espèces qui sont dans le pipeline politique. Ce qui était un avertissement en 2020 est un fait en 2026.

Davantage de groupes d'intérêt concernés

En 2020, il s'agissait avant tout du loup, du lynx et des zones interdites à la chasse. Les milieux mobilisés étaient principalement les associations de protection de la nature et les amis du loup. Aujourd'hui s'y ajoutent concrètement : les associations de pêche (parce que le tir du harle bièvre ignore l'état de la recherche et nuit aux pêcheurs, qui dépendent d'écosystèmes intacts), les protecteurs d'oiseaux au sens strict (BirdLife, principal concerné par le débat sur le héron cendré, le cygne tuberculé et les mouettes), ainsi que les amis du castor, qui apportent avec eux, via Pro Natura et WWF Suisse, leur propre base de soutien. Chaque espèce supplémentaire élargit la coalition potentielle d'un groupe qui n'était pas directement concerné en 2020.

L'argument de politique démocratique n'existait pas en 2020

En 2020, il s'agissait d'une loi soumise au peuple et rejetée. C'était un processus démocratique propre et net. Aujourd'hui s'ajoute un niveau qui faisait défaut à l'époque : le conseiller fédéral Rösti a contourné par voie d'ordonnance la volonté populaire exprimée en 2020, sans organiser de nouveau vote. Cet argument du « ministre des ordonnances » s'adresse à des personnes qui ne se préoccupent guère de la protection des espèces, mais qui réagissent très bien lorsqu'un conseiller fédéral sape une décision populaire par la voie administrative. Cela élargit le cadre du débat au-delà de la scène environnementale, jusqu'au centre de la politique démocratique.

La dimension internationale est nouvelle

En 2020, la Convention de Berne ne jouait aucun rôle dans le débat sur la votation. Aujourd'hui, la politique suisse en matière de loup fait aussi l'objet de critiques et de plaintes au niveau international. Cela permet de présenter la politique suisse du loup comme une perte de réputation internationale, ce qui constitue un argument pertinent précisément pour les électrices et électeurs de sensibilité bourgeoise.

En résumé

En 2020, le cadre était : «Une loi menace plusieurs espèces.» En 2026, le cadre est : «Un Conseil fédéral a neutralisé une décision populaire, plusieurs espèces sont déjà abattues, et le Parlement démantèle systématiquement la mission de protection de la loi.» C'est non seulement plus large, mais aussi plus concret et plus accessible sur le plan émotionnel, car il ne s'agit plus d'hypothèses, mais de faits avérés.

6. Analyse des opposants et réponses préparées

C'est la section la plus souvent négligée dans la préparation d'une campagne. Celui qui ne connaît pas les contre-arguments et n'y est pas préparé perd le travail médiatique. Voici les trois angles d'attaque les plus probables des opposants, et nos réponses.

Contre-argument 1 : «C'est une ingérence dans la législation cantonale sur la chasse»

Ce que diront les opposants : Selon la Constitution fédérale, les cantons ont la compétence de régler eux-mêmes leur législation sur la chasse. Une initiative qui interviendrait dans le droit de la chasse serait constitutionnellement délicate ou contreviendrait au droit fédéral.

Les faits : C'est exactement le contraire qui est vrai. Le droit suisse de la chasse est explicitement conçu de manière fédéraliste : la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages limite les compétences de la Confédération à la définition des espèces chassables, des périodes de protection et des districts francs fédéraux. L'exécution et l'aménagement relèvent des cantons eux-mêmes. Genève l'a fait en 1974, et la Confédération ne l'a jamais contesté, car c'est son droit. Bâle-Ville a adopté en 2021 une nouvelle loi cantonale sur la faune sauvage et la chasse (en vigueur depuis 2024), ce qui prouve que le canton agit de manière autonome dans ce domaine. Une initiative populaire qui veut modifier cette loi est le cas de figure démocratique normal.

Formule communicative courte : «Genève l'a fait en 1974. La Confédération ne l'a jamais contesté. C'est notre droit cantonal, et notre droit démocratique.»

Contre-argument 2 : «Bâle n'a guère de problèmes d'animaux sauvages. À quoi bon l'initiative ?»

Ce que diront les opposants : À Bâle, il y a peu d'animaux sauvages et peu d'activité de chasse. L'initiative résoudrait un problème qui n'existe pas du tout. Ce serait de l'activisme politique sans pertinence pratique.

Les faits : Cet argument révèle involontairement la force de notre position. Si Bâle ne connaît guère de problèmes liés à la faune sauvage et presque pas d'activité de chasse, alors le changement de système en est d'autant plus simple, avantageux et sans risque. En réalité, seules les communes de Bettingen et Riehen possèdent la régale de la chasse, transférée par contrat de bail à une seule société de chasse. Cela signifie que la transition ne concerne qu'un domaine minime. Parallèlement, les populations d'animaux sauvages augmentent aussi à Bâle et dans ses environs, en zone urbanisée : renards, blaireaux, castors, chevreuils, sangliers. Une gestion professionnelle de la faune sauvage n'est pas un luxe, mais une infrastructure préventive, tout comme on ne crée pas un corps de pompiers seulement quand le feu a déjà pris.

Formule communicative courte : «S'il y a si peu à faire, la protection professionnelle de la faune coûte encore moins cher. L'argument se réfute lui-même.»

Contre-argument 3 : «Les coûts augmentent, c'est finalement le contribuable qui paie»

Ce que diront les opposants : Des gardes-faune professionnels coûtent de l'argent public. Aujourd'hui, la chasse est en partie financée par les taxes de patente et les revenus des baux. Le changement grèverait les finances du canton.

Les faits : L'argument financier a été efficace à Zurich parce qu'il est resté sans contradiction. Les prétendus 20 millions de francs de surcoûts n'ont jamais été prouvés. À Bâle, la situation de départ est fondamentalement différente :

  • Genève : 1,2 million de francs Coûts totaux par an pour 500 000 habitants = 2,40 francs par personne.
  • Bâle-Ville (extrapolation) : 220 000 à 320 000 francs par an pour 200 000 habitants = 1,10 à 1,60 franc par personne.
  • À titre de comparaison : Une tasse de café filtre coûte environ 4,50 francs à Bâle. La protection professionnelle de la faune sauvage pour une année entière coûte moins du tiers de cette somme.

De plus : à Bâle, où la surface agricole est minime, les risques de dégâts sont d'autant plus faibles. L'inspecteur de la faune de longue date Gottlieb Dandliker l'a confirmé : «L'interdiction de chasse pour les chasseurs de loisir à Genève est l'alternative la moins chère pour le canton et clairement viable financièrement sur le long terme.»

Formule communicative courte : «1 franc 60 par habitant et par an. Le chiffre zurichois de 20 millions n'a jamais été prouvé. Genève le démontre depuis 50 ans.»

7. Stratégie de communication : les trois messages clés

L'ensemble de la campagne devrait se concentrer sur trois messages simples et répétables :

«Genève le démontre depuis 50 ans.» C'est l'argument le plus fort, car il ne s'agit pas d'une expérience de pensée, mais d'une réalité vécue. Plus de biodiversité, des populations stables, des coûts minimes, en vigueur depuis plus de 50 ans.

«Professionnel plutôt qu'amateur.» La question n'est pas de savoir si les animaux sauvages doivent être gérés, mais par qui : par des professionnels formés dans l'intérêt public, ou par des particuliers en guise de loisir. La réponse s'impose d'elle-même.

«Moins qu'un café par an.» Les coûts s'élèvent à 1.10 à 1.60 franc par habitant. C'est un montant que personne ne peut sérieusement invoquer comme argument contre l'initiative.

8. Calendrier et prochaines étapes

PhaseContenuDélai
Constitution du comité & prévérification du texteFaire appel à un juriste ; recruter au moins 7 membres du comité ayant le droit de vote et domiciliés à BS ; décider entre initiative constitutionnelle ou législativeMois 1–3
Dépôt pour prévérificationChancellerie d'État de Bâle-Ville : abstimmungen@bs.ch, Rathaus Marktplatz 9, 4001 BâleMois 3–4
Publication & lancement de la récolteLe délai de 18 mois commence avec la publication dans la Feuille cantonale ; objectif : 4'000 signatures et plus comme marge de sécuritéMois 4
Contacts avec les partis & construction de coalitionsEntretiens préalables avec le PS, les Verts, le PVL, BastA! ; obtenir des lettres de soutienMois 1–12
Dépôt des signaturesChancellerie d'État, vérification officielleMois 19–21
Débat au Grand ConseilAncrage parlementaire ; intensifier le travail médiatiqueMois 22–30
Campagne de votationMobilisation finale, infographies, présence médiatiqueMois 30–36

Sur la question initiative constitutionnelle vs. initiative législative : Cette décision doit être clarifiée avant l'examen préalable. Une initiative constitutionnelle ancre le principe au niveau le plus élevé et ne peut être modifiée que par un nouveau vote populaire ; une initiative législative est plus facile à formuler et moins vulnérable face à d'éventuels conflits avec le droit fédéral. Il est obligatoire de faire appel à un conseil juridique.

9. Préparer le matériel de campagne

  • Le Dossier genevois sur wildbeimwild.com comme argumentaire central. Le études scientifiques pour les entretiens avec les médias.
  • Créer une page dossier dédiée à l'initiative bâloise, à l'image du dossier genevois, avec un lien direct aux réalités bâloises.
  • Créer des infographies : comparaison des coûts par habitant (BS/GE), évolution de la biodiversité à Genève, chronologie «50 ans de succès».
  • Impliquer tôt les médias locaux : Bajour, bz Basel, Basler Zeitung, Telebasel. Présenter l'initiative comme une vision positive, et non comme une interdiction.

10. Sources complémentaires

Ce document est un texte type de l'IG Wild beim Wild. Il peut être librement utilisé par des activistes, des organisations ou des comités d'initiative et adapté aux conditions particulières du canton de Bâle-Ville.

Vérification des faits : les affirmations du lobby de la chasse de loisir

La brochure « La chasse en Suisse protège et sert » de ChasseSuisse se lit comme un prospectus publicitaire, mais ses affirmations centrales ne résistent pas à une vérification des faits. Dix récits passés au crible, de la « tâche de l'Etat » à la « biodiversité » en passant par les « 80 % d'approbation » : Dossier : vérification des faits de la brochure de ChasseSuisse →