2 avril 2026, 03:18

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Chamois en Suisse : chasse lucrative, stress climatique et mythe de la surpopulation

Environ 86 000 chamois vivent en Suisse, et près de 12 000 d’entre eux sont abattus chaque année par des chasseurs amateurs. Alors que les populations stagnent ou diminuent dans de nombreuses régions, la chasse de loisir se poursuit au même rythme d’abattage. Ce rapport explique pourquoi le chamois se retrouve pris entre deux feux : la chasse en haute altitude, le changement climatique et le débat sur les prédateurs.

Profil

Le chamois ( Rupicapra rupicapra ) appartient à la famille des Bovidés et est l'une des espèces animales emblématiques des Alpes. Il vit sur les pentes abruptes des montagnes, entre la limite des arbres et les zones rocheuses, mais on le rencontre également dans les régions boisées de moyenne montagne. En Suisse, le chamois est largement répandu dans les Alpes, les Préalpes et le Jura.

Biologie et comportement social

Les chamois vivent en groupes matriarcaux dirigés par des femelles expérimentées. En dehors de la période de rut (novembre/décembre), les mâles vivent souvent seuls ou en petits groupes de célibataires. Les femelles donnent généralement naissance à un seul petit en mai ou juin, rarement à des jumeaux. Les petits suivent leur mère quelques heures après la naissance et deviennent indépendants vers l'âge de six mois.

Les chamois sont d'excellents grimpeurs et peuvent gravir des pentes jusqu'à 80 degrés. Leurs sabots durs et caoutchouteux leur offrent une adhérence optimale sur la roche et la neige. En hiver, ils ralentissent leur métabolisme et utilisent des zones dégagées de neige et exposées au vent pour économiser leur énergie. Les perturbations durant les mois d'hiver, qu'elles soient causées par des skieurs de randonnée, des skieurs hors-piste ou des chasseurs, peuvent leur être fatales car chaque fuite épuise leurs précieuses réserves d'énergie.

chiffres d'inventaire

D'après les statistiques fédérales suisses de la chasse, la Suisse compte environ 86 000 chamois (chiffres de 2022). Leurs populations sont en déclin depuis plusieurs années dans de nombreuses régions des Alpes du Nord-Ouest, tandis qu'elles sont considérées comme stables dans certaines zones des Alpes centrales et orientales. Ces estimations reposent sur des recensements relativement fiables en terrain dégagé au-dessus de la limite des arbres, mais présentent une incertitude considérable en milieu forestier.

Le chamois dans le viseur de la chasse en haute altitude

pression de chasse

Après le chevreuil et le cerf élaphe, le chamois est le troisième animal le plus chassé en Suisse. Environ 12 000 chamois sont abattus chaque année dans le pays, bien que ce nombre varie considérablement d’une région à l’autre. Dans les cantons où la chasse est autorisée, comme les Grisons, le Valais et le Tessin, la chasse au chamois est un élément central de la chasse en haute altitude, une tradition culturelle profondément ancrée dans la culture et chargée d’émotion.

La chasse au chamois se pratique principalement en automne, en haute saison. Dans les Grisons, la chasse aux jeunes chamois et aux femelles est également autorisée, en plus des mâles, bien que les quotas varient selon la région et l'année. Le plan de chasse est établi à partir des résultats de recensements et du nombre d'animaux trouvés morts, données souvent imprécises et ne reflétant pas fidèlement l'évolution réelle de la population.

Le problème de la chasse aux trophées

Les trophées jouent un rôle important dans la chasse au chamois. Les cornes spiralées des chamois mâles (krucken) sont considérées comme des trophées de chasse très prisés. Bien que les plans de chasse officiels insistent sur le fait que l'abattage sélectif n'est pas motivé par la recherche de trophées, la pratique révèle une réalité différente : dans de nombreuses régions, un nombre disproportionné de mâles en pleine force de l'âge sont abattus, ce qui perturbe la structure d'âge de la population et réduit la diversité génétique. L'élimination sélective des mâles les plus forts contredit le principe de la sélection naturelle, selon lequel les animaux les plus aptes se reproduisent le plus fréquemment.

Plus d'informations sur ce sujet : Dossier : La chasse en haute altitude en Suisse

Baisse des cours boursiers : causes et ignorance

changement climatique

Le changement climatique affecte particulièrement durement les espèces montagnardes comme le chamois. La hausse des températures, l'intensification des vagues de chaleur et la modification des conditions d'enneigement ont des répercussions à plusieurs niveaux. Les chamois sont adaptés aux basses températures. Le stress thermique estival les contraint à se réfugier en altitude, dans des zones ombragées, ce qui réduit leur temps de pâturage et épuise leurs réserves énergétiques. La remontée des zones de végétation modifie leurs ressources alimentaires. Au-dessus de la limite des arbres, les chamois trouvent moins de fourrage adapté, tandis que l'expansion du couvert forestier empiète sur leur habitat. La fonte précoce des neiges et la modification des régimes de précipitations peuvent perturber la synchronisation entre la naissance des chevreaux et la disponibilité optimale de nourriture.

Pression des loisirs

Dans les Alpes, les chamois subissent une pression croissante due aux activités de loisirs : le ski de randonnée, les raquettes, le parapente et le VTT empiètent sur des habitats autrefois préservés. Ces perturbations affectent toutes les saisons, mais sont particulièrement graves en hiver. Un chamois contraint de fuir à plusieurs reprises durant l’hiver ne peut reconstituer ses réserves d’énergie et finit par mourir.

Maladies

La cécité du chamois (kératoconjonctivite infectieuse) et la gale du chamois sont des maladies récurrentes qui peuvent entraîner un déclin massif des populations dans certaines régions. La gale du chamois, causée par des acariens, peut décimer des populations entières jusqu'à 80 %. La propagation de ces maladies est favorisée par le stress lié à la chasse récréative et la forte densité animale dans les habitats restants.

Chamois et prédateurs : le lynx comme régulateur naturel

Les faits

Le lynx s'attaque régulièrement au chamois, notamment dans les régions montagneuses boisées. Dans les zones où les populations de lynx sont stables, la pression de prédation sur les chamois est localement perceptible. Les partisans de la chasse récréative exploitent ce fait pour présenter le lynx comme une menace pour les populations de chamois et exiger sa réglementation, voire son abattage.

La classification

Les données scientifiques dressent un tableau plus nuancé. KORA, le Centre suisse de coordination pour l'écologie des carnivores, étudie depuis des années la dynamique prédateur-proie. Si le lynx influence localement les populations de chamois, il n'est pas responsable de leur déclin généralisé. Les principales causes résident dans le changement climatique, la dégradation de l'habitat et la pression cumulative exercée par la chasse récréative et les perturbations. Le lynx s'attaque principalement aux chamois et aux jeunes affaiblis, malades ou âgés, remplissant ainsi une fonction sanitaire qui renforce la population globale. Dans les zones où le lynx régule les populations de chamois et de chevreuils, la forêt protectrice bénéficie d'un broutage réduit, ce qui correspond précisément à l'objectif revendiqué par les chasseurs récréatifs.

La demande de régulation de la population de lynx pour protéger les populations de chamois est donc écologiquement intenable. Elle sert avant tout les intérêts des chasseurs de loisir qui considèrent le lynx comme un concurrent pour « leurs » proies, et non la protection du chamois.

Pour en savoir plus sur ce sujet : Dossier : Le lynx en Suisse et Dossier : Mythes de la chasse

Le chamois dans le conflit forêt-faune sauvage

Tout comme le chevreuil, le chamois est également accusé de causer des dégâts en broutant dans les forêts protégées. Dans les zones où les chamois sont contraints de se réfugier en forêt, car ils perdent leurs habitats ouverts d'altitude en raison des perturbations ou du changement climatique, les dégâts causés par le broutage aux jeunes arbres peuvent s'aggraver. Cependant, cet argument est insuffisant : le problème ne réside pas dans le chamois lui-même, mais dans la réduction de son habitat naturel au-dessus de la limite des arbres, due à la pression des activités récréatives et au changement climatique. La chasse récréative contribue elle-même à repousser les chamois vers la forêt en les chassant des zones ouvertes où ils broutent naturellement. La solution ne consiste pas à augmenter les prélèvements, mais à réduire les perturbations, à protéger les zones de tranquillité et à favoriser les prédateurs naturels.

Pour en savoir plus sur ce sujet : Dossier : Chasse et biodiversité

Souffrance animale lors de la chasse en haute altitude

Conditions de chasse en montagne

La chasse au chamois en milieu montagneux est particulièrement problématique du point de vue du bien-être animal. Les distances de tir sont souvent très longues, la luminosité est variable et le vent imprévisible. Tous ces facteurs augmentent le risque de tirs manqués et d'animaux blessés. Récupérer et pister un animal blessé en terrain escarpé est laborieux, voire impossible. Les chamois blessés qui fuient sur les parois rocheuses peuvent y mourir pendant des heures, voire des jours.

Perturbation et stress

La saison de chasse en haute altitude dure plusieurs semaines et engendre une pression de chasse constante dans les zones concernées. Les chamois, dérangés quotidiennement par les chasseurs de loisir, abandonnent leurs habitats traditionnels, réduisent leur temps de pâturage et épuisent leurs réserves énergétiques nécessaires pour l'hiver. Cette perturbation affecte non seulement les animaux chassés, mais aussi toute la faune montagnarde, notamment les aigles royaux, les bouquetins et les lagopèdes.

Plus d'informations : Dossier : Chasse et bien-être animal et Dossier : Chasse en haute altitude en Suisse

Qu'est-ce qui devrait changer ?

  • Ajustement des quotas de chasse aux tendances démographiques réelles : Dans les régions où les populations de chamois sont en déclin, la chasse récréative doit être immédiatement interdite. Les quotas de chasse fondés sur des recensements inexacts et des compromis politiques ne constituent pas une forme de régulation, mais plutôt une menace pour les populations.
  • Aires de repos fauniques à grande échelle : les chamois ont besoin d’habitats hivernaux préservés pour reconstituer leurs réserves d’énergie. La création d’aires de repos fauniques juridiquement contraignantes – y compris pour les usagers récréatifs – est la mesure la plus efficace pour lutter contre les pressions cumulatives liées à la chasse récréative, au tourisme et aux changements climatiques.
  • Promouvoir le lynx comme régulateur naturel du chamois : Le lynx régule les populations de chamois en forêt de manière plus efficace et durable que n’importe quel programme d’abattage. Au lieu de le combattre comme un concurrent pour ses propres proies, il faut reconnaître son rôle d’espèce clé de voûte et favoriser son expansion.
  • Mettre fin à la chasse aux trophées : le prélèvement sélectif des cerfs les plus forts contredit le principe de la sélection naturelle et perturbe la structure d'âge et la diversité génétique de la population. La chasse récréative doit abandonner cette approche axée sur les trophées.
  • Gestion professionnelle de la faune sauvage plutôt que chasse en haute altitude : le contrôle des populations de chamois doit être confié à des gardes-chasse professionnels intervenant de manière ciblée, planifiée et experte. La chasse en haute altitude, telle qu’elle est pratiquée actuellement – un rituel traditionnel de plusieurs semaines aux conséquences désastreuses – doit être remplacée par des abattages sélectifs.

Argumentation

Sans la chasse récréative, les populations de chamois menaceraient la forêt protectrice. La chasse récréative, par ses perturbations constantes, pousse les chamois à se réfugier en forêt, où ils concentrent leur alimentation. Dans les zones préservées, les chamois vivent principalement au-dessus de la limite des arbres, où ils broutent naturellement. La solution réside dans la réduction des perturbations, et non dans l'augmentation du nombre d'animaux abattus. Le lynx régule les populations de chamois en forêt plus efficacement que la chasse récréative.

Le lynx met en danger les populations de chamois ; sa population doit donc être régulée. KORA documente depuis des années que le lynx s’attaque principalement aux chamois et aux jeunes affaiblis, malades ou âgés, remplissant ainsi une fonction d’hygiène naturelle. Les principales causes du déclin du chamois sont le changement climatique, la dégradation de son habitat et la pression cumulative exercée par la chasse récréative et les perturbations qu’elle engendre. La demande de réguler la population de lynx pour « protéger » les populations de chamois sert les intérêts des chasseurs récréatifs, et non la protection du chamois.

La chasse en haute altitude est une tradition et fait partie intégrante de la culture alpine. Or, la tradition ne saurait contredire les données scientifiques. La chasse en haute altitude, avec sa grande précision en terrain escarpé, perturbe pendant des semaines les habitats les plus fragiles des Alpes, infligeant des souffrances considérables aux animaux blessés par balle et ayant des répercussions négatives sur l'ensemble de la faune montagnarde. La gestion professionnelle de la faune sauvage n'est pas une destruction culturelle, mais une adaptation aux réalités scientifiques et éthiques actuelles.

« Les populations de chamois sont stables – il n’y a pas lieu de s’inquiéter. » Ces estimations sont basées sur des recensements en terrain découvert, qui ne prennent pas en compte les chamois vivant en forêt. Dans les Alpes du Nord-Ouest, les populations sont en déclin depuis des années. Cette affirmation de stabilité ignore les disparités régionales et les effets cumulatifs du changement climatique, de la pression touristique et de la chasse aux trophées.

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Notre revendication

Le chamois est un animal emblématique des Alpes et l'un des symboles des montagnes suisses. Le fait qu'il continue d'être chassé intensivement malgré le déclin de ses populations témoigne de l'influence prépondérante de la chasse récréative sur les politiques de gestion de la faune sauvage. Les recherches montrent que le lynx régule les populations de chamois en forêt plus efficacement que la chasse récréative, que le changement climatique réduit l'habitat du chamois de l'altitude vers le bas, et que la chasse en haute altitude perturbe continuellement pendant des semaines les habitats montagnards les plus fragiles. Un changement systémique vers une gestion professionnelle de la faune sauvage, la création de réserves fauniques et la préservation des prédateurs naturels n'est pas une solution radicale, mais plutôt une adaptation à l'état actuel des connaissances scientifiques. Ce dossier sera régulièrement mis à jour en fonction des nouvelles données, études ou évolutions politiques.

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.