Chasse de loisir au renard : la démarche de Pascal Wolf atteint le Parlement européen
Chaque année, bien plus d'un million de renards meurent en Europe sous les balles des chasseurs de loisir. Le bureau d'un eurodéputé écologiste veut désormais porter le sujet à Bruxelles.
Renard roux dans la neige. Image symbolique : Cody Boileau, Unsplash
Par-delà la frontière
Le 5 août 2026, le juriste lucernois Pascal Wolf a écrit à huit membres du Parlement européen. Son objectif : que la chasse de loisir au renard devienne un sujet de débat à Bruxelles et dans les parlements nationaux. Après un peu plus de deux mois, une seule réponse est parvenue. Elle émane du bureau de l'eurodéputé écologiste autrichien Thomas Waitz, et elle est sans équivoque.
Huit destinataires, une seule réponse
Wolf s'était adressé à des eurodéputés de différents groupes qui s'occupent de protection animale au Parlement : Niels Fuglsang (sociaux-démocrates, Danemark), Anja Hazekamp (Gauche, Pays-Bas), Sebastian Everding (Gauche, Allemagne), Marie Toussaint (Verts, France), Martin Hojsík (Renew, Slovaquie), Jutta Paulus (Verts, Allemagne), Thomas Waitz (Verts, Autriche) et Assita Kanko (CRE, Belgique). Son message était le même que celui qu'il avait auparavant présenté sous forme de pétition dans plus de douze cantons suisses : les justifications habituelles de la chasse au renard, à savoir la régulation des populations, la lutte contre les épizooties et la protection des espèces, ne résistent pas à un examen scientifique.
Le 13 octobre 2026, Clara Schweighofer, cheffe de bureau à Vienne et référente pour la protection animale au sein du bureau de Thomas Waitz, a répondu. Sept eurodéputés n'ont à ce jour pas réagi.
Ce que promet le bureau de Waitz
Le courrier dont dispose Wild beim Wild ne laisse guère de place au doute. La mise à mort massive de renards en Europe n'est « ni scientifiquement justifiée ni éthiquement défendable », peut-on y lire. Les renards ne sont « pas des nuisibles à exterminer » mais une composante d'écosystèmes sains. Les exemples de Genève et du Luxembourg montrent qu'une cohabitation sans chasse systématique est « non seulement possible, mais couronnée de succès ».
Le bureau met tout particulièrement en avant l'évolution en Suisse : le fait que le canton de Zoug ait, à la suite de la pétition de Wolf, commandé une expertise indépendante et ne promeuve plus activement la chasse au renard depuis lors montre, selon lui, « que le changement politique est possible lorsque les citoyennes et les citoyens exigent des décisions fondées sur des preuves ». Les Verts/ALE s'engagent pour un réexamen des réglementations sur la chasse, afin que celles-ci soient justifiées « par une véritable nécessité écologique plutôt que par la tradition ou la commodité ». Ils entendent bâtir des coalitions avec des députés partageant les mêmes idées et des organisations de la société civile afin de porter le sujet à l'agenda européen, et soutenir les efforts de Wolf dans les parlements nationaux, « où se situe encore la majeure partie de la compétence réglementaire ». (Traduction de l'anglais par la rédaction.)
Le dernier membre de phrase est important, et le bureau Waitz le souligne lui-même : dans l'UE, la chasse relève largement des États membres. Le renard roux n'est ni protégé par la directive Habitats, ni l'objet d'une réglementation européenne de la chasse, et la protection animale ne constitue pas une compétence législative autonome de l'Union. Ce que le Parlement européen peut apporter, c'est de la mise à l'agenda : des résolutions, des questions à la Commission, un travail au sein de l'intergroupe sur la protection animale et une pression sur les partis nationaux. C'est précisément ce que vise Wolf.
Le nouveau projet : une interdiction plutôt qu'un mandat d'examen
Wolf a entre-temps fait évoluer son modèle. Les pétitions précédentes demandaient aux cantons d'examiner la nécessité scientifique de la chasse au renard. Le nouveau projet, intitulé « Interdiction de la chasse générale au renard », exige directement cette interdiction et décrit la manière de la mettre en œuvre. Six mesures en constituent le cœur :
- La période de protection du renard roux est étendue à toute l'année sur la base de l'article 5, alinéa 4, de la loi fédérale sur la chasse. L'interdiction englobe la chasse à l'affût, à la passée, au terrier et au piège.
- Des renards isolés ne peuvent être abattus que dans des cas exceptionnels clairement définis, pour écarter un danger concret et important ou pour prévenir des dommages considérables, et uniquement si aucune mesure plus clémente n'est disponible. Chaque intervention est autorisée par écrit, réalisée par le service de la faune et documentée.
- Les renards malades ou blessés ne peuvent être tués que si le service de la faune ou un vétérinaire a constaté qu'il n'existe aucune perspective de guérison. Un permis de chasse ne confère à lui seul pas le droit de procéder à ce constat.
- Les mesures prises au cas par cas ne doivent pas être étendues à des programmes de régulation de la population ou de lutte routinière contre les maladies, sauf si un service spécialisé indépendant en confirme la nécessité par écrit et publiquement.
- Un suivi transparent de la population de renards, des zoonoses, des dégâts causés par la faune et de la biodiversité, avec publication annuelle et rapport au parlement après trois ans.
- Priorité aux mesures non létales : appâts vaccinaux, appâts vermifuges, clôtures, valorisation des habitats, gestion des déchets à l'épreuve des renards.
Le projet est formulé de manière à pouvoir être déposé dans n'importe quel canton avec un minimum d'adaptations. Wolf lui-même écrit qu'il ne sert pas à grand-chose de perfectionner une intervention avant même qu'elle ne soit déposée ; l'essentiel est de la présenter avec une position claire tout en signalant une ouverture quant aux modalités. L'IG Wild beim Wild a remanié le texte sur le plan rédactionnel, l'a adapté au droit fédéral de la chasse et l'a intégré comme motion dans sa collection de textes types pour interventions critiques envers la chasse, avec une justification complète et 26 sources. Les politiciennes et politiciens de tous les cantons peuvent l'y reprendre directement.
Bien plus d'un million de renards par an
L'ampleur du phénomène est à peine connue du public. En Suisse, selon la statistique fédérale de la chasse, entre 15’000 et 25’000 renards sont tués chaque année par des chasseurs de loisir, tirs spéciaux non compris. Pour l'Allemagne, la France, la Pologne et l'Espagne, Wolf arrive, à partir des relevés nationaux respectifs, à un total d'environ 1,3 à 1,4 million d'animaux. À l'échelle européenne, cela représente bien plus d'un million de renards par an dont la mise à mort n'a aucune utilité avérée.
Les preuves à ce sujet sont documentées à plusieurs reprises sur wildbeimwild.com et n'ont pas besoin d'être répétées ici : le rapport SWILD de Zoug, l'ouverture de Bâle-Ville, le modèle genevois depuis 1974 et le Luxembourg, où la prévalence du ténia du renard est passée de 39,7 à 9,8 pour cent depuis l'interdiction de la chasse en 2015. Quatre gouvernements cantonaux n'ont à ce jour répondu à aucune des 30 questions que l'IG Wild beim Wild leur a posées au sujet de leurs refus.
Mise en perspective
Que, sur huit député·e·s contacté·e·s, un seul bureau réponde en dit long sur les priorités du Parlement européen. Que cette unique réponse aille aussi loin sur le fond en dit long sur la qualité des arguments. Wolf, comme il le souligne lui-même, est politiquement très éloigné des Verts. C'est précisément pourquoi il estime que le sujet peut rallier une majorité à travers tout l'éventail politique : ce n'est pas une question de gauche ou de droite, mais une question de preuves, de proportionnalité et de décence envers les animaux non humains.
L'IG Wild beim Wild partage cette appréciation. Une intervention n'a pas besoin de rallier d'emblée une majorité pour produire un effet. Elle oblige les autorités à rendre publiques leurs justifications, et c'est précisément là que tous ceux qui voulaient maintenir la chasse de loisir au renard ont échoué en Suisse. De Glaris à Soleure, aucun gouvernement n'est allé au-delà des généralités. Quiconque examine les chiffres en Europe butera sur le même vide.
Et la suite
Wolf a proposé au bureau Waitz le projet, les sources et un dossier d'information factuel en anglais, en français et en allemand, et a demandé quelles étapes concrètes étaient prévues. Il met expressément ses textes à disposition pour des actions dans tous les pays. En parallèle, il a créé sur X le compte @Endoffoxhunting. L'IG Wild beim Wild documentera les réactions de Bruxelles et les réponses des sept autres député·e·s dès qu'elles parviendront.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans le dossier Alternatives à la chasse de loisir nous montrons des alternatives politiques et pratiques à la chasse de loisir. Ce que dit la recherche à ce sujet est présenté dans La chasse sous l’angle des faits : l’état de la recherche.
La position de l'IG Wild beim Wild : L'IG Wild beim Wild rejette la chasse de loisir. Notre modèle est le canton de Genève, qui se passe de la chasse de loisir depuis 1974 : sans périodes de chasse, sans chiens de chasse, sans battues, sans miradors, sans la maltraitance animale et la criminalité qui font partie, ailleurs, de la saison de chasse. Ce qui fonctionne là-bas depuis plus de cinquante ans réfute tout prise de position de ChasseSuisse. Une association qui fonde sa politique sur des affirmations qu'elle réfute elle-même dans ses propres documents n'est pas un organisme spécialisé, mais une fabrique de désinformation.
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