Psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Fribourg
Dans le canton de Fribourg, bilingue, à caractère rural et remarquablement actif sur le plan cynégétique, la politique de la faune sauvage est pratiquée comme un artisanat : on prolonge les saisons, on augmente les contingents, on autorise les tirs dans les zones protégées et on présente ensuite cela comme une régulation circonspecte. Ce qui est vendu comme une modernisation est en réalité l'érosion progressive des quelques mécanismes de protection restants pour les animaux sauvages. Avec l'accord de la Confédération, bien entendu.
Juridiquement délicate est la pratique d'autoriser des tirs dans les districts francs fédéraux : dans le district franc de Hochmatt-Motélon, vingt animaux peuvent exceptionnellement être abattus pendant la saison du cerf. Ce qui est formulé comme exception se répète année après année. Qui fait assez longtemps des exceptions crée une nouvelle normalité. La catégorie « zone protégée » perd sa signification lorsqu'elle est régulièrement criblée d'autorisations spéciales.
Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle des populations
Contingents, quotas, contrôle : comptabilité au lieu d'écologie
Pour la chasse au chamois dans le canton de Fribourg, 223 animaux ont été alloués au total pour la saison 2025/26 dans la région de montagne et la colonie de plaine Petite Singine, une augmentation par rapport à l'année précédente (214). Pour le cerf, des quotas précis s'appliquent selon le sexe et l'âge : 35 cerfs, 35 daguets, 80 biches ou bichettes, 70 faons. Cela ressemble à de la science. C'est de la comptabilité.
Du point de vue de l'éthique animale, la contingentement par sexe et âge est particulièrement problématique : il reproduit la logique d'un élevage, non celle d'un écosystème de faune sauvage. Qui prescrit combien de femelles, combien de faons et combien de mâles doivent être abattus ne régule pas une population, mais la transforme selon les préférences cynégétiques. Le résultat est un cheptel sauvage qui correspond aux désirs des chasseurs de loisir, non aux exigences d'un habitat intact.
Le cormoran comme symptôme de la hiérarchie des espèces
La saison de chasse 2025/26 a apporté une nouveauté frappante dans le canton de Fribourg : la période de chasse au cormoran a été prolongée, il peut désormais être chassé de septembre à fin février, soit pratiquement tout le semestre d'hiver. Justification : l'effectif de cormorans croît rapidement et génère un « besoin de régulation » dans le périmètre intercantonal.
Psychologiquement, le cas du cormoran illustre la hiérarchie cynégétique des espèces. Ce ne sont pas le statut de protection, l'évaluation scientifique de mise en danger ou la fonction écologique qui déterminent quels animaux peuvent être chassés, mais la question de savoir si un animal entre en concurrence avec les intérêts cynégétiques. Le cormoran mange des poissons que les pêcheurs amateurs veulent attraper. Il est donc déclaré espèce chassable. Ainsi l'administration de la chasse construit continuellement de nouveaux « besoins de régulation », qui sont en réalité des conflits d'intérêts entre groupes amateurs et animaux sauvages.
Opposants au loup et la pétition intercantonale
Le 9 mars 2023, une pétition d'opposants au loup a été déposée à la Chancellerie d'État du canton de Fribourg, adressée simultanément au canton de Vaud et exigeant des mesures immédiates pour l'élimination des loups dans la région de la Broye. La réaction politique des autorités fribourgeoises : silence assourdissant envers le camp critique de la chasse et ouverture discrète envers les pétitionnaires.
Psychologiquement, cette pétition est un cas d'école dans l'entretien d'un bouc émissaire collectif. Les « mesures immédiates d'élimination » ne sont pas une revendication de droits des animaux sauvages, c'est un ordre comportemental aux autorités d'exterminer un prédateur protégé. Quand une administration cantonale accueille de telles exigences sans s'y opposer publiquement, elle envoie un signal : pour les opposants au loup, les portes sont ouvertes. Cela sape non seulement la protection juridique du loup, mais aussi la crédibilité de l'ensemble du système de protection de la faune sauvage.
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Le bilinguisme comme opportunité manquée
Fribourg est le seul canton qui communique systématiquement dans deux langues et diffuse ainsi des messages de politique cynégétique dans un espace culturel plus large que les cantons unilingues. Cette portée n'est pas utilisée pour relier les différentes philosophies des droits des animaux sauvages des espaces germanophone et francophone. Au lieu de cela, la communication administrative transporte dans les deux langues le même narratif : la régulation est nécessaire, la chasse de loisir est protection de la nature, les animaux sont des effectifs.
La Romandie connaît les positions critiques de la chasse par observation directe : Genève a interdit la chasse et fonctionne. Fribourg, en tant que canton bilingue, aurait la possibilité de traduire cette expérience vers la partie germanophone de la Suisse et de donner un poids politique aux arguments critiques de la chasse. Au lieu de cela, on choisit le rôle plus confortable de l'instance administrative, qui sonne pareil dans les deux langues : sobre, factuelle et parfaitement inattaquable.
Permis d'été sanglier : chasse de loisir sans interruption
Dans le canton de Fribourg, la chasse au sanglier en été est autorisée certains jours de la semaine (lundi, mardi, jeudi, samedi) en plaine et en montagne hors forêt au mois de juillet. S'y ajoutent des abattages pour la régulation dans les zones protégées avec l'accord de la Confédération. De facto, il n'existe plus de véritable période de protection pour le sanglier dans le canton de Fribourg.
Psychologiquement, cette évolution est symptomatique de la normalisation rampante de la chasse toute l'année. Ce qui commence comme «exception pour les situations de dommages» devient une pratique habituelle, de la chasse d'été naît un contingent supplémentaire, et du contingent naît un droit acquis. La frontière entre période de protection et période de chasse est déplacée année après année, jusqu'à ce qu'elle n'existe plus que sur le papier.
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Fribourg comme miroir d'une contradiction administrée
La psychologie de la chasse de loisir dans le canton de Fribourg n'est pas un cas particulier local, mais un révélateur de la contradiction entre promesses de protection et pratique cynégétique. Des zones protégées trouées chaque année par des exceptions, un cormoran qui devient gibier parce qu'il mange des poissons, et une pétition contre le loup accueillie sans rejet public : tout cela compose un tableau de double morale institutionnelle et de complaisance politique.
Là où la science, l'éthique animale et le contrôle démocratique seraient pris au sérieux, ce système devrait être fondamentalement remis en question. Le canton de Fribourg aurait, avec son bilinguisme et sa proximité avec Genève sans chasse, les meilleures conditions pour engager un débat sociétal honnête sur la chasse de loisir. Au lieu de cela, il choisit le langage de l'administration et appelle cela gestion de la faune.
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