Psychologie de la chasse récréative dans le canton de Glaris
Glaris est un canton de contradictions. Il abrite la réserve faunique de Freiberg, la plus ancienne d'Europe, créée en 1548. Environ 18 % de sa superficie est classée en réserve de chasse fédérale. Parallèlement, les chasseurs amateurs se félicitent de leurs « pratiques de chasse libérales et efficaces », et le canton ouvre certaines parties de la zone protégée à la chasse. Psychologiquement, Glaris révèle un schéma fondamental : la conservation est célébrée tant qu'elle ne remet pas en cause le système de chasse. Dès qu'elle le fait, elle est démantelée.

Dans le canton de Glaris, la chasse se pratique avec un permis de chasse .
Un permis de chasse est valable pour une saison de chasse. Quatre gardes-chasse cantonaux supervisent la chasse et la protection de la faune sauvage. En 2024, les chasseurs de loisir ont prélevé un total de 1 304 ongulés : 324 cerfs élaphes, 532 chamois, 448 chevreuils, 14 bouquetins et 65 marmottes. Par ailleurs, les gardes-chasse ont abattu 169 animaux dans les réserves de chasse.
Freiberg Kärpf : Quand la protection devient un moyen de pression
Le 15 août 1548, le landammann Joachim Bäldi proposa au conseil de Glaris de faire de la région du Kärpf une réserve de chasse . La croissance démographique, l'expansion des alpages et l'introduction des armes à feu avaient rendu nécessaire l'interdiction de la chasse au chamois et à la marmotte. Près de 500 ans plus tard, le Kärpf de Freiberg, avec ses 106 kilomètres carrés, est l'une des plus grandes réserves de chasse de Suisse. On y trouve des bouquetins, des chamois, des cerfs élaphes, des chevreuils, des marmottes, des aigles royaux, des gypaètes barbus et des loups.
En 2023, un événement s'est produit qui doit être interprété psychologiquement comme un démantèlement du concept de conservation : le Conseil fédéral a retiré une zone de huit kilomètres carrés près d'Elm de la réserve de chasse de Kärpf. Simultanément, une zone d'une superficie équivalente dans la vallée de Chrauchtal a été placée sous protection. Le canton a ensuite autorisé la « chasse quotidienne aux ongulés » dans l'ancienne réserve. La justification officielle : la zone était une « zone de loisirs touristiques intensifs ».
Psychologiquement, ce processus est révélateur à plusieurs égards. Premièrement, la protection devient un enjeu de négociation : ce qui était valable depuis 475 ans est réattribué au profit du tourisme et de la chasse. La logique de compensation (« une superficie équivalente protégée ailleurs ») suggère une équivalence, mais ignore le fait que les animaux sauvages ne tiennent pas compte des frontières administratives. Deuxièmement, la justification de « zone de loisirs touristiques intensifs » témoigne d’un changement de priorités significatif : l’accent n’est plus mis sur la protection de la faune sauvage, mais sur l’accessibilité de l’espace pour les visiteurs. Troisièmement, ce processus banalise l’empiètement sur les aires protégées. Une fois ouvertes, ces empiètements deviennent rarement l’exception.
« La chasse libérale » : l’efficacité comme fin en soi
Le président de l'Association de chasse de Glaris, Fritz Stüssi, a résumé l'image que son organisation se faisait d'elle-même en 2023 par une formule remarquable : « La préservation et la pérennisation de notre système libéral de permis de chasse à Glaris, qui demeure pertinent aujourd'hui – mission première de l'Association de chasse de Glaris – ont une fois de plus été un succès retentissant en 2022. » Il a déclaré que le « seul paramètre mesurable » était le nombre d'animaux abattus, et que cela montrait que « malgré l'importante population de loups, la réglementation actuelle de la chasse est toujours sur la bonne voie. »
Psychologiquement, ce passage contient plusieurs affirmations clés. Premièrement, la chasse sous permis est présentée comme « moderne » et « digne de missions essentielles », sans qu'aucun critère ne soit fourni pour cette appréciation. Deuxièmement, le nombre d'animaux tués est érigé en unique mesure du succès : beaucoup de victimes équivaudraient à une bonne chasse. La souffrance animale, l'impact écologique, la dynamique des populations et les alternatives sont totalement ignorés. Troisièmement, le loup est mentionné, mais uniquement comme un facteur perturbateur qui aurait été « malgré tout ». Le fait que le loup contribue réellement au déclin de sa population n'est pas reconnu. La chasse récréative demeure la seule vertu.
Les meutes de loups de Kärpf et Schilt : la régulation proactive comme réflexe
Deux meutes de loups se sont établies dans le canton de Glaris : Kärpf et Schilt. Dans la plus ancienne réserve faunique d’Europe, les loups chassent à présent, remplissant ainsi la fonction même pour laquelle le territoire a été créé : la protection de l’équilibre écologique. Mais au lieu de se réjouir de ce retour, le canton a réagi en demandant la régulation de la population de loups.
En 2023, le canton de Glaris a sollicité l'autorisation de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) pour l'abattage de louveteaux issus des deux meutes. Cinq louveteaux avaient été recensés dans la meute de Kärpf et trois dans celle de Schil. Le motif invoqué était que les deux meutes avaient attaqué le bétail malgré les mesures de protection des troupeaux. L'OFEV a autorisé l'abattage de deux louveteaux de la meute de Kärpf et d'un de celle de Schil. En 2025, la gestion proactive s'est poursuivie : l'abattage de cinq louveteaux des meutes de Kärpf et de Chöpfenberg a été autorisé.
D'un point de vue psychologique, il est remarquable que les attaques de loups sur le bétail dans le canton de Glaris aient diminué de 80 % en 2024 par rapport à l'année précédente, comme l'a confirmé Pro Natura. Les mesures de protection des troupeaux sont efficaces. Pourtant, la réglementation persiste. Cela montre que la gestion du loup suit une logique de contrôle, et non une logique fondée sur les dégâts. Tant que le loup sera perçu comme une menace pour la chasse récréative, il sera réglementé, que les dégâts augmentent ou diminuent.
Abattage des cormorans : quand un oiseau devient un bouc émissaire
En 2024, le canton de Glaris a de nouveau ordonné l'abattage des cormorans le long du canal de Linth. Il a justifié cette mesure par le déclin « dramatique » de la population d'ombres communs ; or, en 2023, on n'en comptait qu'une soixantaine dans le canal de Linth, soit une diminution de 95 % en dix ans. Le cormoran a été désigné comme principal suspect.
Psychologiquement, ce rejet de la responsabilité est un mécanisme classique de désignation d'un bouc émissaire. Le déclin des populations d'ombres communs a de multiples causes : l'aménagement des cours d'eau, l'élévation de la température de l'eau due au changement climatique, la pollution par les pesticides et la destruction de leur habitat. Le cormoran est un piscivore naturel qui a toujours fait partie intégrante de l'écosystème. Le désigner comme le principal problème exonère les autorités de toute responsabilité quant aux problèmes environnementaux structurels. Abattre un oiseau est moins coûteux et politiquement plus facile que de restaurer un cours d'eau à son état naturel. Ce transfert des causes systémiques vers des espèces animales individuelles est un schéma fondamental de la psychologie de la chasse.
Chamois : Modification du sex-ratio due à la pression de chasse
La population de chamois du canton de Glaris présente un déséquilibre du sex-ratio : on compte nettement moins de mâles que de femelles. Le canton attribue ce phénomène à la pression de la chasse. En conséquence, la pression de la chasse sur les chamois en dessous de la limite des arbres est accrue afin de réduire les dégâts causés par le broutage en forêt. Parallèlement, la régénération du sapin blanc, en particulier, est jugée insuffisante.
Psychologiquement, cela révèle un paradoxe bien connu : la chasse crée un déséquilibre entre les sexes car les mâles sont abattus de préférence comme trophées. Parallèlement, la pression démographique qui en résulte sert à justifier une chasse encore plus intensive. Le canton diagnostique le problème (« déséquilibre des sexes »), en identifie même la cause (« pression de chasse »), mais au lieu d’en tirer la conclusion nécessaire (réduire la chasse), il intensifie les mesures. Cette attitude est psychologiquement cohérente avec un système incapable de remettre en question sa propre existence.
Gardes-chasse dans les réserves de chasse : quand la protection se transforme en fusillade
En 2024, les gardes-chasse du canton de Glaris, appuyés par des chasseurs bénévoles, ont procédé à l'abattage de 169 animaux dans les réserves de chasse. Justification : pour empêcher les cerfs, les daims et les chamois de « détruire la forêt protectrice », il a fallu procéder à cet abattage.
Psychologiquement, la participation de chasseurs de loisir bénévoles aux abattages sélectifs au sein des réserves de chasse constitue une contradiction structurelle. Par définition, une réserve de chasse est un lieu où la chasse de loisir est interdite. Lorsque ces mêmes chasseurs, qui pratiquent la chasse de loisir en dehors de la réserve, interviennent comme « soutien bénévole » auprès des gardes-chasse à l'intérieur de celle-ci, la frontière entre protection et utilisation devient floue. La réserve de chasse se transforme alors en une construction administrative perméable dans les faits. Le modèle genevois démontre que les gardes-chasse professionnels peuvent accomplir ces tâches sans l'aide de chasseurs de loisir.
Glarus comme paradoxe
Aucun autre canton n'incarne aussi clairement la contradiction entre les principes de conservation et les pratiques de chasse que Glaris. Ce canton, pionnier de la protection de la faune sauvage dès 1548, ouvre aujourd'hui certaines parties de son aire protégée à la chasse. Il abrite des meutes de loups qui protègent la forêt, tout en régulant leurs effectifs. Il constate un déséquilibre des sexes chez les chamois, lié à la chasse, et accroît la pression de celle-ci. Il impute le déclin des populations d'ombres communs au cormoran au lieu de restaurer l'équilibre écologique des cours d'eau.
Le « permis de chasse libéral de Glaris » est, psychologiquement parlant, un système qui affirme constamment son manque d'alternatives. Le massif du Kärpf a prouvé depuis près de 500 ans que les animaux sauvages peuvent vivre sans chasse récréative. Le fait que le canton n'applique pas cette expérience au reste de son territoire, mais qu'il restreigne au contraire progressivement la zone protégée, démontre la forte influence du discours sur la chasse. Ce ne sont pas les faits, mais l'identité qui dicte la politique.
Plus d'informations à ce sujet dans le dossier : Psychologie de la chasse
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