4 avril 2026, 04:28

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Loup Suisse : faits, politique et limites de la chasse

Le loup est de retour en Suisse et avec lui un débat passionné où s'entremêlent faits, émotions et intérêts de lobbying. Alors qu'une partie de la classe politique préférerait revenir à une chasse généralisée, les chercheurs et organisations de protection animale rappellent les obligations internationales, les modèles de protection des troupeaux qui fonctionnent et le rôle écologique central du loup.

Ce dossier rassemble analyses, études et recherches de wildbeimwild.com et les replace dans le contexte de la politique cynégétique suisse, de la Convention de Berne et de la politique européenne du loup.

Ce qui vous attend ici

  • Retour du loup : effectif et répartition : Environ 30 meutes et 300 loups en 2023 dans les Alpes, Préalpes et Jura, meute de la Calanda comme modèle de réussite, études comportementales sur la méfiance envers l'homme.
  • Lignes de front politiques : qui chasse le loup ? Bilan valaisan du loup 2025/2026, plus de 200 scientifiques contre la classification de la loi sur la chasse, initiative cantonale « Fini le loup, c'est parti ! », Darbellay et Regazzi comme acteurs politiques.
  • Protection des troupeaux : ce qui fonctionne vraiment : Modèle de la Calanda, coûts abattage vs. protection des troupeaux, 4’000 moutons annuellement par maladie/chute vs. 336 attaques de loups, exemples internationaux.
  • Cadre juridique : Convention de Berne et loi sur la chasse : Concept Loup Suisse 2008, révision LChP 2020, Convention de Berne oct. 2024, procédure d'enquête Conseil de l'Europe déc. 2024, déclassement UE 2025.
  • Tirs erronés, jeunes animaux et éthique : Tirs erronés Marchairuz/Moesola 2022, régulation de base comme abattage systématique de jeunes animaux.
  • Agriculture de montagne et conflits structurels : Loup comme bouc émissaire pour problèmes structurels non résolus, paiements directs, politique de localisation.
  • Lobby de la chasse et opacité : le Valais comme étude de cas : Critique DJFW 2016, fusion chasse de loisir et mandat souverain, psychologie de la culture cynégétique.
  • Perspective internationale : l'Europe en guerre contre le loup : Suède chasse sous licence interrompue, loup de recherche «Andrea» Carinthie, braconnage Poschiavo.
  • Argumentaire : Réponses aux objections les plus fréquentes de la politique d'abattage.
  • Liens rapides : Tous les articles pertinents, dossiers et sources externes.

Retour du loup : effectif et répartition

Depuis le milieu des années 1990, le loup revient naturellement en Suisse – principalement via l'Italie et la France. Les données de monitoring montrent que la population s'est d'abord étendue lentement, puis nettement plus rapidement. En 2023, environ 30 meutes et quelque 300 loups au total ont été enregistrés, principalement dans les Alpes, les Préalpes et le Jura.

L'expansion varie très fortement selon les régions. Dans le canton des Grisons, la meute de Calanda est considérée comme la première meute sédentaire des temps modernes. Malgré environ 1500 moutons sur le territoire, la meute n'a fait que 37 victimes parmi le bétail en cinq ans – résultat direct d'une protection des troupeaux conséquente. Les programmes d'abattage se concentrent en revanche particulièrement sur le Valais, où la pression politique et le lobby de la chasse sont particulièrement forts. Dans le Jura, seules deux meutes sont établies – Marchairuz et Risoux –, dont les loups alpha ont été tués en 2022 par des tirs erronés ou transfrontaliers, ce qui a mis en danger aigu l'effectif lupin régional.

Les loups évitent les humains – la recherche est formelle

Les études comportementales prouvent que les loups évitent systématiquement les humains. Des expériences avec des enregistrements de voix humaines montrent des réactions de fuite marquées – nettement plus fortes qu'avec des aboiements de chiens ou des chants d'oiseaux. Cette timidité persistante contraste fortement avec la rhétorique publique du «loup à problème» et rend évident que : les conflits naissent surtout là où élevage sans protection, intérêts cynégétiques et pression politique se rencontrent.

En savoir plus : Loup : fonction écologique et réalité politique et Chasse spéciale dans les Grisons

Lignes de front politiques : qui chasse le loup ?

Dans plusieurs cantons, politique et lobby de la chasse tentent de sortir le loup du régime de protection strict et de l'intégrer dans une logique cynégétique ordinaire. Le bilan lupin valaisan 2025/2026 en est exemplaire : sous l'étiquette «régulation proactive», des meutes entières et de nombreux jeunes ont été libérés à l'abattage en quelques mois – ce qui équivaut factuellement à un affaiblissement systématique de la population suisse. Rien que pendant la période de régulation 2025/2026, le canton du Valais a fait tuer 27 loups : trois par ordonnance d'abattage individuel, 24 via la soi-disant régulation d'effectif de meutes entières.

Science contre loi sur la chasse

Plus de 200 scientifiques critiquent dans une lettre ouverte le fait que des espèces menacées comme le loup n'ont pas leur place dans la loi sur la chasse, car la chasse aggrave plutôt les conflits qu'elle ne les résout. Dans l'article «Pourquoi les espèces menacées n'ont pas leur place dans la loi sur la chasse» wildbeimwild.com approfondit précisément cette ligne de conflit. La critique centrale : les abattages détruisent les structures sociales, ce qui mène à une reproduction accrue, à l'immigration et à un comportement instable – exactement l'inverse de ce qui est vendu comme «régulation».

Initiative cantonale «Wolf fertig, lustig!»

Dès 2016, le canton du Valais exigeait avec l'initiative cantonale «Wolf fertig, lustig!» d'abolir le statut de protection du loup et de renégocier la Convention de Berne. La Commission de l'environnement du Conseil national (CEATE) a approuvé cette motion à une courte majorité – Pro Natura a qualifié cela de «motion d'extermination». Le Conseil fédéral avait déjà créé en 2012 et 2013 des possibilités d'abattre des loups individuels en cas de dommages considérables, sans toucher au régime de protection fondamental.

Christophe Darbellay et Fabio Regazzi

Au centre de la chasse politique au loup se trouvent des politiciens du centre comme Christophe Darbellay (PDC Valais) et Fabio Regazzi (PDC Tessin). Tous deux issus d'un parti qui se met en scène comme gardien des valeurs chrétiennes, ils poursuivent cependant dans la politique du loup une politique d'intérêts intransigeante en faveur du lobby de la chasse et du secteur de l'élevage. Darbellay n'est pas seulement le responsable politique des programmes d'abattage valaisans, mais également chasseur de loisir lui-même. Dans l'article «La guerre au loup de Christophe Darbellay : polémique contre les faits» wildbeimwild.com montre comment des événements isolés délibérément émotionnalisés sont amplifiés et les évaluations scientifiques évincées, afin de créer une atmosphère de menace permanente.

Regazzi, ancien président de chasse du canton du Tessin, propage le modèle suédois du loup comme référence – précisément ce modèle qui a été arrêté par les tribunaux pour violations des prescriptions de l'État de droit et de la protection des espèces. L'article «Fabio Regazzi et la politique du loup des tirs précipités» documente comment les interventions de Regazzi déplacent systématiquement la politique de la faune sauvage de la protection vers la minimisation.

Deux logiques s'affrontent

Aux niveaux fédéral et cantonal, deux logiques s'affrontent ainsi : une politique centrée sur la chasse qui traite le loup comme un «chiffre d'effectif», et une perspective orientée vers la protection de la nature qui place au centre les structures sociales de meute, la protection des troupeaux et les obligations internationales de protection des espèces.

Plus d'informations : Bilan valaisan du loup : chiffres d'un massacre et Le lobby des chasseurs en Suisse : comment fonctionne l'influence

Protection des troupeaux : ce qui fonctionne vraiment

La Suisse dispose d'un large éventail de mesures de protection des troupeaux éprouvées : clôtures électriques, enclos de nuit, chiens de protection des troupeaux, gardiennage et formes de pâturage adaptées. La meute de Calanda dans les Grisons prouve que ces mesures fonctionnent même dans une région riche en loups avec environ 1500 moutons.

Dans le débat politique, la protection des troupeaux est souvent rejetée comme «trop chère», «impraticable» ou «impossible dans les régions alpines escarpées». La réalité montre cependant : ce n'est pas la protection des troupeaux qui échoue, mais la mise en œuvre et le financement conséquents. En Valais, 3,2 postes à temps plein ont certes été créés pour soutenir le service, mais la majorité des 13'390 heures de travail en 2025 a été consacrée à la gestion et à la régulation des loups – pas au conseil en protection des troupeaux. En calculant avec des coûts complets conservateurs de 60 à 80 francs par heure, le massacre des loups en Valais engloutit à lui seul en 2025 entre 0,8 et un peu plus de 1 million de francs d'argent public. L'abattage d'un seul loup coûte au contribuable en Suisse environ 35'000 francs.

Les attaques de loups en perspective

Pro Natura détient à ce sujet un chiffre important : selon les études, environ 4000 moutons périssent chaque année dans les montagnes suisses de maladies, chutes ou intempéries, notamment à cause d'un manque de soins. Les 336 attaques d'animaux de rente par des loups en 2022 (le deuxième chiffre le plus élevé depuis 1998) semblent modestes en comparaison. Particulièrement révélateur : 174 attaques concernaient le Valais, 54 le canton d'Uri, là majoritairement attribuables à un seul animal (loup M58) qui a entre-temps émigré en Autriche.

Chiens de protection des troupeaux : bénéfices et effets secondaires

Les chiens de protection des troupeaux sont un élément central de la gestion non-létale des loups, mais apportent aussi des conflits : il arrive occasionnellement des rencontres avec des randonneurs, ce que le lobby de la chasse instrumentalise régulièrement comme argument contre la protection des troupeaux. Par une formation professionnelle, une signalisation claire et des stratégies de pâturage adaptées, ces problèmes peuvent cependant être nettement minimisés.

Modèles internationaux

Dans d'autres pays européens, des projets démontrent que la coexistence avec les prédateurs est possible lorsque volonté politique, financement et approches participatives se conjuguent. En Italie, les mesures de protection des troupeaux sont encouragées depuis des décennies, en Espagne il existe des programmes efficaces de prévention des conflits. La Suisse pourrait apprendre de ces expériences au lieu de miser sur une logique cynégétique considérée scientifiquement comme inefficace.

Pour en savoir plus : Protection des troupeaux en Suisse et Alternatives à la chasse : Ce qui aide vraiment, sans tuer d'animaux

Cadre juridique : Convention de Berne et loi sur la chasse

Le loup est protégé en Suisse par la Convention de Berne (1979). Cette obligation de droit international interdit en principe l'abattage intentionnel de loups et n'autorise des exceptions que dans des conditions strictes : lorsqu'aucune autre solution satisfaisante n'existe, que la sécurité publique est menacée ou que des dommages considérables au bétail surviennent. En outre, il faut dans tous les cas s'assurer que l'état de conservation de l'espèce ne soit pas compromis.

La Convention de Berne a confirmé expressément en octobre 2024 : les abattages « proactifs » – c'est-à-dire l'abattage préventif sans dommage concret – sont illégaux. En décembre 2024, le Comité de la Convention de Berne a ouvert une procédure d'enquête contre la Suisse car le système de régulation en vigueur est considéré comme non conforme à la Convention.

Loi suisse sur la chasse et concept loup

La loi suisse sur la chasse (LChP) classe le loup comme espèce protégée, mais permet depuis 2012 sous certaines conditions des abattages individuels. Le concept Loup Suisse de 2008 règle le seuil de dommage : 25 animaux de rente tués en un mois ou 35 animaux de rente en quatre mois autorisent l'ordonnance d'abattage, mais seulement si toutes les mesures de protection techniquement possibles, praticables et finançables ont été prises.

Avec la révision de la loi sur la chasse de 2020, les possibilités d'abattage ont été étendues : les jeunes loups d'une meute peuvent sous certaines conditions également être abattus s'ils se tiennent régulièrement près des agglomérations. Cette « régulation proactive » fait l'objet de critiques car elle ne se base plus sur des dommages concrets mais intervient préventivement dans les structures de meute – et se trouve ainsi en contradiction directe avec la Convention de Berne.

Dimension européenne

Au niveau de l'UE, le loup est protégé par la directive Habitats-Faune-Flore. Les États membres doivent assurer un état de conservation favorable et ne peuvent autoriser des prélèvements que dans des conditions strictes. Plusieurs arrêts de la CJUE ont confirmé que les abattages ne sont légaux que si les mesures alternatives sont épuisées et que la population n'est pas menacée.

Déclassement du statut de protection : ce qu'il signifie – et ce qu'il ne signifie pas

En 2025, le statut de protection du loup dans l'UE a été abaissé de « strictement protégé » à « protégé ». Les organisations de protection de la nature comme la Large Carnivore Initiative for Europe ont qualifié ce déclassement de « prématuré et défaillant », plus de 700 scientifiques ont exprimé leurs préoccupations dans des lettres ouvertes. Il est crucial de retenir que l'obligation d'assurer un état de conservation favorable demeure même après le déclassement. Qui interprète le déclassement comme un laissez-passer pour une chasse au loup généralisée mécomprend le droit – ou le fait délibérément.

Pour en savoir plus : Le loup en Europe : statut de protection, conflits et pression politique et Chasse illégale au loup en Suisse

Tirs erronés : système, pas défaillance

En 2022, au moins trois loups ont été abattus de manière incorrecte en Suisse. Dans le canton de Vaud, fin novembre, le loup dominant de la meute de Marchairuz a été abattu par erreur, alors qu'un jeune animal aurait dû être tué. En octobre, dans le canton des Grisons, le mâle dominant de la meute de Moesola a été abattu au lieu d'un jeune loup. En mars, en Valais, un loup non autorisé à l'abattage a été tué.

Le Groupe Loup Suisse (GLS) a qualifié ces abattages d'illégaux : d'autres animaux que ceux autorisés à l'abattage ont été tués. Les abattages d'animaux dominants sont bien plus lourds de conséquences que les abattages de jeunes, car ils peuvent conduire à la dissolution de meutes entières. Pour les deux meutes de loups de l'arc jurassien – Marchairuz et Risoux – cela signifiait une mise en danger aiguë de l'ensemble du stock régional de loups, car dans les deux meutes, des animaux dominants ont été tués en 2022.

Ces tirs erronés ne sont pas un hasard, mais l'expression d'un système qui mise sur la quantité plutôt que sur la qualité : quand des quotas d'abattage doivent être remplis, que les conditions de visibilité sont mauvaises et que la pression politique est élevée, de mauvais animaux sont aussi tués. La responsabilité n'incombe pas seulement aux tireurs individuels, mais aux structures politiques et administratives qui permettent et légitiment cette pratique.

Plus d'informations : Lois de chasse et contrôle : Pourquoi l'autocontrôle ne suffit pas et Accidents de chasse en Suisse

Jeunes animaux dans le viseur : éthique sens dessus dessous

Il est particulièrement troublant que les jeunes animaux soient tués non seulement dans des meutes problématiques avec des attaques répétées, mais aussi dans le cadre d'une «régulation de base» dans des meutes qui n'ont causé aucun dommage grave. Ainsi, de jeunes loups sont tués avant d'avoir eu la chance d'apprendre comment leur meute interagit avec le bétail et le paysage. Or, ces processus d'apprentissage sont cruciaux pour que les conflits diminuent à long terme.

Une éthique digne de ce nom définirait les jeunes animaux comme une ligne rouge : qui s'en prend à eux blesse non seulement l'individu, mais l'avenir de toute la population. La pratique valaisanne inverse ce principe : les jeunes animaux deviennent le groupe cible privilégié, car ils sont les plus faciles à atteindre et fournissent statistiquement rapidement du «succès». Parler ici de régulation occulte que le fondement de toute responsabilité morale – protéger les plus faibles – est consciemment ignoré.

Du bilan des loups valaisans 2025/2026 il ressort comment la logique de la chasse s'infiltre dans la gestion étatique des animaux sauvages : les animaux sauvages deviennent des effectifs, les conflits des dossiers, la régulation des plans d'abattage.

Plus d'informations : Chasse et protection animale : Ce que la pratique fait aux animaux sauvages et Animaux sauvages, angoisse de mort et absence d'anesthésie

Loup et agriculture de montagne : conflits structurels

Les conflits entre le loup et l'agriculture de montagne sont réels, mais leurs causes sont plus profondes que la simple présence de prédateurs. L'agriculture de montagne suisse est sous pression structurelle depuis des décennies : mort des exploitations, dépendance aux paiements directs, topographie escarpée et concurrence internationale caractérisent le quotidien de nombreuses exploitations. Dans ce contexte, le loup devient une surface de projection pour des problèmes structurels non résolus et la cible d'une politique cynégétique qui sape les standards minimaux scientifiques et éthiques.

Ni le rôle des paiements directs et de la politique de localisation, ni la responsabilité des modes de gestion dans les conflits avec les prédateurs ne sont sérieusement discutés. Le loup assume le rôle du bouc émissaire qu'on évacue du système avec un vocabulaire technique – «régulation de base», «mise en œuvre complète». Au lieu d'investir systématiquement dans la protection des troupeaux, la conduite du pâturage, le conseil et les adaptations structurelles, le loup devient l'ours à problème qu'il faut maintenir «sous contrôle» par des tirs planifiés avec précision administrative.

Les véritables questions sur le type d'agriculture que nous souhaitons promouvoir en zone de montagne escarpée, sur la façon d'adapter l'élevage aux prédateurs et sur la place que peut occuper la chasse de loisir dans un État de droit moderne restent sans réponse.

En savoir plus : Le paysage culturel comme mythe et Mythes cynégétiques : 12 affirmations à examiner de manière critique

Lobby cynégétique et opacité : le Valais comme étude de cas

La politique cynégétique suisse est largement façonnée par les associations de chasseurs, qui disposent d'accès directs aux gouvernements cantonaux, aux commissions et aux groupes parlementaires. En Valais, l'imbrication entre l'administration de la chasse, la politique et l'administration est particulièrement étroite : le Service de la chasse, de la pêche et de la faune (SCPF) a été massivement critiqué en 2016 par la commission de gestion pour sa direction faible, les problèmes d'alcool de certains garde-faune et son administration dépassée.

Avec les garde-faune professionnels et les groupes de chasseurs de loisir, le canton crée une infrastructure axée sur la chasse dont la mission principale n'est pas la protection, mais l'abattage efficace. Lorsque la mission souveraine et la chasse de loisir fusionnent en une alliance avec un objectif commun, celui-ci est : tuer le plus de loups possible, le plus facilement possible, le plus silencieusement possible.

L'article «Psychologie de la chasse dans le canton du Valais» analyse comment des schémas profondément ancrés de domination, d'identité et de communauté façonnent la culture cynégétique. Le retour du loup est perçu comme une menace à cet ordre car il remet en question le contrôle du « propre » territoire. Les campagnes émotionnalisées, où des attaques isolées de loups sont dramatisées en « agressions », alimentent des images de peur archaïques et détournent l'attention des problèmes structurels.

En savoir plus : Comment les associations de chasseurs influencent la politique et l'opinion publique et Psychologie de la chasse

Perspective internationale : l'Europe en guerre contre le loup

La politique du loup en Suisse n'est pas un cas isolé, mais fait partie d'un schéma européen dans lequel les associations de chasseurs, le lobby agricole et les politiciens populistes tentent ensemble de saper la protection des espèces. En Autriche, le lobby cynégétique se réorganise sous le nouveau président Anton Larcher et propage « la science plutôt que l'émotion » comme slogan, tandis que le loup, l'ours et le droit des armes sont intégrés dans un régime de contrôle cynégétique. Le loup de recherche « Andrea », qui avait été équipé d'un collier GPS par l'Université d'Udine, a été abattu dans la nuit du 3 février 2026 en Carinthie. Un projet de 250 000 euros s'est terminé par un seul tir.

Suède : modèle ou avertissement ?

Fabio Regazzi vante depuis des années le modèle suédois du loup comme exemple pour la Suisse. Pourtant, c'est précisément ce modèle, où les chasses sous licence avec des objectifs de population fixés politiquement ont maintenant été arrêtées par les tribunaux parce qu'elles violaient les exigences de l'État de droit et la protection des espèces. Dans l'article «Chasse au loup 2026 arrêtée : Comment les tribunaux protègent mieux le loup que la politique», wildbeimwild.com montre ce que cela signifie pour la politique européenne du loup : la Suède ne montre pas comment fonctionne la gestion du loup, mais comment la politique cynégétique échoue face à l'État de droit.

Le braconnage comme symptôme

Le cas d'un loup tué illégalement dans le Puschlav (Grisons, septembre 2025) n'est pas un cas isolé, mais fait partie d'un schéma à travers tout l'arc alpin. L'article «Plainte pénale : un chasseur de loisir tue un loup» documente comment un droit pénal clément et le climat politique favorisent la chasse illégale au loup.

En savoir plus : Crise cynégétique en Europe : FACE se bat pour des tirs, la Suisse reste dans l'ombre et Chasse au trophée : Quand tuer devient un symbole de statut

Pas de gestion naturelle – un massacre politique

Au final, on aboutit à un constat qui ne peut être édulcoré : quand des meutes entières sont exterminées, que des jeunes sont tués de façon systématique et que les chiffres d'abattage sont présentés comme des succès, il ne s'agit pas de régulation proactive, mais d'un massacre politiquement voulu. Le loup devient l'écran de projection de problèmes structurels non résolus de l'agriculture de montagne et la cible d'une politique cynégétique qui sape les standards scientifiques et éthiques minimaux.

Une approche véritablement moderne des prédateurs devrait miser résolument sur des mesures non létales : protection maximale des jeunes, promotion de structures de meutes stables, investissements dans la protection des troupeaux, la conduite au pâturage et le conseil, limitation claire du pouvoir cynégétique et transparence dans les décisions d'abattage. Tout le reste n'est pas de l'éthique, mais la légitimation de la violence envers les plus vulnérables.

En savoir plus : Introduction à la critique de la chasse et Interdiction de chasse Suisse : possibilités, modèles et limites

Ce qui devrait changer

  • Protection immédiate des jeunes : Une interdiction d'abattage pour les jeunes loups de moins de 12 mois comme exigence minimale éthique et biologique. La régulation de base qui fait des jeunes un groupe cible privilégié doit être supprimée.
  • Protection conséquente des troupeaux comme condition préalable aux autorisations d'abattage : Aucun abattage sans preuve documentée que toutes les mesures raisonnables de protection des troupeaux ont été mises en œuvre et évaluées pendant au moins une saison de pâturage.
  • Monitoring indépendant du loup : Les recensements de population et analyses de dommages doivent être effectués par des institutions scientifiques indépendantes, sans participation des associations de chasse ou de services cantonaux proches de la chasse.
  • Établir la conformité juridique avec la Convention de Berne : Les abattages préventifs de meutes entières doivent être supprimés de l'ordonnance sur la chasse révisée (OChP), indépendamment de l'issue de la procédure d'enquête en cours.
  • Transparence dans les décisions d'abattage : Chaque décision d'abattage doit être consultable publiquement avec l'historique complet des dommages, la documentation de protection des troupeaux et la justification scientifique.
  • Réforme structurelle de l'agriculture de montagne : La question de savoir quelles formes d'élevage en région montagneuse escarpée sont compatibles avec les prédateurs doit être posée politiquement avec des paiements directs adaptés et des structures de conseil.
  • Interventions types : Textes types pour interventions critiques de la chasse et Lettre type : Appel pour un changement en Suisse

Argumentaire

«Le loup menace la population montagnarde.» Statistiquement zéro attaque de loup sur des humains en Suisse. L'agriculture de montagne fait face à des défis structurels (disparition d'exploitations, dépendance aux paiements directs, topographie) qu'aucun abattage de loup ne résout. Faire du loup le responsable de problèmes structurels relève d'une politique du bouc émissaire.

«La régulation proactive prévient les dommages avant qu'ils surviennent.» La Convention de Berne a établi en octobre 2024 : les abattages préventifs sans dommage concret, important et répété ne sont pas couverts par la Convention et donc illégaux. La procédure d'enquête unanimement décidée par le Conseil de l'Europe en est la conséquence.

«La protection des troupeaux ne fonctionne pas en zones alpines escarpées.» La meute de Calanda prouve le contraire : 1'500 moutons, 37 attaques en cinq ans grâce à une protection conséquente des troupeaux. Ce n'est pas la protection des troupeaux qui échoue, mais sa mise en œuvre et son financement conséquents. En Valais, entre 0,8 et 1 million de francs ont été investis en 2025 dans des programmes d'abattage plutôt que dans le conseil en protection des troupeaux.

«L'UE a abaissé le statut de protection du loup – on peut donc maintenant le chasser.» Le passage de «strictement protégé» à «protégé» ne change rien à l'obligation d'assurer l'état de conservation favorable. Plus de 700 scientifiques ont qualifié cette rétrogradation de prématurée. Qui l'interprète comme un feu vert pour une chasse généralisée au loup mécomprend le droit.

«Les tirs erronés sont des cas isolés regrettables.» En 2022, au moins trois loups ont été abattus par erreur : le loup alpha de Marchairuz, la louve alpha de Moesola, un loup non autorisé au tir en VS. Quand les quotas d'abattage doivent être remplis sous pression temporelle et dans de mauvaises conditions de visibilité, les tirs erronés sont systémiques, pas accidentels.

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Notre exigence

Le loup en Suisse n'est pas un problème de gestion. Il constitue un test politique pour savoir si un État de droit moderne est capable de faire respecter ses obligations de protection des espèces contre les intérêts de lobby. Ce dossier rassemble les analyses, recherches et études d'IG Wild beim Wild sur la politique suisse du loup, car une société qui proclame la biodiversité et la protection animale comme valeurs doit savoir ce qui se fait en son nom : exterminations planifiées de meutes, abattages systématiques de jeunes animaux et une politique cynégétique qui ignore les standards juridiques internationaux.

Qui connaît des indices, documents ou cas actuels qui appartiennent à ce dossier nous écrit. De bonnes informations sont la base de toute critique efficace.

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