2 avril 2026, 03:47

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La martre des pins en Suisse : des habitants forestiers timides sous pression de chasse

La martre des pins est l'un des mustélidés les plus discrets et les plus rares de Suisse. Elle vit exclusivement en forêt, évite les zones habitées et est très sensible à la fragmentation de son habitat. Malgré le déclin de sa population et sa faible densité, elle continue d'être chassée dans la plupart des cantons. Environ 100 à 150 martres des pins sont abattues chaque année par des chasseurs amateurs. BirdLife Suisse commente : « Il est difficile de comprendre pourquoi 146 de ces insaisissables martres des pins sont abattues. »

Profil

La martre des pins ( Martes martes ), également appelée fouine, appartient à la famille des mustélidés et est un carnivore relativement petit, de la taille d'un petit chat domestique. Sa longueur, tête comprise, est de 40 à 58 centimètres, auxquels s'ajoutent 16 à 28 centimètres pour la queue touffue. Les adultes pèsent entre 0,8 et 1,8 kilogramme, les mâles étant généralement 10 à 15 % plus lourds que les femelles. Son pelage, châtain à brun foncé, est soyeux et nettement plus fin que celui de la fouine. Son trait le plus distinctif est la tache sur la gorge : chez la martre des pins, elle est jaunâtre à orangée avec un bord inférieur arrondi, tandis que chez la fouine, elle est blanche et fourchue. Les coussinets plantaires poilus de la fouine la différencient également de la fouine, dont les pattes sont glabres.

Biologie et mode de vie

La martre des pins est un animal solitaire, principalement actif au crépuscule et la nuit. Excellente grimpeuse, elle est capable de sauter jusqu'à 4 mètres d'arbre en arbre et de pivoter ses pattes postérieures à 180 degrés (Wikipedia, martre des pins). Sa queue touffue lui sert d'organe d'équilibre. Le jour, elle se repose dans les cavités d'arbres, les nids d'écureuils abandonnés, les trous de pics ou les nids de rapaces, changeant quotidiennement de lieu de repos (Waldwissen.net, martre des pins dans le canton de Lucerne).

La martre des pins présente un comportement territorial marqué. Ses territoires sont exceptionnellement vastes, pouvant atteindre 30 kilomètres carrés. Dans le Jura suisse, la densité de population n'est que de 0,1 à 0,8 individu par kilomètre carré (Faune urbaine Suisse). Cette densité extrêmement faible fait de la martre des pins l'un des mammifères les plus rares des forêts suisses. Les territoires des mâles chevauchent ceux de plusieurs femelles, mais sont rigoureusement marqués et défendus contre les mâles du même sexe grâce à des sécrétions glandulaires.

Reproduction

La saison des amours se situe entre juin et août. Comme les blaireaux et les chevreuils, les martres des pins présentent une implantation différée : l’œuf fécondé ne s’implante dans l’utérus qu’après plusieurs mois, les petits ne naissent donc qu’en avril suivant. La femelle donne généralement naissance à 2 à 4 petits, rarement jusqu’à 6. Les petits naissent aveugles et avec très peu de poils. Au bout de 8 semaines environ, ils quittent le nid pour la première fois et deviennent indépendants entre 12 et 16 semaines. La maturité sexuelle est atteinte vers 14 mois, mais de nombreuses martres des pins ne se reproduisent qu’à partir de leur troisième année. L’espérance de vie à l’état sauvage dépasse rarement 10 ans ; en captivité, les martres des pins peuvent vivre jusqu’à 16 ans.

La faible vitesse de reproduction, la maturité sexuelle tardive et l'étendue du territoire de la martre des pins la rendent particulièrement vulnérable au déclin de ses populations. Chaque individu tué a un impact considérable.

Habitat : Forêts anciennes, sans compromis

Un véritable habitant de la forêt

La martre des pins est une véritable habitante des forêts et, contrairement à la fouine, elle évite systématiquement les abords des habitations humaines (Waldwissen.net, Parc national du Danube-Auen). Elle privilégie les vieilles forêts de feuillus et les forêts mixtes, contiguës, avec un sous-bois dense et une forte proportion d'arbres anciens. Les cavités des arbres lui sont essentielles : elles lui servent d'abris diurnes, de lieux de reproduction pour ses petits et de protection contre les intempéries. Les forêts dépourvues d'arbres anciens riches en cavités ne lui conviennent pas.

En Suisse, la martre des pins est présente dans la plupart des forêts jusqu'à la limite des arbres, bien qu'elle soit rare au-dessus de 2 000 mètres d'altitude. Dans le canton de Lucerne, les observations se concentrent dans les régions aux vastes massifs forestiers contigus, comme l'Entlebuch et le Haut-Wiggertal (Waldwissen.net, « Martre des pins dans le canton de Lucerne »). Elle est quasiment absente des zones de peuplements forestiers fragmentés et des zones agricoles peu boisées.

Sensibilité à la fragmentation

La martre des pins est le mustélidé indigène le plus sensible aux obstacles présents dans son habitat. Bâtiments, routes, cours d'eau canalisés et terrains peu couverts constituent pour elle des barrières quasi insurmontables (Waldwissen.net, La martre des pins dans le canton de Lucerne). La fragmentation croissante des forêts suisses due au développement des infrastructures et des zones urbanisées affecte donc particulièrement durement la martre des pins. Alors que la fouine, très adaptable, peut survivre dans les greniers et les garages, la martre des pins dépend de paysages forestiers intacts.

Outre la chasse de loisir, la principale cause de mortalité est la circulation routière, notamment sur les chemins forestiers. Les jeunes martres des pins qui franchissent les limites de la forêt à la recherche de leur territoire sont particulièrement vulnérables.

La chasse : un anachronisme sans justification

Situation juridique

La martre des pins est une espèce gibier au sens de la Loi fédérale sur la chasse (JSG, art. 5, al. 2) et est classée comme petit gibier. Les cantons peuvent fixer des saisons de chasse ou protéger la martre des pins toute l'année. En Suisse, la martre des pins est protégée dans les cantons d'Argovie, d'Appenzell Rhodes-Extérieures, de Bâle-Campagne, de Genève, de Schaffhouse, du Tessin, de Thurgovie et de Zurich (Waldwissen.net, Martre des pins dans le canton de Lucerne). Dans tous les autres cantons, elle est considérée comme une espèce gibier. Conformément à la réglementation de la chasse, l'utilisation de collets, de poison et de pièges (à l'exception des cages de capture vivante) est interdite.

L'ampleur de l'abattage

D'après les statistiques fédérales suisses de la chasse, entre 60 et 150 martres des pins sont abattues chaque année en Suisse. En 2006, ce nombre s'élevait à 60, et en 2005 à 118 (communiqué de presse de l'OFEV, 2007). BirdLife Suisse a recensé 146 abattages une année ultérieure et a déclaré qu'il était « difficile de comprendre » pourquoi ces animaux discrets étaient ainsi chassés (BirdLife Suisse, Statistiques de la chasse). L'Office fédéral de l'environnement (OFEV), prédécesseur de l'OFEV, avait déjà alerté en 2004 sur le fait que la baisse du nombre de martres des pins abattues laissait présager un déclin de la population de l'espèce (communiqué de presse de l'OFEV, 2004).

De plus, certains animaux meurent écrasés sur les routes. Il est difficile d'obtenir des chiffres précis sur le nombre de martres des pins tuées, car elles sont souvent confondues avec la fouine en raison de leur petite taille et de leur ressemblance lors de la collecte de données.

Aucune raison de chasser.

Contrairement à la fouine des bois, la martre des pins ne cause aucun dommage aux bâtiments, aux véhicules ou aux cultures agricoles. Elle vit exclusivement en forêt et n'entre pratiquement jamais en conflit avec les activités humaines. Aucun « dommage à la faune sauvage » ne saurait justifier sa chasse. La martre des pins est abattue car elle est classée comme gibier par la loi fédérale et se trouve par hasard sur le territoire de chasse d'un chasseur amateur. Il n'existe aucune justification valable au sens de la loi sur la protection des animaux (article 4).

L'expression « martre noble » fait référence à la motivation historique de sa chasse : sa fourrure dense et soyeuse était autrefois plus prisée que celle de la martre des pins et était utilisée dans le commerce de la fourrure. Cette chasse a conduit à la raréfaction de l'espèce dans certaines régions (Wikipedia, martre des pins). Le fait que des chasseurs amateurs continuent de chasser la martre des pins aujourd'hui, alors même que sa fourrure n'a plus aucune valeur économique et qu'elle ne cause aucun dommage, démontre l'absurdité d'une législation cynégétique autorisant la mise à mort sans but précis.

Plus d'informations sur ce sujet : Problème de bien-être animal : des animaux sauvages meurent dans d'atroces souffrances à cause des chasseurs amateurs

Importance écologique : Chasseur de souris et disperseur de graines

Réglementation des petits mammifères

La martre des pins se nourrit principalement de campagnols, de campagnols roussâtres, de mulots à collier et d'autres petits mammifères (Parc national du Danube-Auen, Association allemande de chasse). Elle chasse également des écureuils, des oiseaux et leurs œufs, des insectes, des amphibiens et des escargots. À la fin de l'été et en automne, les baies, les fruits et les noix constituent une part importante de son alimentation. Elle consomme régulièrement des baies de sorbier, des cynorrhodons, des framboises et des mûres. La martre des pins constitue également des réserves de nourriture pour l'hiver en automne.

En tant que régulateur des populations de souris en forêt, la martre des pins remplit une fonction écologique importante. Les campagnols et les campagnols roussâtres peuvent proliférer de manière explosive lors des années de fructification abondante des hêtres et des chênes, causant des dommages considérables à la régénération forestière par le broutage et l'écorçage. La martre des pins contribue naturellement à limiter ces populations. Ses bienfaits écologiques, à l'instar de ceux du blaireau et du renard, ne sont pris en compte dans aucun plan cantonal de chasse.

dispersion des graines

Grâce à son régime alimentaire riche en baies et en fruits, la martre des pins contribue à la dispersion des graines. Comme elle parcourt de vastes territoires et dissout des graines dans ses excréments à divers endroits, elle relie les populations végétales sur de longues distances. Ce service, essentiel à la biodiversité forestière, est pourtant ignoré dans le débat sur la chasse.

La martre des pins comparée à la martre des pierres : pourquoi cette distinction est importante

Dans l'imaginaire collectif, la fouine des pins et la fouine des bois sont souvent confondues, voire considérées comme identiques. Pourtant, leurs différences sont fondamentales. La fouine des bois ( Martes foina ) est une espèce synanthrope adaptable qui vit dans les greniers, les granges et même les compartiments moteur des voitures. Elle cause des dégâts aux véhicules et aux bâtiments et est donc source de conflits à proximité des habitations. La fouine des pins, quant à elle, évite systématiquement les zones habitées et ne représente pas un conflit avec les activités humaines.

Le fait que les deux espèces soient classées comme chassables au même titre que la martre d'Amérique en vertu de la loi fédérale n'est pas justifié du point de vue de la biologie de la faune sauvage. De plus, le risque de confusion conduit à ce que des martres des pins soient abattues sous prétexte de « chasse à la martre », alors que le conflit ne concerne en réalité que la martre des rochers. Huit cantons ont déjà placé la martre des pins sous protection. Les autres cantons devraient suivre leur exemple.

Lire la suite : Pourquoi la chasse récréative échoue comme moyen de contrôle des populations

Qu'est-ce qui devrait changer ?

  • Protection nationale de la martre des pins : La martre des pins ne cause aucun dommage, vit exclusivement en forêt et ne porte pas atteinte aux intérêts humains. Ce que huit cantons ont déjà mis en œuvre doit être inscrit dans la loi fédérale. La martre des pins devrait être retirée de la liste des espèces chassables.
  • Protection des forêts anciennes et des arbres à cavités : La martre des pins dépend des cavités des arbres. Les îlots de forêts anciennes et les arbres à cavités doivent être reconnus comme des structures précieuses dans tous les cantons et protégés de l’exploitation forestière. La gestion forestière proche du naturel doit explicitement prendre en compte les besoins des espèces cavernicoles.
  • Relier les zones forestières : La martre des pins est plus sensible que toute autre espèce de martre indigène à la fragmentation de son habitat. Il est essentiel de préserver et de développer les corridors fauniques, les haies et les aménagements perméables en lisière de forêt. La planification de nouvelles infrastructures doit garantir la perméabilité des milieux pour les espèces forestières.
  • Réduire la mortalité routière : Les routes forestières représentent un danger important pour la martre des pins. La limitation de vitesse sur les routes forestières et la mise en place de passages pour petits animaux sur les routes cantonales en zone forestière peuvent contribuer à réduire les pertes.
  • Recherche et suivi : Il n’existe pas de données fiables sur la population de la martre des pins en Suisse. Les données disponibles reposent sur des statistiques de chasse et des observations fortuites. Un suivi national, s’appuyant sur des pièges photographiques et des analyses génétiques, est indispensable à une stratégie de conservation fondée sur des données probantes.
  • Distinction entre la martre des pins et la martre des rochers dans la législation cynégétique : Tant que les deux espèces figurent comme chassables dans le même article de loi, la martre des pins sera abattue sous prétexte de chasser la martre des rochers. Il est impératif de distinguer clairement les deux espèces dans la législation cynégétique.

Argumentation

« La martre des pins n'est pas menacée et peut donc être chassée. » Le fait qu'une espèce ne soit pas considérée comme menacée à l'échelle mondiale (UICN : Préoccupation mineure) ne dit rien de sa situation locale. En Suisse, la densité de population de la martre des pins est extrêmement faible : de 0,1 à 0,8 individu par kilomètre carré dans le Jura. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) avait déjà alerté sur un déclin suspecté en 2004. Le fait qu'une espèce ne soit pas officiellement menacée ne signifie pas que sa chasse soit judicieuse ou nécessaire. Il n'existe aucune justification pour la chasser.

La martre des pins est considérée comme un petit gibier, et sa chasse est une tradition. Historiquement, la chasse à la martre des pins n'avait qu'un seul but : la production de fourrure. Cet usage est obsolète depuis des décennies. Chasser sans but lucratif et sans prévenir les dommages ne constitue pas une justification valable au regard du droit de la protection animale. La tradition de la chasse à la fourrure ne saurait justifier la poursuite de ce massacre inutile.

« La martre des pins ne régule pas sa population et doit être chassée. » La martre des pins régule sa population grâce à sa territorialité et à la disponibilité de nourriture. Ses vastes territoires limitent naturellement la densité de population. Avec moins d'un individu par kilomètre carré, il n'y a pas de « surpopulation ». Les huit cantons qui protègent déjà la martre des pins ne signalent aucun problème lié à l'augmentation de ses populations.

Il est impossible de distinguer la martre des pins de la martre des rochers à la chasse. Pourtant, ces deux espèces se différencient clairement par la tache sur leur gorge (jaune-orange contre blanche) et leurs coussinets (poilus contre glabres). Si les chasseurs amateurs ne parviennent pas à les différencier, cela ne justifie pas la chasse à la martre des pins, mais révèle plutôt leur incompétence. En cas de doute : abstenez-vous. De plus, la martre des pins vit en forêt, loin des habitations. Là où la chasse à la martre des rochers est pratiquée, on ne trouve généralement pas de martre des pins.

La martre des pins est un prédateur des oiseaux nichant au sol et des écureuils, et sa population doit donc être contrôlée. La martre des pins est un élément naturel de l'écosystème forestier, et son régime alimentaire s'inscrit dans un équilibre établi depuis des millénaires. Le fait qu'un prédateur chasse une proie ne justifie pas la chasse, mais reflète plutôt le fonctionnement de processus écologiques naturels. L'idée que les chasseurs de loisir doivent protéger les animaux « utiles » des animaux « nuisibles » est dépassée et contraire à l'éthique. La martre des pins ne décime pas les espèces ; elle régule les populations.

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Dossiers connexes

Sources

  • Statistiques fédérales de chasse, FOEN/Faune Suisse : http://www.jagdstatistik.ch (données sur le gibier abattu et les animaux tués sur la route)
  • Communiqué de presse de BUWAL (2004) : Statistiques de chasse 2003, indication d'un déclin suspecté de la martre des pins
  • Communiqué de presse de la BAFU (2007) : Statistiques de chasse 2006, nombre de martres des pins abattues
  • BirdLife Suisse : Statistiques de chasse actuelles et loi de chasse révisée (birdlife.ch)
  • Waldwissen.net/WSL : La martre des pins dans le canton de Lucerne (Holzgang/Muggli, 2005, mis à jour)
  • Faune urbaine de Suisse/Voisins sauvages : Portrait de l’espèce de la martre des pins (stadtwildtiere.ch)
  • Parc national Danube-Auen : martre des pins (donauauen.at)
  • Association allemande de chasse : Profil animal de la martre des pins (jagdverband.de)
  • Forêts domaniales de Rhénanie-Palatinat : martre des pins (wald.rlp.de)
  • Wikipédia : Martre des pins (Martes martes)
  • IG Wild beim Wild (2022/2025) : Statistiques de chasse 2022, massacre de renards en Suisse (wildbeimwild.com)
  • Loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages (JSG, SR 922.0)
  • Loi sur le bien-être animal (TSchG, SR 455)

Notre revendication

La martre des pins est un fantôme des forêts suisses. La plupart des gens n'en ont jamais aperçu. Elle vit dans la cime des arbres, chasse au crépuscule et disparaît silencieusement avant même que l'homme ne la remarque. Elle ne cause aucun dégât, ne s'oppose à aucun intérêt humain et joue un rôle essentiel dans l'écosystème forestier en chassant les souris et en disséminant les graines. Pourtant, elle est chassée dans la majorité des cantons suisses sans raison, sans avantage, sans aucune utilité. Son pelage soyeux, qui lui a valu le surnom de « martre noble », a jadis causé sa perte. Aujourd'hui, c'est simplement le fait qu'elle soit classée comme gibier par la loi fédérale qui la condamne. La conséquence est claire : la martre des pins doit être protégée dans toute la Suisse. Ce que huit cantons ont déjà mis en œuvre ne peut plus être considéré comme une simple question de discrétion cantonale au regard de la loi fédérale. Ce dossier sera régulièrement mis à jour en fonction des nouvelles données, études ou évolutions politiques qui le nécessiteront.

À propos de la chasse de loisir : dans notre dossier sur la chasse, nous rassemblons des vérifications de faits, des analyses et des rapports de fond.