4 septembre 2026, 11:26

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Criminalité & chasse

Planification de la chasse au Tessin : tirs records et questions ouvertes

Chasse record aux cerfs, mais même les chasseurs de loisir organisés doutent de la justification.

Rédaction Wild beim Wild — 4 septembre 2026

Le canton du Tessin a nettement intensifié la chasse au cerf élaphe ces dernières années.

Rien que pendant la haute chasse, le tableau est passé de 1’787 animaux en 2022 à 2’163 en 2025. L'évolution n'est toutefois pas régulière : en 2023, on comptait 1’802 animaux, en 2024 les tirs ont légèrement baissé à 1’722, avant de bondir en 2025. À la haute chasse s'ajoutent régulièrement la Caccia tardo autunnale en novembre et décembre ainsi que les interventions de prévention des dommages ordonnées par les autorités. Le prélèvement annuel total est donc encore plus élevé. Pour 2025, le canton a expressément déclaré que l'objectif de tir fixé au printemps n'avait pas été atteint malgré le tableau record réalisé durant la haute chasse, raison pour laquelle la chasse de fin d'automne a de nouveau été ouverte.

Comme le montre notre analyse sur la planification de la chasse aux Grisons, un chiffre de tirs publié ne prouve nullement que la mise à mort de milliers d'animaux sauvages soit écologiquement nécessaire, efficace ou éthiquement défendable. Au Tessin, cela vaut d'autant plus que les chasseurs organisés eux-mêmes contredisent ici la justification officielle.

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Une querelle entre chasseurs de loisir

En 2021, le canton était ouvertement en conflit avec sa propre fédération de chasseurs, la FCTI. Pour la Caccia tardo autunnale, l'Office de la chasse et de la pêche (UCP) exigeait le tir de 830 cerfs. La FCTI y opposa son propre plan portant sur 630 animaux seulement, soit 200 de moins. Le vice-président Marco Viglezio contestait expressément l'hypothèse des autorités selon laquelle la population de cerfs ne diminuait pas : rien n'indique une population en croissance, «come si vorrebbe far credere» (comme on voudrait le faire croire). La chasse au cerf ne doit pas se transformer en un «combat sans merci» mené toute l'année, de jour comme de nuit, selon Viglezio, simplement parce qu'un coûteux système d'indemnisation des dégâts du gibier s'est établi au Tessin.

C'est presque mot pour mot le schéma que l'ancien président des chasseurs à patente grisons Robert Brunold avait formulé à propos de la basse chasse : pas nécessaire, mais justifié. Au Tessin, le conflit se poursuit : la chasse organisée a elle-même remis en question l'interprétation officielle de l'évolution des populations de cerfs, qui servait à justifier une pression de chasse accrue.

Camoscio et capriolo : des contingents rarement atteints

Pour la population de chamois, le canton fixe un contingent maximal de 800 animaux par an. Entre 2022 et 2025, il n'a jamais été atteint : 511 animaux en 2022, 612 en 2023, 619 en 2024 et 463 en 2025, soit entre environ 58 et 77 pour cent du plan. Le fait que le contingent ne soit pas atteint ne signifie toutefois pas à lui seul que le plafond ait été fixé trop haut sur le plan biologique. Le canton lui-même invoque plusieurs raisons d'organisation de la chasse pour les chiffres plus bas de 2025 : la perte d'attrait de la chasse au chamois, la suppression d'un deuxième jour de chasse directe aux boucs adultes, l'interdiction du tir direct de boucs durant deux années consécutives ainsi qu'une météo défavorable le jour de chasse décisif. Un simple chiffre de tirs ne permet donc de conclure ni à la taille de la population ni au caractère approprié du contingent.

La rapidité avec laquelle une population peut s'effondrer est illustrée par la région Gambarogno-Tamaro-Lema. La population de chamois y a chuté si fortement que le Conseil d'État a totalement suspendu la chasse au chamois en 2022 pour trois ans. Un garde-faune local racontait alors qu'il avait compté entre 250 et 300 chamois il y a vingt ans, contre environ 70 dernièrement. Même les sociétés de chasse locales ont reconnu qu'une chasse de ce type n'était plus justifiable. Nous avons traité ce cas dans l'article «Tessin : effondrement de la population de chamois dans la zone de migration» documenté. Alors que dans la région Gambarogno-Tamaro-Lema la chasse au chamois a été suspendue pour trois ans en raison de l'effondrement local, le canton a maintenu un contingent maximal de 800 chamois à l'échelle cantonale. Cela montre à quel point un plafond cantonal en dit peu sur la situation de populations individuelles.

Pour le chevreuil, l'image est différente : 314 animaux en 2022, 434 en 2023, 389 en 2024, puis un net recul à 239 animaux en 2025. Ce recul est avant tout la conséquence directe du moratoire de chasse de trois ans en vigueur dès 2025 dans les districts de Blenio et de Leventina. Le canton a justifié ce moratoire par des densités de chevreuils relativement faibles dans ces districts. Le nombre de tirs mesure toutefois en premier lieu la modification des autorisations de chasse, et non l'évolution réelle des effectifs.

Infractions : des chiffres qu'il faut lire correctement

Pour les infractions aussi, une lecture précise des chiffres est nécessaire. Après la fin de la haute chasse 2025, le canton a signalé plus de 140 auto-dénonciations ainsi que 19 cas dans lesquels un retrait de patente a été ordonné en raison d'infractions particulièrement graves, dont un cas de braconnage avec une arme munie d'un silencieux et un appareil à imagerie thermique. Ces chiffres ne concernent toutefois que la haute chasse et uniquement les catégories les plus graves ; les chiffres annuels définitifs, portant par exemple sur les amendes disciplinaires et les procédures pour contravention, ne sont publiés par le canton que plus tard. Une comparaison directe avec certains chiffres de l'année précédente est donc délicate, car les périodes et les catégories ne se recoupent pas.

Combien de ces cas concernaient des tirs erronés, des confusions ou des animaux blessés, le canton ne le publie pas avec un niveau de détail comparable à celui d'autres cantons. Une comparaison avec les Grisons n'a de sens que là où les catégories, les méthodes de relevé et les périodes sont transparentes. C'est précisément cette lacune de données qui constitue un constat en soi.

La transparence n'est pas une preuve

Le canton du Tessin publie ses tableaux de chasse et ses valeurs planifiées. C'est davantage que ce que ferait une politique menée dans l'ombre. Mais un nombre de tirs publié ne répond pas de lui-même aux questions décisives : quelle est la fiabilité des estimations d'effectifs ? Quels dommages ont été réellement relevés et selon quelle méthode ? Quelles mesures de prévention non létales ont été examinées ? Et quelles conséquences ont la chasse de loisir, les périodes de chasse prolongées et les dérangements pour les animaux ?

Les données tessinoises montrent avant tout une chose: les tableaux de chasse sont le résultat d'un système fait d'autorisations, de règles de chasse, de météo, de participation et d'objectifs fixés par les autorités. Ils ne constituent pas en soi une preuve que le nombre d'animaux tués était écologiquement nécessaire, efficace ou éthiquement défendable. La contradiction exprimée par la FCTI à l'égard de la justification donnée à l'époque par le canton montre que, même au sein des chasseurs de loisir, la base de données et son interprétation politique sont contestées.

Plus sur le thème de la chasse de loisir: Dans le dossier Braconnage et criminalité liée à la chasse en Suisse, nous documentons des cas, des questions juridiques et des schémas récurrents.

Tous les articles sont rédigés par l'IG Wild beim Wild ainsi que par des co-auteurs et co-autrices externes. La recherche, la structuration et les processus rédactionnels peuvent être soutenus par des outils assistés par IA.

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