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Loi sur la chasse : protection des troupeaux plutôt qu'abattage des loups

La nouvelle loi sur la chasse dépasse largement son objectif et ne résout pas les problèmes.

Rédaction Wild beim Wild — 30 juillet 2020

En ce moment, la région grisonne de la Surselva est en ébullition.

Les signalements de moutons tués dans des troupeaux non protégés ou insuffisamment protégés, ainsi que de vaches mères affolées pouvant représenter un danger pour les touristes, font bientôt partie du quotidien. Dans les médias, on peut également lire régulièrement que des moutons seraient tués malgré la protection des troupeaux, que celle-ci ne fonctionnerait donc pas et que l'abattage des loups serait la seule solution.

Dans la plupart des cas, les mesures de protection des troupeaux ont été mises en œuvre de manière insuffisante, quand elles l'ont été du tout. Sur un alpage, par exemple, un troupeau de 500 moutons est admirablement gardé durant la journée par un berger accompagné de ses 4 Border Collies et surveillé par un chien de protection du troupeau. La nuit, les moutons sont rassemblés, mais ne sont pas enfermés dans un enclos électrifié. Un seul chien de protection du troupeau n'a ainsi aucune chance de protéger les 500 moutons contre les loups. Lors de plusieurs attaques nocturnes, 18 moutons ont déjà été tués et plusieurs animaux sont portés disparus. Tous les efforts consentis durant la journée ne servent à rien si la protection est précisément insuffisante la nuit et si le chien de protection du troupeau ne dispose pas d'un espace d'action réaliste ! Malgré une protection défaillante, les médias parlent d'un «alpageprotégé», ce qui ne correspond tout simplement pas à la réalité. Ce n'est qu'après les dernières attaques que des clôtures pour un enclos nocturne ont été apportées sur l'alpage. Depuis que le troupeau est clôturé la nuit, il n'y a plus aucun dommage.

Lors de l'utilisation de chiens de protection des troupeaux, il est indispensable de leur offrir les conditions adéquates afin qu'ils aient la possibilité de protéger efficacement l'ensemble du troupeau. La mise en œuvre correcte et efficace des moyens de protection des troupeaux et des chiens de protection est, à tous égards, de la responsabilité de la personne en charge. Les clôtures doivent également être installées correctement. Étant donné que les loups préfèrent se faufiler sous la clôture plutôt que de la sauter, il convient de veiller à un bon contact avec le sol, et ce sur toute la longueur de la clôture. Celle-ci doit être suffisamment électrifiée et disposer d'une bonne mise à la terre. Même une clôture apparemment bien installée ne sert à rien si, à un endroit donné, elle franchit par exemple un ruisseau par lequel le loup peut simplement se glisser en dessous, ou si un rocher se trouve à proximité et lui sert de "tremplin" pour accéder facilement au pâturage. Ces points faibles peuvent toutefois être éliminés par des moyens simples faisant office d'éléments perturbateurs, comme par exemple des clôtures à fanions, quelques vieux CD ou bouteilles en PET attachés à une ficelle, des moulins à vent, etc. La créativité n'a pas de limites. L'effort supplémentaire nécessaire pour installer correctement une clôture n'est pas beaucoup plus important, mais l'efficacité, elle, l'est nettement!

La protection des troupeaux, ça fonctionne

Le fait est le suivant : lorsque les mesures de protection des troupeaux sont mises en œuvre de manière cohérente et sans lacunes, les dommages causés par les loups deviennent pratiquement inexistants. C'est ce que prouvent des alpages qui appliquent avec beaucoup de succès des mesures de protection des troupeaux depuis plusieurs années déjà. C'est le cas, par exemple, des alpages de la région du Calanda, où la meute de loups résidente ne cause pratiquement plus aucun dommage au bétail. Ce qui fonctionne avec la meute du Calanda fonctionne également avec d'autres meutes, à condition que les mesures soient appliquées sans lacunes. La protection des troupeaux est toutefois une question de volonté et d'état d'esprit — elle commence dans la tête ! Malheureusement, beaucoup n'y sont pas encore prêts. Selon la Confédération, une étude a montré que les mesures de protection des troupeaux offrent une protection à 98 % des animaux contre les attaques de prédateurs.

La protection des troupeaux avec tous les moyens disponibles et efficaces devrait donc être la NORME et une OBLIGATION pour CHACUN !

Les chiffres le prouvent : en Suisse, le nombre de loups n'a cessé d'augmenter depuis leur retour naturel en 1995, mais le nombre d'attaques reste stable depuis des années (environ 200 à 500 attaques par an). Cela signifie qu'aujourd'hui, bien moins d'animaux de rente sont tués par loup qu'il y a 20 ans : 2000 – 4 loups – 256 attaques / 2009 – 10 loups – 383 attaques / 2018 – 50 loups – 526 attaques / 2019 – 80 loups – 420 attaques. Cette diminution des attaques sur les animaux de rente n'est possible que grâce au renforcement de la protection des troupeaux !

Non aux abattages inutiles !

C'est pourquoi il est totalement incompréhensible que la nouvelle loi sur la chasse autorise la régulation des meutes de loups dès lors qu'un dommage est simplement à craindre, sans que les loups aient causé le moindre préjudice et sans qu'il soit nécessaire de mettre en œuvre au préalable des mesures raisonnables de protection des troupeaux. Sans protection des troupeaux, un dommage est logiquement toujours à craindre. Cela constituerait donc en quelque sorte un blanc-seing accordé aux cantons pour abattre chaque année la moitié des jeunes nés dans l'année, en recourant à la disposition sur la régulation.

Un tel assouplissement de l'obligation de protection des troupeaux est totalement incompréhensible. Car c'est précisément dans les territoires de meutes qu'il est extrêmement important de mettre en œuvre des mesures de protection des troupeaux efficaces, afin que les jeunes loups apprennent dès le départ que les moutons et les chèvres ne sont pas des proies faciles.

La régulation préventive des meutes de loups prévue par la nouvelle loi sur la chasse constitue une intervention inutile et irrespectueuse dans la nature !

Les exploitants d'alpage se bercent d'une fausse impression de sécurité

Pour assumer leur responsabilité envers leurs animaux, les exploitants d'alpage ne pourront pas faire l'économie de la protection des troupeaux à l'avenir. Car même avec la nouvelle loi sur la chasse, des attaques auront lieu. Les exploitants d'alpage se bercent d'une fausse impression de sécurité, la nouvelle loi sur la chasse leur promettant que les meutes de loups pourront être régulées avant même qu'elles n'aient causé le moindre dommage.

Selon la nouvelle loi sur la chasse : une régulation de meute peut être effectuée durant la période du 1er septembre au 31 janvier. La moitié des jeunes nés au cours de l'année en cours peut être abattue. Les parents adultes et les aînés de la portée doivent être épargnés. Le problème réside dans le fait que la saison d'alpage commence dès mai/juin. Si aucune mesure de protection des troupeaux n'est mise en œuvre, des dommages surviendront inévitablement. Ce n'est qu'en automne, donc après la saison d'alpage, que les louveteaux pourront être abattus — alors qu'en raison de leur âge, ils n'étaient pas impliqués dans les dommages causés par les attaques. Les animaux adultes responsables des dégâts continuent de fréquenter le territoire et causeront également des dommages en automne/hiver et lors de la prochaine saison d'alpage, si aucune mesure de protection des troupeaux efficace n'est mise en place.

Une régulation de meute ne peut donc pas prévenir les dommages durant la saison d'alpage ! Pour éviter les dégâts, il faut une protection efficace des troupeaux et non des tirs de loups ! C'est la seule façon d'assurer une coexistence durable entre l'être humain, le loup et les animaux de rente !

La nouvelle loi sur la chasse est incompatible avec la Convention de Berne

Le loup figure à l'annexe II de la Convention de Berne en tant qu'espèce strictement protégée. L'article 6 interdit en principe toute mise à mort intentionnelle de ces animaux. L'article 9 autorise toutefois des exceptions dans certaines situations : «À condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante et que l'exception ne nuise pas à la survie de la population concernée, chaque partie contractante peut déroger aux dispositions des articles 4, 5, 6, 7 et à l'interdiction d'utiliser les moyens visés à l'article 8.» Cela notamment pour prévenir des dommages importants aux cultures, aux élevages, aux forêts, aux zones de pêche, aux eaux et à d'autres formes de propriété.

Si des meutes de loups sont régulées par des tirs annuellement possibles, simplement parce que des dommages sont à craindre, et sans que des mesures de protection des troupeaux raisonnablement exigibles aient été préalablement mises en œuvre, cela est clairement INCOMPATIBLE avec la lettre et l'esprit de la Convention de Berne ! Premièrement, l'article 9 n'est qu'une pure disposition dérogatoire et deuxièmement, pour qu'il s'applique, il ne doit exister aucune autre solution satisfaisante. Or, si les mesures de protection des troupeaux raisonnablement exigibles étaient correctement et intégralement mises en œuvre partout, aucun dommage sérieux ne serait plus à craindre. Les mesures de protection des troupeaux constituent donc clairement une autre solution satisfaisante !

Toutefois, étant donné que l'article 9 ne peut s'appliquer qu'en l'absence de toute autre solution satisfaisante, la nouvelle loi sur la chasse ignore complètement cet article de la Convention de Berne.

La protection des espèces doit rester une compétence fédérale

La Convention de Berne est un traité de droit international signé par la Suisse, et la responsabilité de son respect incombe donc sans exception à la Confédération.Or, selon la nouvelle loi sur la chasse, la compétence pour les autorisations de tir devrait à l'avenir relever exclusivement des cantons, ce qui conduira inévitablement à des interprétations et des pratiques diverses et non uniformes.Le résultat serait ainsi totalement incertain, car certains cantons ne respectent déjà pas la législation en vigueur.L'exemple du canton des Grisons l'illustre bien : au cours des quatre dernières années, il a abattu 75 hérons cendrés protégés sans autorisation.D'autres cantons ont également abattu illégalement des centaines de hérons cendrés protégés jusqu'à un arrêt du Tribunal fédéral il y a 5 ans ! Une gestion à l'échelle nationale des espèces protégées, notamment des prédateurs, serait ainsi totalement rendue impossible. La protection des espèces, si elle doit être menée sérieusement et efficacement, doit être mise en œuvre de manière uniforme sur l'ensemble du territoire suisse. La protection des espèces, et donc la responsabilité des autorisations de tir, est une TÂCHE NATIONALE et doit par conséquent rester exclusivement du ressort de la CONFÉDÉRATION.

La loi sur la chasse révisée va bien au-delà de l'objectif visé. Nos parlementaires ont assoupli la protection du loup bien plus fortement que ce que le Conseil fédéral avait initialement proposé. Une loi de protection de la chasse est devenue une loi sur l'abattage, qui ne répond en aucune façon aux exigences aujourd'hui si urgentes et indispensables de la protection des espèces et de la nature, écrit l'association CHWOLF dont le siège est à Einsiedeln.

Dossier : Le loup en Suisse : faits, politique et les limites de la chasse

En savoir plus sur la chasse de loisir :Dans notre dossier sur la chasse nous regroupons des vérifications de faits, des analyses et des reportages de fond.

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