Argumentaire pour des gardes-chasse professionnels
La chasse de loisir prétend être ce qu'elle n'est pas. Elle prétend faire de la protection de la nature alors qu'elle manipule les populations d'animaux sauvages. Elle prétend réguler les populations alors qu'elle détruit les structures sociales. Elle prétend être un artisanat séculaire alors qu'elle pratique un loisir armé qui se fait aux dépens de la collectivité, des animaux sauvages et de l'État de droit. Qui connaît les mécanismes ne se laisse plus impressionner par ces prétentions.
Ce dossier est une boîte à outils. Il fournit les arguments centraux contre la chasse de loisir et pour le changement de système vers des gardes-chasse professionnels, structurés par thèmes, étayés par des sources et formulés pour être utilisés dans les discussions, les initiatives politiques et les demandes des médias.
Ce qui t'attend ici
- Régulation : La promesse centrale qui n'est jamais tenue : Pourquoi la chasse ne régule pas les populations mais stimule la reproduction.
- Écologie : Ce que les chasseurs de loisir font vraiment à la forêt : Comment la pression de chasse cause les dégâts du gibier et pourquoi les prédateurs seraient la solution structurelle.
- Sécurité : Le bilan passé sous silence : Accidents de chasse mortels, accidents avec le gibier et les coûts que personne ne chiffre.
- Droit : Ce que dit vraiment la loi : Pourquoi aucun canton ne doit prévoir la chasse de loisir et ce qu'exige la loi sur la protection des animaux.
- Finances : Ce que coûte vraiment la chasse de loisir : Coûts externes, subventions forestières et comparaison des coûts avec le modèle genevois.
- Éthique : Ce que signifie tuer par plaisir : Biologie comportementale, capacité de sentir et la question de la cohérence éthique.
- Le modèle des gardes-faune : Ce qu'il accomplit et ce qu'il coûte : Comment 11 gardes-faune professionnels remplacent ce que 400 chasseurs de loisir ont mal fait.
- Ce qui devrait changer : Revendications pour le changement de système vers une gestion professionnelle de la faune.
- Argumentaire : Réponses aux 10 affirmations les plus fréquentes du lobby de la chasse.
- Liens rapides : Tous les articles, dossiers, études et ressources pertinents.
Régulation : La promesse centrale qui n'est jamais tenue
L'argument central du lobby de la chasse est : sans chasseurs de loisir, les populations d'animaux sauvages explosent. La science le réfute depuis des décennies. Même JagdSchweiz a écrit publiquement le 29 août 2011 : « Les populations d'animaux sauvages se régulent fondamentalement aussi d'elles-mêmes dans notre paysage cultivé ». L'organisation faîtière des chasseurs de loisir suisses a ainsi déconstruit par écrit son propre argument central.
La biologie des populations explique pourquoi : quand un effectif est décimé par la chasse, le taux de reproduction augmente de manière compensatoire. Les études montrent que même avec un abattage de trois quarts d'un effectif, le même nombre d'animaux est à nouveau présent l'année suivante. La chasse de loisir ne produit pas moins de gibier, elle stimule le taux de natalité et déstabilise la structure sociale. Les effectifs ne sont pas régulés mais manipulés, les pertes rapidement compensées. Des décennies de chasse de loisir n'ont rien changé à cette dynamique fondamentale.
En savoir plus : Pourquoi la chasse de loisir échoue comme contrôle des populations et Mythes de la chasse : 12 affirmations que tu devrais examiner de manière critique
Écologie : Ce que les chasseurs de loisir font vraiment à la forêt
Partout dans le pays, les agriculteurs, viticulteurs et propriétaires forestiers déplorent les dommages aux cultures, bien qu'ils soient indemnisés pour cela. Ce n'est pas un problème naturel, c'est un problème de chasse. L'abroutissement naît principalement de la pression de chasse : les animaux sauvages sont refoulés dans la forêt, où ils sont actifs la nuit et causent des dommages d'abroutissement qui, sans pression de chasse, ne se produiraient pas dans cette mesure. La Confédération, les cantons et les communes injectent annuellement des millions dans la préservation des forêts, exactement là où les chasseurs de loisir « parquent » les animaux sauvages.
Les prédateurs comme le loup, le lynx et le renard résolvent ce problème structurellement en maintenant les animaux sauvages en mouvement et en empêchant le surpâturage de surfaces individuelles. Là où les prédateurs sont régulièrement présents, moins de dommages forestiers sont documentés. Mais les chasseurs de loisir déciment continuellement précisément ces prédateurs, sans planification légale d'abattage et sans justification scientifique, et produisent ainsi le problème pour la solution duquel ils se présentent ensuite comme irremplaçables.
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Sécurité : Le bilan passé sous silence
Quand un loup tue un animal d'élevage, les chasseurs de loisir exigent immédiatement son abattage jusqu'à la nouvelle extermination. Où reste la discussion publique quand les chasseurs de loisir tuent annuellement des humains avec des armes à feu et en blessent des centaines ? En Suisse, il y a eu entre 2010 et 2013 quatorze accidents mortels de chasse et environ 200 accidents non mortels avec des armes de chasse, sur un total de 1157 accidents selon le Bureau de prévention des accidents. Les particuliers affectés par les chasseurs de loisir ne sont même pas recensés.
S'y ajoutent environ 60 personnes par an qui sont blessées dans des accidents avec le gibier, avec des dommages corporels et matériels de 40 à 50 millions de francs annuellement. Les accidents avec le gibier surviennent parce que les animaux sauvages nocturnes et plus craintifs sous la pression de chasse traversent davantage les routes. Dans les zones sans chasse, où les animaux sauvages sont plus actifs le jour et plus calmes, ce qu'on voit, on ne l'écrase pas, la fréquence des accidents est prouvée moindre. Le canton des Grisons a enregistré en 2015 à lui seul 1298 dénonciations et amendes contre les chasseurs de loisir. Zurich ne tient pas de statistique à ce sujet.
En savoir plus : Accidents de chasse en Suisse : Le risque qui est rarement discuté honnêtement et Chasse et armes : Pourquoi « loisir » et armes à feu sont liés politiquement
Droit : Ce que dit vraiment la loi
Selon l'article 4 de la loi sur la protection des animaux, nul ne peut infliger sans justification des douleurs, des souffrances ou des dommages à un animal, le terroriser ou porter atteinte à sa dignité. Pour la chasse au renard, il n'existe ni plan de tir légal ni nécessité de régulation scientifiquement reconnue. Le renard est abattu par dizaines de milliers sans justification, sans période de protection et sans contingent, ce qui est en contradiction directe avec l'art. 4 LPA.
En droit fédéral, aucun canton en Suisse n'est tenu de prévoir la chasse. C'est le droit des cantons de décider librement si la chasse est autorisée ou non. Le canton de Genève a choisi cette voie en 1974, et la Cour européenne des droits de l'homme a établi dans une décision de principe que la chasse sur terrain privé ne doit pas être tolérée sans l'accord du propriétaire. Le monopole de la violence appartient aux mains de l'État, pas à celles de bandes de chasseurs de loisir.
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Finances : Ce que coûte réellement la chasse de loisir
Les chasseurs de loisir aiment argumenter avec les heures de travail non rémunérées qu'ils prétendent effectuer pour la nature. Selon les estimations, 85 pour cent de ces activités sont cependant motivées par pur intérêt personnel : relations publiques pour leur propre milieu, sonneries de cor de chasse, entretien d'armes, aménagement d'occasions de tir, expositions de trophées et prosélytisme dans le système scolaire. Cela ne peut naturellement pas être vérifié, car aucun contrôle indépendant n'a lieu.
Les coûts induits de la chasse de loisir, que supporte la collectivité, ne sont jamais entièrement comptabilisés : subventions forestières dans les régions à forte pression de chasse (rien que dans le canton du Valais 100 millions de francs en quatre ans), coûts des accidents avec le gibier de 40 à 50 millions de francs annuellement, frais administratifs pour la surveillance de la chasse, la régulation des dommages, la planification des tirs, les procédures judiciaires et la décharge des autorités d'enquête par des milliers de dénonciations contre les chasseurs de loisir chaque année. Le modèle genevois montre : la gestion professionnelle de la faune coûte un million de francs par an, soit même pas une tasse de café par habitant.
En savoir plus : Dossier : Genève et l'interdiction de chasse et La Suisse chasse, mais pourquoi encore ?
Éthique : Ce que signifie tuer pour des raisons de loisir
Dès le Moyen Âge, l'Église catholique interdisait au concile de Trente (1545 et 1563) aux organes proches la participation aux activités cynégétiques, car tuer un animal et verser le sang contredisent fondamentalement l'essence du culte et de la religion. Ce qui était alors justifié religieusement est aujourd'hui étayé scientifiquement et éthiquement : la recherche en biologie comportementale montre que les animaux sauvages sont des individus sensibles avec des structures sociales, une capacité d'apprentissage et une capacité de souffrance. Dans ce contexte, tuer par motifs de loisir n'est pas une question de goût, mais une question de cohérence éthique.
La chasse n'est plus un instinct existentiel de survie. La faim peut aujourd'hui être satisfaite de manière éthiquement correcte, la viande existe en abondance, et la venaison transformée est classée par l'OMS dans la même catégorie toxique que les cigarettes, l'arsenic ou l'amiante, c'est pourquoi au Canada la vente de viande de gibier de chasseur dans les restaurants et magasins est interdite. Quiconque qualifie le fait de tuer de « passion » et compare les animaux aux pommes documente surtout une chose : que son propre cadre de référence pour l'éthique et l'empathie a depuis longtemps dérapé.
En savoir plus : Le chasseur de loisir au 21e siècle et Le permis de chasse
Le modèle du garde-faune : Ce qu'il accomplit et ce qu'il coûte
Ce que plus de 400 chasseurs de loisir faisaient mal autrefois à Genève, 11 gardes-faune l'accomplissent aujourd'hui en se partageant trois postes à temps plein, dont un seul est nécessaire pour les activités cynégétiques. Les gardes-faune formés professionnellement se distinguent des chasseurs de loisir non seulement par leur formation, mais par leur motivation fondamentale : ils n'administrent pas des privilèges de chasse, mais protègent la faune sauvage et n'interviennent que lorsque c'est justifié écologiquement, par la protection des animaux ou pour des raisons de sécurité.
Les avantages concrets du modèle de gardes-faune dans la pratique :
- Le monopole de la violence appartient à l'État, non aux associations de chasse privées
- Les tirs s'effectuent professionnellement, la nuit, avec des amplificateurs de lumière : 99,5 pour cent des animaux abattus meurent instantanément, aucun stress de recherche, aucun animal blessé
- Les animaux sauvages deviennent plus actifs de jour, plus visibles et plus accessibles à la population
- Pas de battues, pas de chasses à l'approche, pas de chasses en terrier, pas de chasses au piège
- Moins d'accidents avec la faune, car les animaux sont plus calmes et plus actifs de jour
- Moins de dégâts forestiers, car les prédateurs ne sont plus décimés
- Pas de contamination du sol forestier par le plomb
- Pas de miradors illégaux, pas de bruit de tir, pas d'infrastructure de chasse dans la nature
- Les gardes-faune ne peuvent pas consommer d'alcool pendant leur travail
- Recettes provenant de la vente étatique de gibier à la population
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Ce qui devrait changer
- Changement de système vers une gestion professionnelle de la faune sauvage : Les cantons abolissent progressivement la chasse de milice et la remplacent par des gardes-faune employés par l'État et formés professionnellement selon le modèle genevois. Intervention type : Professionnalisation de la chasse : gardes-faune au lieu de chasseurs de loisir
- Clarification du droit fédéral : Aucun canton n'est obligé de laisser chasser : La Confédération précise dans un message ou une ordonnance que les cantons ont le droit de renoncer complètement à la chasse de loisir et d'introduire une gestion professionnelle de la faune sauvage.
- Calcul indépendant des coûts globaux de la chasse de loisir : La Confédération mandate une étude indépendante qui évalue tous les coûts externes de la chasse de loisir : subventions forestières, coûts des accidents avec la faune, administration, procédures judiciaires, dommages écologiques consécutifs. Le résultat est comparé aux coûts des modèles professionnels de gardes-faune.
- Planification des tirs sur base scientifique : Chaque tir nécessite une justification écologique. Les tirs forfaitaires sans contingent et sans période de protection, notamment pour le renard, sont abolis. Intervention type : Planification des tirs basée scientifiquement
- Protection des prédateurs : Le tir du loup, du lynx, de l'ours et du renard est réduit au minimum scientifiquement justifié. Les prédateurs sont reconnus comme un service de régulation écologique et non traités comme une concurrence à la chasse de loisir.
- Obligation de transparence pour les statistiques de chasse : Les cantons publient annuellement des données complètes sur les tirs, les tirs manqués, les recherches, les accidents de chasse et les amendes contre les chasseurs de loisir. Intervention type : Statistiques de chasse transparentes
- Projets pilotes pour des modèles de gardes-faune dans d'autres cantons : Au moins trois cantons lancent des projets pilotes pour une gestion professionnelle de la faune sauvage selon l'exemple genevois, avec accompagnement scientifique et évaluation publique.
Argumentaire pour les discussions : Les 10 affirmations les plus fréquentes
« Sans chasseurs, il y a trop d'animaux sauvages. » JagdSchweiz elle-même a consigné par écrit que les populations d'animaux sauvages se régulent d'elles-mêmes dans le paysage cultivé. Le Parc national de l'Engadine et le canton de Genève prouvent depuis des décennies que des populations stables sont possibles sans chasse de milice.
« Les chasseurs pratiquent la protection de la nature. » Dans le classement environnemental, les chasseurs de loisir occupent la dernière place. Aucune zone de protection de la faune reconnue par l'OFEV n'existe dans le canton de Zurich après des décennies avec des chasseurs de loisir.
« La chasse est une tradition séculaire. » L'esclavage et les combats de gladiateurs étaient aussi des traditions séculaires. L'ancienneté d'une pratique n'est pas un argument pour sa justification éthique.
«Les chasseurs préviennent les dégâts de gibier.» Le principal responsable des dommages forestiers et de l'abroutissement est la pression de chasse elle-même : elle pousse les animaux sauvages dans la forêt et dans la nuit. Là où des prédateurs sont présents, l'abroutissement diminue.
«La chasse est nécessaire contre les épidémies.» La rage a été vaincue par les appâts vaccinaux, non par la chasse au renard. La chasse au renard augmente de manière avérée la propagation de l'échinococcose alvéolaire et de la borréliose.
«Les chasseurs s'autofinancent.» Les coûts externes, subventions forestières, dommages d'accidents avec le gibier, charges administratives, frais de justice, sont entièrement à la charge de la collectivité.
«Le modèle genevois n'est pas transposable.» Genève est un canton plus densément peuplé et exploité agricolement de manière plus intensive que de nombreux cantons à chasse par patente. Si le modèle y fonctionne, aucun argument structurel ne s'oppose à ce qu'il fonctionne ailleurs de même.
«Les gardes-faune seraient trop coûteux.» Le modèle genevois coûte un million de francs par an. C'est moins que les coûts d'accidents avec le gibier d'une seule année en Suisse.
«Les chasseurs ont un droit à leur tradition.» Aucun canton n'est tenu par le droit fédéral de prévoir la chasse. Le droit de tuer des animaux sauvages sur un terrain d'autrui est un privilège historiquement acquis, non un droit fondamental.
«Sans chasseurs il y a plus d'accidents avec le gibier.» Le contraire est vrai : des animaux sauvages craintifs, nocturnes sous pression de chasse causent plus d'accidents avec le gibier. Des animaux sauvages diurnes, calmes dans les zones sans chasse sont plus visibles et donc moins dangereux pour les accidents.
Liens rapides
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Notre exigence
La chasse de loisir n'est pas un système de protection de la nature. C'est un modèle d'utilisation historiquement développé qui opère avec une rhétorique de responsabilité là où la responsabilité institutionnelle fait structurellement défaut. Elle produit les problèmes pour la solution desquels elle se présente comme irremplaçable, et charge ainsi la collectivité, les animaux sauvages et l'État de droit. Le changement de système vers des gardes-faune professionnels n'est pas une radicalité. C'est une adaptation au niveau de la science, de l'éthique et du contrôle démocratique, et une exigence d'équité envers tous ceux qui ne veulent pas d'abattage et sont néanmoins portés par un lobby armé de loisir. Ce dossier est mis à jour en continu lorsque de nouvelles études, chiffres ou évolutions politiques l'exigent.
Plus sur le thème de la chasse de loisir : Dans notre Dossier sur la chasse nous regroupons fact-checks, analyses et reportages de fond.
