Chasse de loisir et meurtre : pourquoi la frontière entre droit et morale s'estompe
Entre droit et morale : pourquoi le débat sur les animaux, la mise à mort et les droits des animaux n'est pas clos.
La chasse de loisir est-elle un « meurtre » ? Cette question ne peut être tranchée d'une seule phrase, ni juridiquement ni moralement.
Sur le plan juridique, la notion est clairement définie et se rapporte exclusivement à la mise à mort d'êtres humains. Sur le plan moral, en revanche, elle est souvent employée de manière volontairement provocatrice dans le débat sur les droits des animaux, afin de mettre le doigt sur un point sensible : les animaux sont des êtres vivants, non des choses comme une chaise ou un four, mais, dans le droit en vigueur, ils ne sont pas non plus des humains.
Cette position intermédiaire n'est pas une loi de la nature, mais le résultat d'une évolution historique. Ce qui va aujourd'hui de soi sur le plan juridique ne l'était nullement autrefois. La place des femmes dans le droit a elle aussi profondément changé au fil des siècles ; longtemps, elles ont été discriminées, privées de capacité juridique ou traitées comme inférieures. Cela montre que le droit n'est pas absolu, mais évolutif, et qu'il se transforme sous la pression de l'éthique, de la science et de la conscience sociale.
Les animaux ne sont pas des choses, mais pas non plus des personnes
En Suisse, les animaux ont été juridiquement détachés du simple statut de chose. Ce fut une étape importante, car les animaux ont été reconnus comme des êtres vivants capables de ressentir et de souffrir. Néanmoins, dans le droit, ils restent dans de nombreux domaines liés à la logique de la propriété et du patrimoine. C'est précisément cette tension qui rend le débat si brûlant.
Sur le plan biologique, la proximité entre l'homme et l'animal est incontestée. De nombreuses espèces animales partagent une grande partie de leur ADN avec nous, et chez les mammifères supérieurs en particulier, la parenté est évidente. Cela n'implique certes pas automatiquement une pleine égalité juridique, mais bien un argument éthique puissant : quiconque reconnaît la capacité de souffrir ne peut pas traiter les animaux comme s'ils étaient des objets inertes.
L'été 2026 montre à quel point cette protection vaut peu au quotidien : en raison d'une sécheresse persistante, l'eau et la nourriture ont manqué sur de nombreux alpages suisses, et les agricultrices et agriculteurs ont dû descendre leurs bêtes prématurément dans la vallée ou les faire abattre en urgence. Même un besoin fondamental comme l'eau n'est pas garanti de manière fiable pour les animaux en situation de détresse aiguë. La protection légale existe sur le papier, mais dès que les conditions basculent, on voit à quel point elle tient peu dans la pratique.
Plus fondamentale encore est l'ampleur même de la mise à mort. Chaque année en Suisse, plus de 85 millions d'animaux sont abattus pour la production de viande, la plus grande partie étant de la volaille. Si un tel nombre d'êtres humains était systématiquement tué, on parlerait de l'un des plus grands crimes de l'histoire. Chez les animaux, nous appelons cela l'agriculture, et personne n'en est tenu responsable.
Les animaux ont un caractère
La recherche en biologie comportementale décrit chez de nombreuses espèces animales des différences individuelles stables, qui reviennent en matière de courage, de timidité, de curiosité, d'agressivité et de prudence, semblables à ce que l'on considère comme la personnalité chez l'humain. De tels schémas sont documentés non seulement chez les mammifères, mais aussi chez les oiseaux, les poissons et les insectes. Un fossé catégorique entre l'homme et l'animal ne peut guère être justifié à partir de là, tout au plus une différence graduelle dans le degré d'auto-réflexion.
La chasse de loisir n'est pas seulement un sujet lié à la nature
La chasse de loisir est souvent présentée comme un entretien, un soin ou une gestion nécessaire de la faune sauvage. Mais elle est toujours aussi un système de mise à mort. Et elle n'est pas sans risque : à maintes reprises, des personnes sont également blessées, voire tuées, lors d'accidents de chasse, comme le documente la rubrique Criminalité et chasse de wildbeimwild.com avec de nombreux cas. Ainsi, la chasse de loisir n'est pas seulement une forme romancée de lien avec la nature, mais une pratique aux conséquences réelles pour les animaux et les humains.
Ceux qui défendent la chasse de loisir argumentent le plus souvent par la régulation, la protection de la forêt ou les dégâts causés par le gibier. Les critiques rétorquent que l'acte de tuer ne devient pas pour autant un processus moralement neutre simplement parce qu'il est légal. C'est précisément ici que la différence entre le droit et l'éthique apparaît : légal ne signifie pas automatiquement légitime.
Le canton de Genève montre qu'il est possible de faire autrement. Là-bas, la chasse privée est déjà interdite depuis 1974. Depuis lors, la gestion des animaux non humains, l'observation et les interventions nécessaires relèvent des gardes de l'environnement étatiques, et non des chasseuses et chasseurs privés. Il ne s'agit pas là de plaisir de chasse personnel, de réserves de chasse ou de trophées, mais de mesures contrôlées par des spécialistes, où la prévention prime sur le tir. Genève prouve ainsi que la régulation des animaux non humains fonctionne aussi tout à fait sans chasse de loisir.
Les religions connaissent la fraternité des créatures
Les traditions religieuses fournissent elles aussi de solides contre-arguments à la banalisation de la souffrance animale. Dans le jaïnisme, la non-violence envers tous les êtres vivants est centrale. Dans l'hindouisme, le respect de la vie joue également un grand rôle, souvent associé à une pratique végétarienne et à l'idée d'Ahimsa. Dans le christianisme, il existe aussi une longue tradition de miséricorde envers la création, même si cela ne s'exprime pas toujours sous la forme d'une interdiction absolue de tuer.
De manière similaire, d'autres religions connaissent également des règles qui rejettent la souffrance animale inutile ou n'autorisent le fait de tuer que sous des conditions strictes. Le dénominateur commun est clair : les animaux ne sont pas des objets quelconques, mais des créatures semblables à nous, auxquelles le respect est dû. La formulation «nos frères et sœurs» est donc plutôt spirituelle que juridique, mais très forte sur le plan éthique.
Selon les témoignages de l'époque qui nous sont parvenus, les Esséniens, un groupe juif ascétique de l'Antiquité, vivaient très probablement sans viande. Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe décrivirent les Esséniens au 1er siècle comme une communauté au mode de vie particulièrement pur et abstinent. Comme ils rejetaient le culte sanglant des sacrifices d'animaux au temple de Jérusalem, ils renonçaient par la même occasion à la viande, comme c'était habituel dans le monde méditerranéen antique. Des auteurs ultérieurs comme Porphyre et Jérôme le rapportèrent explicitement. En cas d'infraction aux règles, l'exclusion de la communauté menaçait, selon Josèphe, comme c'était alors habituel dans de nombreuses associations antiques. La protection animale des Bishnoï au Rajasthan est nettement plus concrète et toujours vivante aujourd'hui : la communauté fondée il y a environ 500 ans ne tue en principe aucun animal et poursuit activement les braconniers. En 1998, des protecteurs des animaux bishnoï arrêtèrent, après une course-poursuite, un célèbre acteur de Bollywood qui avait abattu des antilopes protégées. L'affaire fut portée devant les tribunaux.
Dans de nombreuses traditions autochtones nord-américaines aussi, une ligne de démarcation claire s'applique : la chasse par nécessité, associée au rituel et au respect de l'animal, est différente du fait de tuer par pur plaisir. On attribue au chef lakota Sitting Bull, dans le sens, la phrase selon laquelle on tue soi-même le bison pour la nourriture et le vêtement, tandis que les jeunes hommes des colons blancs tirent pour le plaisir. C'est précisément cette différence, nécessité contre plaisir, qui reste jusqu'à aujourd'hui le cœur moral de la critique de la chasse de loisir.
L'activisme aussi s'exprime de manière incisive
Il est intéressant de constater que même les organisations de défense des droits des animaux parlent de «meurtre» dans le cadre de leurs campagnes lorsque des animaux sont tués. Ce terme est en réalité issu du code pénal et décrit une mise à mort dans des circonstances particulièrement odieuses, par exemple par cruauté, par traîtrise ou par cupidité. Dans le droit pénal de la protection animale, une telle gradation n'existe pas, bien que les mêmes caractéristiques s'appliqueraient souvent : lorsqu'un animal est tué par pur appât du gain, ce serait chez l'humain une caractéristique du meurtre, alors que chez les animaux, l'utilité économique est au contraire parfois même discutée comme justification. La loi ne connaît ici que le critère du «motif raisonnable». Le langage des organisations de défense des droits des animaux vise donc moins une assimilation pénale que la question de savoir pourquoi les mêmes caractéristiques de mise à mort sont évaluées de manière si différente chez l'humain et chez l'animal.
On peut critiquer ce choix de mots sans lui dénier son fond politique. Il renvoie au même conflit fondamental : si les animaux ressentent, souffrent et nouent des relations sociales, pourquoi devraient-ils alors être traités juridiquement et moralement comme s'ils n'étaient que des choses ?
Un droit en mutation
L'histoire montre que le droit est sans cesse révisé. Autrefois, il allait de soi que les femmes soient massivement désavantagées sur les plans juridique et social. Autrefois, les animaux étaient en de nombreux endroits effectivement considérés comme des choses. Aujourd'hui, ni l'un ni l'autre ne sont plus défendables, du moins pas sans opposition.
C'est précisément pour cela que la question de la chasse de loisir, de la protection animale et de l'éthique animale est bien plus qu'une question de goût. Elle concerne le rapport entre pouvoir et compassion, entre tradition et progrès, entre pratique légale et responsabilité morale. Celui qui prend les animaux au sérieux en tant qu'êtres vivants aura du mal à continuer à les traiter comme des objets.
Mais le progrès juridique reste souvent sans conséquence pour l'animal pris individuellement, tant que rien ne change dans la pratique. Léonard de Vinci avait déjà résumé cette contradiction en prédisant qu'on considérerait un jour la mise à mort des animaux du même œil que le meurtre des humains. Ce n'est pas parce qu'un chevreuil n'est plus une chose sur le papier qu'il est pour autant protégé en tant qu'animal.
La réponse honnête est donc la suivante : la chasse de loisir n'est juridiquement pas un meurtre, mais moralement, pour beaucoup de gens, elle est bel et bien associée à la mise à mort et à la violence. Cette distinction est importante et ne doit pas être édulcorée : celui qui critique à juste titre la chasse de loisir gagne en crédibilité si la critique reste juridiquement irréprochable. Des exemples comme Genève montrent en outre qu'une alternative à la chasse de loisir dans le rapport aux animaux non humains n'est pas seulement envisageable, mais qu'elle est déjà une pratique vécue.
Les animaux ne sont plus des choses, mais ne sont pas encore des personnes. Et précisément parce que le droit évolue, le débat n'est pas clos, mais ouvert.
Le véritable conflit ne porte pas seulement sur la chasse de loisir, mais sur la question de savoir si la capacité à souffrir doit avoir des conséquences morales. Celui qui répond oui à cette question ne peut guère échapper à ce constat : les animaux sont des créatures semblables à nous, et non des moyens au service d'une fin.
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