Chasse en recul, permis de chasse au niveau record : le cas particulier de l'Allemagne passé au crible des faits
L'Italie, l'Espagne, le Portugal et les Etats-Unis enregistrent un recul durable de la participation à la chasse. L'Allemagne affiche parallèlement un record de permis de chasse. Un fact-check montre que les chiffres des permis et licences de chasse ne sont pas la même chose que la pratique effective de la chasse.
«La couronne dans la mousse»
L'Italie, l'Espagne, le Portugal et les Etats-Unis affichent depuis des années une participation à la chasse en recul ou une relève fortement en baisse.
Selon une analyse de la Lega Abolizione Caccia, le nombre de permis de chasse italiens valables pour la saison a diminué de 2,7 pour cent par rapport à l'année précédente. Cet indicateur recense les autorisations de chasse délivrées ou renouvelées; il est ainsi plus proche de la participation effective à la chasse qu'une autorisation d'armes ou d'examen valable à vie, mais ne prouve pas nécessairement chaque journée de chasse individuelle. Plus de détails dans l'article Italie: moins de 430'000 chasseurs de loisir actifs. L'Allemagne annonce en revanche plus de titulaires de permis de chasse que jamais. Ce n'est pas forcément une contradiction: les chiffres des permis, licences et examens de chasse ne mesurent pas automatiquement combien de personnes pratiquent réellement la chasse de loisir de manière régulière.
Trois questions s'imposent: ce recul s'inscrit-il dans un schéma sociétal plus large? Pourquoi la chasse de loisir dépend-elle autant de la transmission familiale? Et que montre réellement le record allemand?
Un problème de relève transversal aux secteurs
Le recul de la chasse de loisir n'est pas un cas isolé. Dans la branche suisse de la boucherie, selon la SRF, environ une place d'apprentissage sur deux est restée vacante ces dernières années. Fin mars 2025, 195 places d'apprentissage avec début de formation en août étaient encore ouvertes. Cela ne signifie pas automatiquement la même cause que pour la chasse de loisir. Le parallèle suggère cependant au moins la question de savoir si les activités liées à la mise à mort, au découpage et à la commercialisation d'animaux perdent en acceptation sociétale auprès d'une partie des jeunes.
La tradition familiale comme principale voie d'accès
Une enquête autrichienne publiée en 2011 auprès d'environ 500 chasseuses et chasseurs de loisir actifs (documentée sous le titre «Zukunftsjäger 2030» sur jagdfibel.de) suggère que la chasse se transmet pour beaucoup avant tout par la famille: 58 pour cent citaient une tradition de chasse familiale, tandis que les raisons de réseautage et l'intérêt pour les armes étaient nettement moins mentionnés. Cette enquête ne constitue pas une preuve valable pour tous les pays, mais elle indique une dépendance structurelle de la chasse de loisir à la transmission sociale et familiale. Contrairement à un apprentissage professionnel ouvert avec un marché de places d'apprentissage, il n'existe guère de second canal susceptible de remplacer une transmission familiale interrompue.
La présentation annuelle 2022 de l'Office de la chasse et de la pêche des Grisons indique que les générations nombreuses nées entre 1956 et 1968 sont les plus représentées au sein des chasseurs grisons. Ce constat rejoint les résultats d'une étude publiée en 2025 dans la revue spécialisée «People and Nature» sur les chasseurs en Espagne et au Portugal (Gaspar et al.), qui documente pour les régions étudiées un recul de 26 pour cent en 15 ans et de 45 pour cent en 50 ans. Le recrutement de jeunes chasseurs de loisir a chuté de 89 pour cent sur cinq décennies, la participation du groupe d'âge le plus jeune passant de 1,70 à 0,22 pour cent. Les chercheurs parlent d'un effondrement démographique de la chasse dans la région étudiée.
Un changement de conscience chez les jeunes?
Parallèlement, l'alimentation des jeunes évolue de manière mesurable. Le rapport Swissveg 2024, basé sur une enquête représentative (DemoScope/MACH Consumer), montre que 8,4 pour cent des 14-34 ans en Suisse se déclarent végétariens, contre 2,1 pour cent chez les plus de 55 ans. Au total, environ 308'000 personnes vivant de manière végétarienne et 50'000 de manière végane ont été recensées en 2024, soit ensemble 5,3 pour cent de la population, un niveau jamais atteint auparavant. On peut plausiblement en déduire que les jeunes s'engagent moins souvent dans une tradition familiale de chasse, mais cette hypothèse n'est pas prouvée par les seules données alimentaires.
L'Espagne, le Portugal et les Etats-Unis en détail
Aux Etats-Unis également, la participation à la chasse rapportée à la part de la population recule durablement, deux indicateurs différents dressant le même tableau. Concernant les licences de chasse vendues, on en comptait environ 14 millions en 1960, soit environ 7,7 pour cent de la population de l'époque. Pour 2020, environ 15,2 millions de licences de chasse sont indiquées, soit 4,6 pour cent de la population. Le nombre absolu a donc bien moins évolué que la population, qui a fortement augmenté sur la même période. Le rapport «Recruitment and Retention of Hunters and Anglers» du U.S. Fish and Wildlife Service mesure en outre la participation effective à la chasse des adultes par le biais d'enquêtes: elle est passée de 8,9 pour cent en 1960 à 4,5 pour cent en 2016, la valeur la plus basse enregistrée jusqu'à présent dans cette série d'enquêtes.
Le cas allemand: un record, mais de quoi?
Selon les données de la fédération allemande de chasse (DJV), sur la base des chiffres de novembre 2025, on comptait au total 467'682 titulaires de permis de chasse, soit une hausse de 42 pour cent par rapport à 30 ans auparavant. La statistique du ministère fédéral allemand de l'Agriculture, de l'Alimentation et de la Patrie indique également pour 2025 un chiffre pratiquement identique, soit environ 467'680 titulaires de permis de chasse. La part de femmes parmi les jeunes chasseuses et chasseurs a progressé, selon le DJV, de 20 à 28 pour cent entre 2011 et 2021.
Ce chiffre record démontre avant tout que jamais autant de personnes n'ont possédé ou obtenu un permis de chasse. Il ne répond toutefois pas à la question plus large de savoir combien d'entre elles chassent régulièrement, disposent d'une reserve de chasse, ne participent qu'en tant qu'invitées ou se contentent de maintenir leur permis valide. Une enquête allemande globale accessible au public, distinguant systématiquement le nombre de titulaires de permis de chasse du nombre de personnes chassant régulièrement, n'a pas pu être identifiée pour cette comparaison. Sans une telle enquête, le nombre de permis de chasse ne permet pas à lui seul de réfuter directement le recul de la participation à la chasse observé dans d'autres pays.
Les motivations pour passer l'examen de chasse ne coïncident pas forcément avec la motivation de chasser soi-même régulièrement par la suite. Dans une enquête du DJV, 62 pour cent des chasseuses interrogées ont cité l'occupation de leur propre chien de chasse comme motivation principale pour passer l'examen de chasse. On ne peut pas en déduire à quelle fréquence ces femmes chassent, mais l'enquête montre que l'examen de chasse et la pratique effective de la chasse ne sont pas systématiquement des catégories confondues. Une observation issue de l'entourage personnel confirme cette impression de manière anecdotique : une chasseuse a rapporté avoir suivi la formation pour en apprendre davantage sur la nature, sans pour autant aller elle-même chasser.
Conclusion
Les données disponibles ne montrent pas une image uniforme, mais bien un schéma clair : en Italie, en Espagne, au Portugal et aux Etats-Unis, la participation à la chasse ou la relève diminuent sur le long terme. En Espagne et au Portugal, le vieillissement est particulièrement bien documenté. L'Allemagne affiche parallèlement un record de titulaires de permis de chasse.
Ce record ne constitue toutefois pas une preuve directe d'une croissance des chasseurs actifs. Il indique combien de personnes possèdent ou obtiennent un permis de chasse, mais pas à quelle fréquence elles chassent réellement. Tant que l'Allemagne ne publie pas d'enquête comparable sur la pratique régulière de la chasse, la question reste ouverte de savoir si l'augmentation des permis de chasse reflète une véritable croissance de chasseuses et chasseurs actifs, ou si elle inclut aussi des personnes qui n'utilisent leur permis qu'occasionnellement, par intérêt pour la formation, pour leur chien ou pour la nature.
Cela vaut aussi pour la Suisse : quiconque veut évaluer l'avenir de la chasse de loisir devrait distinguer entre l'examen, le permis de chasse, l'autorisation de chasse et la pratique effective de la chasse. Pour en savoir plus sur le positionnement sociétal de la chasse de loisir, voir l'article Le chasseur de loisir au 21e siècle ainsi que le dossier consacré aux études sur les effets de la chasse. Les chiffres italiens sous-jacents sont détaillés dans l'article Italie: moins de 430'000 chasseurs de loisir actifs.
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